Site personnel de François-Xavier Bibert
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annexes : bleu vif souligné
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L’EXODE de JULIENNE BIBERT,
ma mère, de CHARTRES à ALGER avec sa
BICYCLETTE du 12 juin 1940 au
19 août 1940 |
Une simple
« petite histoire » de la guerre 1949-1945
« Ce sont les petites histoires qui font la Grande Histoire !

En gonflant sa bicyclette à Chartres au 65, de la rue Saint-Chéron,
Julienne BIBERT, employée sur la Base Aérienne 122 de Chartres, ne se doute pas
encore que grâce à celle-ci, à sa ténacité et à ses efforts, elle pourra
retrouver à Alger son époux Joseph BIBERT, aviateur en guerre replié en A.F.N.
avant l’Armistice, après un périple de 68 jours !
Voir : « Les Hommes du Groupe de Chasse GC III/6 »
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L’histoire du
prestigieux Groupe de Chasse GC III/6, en guerre de fin août 1939 à mai 1945,
Groupe dans lequel Joseph BIBERT a été mécanicien jusqu’en avril 1944,
racontée longuement sur ce site ne serait pas tout à fait complète sans le
récit de l’incroyable traversée de la France et de la Méditerranée que
Julienne BIBERT a faite pour rejoindre son époux à Alger après l’armistice !
Le sergent BIBERT avait bénéficié d’une première permission (exceptionnelle)
de 24 heures le 5 octobre 1939 pour se marier ; la cérémonie avait été
prévue le 31 août 1939 ; mais à la veille de la mobilisation générale du
lendemain, les aviateurs avaient été déjà mis en alerte maximum sur leur
base. Mariage annulé ! Le jeune couple put
heureusement passer 6 jours ensemble en mars 1939 avant l’invasion
allemande ; seconde et dernière permission ! Avant de quitter
Julienne, prévoyant que tout ne serait pas rose dans les mois à venir, il lui
dit alors : « Quoi qu’il
arrive, ne te sépare jamais de ton vélo !!! » |
Julienne CHÉDEVILLE, notre mère (Marie-Thérèse et François-Xavier
Bibert) est née le 11
août 1914 au n°20 de la rue du Puits-Drouet. Son père ayant été tué à la guerre
dès septembre 1914, sa mère Thérèse Marie VIVIEN épousa en 1920 en secondes
noces un homme veuf nommé Henri LAGRANGE. La famille recomposée, avec les trois
enfants LAGRANGE (André, Denise et Robert) et les deux enfants CHÉDEVILLE
(Georges et Julienne), s’est alors installée en mai 1922 au n°65 de la rue
Saint-Chéron, la maison où d’ailleurs Henri avait vu naître ses deux derniers
enfants, et qu’ils achetèrent en commun. Une demi-sœur des 5 enfants, Lucie
LAGRANGE est ensuite née en février 1922. Jusqu’à la guerre, la famille vécut
très heureuse dans la coquette maison familiale : dans la rue Saint-Chéron
et la rue du Puits-Drouet vivaient à quelques centaines de mètres des
grands-parents, des oncles et tantes, des neveux et nièces, des cousins et
cousines plus ou moins éloignés et beaucoup d’amis : les rues de
Saint-Chéron et du Puits-Drouet étaient encore comme deux petits villages dans
lesquels depuis des siècles, la majorité des mariages se faisaient entre les
enfants des rudes vignerons qui y vivaient modestement…

Lire : En remontant la rue Saint-Chéron…
Et les Allemands entrèrent dans Chartres le dimanche 16 juin 1940 !
Depuis plusieurs jours des colonnes de réfugiés les fuyaient vers le sud‑ouest
et traversaient dans le plus grand désordre la ville par ce qui est aujourd’hui
la N.10, qui de Paris passe par Rambouillet, traverse l’Eure à Chartres en
ayant longé à sa droite sur le plateau le terrain d’aviation civil et militaire
(Base 122) avant de plonger immédiatement vers l’Eure qu’elle traverse
1 km plus bas sur le pont de la Courtille, puis c’est Tours, Poitiers,
Angoulême, Bordeaux…
Lire : L’arrivée des Allemands à Chartres

1. LA
FAMILLE SE DISPERSE
Georges
Chédeville, 30 ans, est
commerçant à Rambouillet : bien qu’ayant fait son service militaire au 501ème
de cavalerie, il a été renvoyé chez lui 21 jours après la mobilisation
générale, ayant plusieurs bonnes raisons d’être mis en « affectation
spéciale ». Devant l’avance allemande, il a d’abord gagné Chartres avec
son épouse Lucienne, la mère de celle-ci qui est veuve (Berthe Martin,
née Néel, 66 ans), et leurs deux petites filles, Bernadette 4ans ½ et Élisabeth
(2 ans½) pour retrouver dans la maison familiale sa mère Marie-Thérèse (épouse Lagrange) et sa ½ sœur Lucie Lagrange (18 ans).
La décision de partir tous les sept vers le
sud, où ils savaient pouvoir être hébergés par relation dans un petit village
du massif-central nommé Vodable
dans le département du Puy-de-Dôme (63), à 3 km au sud d’Issoire, a
vite été prise. Deux voitures lourdement chargées, celle de Georges (4 places)
et la Peugeot 201 cabriolet (2 places) que Julienne et Joseph et Bibert (les parents du
rédacteur), avait acheté le
10 octobre 1939 lors de leur mariage express, ont donc déjà quitté Chartres le mardi 11 juin (Note 1), la 201 étant conduite par sa femme Lucienne.
Note 1 : Date connue par une lettre de Marie Thérère
Lagrange du 2 juillet : « Voilà trois semaines ce matin que nous avons
les uns et les autres quitté Chartres… »
Julienne
Bibert-Chédeville), 26 ans,
et son beau-père Henri
Lagrange, pour leur part, sont tous les deux employés civils du « Parc
1/122 », l’établissement militaire de la « Base
Aérienne122 » qui assure divers services communs (pôle administratif,
magasins, ateliers, garage) au profit des unités qui y stationnent. Malgré
l’avance des Allemands, ils sont restés à leur poste avec quelques collègues,
dormant sur place, prêts à partir avec le personnel militaire du
« parc » une fois l’ordre d’évacuation donné. C’est le mercredi 12 juin qu’une
petite colonne de cars, camions, camionnettes militaires remplis
irraisonnablement d’archives, de matériel divers et d’effets personnels quitte
Chartres, direction Tours ; Julienne a pu y embarquer « sa
malle » car elle espère pouvoir retrouver son mari quelque part en France
et son beau-père Henri une petite valise ! Mais ils ont surtout pu faire
accrocher leur vélo sur le toit d’un car au-dessus d’autres bagage avec la
complicité d’un gradé…

Henri Lagrange : employé civil du « Parc 1/122 » sur la
Base Aérienne 122 de Chartres en juin 1940
Andrée
Lagrange, 32 ans, l’aînée des enfants, et son
époux Pierre VALLET exploitent une petite ferme au Coudray, à quelques
kilomètres de la rue Saint-Chéron. Pierre mobilisé en 1939, est encore aux
Armées. Ils ont un fils « Paulo » qui a 12 ans ½. Abandonnant un
cheval sur place, Andrée, Paul et « Mémère » (Blanche
Colas - 80 ans, la mère de-Marie-Thérèse Lagrange) sont partis seuls,
tardivement, sur les routes du sud avec une cariole et leur deuxième cheval,
englués dans la masse en désordre des Français en fuite…
Denise
Lagrange, 25 ans et son
époux Raymond VALLÉE, tous deux ouvriers, habitent modestement en
banlieue parisienne ; son frère cadet Robert Lagrange (23 ans) est pompier de
Paris ; Raymond est aux Armées ; la famille est sans nouvelle d’eux
depuis plusieurs jours…
2. LES
PETITS CARNETS DE JULIENNE CHÉDEVILLE
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La maison familiale situé au 65 de la rue
Saint-Chéron qui est parallèle au sud à la N°10, n’est située à vol d’oiseau
qu’à moins de 200 mètres du terrain d’aviation ; juste la route à
traverser en passant à travers le jardin et les prés. De solides amitiés s’y
sont nouées. Trois sergents aviateurs en particulier, Alfred KRIEGER dit
« Frédo », Robert GONZALÈS et Joseph Bibert y passent souvent…
« Frédo », début 1934 avait offert à Julienne, qui allait avoir
bientôt 20 ans, un premier agenda publicitaire des établissements LIORÉ &
OLIVIER en cuir rouge sur lequel notre mère prit l’habitude d’y noter
régulièrement non seulement les événements principaux de sa vie, mais aussi
parfois ses états d’âme et celui de son moral… Elle l’a conservé, ainsi que le
second identique de 1935 : documents précieux nous ayant permis de
reconstituer en partie le puzzle de cette époque et aussi de mieux légender de
nombreuses photographies…
Sans doute trop personnels, elle n’a pas
voulu que ceux de 1936 à 1939 (s’ils ont existé ?) lui survivent. Par
contre, pressentant certainement l’éminence de l’attaque allemande qui allait
survenir le 10 mai ; elle s’est procuré fin avril 1940 un petit carnet
constitué de petites feuilles perforées (11,5 x 6,5cm) retenues sans doute dans
une petite reliure à 6 anneaux : seuls les 45 feuillets (90 faces) écrits
recto verso ont été conservées. Elle les a placés dans une simple enveloppe marquée
« carnet d’exode » qui a été retrouvée après son décès en
2015 ; c’est ainsi que les 68 jours de son épopée à travers la France et la Méditerranée
peuvent être racontée avec l’aide de ce qu’elle a pu très rarement nous en
dire, de la partie de son courrier sauvegardé et des photographies qu’elle a
faites avec un bel appareil 6x9 Voigtlander.
Notre tante Lucie qui connaissait notre
appétence pour la généalogie et l’histoire de notre famille nous avait confié
quelques années avant son décès en 2010 un carton rempli de vieux papiers plus
ou moins intéressants. En fouillant mieux, nous y avons trouvé beaucoup plus
tard une dizaine de lettres datées de juin et juillet 1940 échangées par
différents membres de la famille ; elles n’avaient pas forcément atteint
leurs destinataires, mais les « Postes Françaises » n’ayant jamais
cessé de fonctionner malgré la guerre, elles avaient fini par arriver (ou être
retournées) des semaines plus tard à Chartres rue Saint-Chéron… Un vrai
trésor ! Beaucoup ont été transcrites pour donner vie à ce récit…
Cliquez
sur l’image pour l’agrandir plein écran
Le
trajet d’exode de Julienne Bibert complet, de Cazaux (33) à Vodable (63), a été
volontairement reporté sur une carte Michelin récente (2015) pour en faciliter
la lecture. Par contre c’est sur la carte de 1941 (seconde guerre mondiale) que
figurent les trajets journée par journée (voir plus bas).
3. DE
CHARTRES à CAZAUX et à LA TESTE de BUCH
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Nota : il est probable que les pages 3 et 4 ont été écrites
quelques jours après l’arrivée dans le sud-ouest. C’est sans doute pour cela
que sur la 3 il faut lire « Mercredi 12 juin » et non
« Mardi » et que sur la 4 « 20 » est une surcharge d’une
date rectifiée…
Au moment le l’attaque allemande du 10 mai 1940, Julienne est
donc en possession d’un petit carnet qu’elle destine manifestement à la
relation de ce qu’elle va voir de la guerre. Ce sont bien entendu les deux
premiers bombardements de Chartres du 19 mai et du 3 juin qu’elle y note.
Le dimanche 19 mai, c’est en fait le terrain
d’aviation de Chartres et non la ville qui a reçu des bombes allemandes. Une
première alerte a eu lieu vers 8h 00 du matin : c’est un Dornier 17
de reconnaissance isolée qui s’est présenté sur zone et qui a été mis en fuite
par la 78ème batterie de DCA du Coudray. L’avion allemand a pu
transmettre en Allemagne que « 100
avions dont 40 bimoteurs »
étaient posés sur le terrain de Chartres, d’où une nouvelle alerte de 16 h
à 17 h et c’est un peu après qu’ont retenti les sirènes de la troisième
alerte de la journée (17h 45 d’après les rapports) ; ce sont seulement 4 Junker 88 qui
lâchent leurs bombes à 18 h comme l’a écrit Julienne ; quelques
chambres de sous-officiers et des baraquements sont assez sérieusement
endommagés.
Par contre le lundi 3juin, c’est beaucoup plus grave, et
Julienne ne détaille pas ce qu’elle doit sûrement savoir. En fait, ce sont des
centaines de bombes qui pleuvent autour du terrain d’aviation et à Lèves :
il y a 7 morts et 12 blessés parmi les soldats français et 4 morts civils.
Jean-Jacques François, qui a raconté en 4 tomes « La Guerre de 1939-1940 en Eure-et-Loir » dans ses moindres détails, a même situé
chaque bombe tombée à l’est de l’Eure sur la ville et les bâtiments de la BA
122 (voir le plan ci-dessous). Qui plus est, une bombe est justement tombée (rond rouge) avenue Neigre (et non Nègre) détruisant le petit logement que Joseph
avait loué au n°13 pour que son épouse puisse enfin couper le cordon-ombilical
avec la rue Saint‑Chéron en attendant son retour, croyant que la guerre
serait courte ! Ce qu’elle n’avait pas fait : heureusement
finalement, mais les quelques meubles, le peu de linge et de vaisselle qui s’y
trouvaient furent quand-même perdus à part le très vieux et robuste coffre de
vigneron familial en chêne massif qui, ayant ensuite beaucoup voyagé, se trouve
en 2026 dans mon appartement (François-Xavier Bibert) !
Voir en bas de la page : « Album photographique n°5
de Joseph Bibert »
Quant à la rue Saint-Chéron, elle ne fût pas
épargnée, car au n°65, dans le jardin de la maison familiale, le « sapin
bleu » auquel tenait particulièrement sa mère Marie-Thérèse fut étêté par
une bombe tombée sans exploser (voir photo ci-dessous).

Toutes les portions de cartes routières ci-dessous peuvent être
ouvertes en grande taille en cliquant sur les miniatures. Elles proviennent
de la carte « MICHELIN » de la seconde-guerre mondiale, publié en en
1941 (base de 1938, avec quelques repères à vocation militaire supprimés) sur
laquelle la ligne de démarcation bien visible figure en rose. Les trajets de Julienne
y ont été ajoutés en bleu.
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Mercredi 12 juin de CHARTRES à POITIERS 243 km Cliquez sur la carte pour l’agrandir |
Rappel :
Julienne et Henri quittent donc Chartres le 12 juin. Les personnels militaires du
« Parc 1/122 » et les employés civils — sans doute volontaires —
qui partent avec eux ont chargé au mieux les cars, camions et autres
véhicules de l’Armée de l’Air disponibles avec ce qui a paru essentiel et le
bagage de chacun. Puis ils s’y sont entassés au mieux. Julienne
quitte Chartres avec l’espoir qu’en restant au contact des aviateurs de la
BA 122 dont dépend toujours le GC III/6, elle pourra rapidement savoir
où se trouve ce « Groupe de Chasse » et son mécanicien de mari afin
de tenter de rejoindre celui-ci. Son beau-père Henri Lagrange espère pour sa
part avoir l’occasion de rejoindre plus facilement son épouse en exode !
Et tous les deux ont réussi à faire charger leur bicyclette sur le toit d’un
car au dernier moment ! Le
convoi arrive à Poitiers tard le soir ; dîner léger, fatigue et petite
nuit d’incertitude sur l’avenir… |
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Jeudi 13 juin de POITIERS à BORDEAUX et CAZAUX 285 km Cliquez sur la carte pour l’agrandir |
Pourquoi
Cazaux ? Depuis de septembre 1939 toutes les escadrilles de Chartres
sont en guerre sur le front et seul un C.I.C. (Centre d’Instruction
à la Chasse) a été
installé à leur place. À partir du 10 mai, les meilleurs pilotes dont des
Tchèques exécutent des missions de guerre pour défendre la base, mais le
C.I.C. face à l’avance allemande est évacué à Cazaux à partir du 23 mai. Une
poignée de pilotes reste sur place ; ils sont alors constitués en
patouilles de « Défense Aérienne du Territoire (DAT) » ; les
« rampants » et les personnels du « Parc 122 » évacuant
la base, ces derniers « volants » de Chartres devront abandonner la
partie (et beaucoup d’avions) et s’envoler vers le sud-ouest… Nous
n’avons pas pu mettre la main sur la moindre archive officielle concernant le
déplacement de ce convoi hétéroclite ; on peut supposer simplement qu’il ne
devait pas pouvoir rouler très vite ! Et, sachant que ce mois de juin a
été particulièrement chaud du coté de Bordeaux, on peut estimer que ce devait
être infernal dans les cars ! L’arrivée à Cazaux, même à une heure
tardive, a dû être un grand soulagement pour ceux… qui ignoraient
(peut-être ?) qu’au même moment des millions de Français fuyaient l’Allemand
sur les routes dans des conditions apocalyptiques… Les
militaires sont des gentlemen et Julienne échappe à une nuit dans les
baraquements (dortoirs ? de la troupe ; on lui offre la possibilité
d’avoir un vrai lit chez l’adjudant ROGER Merci à lui ! Le
vendredi 14 juin,
repos sur la base. Pour la nuit, les femmes sont logées en ville chez
l’habitant. |

Photo aérienne du camp de Cazaux après la guerre
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Samedi 15 juin de CAZAUX à La TESTE de BUCH 5 km Cliquez sur la carte pour l’agrandir |
Afin
de désengorger un peu le camp de Cazaux la plupart des civils non
indispensables est déplacé à La Teste‑de‑Buch, petite commune
attenante à Arcachon. C’est
sans doute avec son amie Jeanne MAUGER qui comme elle est secrétaire
civile au Parc 1/122 (première femme
embauchée, elle y travaille depuis 1936) qu’elle découvre les abords du bassin d’Arcachon. Premier
hébergement le 15 juin
« Maison LALANNE » (FXB : 16, rue Gaston
de Foix). 16 juin : Aucune information sur son accident au pied qui a dû
nécessiter une piqûre antitétanique ? Pour
les 4 nuits du 16 au 19
juin, elles sont installées dans ce qu’elle nomme « Cinéma – Pension Café Franklin », sans doute réquisitionné, ce qui m’a
permis de retrouver une carte postale d’avant-guerre de ce gros établissement
transformé dans les années 1960 et détruit en 2023. Le 20 juin ; nouvelle « bonne installation » chez « Mme BOUQUÉ (ET ?) » (Recherches
infructueuses) chez qui
elle passera ses 4 dernières nuits à La Teste‑de‑Buch. |
Informations complémentaires ou
rectificatives :
Les
textes dans les cadres ci-dessus (CARTE du trajet – DATE et
KILOMETRAGE – ÉVÉNEMENTS) sont ce qui ressort uniquement du « PETIT
CARNET D’EXODE ». Mais ils peuvent aujourd’hui être complétés ou
rectifiés grâce aux nouveaux documents familiaux retrouvés depuis.
À
titre d’exemple, voilà ce qu’a écrit Julienne Bibert à sa mère dans sa première
lettre du 18 juillet 1940 (voir plus bas) :
« Après deux jours de car nous
sommes arrivés à Cazaux le 13 (juin) au soir, mal reçus au camp (billets de logement).
Le 15 nouveau départ pour La Teste : les femmes, nous couchons en dortoir
dans les salles réquisitionnées par l’armée, les hommes encore plus mal
installés que nous. Nous avons donc cherché à nous loger par nos propres
moyens. C’était bien difficile, il y avait tant d’évacués ! Moi, le
trouvais une chambre avec Melle Mauger et Melle SAINTIF. Papa (Henri Lagrange - Note 2), une petite maison : 2 chambres et 1 pièce avec M. MACÉ
(de la rue Saint-Brice) et M. BOURGEOIS (monsieur déjà replié de Reims
et avec nous au bureau). Nous nous voyions chaque jour et je m’occupais du
linge ayant la facilité de laver dans la maison où je logeais. Cela dura
jusqu’au 24 juin. Il était toujours question d’embarquement. Puis les événements
se précipitèrent : les Allemands occupent La Teste, ordre de départ fut
donné dans la nuit du 23 au 24. Mais le 23 nous avions été informés, nous, les
employés civils, que nous étions mis en congé et alignés en solde sur 3 mois.
Les camarades dans la nuit du 23 au 24
quittèrent donc La Teste. Je confiais ma malle à un camion et gardais sur moi
l’indispensable et avec mon vélo – ne voulant rien décider avant d’avoir vu
papa -. Lui ne voulut pas, étant bien installé, recommencer la vie
d’aventure. »
Note 2 - Sur une des dernières pages de son carnet d’exode, Julienne
avait noté l’adresse d’Henri Lagrange à La Teste-de-Buc :
Digue Est. Pêcheries Nouvelles. La Teste de Buc (Gironde)
Café et salle Franklin à La Teste de Buch ou Julienne Bibert est
hébergé pendant 4 jours
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17 juin 1940 : Lettre de Marie-Thérèse Lagrange adressée à son
mari : Henri Lagrange - Parc 1/122 -
Bureau Central Militaire » Mention : « Le Destinataire n’a pu être atteint à
l’adresse indiquée » : pas d’adresse au dos de l’enveloppe. Vodable
le 17 – 6 - 40 Mon cher papa. Ma chère fille. J’espère
que vous avez déjà reçu les deux lettres de Lulu vous donnant des détails sur
notre nouvelle vie, je n’y reviendrai pas. Aujourd’hui dimanche nous avons le
retour de Georges -Renée et sa famille - il était temps qu’il retourne – eux
ils ont vu l’exode et subit les bombardements et la mitraille. En
venant de nous conduire Georges est allé directement au Coudray après avoir
aperçu le champ d’aviation en flamme. Là, il a trouvé Robert et Denise venus
depuis Trappes en voiture, avec quelqu’un qui les avait pris à cet endroit,
venant de Paris à Pied : ils
ont eu de drôles de
vision dans leur trajet. Ce jour-là, donc
Jeudi (14 juin) le Coudray avait été
mitraillé tout
l’après-midi
et Andrée était décidée à
partir avec Maman qui s’y
trouvait. Quant à
Robert et Denise, il ignore s’ils l’ont
suivie car il ne les a pas revus. Il est également allé à Saint-Chéron qu’il
a trouvé vide de ses habitants : plus
rien dans le pays. Andrée
avait vu les Macé et
Tasseau partir avec des attelages, mais il paraît que
Joseph sont partis sans rien emporter à 8
dans la Chenard. Notre maison était
encore intacte, mais hélas ! depuis il peut y avoir eu des
changements. Chartres a subi les bombes incendiaires et Geo croit qu’il a
eu pas mal de dégâts. Je
crois mes pauvres chers aimés que
nous sommes partis à
temps. Pour le moment il ne faut pas penser plus loin, mais que vont devenir
tous les nôtre, ils ont notre adresse, espérons que nous aurons bientôt de
bonnes nouvelles, du moins des nouvelles un peu rassurantes quant à leur
sort……. ……Mes
biens chers aimés, je vous recommande de bien faire attention à votre santé.
Julienne, ne te laisse pas tomber à plat : achète du
linge à Papa
et ne le néglige
pas. J’espère
avoir bientôt
votre adresse exacte, en tout cas nous vous tiendrons au courant.
Puissiez-vous recevoir nos lettres… |
Important :
Cette lettre est publié in-extenso ici à titre d’exemple. Toutes les autres
lettres font l’objet d’un fichier PDF placé en annexe à cette page
Lire cette lettre (fichier PDF)
Explications concernant les lettres
familiales
1) Généralités : Il faut préciser pour « les
jeunes générations » qu’en 1940 le « téléphone portable »
n’avait pas été encore inventé, que moins de 3% des Français disposaient d’un
poste de téléphone chez eux et que les communications étaient établies
manuellement par des milliers d’opératrices, ces « Demoiselles du téléphone » formant la chaîne humaine qui permettait d’interconnecter les circuits
d’un point à l’autre de la France, casque sur les oreilles et combiné devant la
bouche elles passaient leur journée à brancher et débrancher des fiches (de type
« Jack ») afin de relier l’Appelé à l’Appelant,
ce qui pouvait prendre plusieurs heures…

Par contre « La Poste » est un
service de l’État extrêmement performant qui permet à chacun de rester en
relation à son domicile où le facteur passe deux fois par jour, y compris le
dimanche et on peut aussi envoyer une lettre « poste restante » dans
n’importe quel bureau de poste… et quand une lettre n’a pas pu être distribuée,
la Poste fait des miracles pour retrouver le destinataire ou la retourner à
l’expéditeur… et en juin / juillet 1940, même au moment des armistices des 22
et24 juin, le service n’a jamais été interrompu Donc on s’est beaucoup
écrit !
Nous sommes incapables aujourd’hui de
savoir quand, où et par qui certaines des lettres retrouvées et présentées sur
cette page ont été lues ! Mais, en dehors de leur valeur sentimentale,
elles ont permis de faire un certain nombre de suppositions et surtout des
recoupements pour raccorder quelques morceaux de notre puzzle.
oooooooooo
2) Lettre du 17 (16) juin de
Marie-Thérèse Lagrange (ci-dessus) : Lettre sans doute arrivée ou récupérée à Chartres seulement après le
retour d’exode de la famille qui n’a donc pas pu la lire en temps utile ?
Malgré une ambiguïté sur la date (vraisemblablement commencée le dimanche 16,
terminée le 17, tampon du 17) on y comprend en particulier que :
·
Deux lettres ont donc été écrites de Vodable entre le 12 et le 16 pour
Henri (son mari) et Julienne (sa fille) sans qu’on sache où ils étaient, donc
adressées au « Parc 1/122 » ; celles-ci n’ont jamais été
retrouvées. La troisième, celle du 17 a été aussi adressée au « Parc
1/122 », charge au service du courrier militaire de faire suivre… ce qui a
bien été le cas, mais trop tard ; Henri et Julienne n’ont finalement su
que mi-juillet que leurs proches étaient réfugiés à Vodable.
·
Qu’une fois sa famille rapidement installée à Vodable, Georges
Chédeville (son fils) est immédiatement remonté à Rambouillet avec sa voiture,
laissant la Peugeot 201 en Auvergne à son épouse, pour pouvoir ramener à
Vodable sa tante Georgette Chédeville (54 ans), sa fille Renée (30 ans, épouse
d’Arthur Blanchet, prisonnier militaire) et leurs deux enfants, Julien 12 ans
et Josette 7 ans. Il passe par Chartres le 14, le jour où les réserves
d’essence du terrain d’aviation brûlent et il est de retour en Auvergne le 16.
Il a donc effectué près de 1 400 km (soit près de 30 heures de
conduite) en quelques jours et son épouse 450 avec la Peugeot 201 sur des
routes totalement encombrées par les réfugiés et survolées par les avions de la
Luftwaffe. Et on ne sait vraiment pas comment ils ont pu se procurer l’essence
nécessaire pour cela. Belle débrouillardise !
4. QUITTER
BORDEAUX AVANT L’ARRIVÉE des ALLEMANDS !
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Que devient le « Parc 1/122 »
de Chartres après son arrivée à Cazaux ?
Comme dit plus haut (voir au 13 juin), sans connaître quels étaient l’importance et la composition du convoi
qui a évacué la base de Chartres le 12 juin (nombre de militaires et de
civils), on ne peut que faire des hypothèses à partir de quelques recoupements,
de certaines informations écrites et de bribes de souvenirs recueillis
oralement.
On pense que les civils ont été
immédiatement « libérés » pour le pas dire « abandonnés dans la
nature » : Julienne a écrit « À un moment, on nous a dit de nous disperser, mais on pouvait
partir en camion ». Des éléments factuels permettent de situer cette décision de l’Armée
de l’Air immédiatement après les annonces des armistices et du cessez-le feu,
avant l’arrivée des Allemands à Bordeaux et le départ (le 24 juin) de Julienne pour Bazas en vélo (voir ci-dessous), donc le 23 juin.
Le « trésorier payeur » leur aurait-il versé un petit-pécule
préalablement ? : rien n’est moins sûr, et charge à eux de se
débrouiller pour regagner Chartres, ou de rester des réfugiés en attente d’un
éventuel retour chez eux.
NOTA : La circulaire ministérielle n° 8783/M.A.AM.2 du 5 août 1940
a pour but de licencier les fonctionnaires ou employés des
« Établissements d’État » dont le conjoint y travaille aussi, ce qui
a concerné Julienne puisque son époux est « Aviateur Militaire » (Voir plus-bas sa lettre de licenciement).
Quelques militaires évacués de
Chartres sont peut-être restés à Cazaux avec le C.I.C., mais les autres ont
repris leur périple pour s’éloigner des Allemands vers le massif-central avec
quelques employés civils : par déduction, c’est donc un nouveau convoi de
quelques camions ou
autres véhicules qui quitte Cazaux, le 23 juin.
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Lundi 24 juin de La TESTE de BUCH à BAZAS 95 km Cliquez sur la carte pour l’agrandir |
Julienne
a sans doute laissé partir ce convoi surchargé du 1/122, faute d’avoir pu y
embarquer sa bicyclette ; mais toujours dans l’attente de nouvelles du
GC III/6, elle se prépare à le suivre. Son amie Jeanne Mauger qui n’a pas de
bicyclette a trouvé une petite place dans un véhicule de l’armée, mais son
beau‑père Henri Lagrange reste au Teste, espérant recevoir des
nouvelles de son épouse et de leur fille Lucie ne sachant pas encore où elles
se trouvent. Mais les Allemands vont arriver à Bordeaux et finalement il
repart pour Chartres avec sa bicyclette le 29 juin (information
provenant d’une lettre ultérieure : voir plus bas). Vraisemblablement
c’est dans la soirée du dimanche 23, que le l/122 a pris la route de
Saint-Symphorien où il a dû prévoir de faire étape (Voir carte d’Henri
Lagrange plus-bas). Le
lendemain matin, Julienne part à vélo sur ses traces sous-une pluie
battante ; après 70 km, à Saint‑Symphorien, elle apprend que
les « Aviateurs » sont déjà reparti vers Bazas ; elle
continue ; arrivée à 18 heures, comme d’autres, déjà réfugiés dans cette
ville, elle est hébergée dans le très ancien collège Saint‑Jean‑Baptiste
pendant 4 nuits (24 au 27 juin) ; dans une lettre du 18 juillet elle
écrira : « Nous
avons couché à trois dans un lit d’une personne dans une chambre de collège
réquisitionné pour les soldats ». |

Pages 5 et 6 du « carnet d’exode » : C’est donc à Bazas que les Allemands
arrivent le 26 juin au contact du convoi des « aviateurs » du parc
1/122 de Chartres que Julienne a rejoint le 24 juin en fin d’après-midi. Les
armes se sont tues après la signature des armistices. Les Français sont
hébétés, dans la plus grande incertitude quant à leur devenir immédiat.
Cette ville sera ensuite coupée en deux par la ligne de démarcation (nationale 10) pour le restant de la guerre, mais on ne le sait pas encore. On se
côtoie, on s’observe, on improvise…
Sait-on de nos jours
que Berlin avait donné immédiatement des ordres stricts à ses troupes pour
qu’elles restent irréprochables avec les Français après les armistices… au
moins le temps que les modalités de celles-ci soient connues d’eux et mises en
application. Henri Lagrange en témoignera d’ailleurs plusieurs fois dans
des Lettres écrites après son retour à Chartres le 10 juillet (voir plus bas).
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« Wer
plündert, wird erschossen » Celui
qui pille sera fusillé |
En effet, on a
rapidement encouragé et favorisé le retour des réfugiés chez eux :
l’Allemagne a besoin que l’économie de la France reparte au plus vite, que les
mines lui fournissent du charbon, les agriculteurs du blé et de la viande et
l’industrie des équipements… Pour Hitler, le calme en France permettra à
l’Allemagne de mettre à terre l’Angleterre ennemie et ce diable de Winston
Churchill qui veut continuer la guerre jusqu’à la victoire finale, alors que le
chancelier du Reich espérait un traité de paix à l’ouest afin de se retourner
au plus vite contre la Russie, pour conquérir et annexer les territoires qu’il
convoite depuis 1920 (voir « Mein Kamp » !).
Si les Allemands semblent être restés à
l’ouest de la nationale 10 qui traverse Bazas, ceux du 1/122 vont préférer s’en
éloigner vers l’est, et ils quittent la ville, direction Casteljaloux en
Lot-et-Garonne…
Julienne a une décision à prendre :
elle apprend que sont beau-père Henri va remonter à Chartres (voir la carte postale
ci-dessous : remise au vaguemestre de Cazaux le 26, elle arrive à Bazas
le lendemain !) et
elle décide pour sa part de continuer à suivre la trace de ses camarades
militaires… en espérant profiter de leur aide courtoise à
l’occasion ? : seule, face à son destin, sans savoir où se trouve son
mari et sa famille…
Page 6, une interrogation : Julienne écrit sur cette page très
clairement « Parc 2/122 » et des éléments dans les archives de
l’Armée de l’Air peuvent faire penser que ce n’est pas forcément une erreur (recherches à faire).
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26 juin 1940 : Carte postale d’ Henri Lagrange adressée à sa belle-fille Madame A. (pour Adolphe) Bibert : Parc 1/122 – Nous allons à Bordeaux ensuite nous
verrons Ma
chère Julienne, Nous quittons La Teste aujourd’hui 26
juin pour rentrer à Chartres ? Je ne sais quand ni comment. Je
t’embrasse bien fort et si toutefois tu rejoins Maman par lettre, met-la au
courant. Ton père Henri
|
3) Carte postale du 26 juin d’Henri
Lagrange : Initialement adressée au Parc 1/122 à Saint-Symphorien parce qu’Henri Lagrange avait dû
comprendre que les « Aviateurs » qui avaient quitté Cazaux s’y
trouvaient et sachant Julienne partie avec eux (ou derrière eux…), il a au
dernier moment rayé cette localité pour la remplacer par Bazas… suite à une
dernière information reçue au camp de Cazaux… ?
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Vendredi 28 juin De BAZAS à CASTELJALOUX 29 km Cliquez sur la carte pour l’agrandir |
Peu
de chose sur le carnet d’exode (page 6), si ce n’est qu’effectivement elle peut
compter sur la courtoisie de ses camarades du 1/122 puisque le soir « BEAUFILS me donne sa chambre et je repose bien… ». Tout le monde passe la nuit à Casteljaloux en Lot-et-Garonne… On
en sait un peu plus par sa lettre du 18 juillet (déjà citée plus
haut) : « L’arrivée des Allemands le 27 nous chasse de Bazas. Encore la
débandade. C’est inouï ce que nous avons pu voir. Le vendredi 28, avec Melles
Mauger, Saintif, M. de VILLOUTREYS et M. LANDRÉ (un garagiste
de Chartres), dans une vieille camionnette Panhard de l’armée, nous gagnons
Casteljaloux. Là, nous retrouvons le Parc 1/122 ». |

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Samedi 29 juin de CASTELJALOUX à MARMANDE et LA RÉOLE 23 km + 20 km Cliquez sur la carte pour l’agrandir |
Rien
dans le carnet de Julienne (page 6 et 7) ne permet de savoir ce qu’étaient les ordres donnés au « Parc
1/122 » à cette date. On peut penser que, l’estimant sans doute du bon
coté et un peu éloigné de la future ligne de démarcation, on devait chercher
un lieu où il pourrait séjourner quelque temps avant d’être fixé sur son
sort… Les
choses se précisent dès le 29 juin puisque la petite unité de l’Armée de
l’Air en retraite, suivie par quelques civils qui s’accrochent à ses basques,
entame une petite boucle en revenant sur ses pas un peu plus au nord, la
ramenant en gironde, à 15 km seulement de Bazas d’où elle est partie ! C’est
chez un gendarme que Julienne trouve le gîte cette nuit-là à La Réole. |

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Dimanche 30 juin de LA RÉOLE à SAVIGNAC 10 km Cliquez sur la carte pour l’agrandir |
C’est
la plus courte étape du périple de Julienne (page 7). En 1940 le pont-suspendu du Rouergue qui
franchit la Garonne, fermé en 2021, était encore ouvert, donc quelques coups
de pédale lui suffisent pour rejoindre Savignac où les militaires du « 122ème
Bataillon de l’Air » commencent à s’installer sans savoir que c’est
pour plusieurs semaines. Julienne ne s’attend évidemment pas à rester près
d’un mois dans ce petit coin bucolique de la rive gauche le la Garonne avant
d’apprendre ; d’abord où de trouve le GC III/6 et son mari, puis où
sa famille est réfugiée et de de se décider alors à la rejoindre dans le
Puy-de-Dôme par tous les moyens et quelles qu’en fussent les difficultés.
Mais elle pourra finalement voir sa mère et da famille avant d’aller
retrouver son mari Joseph en Algérie... |

4. AU
PURGATOIRE À SAVIGNAC (GIRONDE)
De fait, Julienne Bibert va passer 26
jours à Savignac en ne remplissant que 8 pages de son petit carnet d’exode (page 7 à 14). C’est peu ; en écrivant ci-dessous la
suite de ce récit nous avons donc pris en compte toutes les autres informations
que nous avons pu recueillir par ailleurs.
Rappelons que livrés à eux-mêmes, les
civils du « parc 1/122 », petit appendice du « Bataillon de
l’Air‑122 », sont à ce moment en situation de
« réfugiés », comme les centaines de milliers de Français qui, ayant
fui l’Allemand, se trouvent dans le sud de la France dans l’expectative du
lendemain. Leurs préoccupations immédiates sont de trouver gîte et nourriture,
de savoir où se trouvent leurs proches et d’attendre une autorisation et un
moyen pour rentrer chez eux, sans savoir ce qu’ils y trouveront. Avec le temps,
certains diront quand-même pour se débarrasser de leurs angoisses de
l’époque : « ce fût
quand-même un peu des « petites vacances » !
Pour les militaires c’est
autre-chose : ils font tous partie d’une chaîne hiérarchique très
disciplinée qui ne s’est pas brisée. Les ordres sont de s’installer autour de
Savignac et d’attendre : les officiers de l’État‑Major choisissent
ce qu’ils trouvent de mieux ; ce sera le Château du Mirail à Brouqueyran,
à 10 km au sud du centre
du village ; les autres officiers et les plus gradés des sous-officiers
ont un « billet de logement » pour trouver à se loger chez un
habitant ; les sergents et les hommes de troupe se contenteront de la
paille des granges de quelques fermes isolées. Peu à peu, certains d’entre eux
seront mis « en congés d’armistice », ou simplement
« démobilisés » ; ce qu’attendent avec impatience les simples
soldats incorporés en 1939…
Arrivée le dimanche 30 juin à Savignac (page 7), julienne s’est vu offrir une chambre pour
la nuit par le lieutenant AUQUE (et non AUCH : Note 3), mais 8 jours plus
tard elle eut à connaître le charme des nuits dans la paille d’une grange…
Note 3 - Deux possibilités : André Louis Paul
(1915/2007) ou Gilbert Marcel Louis (1914/1977), tous deux « de
réserve » et capitaines en fin de carrière.
La première semaine à Savignac : il fait beau, elle se retrouve en pleine campagne au lieu-dit « Flouquet », à 2 km du centre du bourg, dans une ferme isolée qui dispose d’un « séchoir à tabac où les réfugiés dorment sur la paille ». Le petit groupe de 5 civils qui s’est constitué avec elle à Bazas — Jeanne Mauger, Mademoiselle Saintif, Landré et M. de Villoutreys (Note 4) — prépare et prend les repas dehors, « en popotte », comme elle l’écrit en reprenant cette expression militaire. Ils fêtent l’anniversaire de Jeanne Mauger le 1er juillet, vont « aux foins », ramassent du bois mort (page 8). Parfois ils mangent en retard parce que le « feu de bois » sur lequel ils cuisinent a du mal à prendre ; « jeudi, vendredi, rien de spécial, « la vie de campement continue » (page 9) …
Note 4 : Julienne à inscrit à la fin de son
carnet :
Hubert de Villoutreys (FXB : Vicomte de Brignac)
Bois-Grollier (FXB :
Château de Brignac)
Par Seiches s/Loir (Maine et Loir)
Une confirmation par sa famille a été demandée via
« Geneanet » : en attente de réponse
Savignac
– Lieu-dit « Flouquet » - Route des gravières
À
gauche : via « IGN Remonter le temps » - Photo aérienne 1950
versus carte 2026
Cliquez sur l’image ou
ici pour accéder à l’application
À droite : La ferme de Flouquet en 2010 semble à l’abandon
4) Lettre du 2 juillet de Marie-Thérèse Lagrange-Chédeville (sans enveloppe) : comme celle du 16 juin, lettre adressée à
son mari Henri et à sa fille Julienne, qu’ils n’ont pas pu lire, sans doute
arrivée ou récupérée à Chartres par la suite à Chartres par Lucie Lagrange.
Ce Samedi 6 juillet 1940 (page 9) : le petit groupe perd un de ses membres ; Melle Saintif (Note 5) a pu prendre contact avec un membre de sa famille
qui peut l’accueillir à Dieupendale dans le Tarn-et-Garonne et elle prend le
train à La Réole pour Montauban.
Note 5 : Julienne a noté en effet à la fin de son
carnet cette adresse :
E. Saintif - Chez Mme RIGAL Arnaud
Quartier Lamotte – Dieupentale prés Montauban (Tarn et Garonne)
et via le site de généalogie « Geneanet » nous
avons trouvé « Henri Louis Gustave Saintif » marié
le 27 avril 1918 à Dieupentale (82), avec « Marie Louise
Rigal » et « Arnaud Rigal » marié le 25 novembre 1879
à Dieupentale (82) avec « Marie PÉDÉMONS » ; cette
dernière pourrait‑elle être sa grand‑mère ?... Peut-être qu’un
jour un membre de la famille pourra nous le confirmer !
Ce même jour Julienne
se rend au château du Mirail à Brouqueyran pour tenter d’avoir des nouvelles de
« Dolph » (Adolphe,
second prénom de Joseph son mari, est le prénom usuel en Alsace) par les officiers de l’état-major du 122ème
Bataillon de l’Air. Sans résultat. Mais dans la soirée elle rencontre le
lieutenant SAUTHERON (Note 6)
qui lui annonce que le « 3/6 » (Groupe de Chasse GC III/6) est en Afrique (page 10),
sans autre précision, ce qui est pour elle à ce moment une très mauvaise nouvelle. Elle note aussi une
rencontre d’un certain PONTET (inconnu) à la Réole.
Note 6 : Orthographe approximative : pas de
Sautheron officier de l’Armée de l’Air (mais SAUTEREAU ou SAUTEREY)

C’est
au Château du Mirail, à Brouqueyran (10 km de Savignac)
que se sont installés les officiers du 122ème Bataillon de l’Air en
juin/juillet 1940
Il
est toujours en 2026 la propriété de la famille de LAMBERT des GRANGES
5) Carte du 6 juillet de Denise Vallée-Lagrange : Denise Vallée, fille de Henri Lagrange
se trouve à Brive-la-Gaillarde en Corrèze et envoie une carte postale de cette
ville à sa belle mère Marie-Thérèse Lagrange à Vodable. Elle est sans nouvelle
de toute la famille mais elle connaît l’adresse de Vodable depuis le 14 juin
lorsque Georges Chédeville, son quasi-frère, était passé au Coudray (voir plus haut : lettre
n° 2) de Marie-Thérèse Lagrange
du 17 juin 1940). Cette carte avait été conservée par sa
demi-sœur Lucie Lagrange.
La seconde semaine à Savignac : « Cafard et désespoir » ; il pleut, elle doit maintenant se
contenter de la paille du séchoir à tabac, comme quelques « militaires du bureau », comme son amie Jeanne et aussi comme Mme
LE TALLEC (Note 7) ; et maintenant
elle se désespère de savoir son mari Joseph en Afrique…
Note 7 – Née Marie Madeleine Boutrouche, de Chartres, veuve
de l’adjudant Léon Le Tallec, du GC III/6 qui s’est tragiquement tué par
accident aux commandes de son Morane MS.406 au début de la guerre (25 novembre
1939) ; elle a été alors employée au parc 1/122.
A la date du lundi 8 juillet 1940 elle
écrit (page 10)
: « Une lettre de Mme BORREYE » - Sophie Borreye qui travaille
dans la mercerie familiale à Chartres, est l’épouse du sergent Omer Borreye
également mécanicien au GC III/6. Cette lettre n’a pas été retrouvée. Julienne
écrit à la suite : « Semaine
calme. Toujours sans courrier » (sous-entendu,
de la famille), puis « J’écris à Constantine (*) et à
Philippeville (**) ».
(*) Constantine : dès son arrivée à Savignac Julienne mit la pression sur les officiers
du 122ème pour savoir où pouvait être le GC III/6.
Officiellement, pendant toute la « Campagne de France », la
position des unités était secrète ; pour écrire à un militaire l’adresse
était simplement « SP XXX » (SP : pour Secteur Postal et XXX un
numéro propre à l’unité – SP 814 pour la Groupe GC‑III/6) et la « Poste aux
Armées » faisait le nécessaire. Cependant, il y avait mille combines pour
que les épouses des aviateurs puissent en savoir plus…
Dans la grande confusion du mois de juin 1940, Julienne n’avait pas su
que le III/6 avait quitté la Seine-et-Marne (Coulommiers) pour le Var (Le
Luc-en-Provence), que Joseph était parti à Toulouse pour réceptionner les
nouveaux avions affectés à son Groupe, les fameux Dewoitine 520, que le Général
Vuillemin avait donné l’ordre le 16 juin d’évacuer le III/6 en Algérie (avant les armistices) et que via Marseille et une
difficile traversée de la Méditerranée sur un vieux cargo et quelques
péripéties, joseph n’avait finalement retrouvé ses avions sur un petit terrain
d’aéro-club à Constantine que le 1er juillet.
Le III/6 n’était resté finalement que 10 jours à Constantine avant de
s’installer à Alger Maison-Blanche le 11 juillet. Et, si les officiers du 122ème
pouvaient en avoir quelques informations, la discipline devait être
respectée : le lieutenant Sautheron l’avait déjà bousculé en lui disant
« Afrique » ; parler de « Constantine », c’était
beaucoup trop !
Omer Borreye, pour sa part avait fait la traversée de la Méditerranée
avec quelques autres mécaniciens dans un hydravion civil avec leur
caisse-à-outils, pour être sur place lors de l’arrivée des Dewoitine en A.F.N.
Il se trouvait donc dès le 25 juin à Constantine avec le commandant du Groupe
qui ferma sans doute les yeux sur l’envoi de quelques messages « non
officiels » ! Son épouse répercuta l’information qu’elle reçu et
c’est ainsi que le 8 juillet Julienne pensa son mari installé à Constantine.
Au hasard, elle avait déjà écrit plusieurs lettres à Saint-Tropez car
la presse avait annoncé que des avions italiens y avaient été abattu en citant
le nom d’un pilote du III/6 ; elles lui étaient évidemment revenues
« non distribuées » (lettres non retrouvées) et le 8 juillet elle posta
une nouvelle lettre pour Constantine, mais le III/6 avait quitté cette ville
lorsqu’elle y arriva !
(**) Philippeville : Edmond Chédeville (1881/1943), était un petit-cousin de
Julienne Bibert (née Chédeville). Il était douanier et avait été volontaire pour
prendre un poste à Philippeville vers 1905. Il s’y maria en 1912 et fonda
famille. Julienne avait fait sa connaissance à Chartres dans les années 1930
quand il était venu présenter son épouse Madeleine (née PÉRUZZI à
Philippeville) à la famille. Elle lui écrivit donc une lettre ce 8 juillet 1940 qu’il
reçut le 19. Edmond se renseigna immédiatement et apprit que le III/6 était à
Alger - Maison Blanche, avec confirmation que le sergent Bibert s’y trouvait.
Il écrivit immédiatement deux lettres, postées le samedi 20
juillet : la première à Julienne (Parc 1/122 – Savignac) qui ne l’a reçue pas, et la seconde au sergent
Bibert qu’il ne connaissait pas, adressée au « Groupe III/6 à Alger -
Maison Blanche ». Cette lettre fut distribuée miraculeusement au premier
passage du facteur le dimanche 21 ce qui permit à Joseph de télégraphier
immédiatement à Savignac (voir plus bas à la date du 20 juillet : Lettres n°11).
6) Lettre du 10 juillet d’ Henri
Lagrange à sa belle‑fille Julienne Bibert-Chédeville : Il est chartres depuis 5 jours. L’enveloppe n’a pas été conservée, mais le
tampon départ à Chartres est sans doute le même (11/07/1940) que celui de la lettre qu’il a écrite le même jour à son épouse. Il ne
raconte pas dans la lettre à sa belle-fille comment il est remonté de La
Teste-de-Buque à Chartres ; il dit simplement « Bon voyage » ; « les Allemands le
long de la route ont été très agréables » ; à Saint-Chéron « il n’y en
a pas dans les maisons » … mais on comprend son amertume quand il précise que celles-ci ont été
fouillées, mais par « des réfugiés et
des voisins peu scrupuleux ». On croirait presque en conclusion qu’il
ne s’est pas passé grand-chose depuis trois semaines : « à Saint-Chéron, la vie reprend son cours, tout le monde
est à peu près rentré dans le quartier… » ; une lettre quasi-normale en France en
été ; presque un retour de congés-payés ordinaire !
Julienne recevra cette lettre le 20 juillet (voir plus bas). Elle y trouvera l’adresse de sa mère et de
sa famille ; « Vodable » dans le Puy-de-Dôme… moins de 250
km ! Mais elle avait eu la bonne surprise de recevoir enfin une lettre de
Vodable deux jours plus tôt !
7) Lettre du 10 juillet d’ Henri
Lagrange à sa femme Marie-Thérèse Lagrange : Il raconte en une phrase son voyage en
Gironde : « Je suis parti de
La Teste près de Cazaux et après 7 jours de bicyclette je suis arrivé à
Chartres » : rien que de normal ! Cette lettre qui donne aussi des nouvelles
rassurantes de ses enfants Andrée, Robert et Denise et de son petit-fils Paulo
est globalement la même que celle écrite à Julienne le même jour. La vie
reprend à Saint-Chéron… presque comme avant, sauf qu’il manque la maîtresse de
maison : « Je fais ma cuisine
mais ce qui me coûte le plus c’est d’aller aux provisions. A midi j’ai mangé
des petits poids avec saucisses, demain je mettrai les haricots avec
côtelettes, mais tout cela il faut aller le chercher ainsi que le pain ». Elle est arrivée le 19 juillet à Vodable.
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Mais son moral doit être vraiment en berne
puisqu’elle écrit peu dans son carnet avant le 13 juillet. Cependant il
semble qu’à la fin de cette semaine elle commence à remonter la pente grâce à
l’attention de certains de ses compagnons du moment (page 11).
Ainsi le samedi 13 juillet (page 11), dans son carnet : « dîner à Castets (Note 7) M. de
Villoutreys, Landré, Jeanne
(Mauger) » ; sans doute un aller-retour à pied
et ce n’est pas la porte à coté ; « Retour à 1 heure du matin ».
Note 7 : « Castets-en-Dorthe » à 7 km à pied
du bourg de Savignac, ancienne commune qui a fusionné en 2017 avec celle de
« Castillon de Castets », devenant « Castets et
Castillon », située au débouché du canal latéral à la Garonne et du
fleuve, sur la rive gauche de celui-ci.

Le lendemain, Dimanche 14 juillet (page 11), aucune allusion à la fête nationale mais
elle va le matin à la messe de Savignac puis retourne l’après midi « au cantonnement de l’École » invité par
le lieutenant CLARET » qui lui fait visiter une palombière. Elle rencontre deux connaissances,
BÉNARD et JUVENET, dont nous ne se savons rien… Orage à la tombée
de la nuit…
C’est la première fois que le nom de Claret
est cité : on verra par la suite que c’est avec ce militaire qu’elle
pourra poursuivre sa route vers le massif-central pour rejoindre Vodable et sa
famille en exode. Le terme « cantonnement de l’école » est
intéressant : il confirme l’hypothèse que seuls les « officiers
d’état-major bénéficiait du confort du « Château du Mirail » et que
les autres avaient été installés plus simplement dans l’école de Savignac.

La troisième semaine à Savignac : C’est la semaine des bonnes nouvelles pour
Julienne. D’abord, elle s’est mise en chasse pour trouver à dormir ailleurs que
dans la paille du séchoir à tabac de la ferme de Flouquet. Et elle
trouve ! Dans une petite maison isolée à proximité de cette ferme, au lieu
dit « Gravillots ». Elle est habitée par un charpentier, Raymond DUPEYRON
(de Savignac -1887), veuf depuis deux mois de Jeanne née SAGE
(de Lados - 1887/1940), sans
nouvelles de des deux fils mobilisés, qui y vit avec seulement la
« Mémé », sa belle mère, Catherine Sage née MAHOUET (1867/ ???).
Le lundi 15 juillet 1940 (page 11) : elle écrit seulement dans son
carnet : « Trouve
une chambre. Coucher dans un lit. Cela semble si doux que cet événement devient
capital. »
Ce même jour elle envoie une lettre à son
beau-père Henri Lagrange à Chartres. Puisqu’il lui avait annoncé sans sa carte
postale du 26 juin : « Nous quittons La Teste aujourd’hui 26 juin pour
rentrer à Chartres ? », elle a estimé qu’il devait être de retour à
Saint-Chéron, mais elle avait peut-être déjà posté d’autres lettres écrites
entre temps qui se seraient perdues …
Le mardi 16 juillet 1940 (page 12) : « … de meilleure humeur et le moral
meilleur aussi. »
8) Lettre du 16 juillet 1940 de Denise
Vallée-Lagrange à sa belle-mère Marie Thérèse Lagrange : Toujours à Brive la gaillarde, Denise répond à une lettre de sa
belle-mère qu’elle a reçu deux jours plus tôt. Les nouvelles se croisent sans
arrêt et il est vain finalement de chercher à savoir qui « sait » et
qui ne sait pas » en ce milieu du mois de juillet ! Si Denise ne sait
encore rien de sa sœur et de son beau-frère, de son frère et de son oncle, la
bonne nouvelle pour elle est que son époux, Raymond Vallée, toujours mobilisé,
se trouve sain et sauf à Mirabel dans le Tarn-et-Garonne (unité non connue).
Le Mercredi 17 juillet 1940 (page 12) : « Je reprends courage ». Julienne et Jeanne
Mauger s’installent dans leur nouvelle demeure, chez « Monsieur
Dupeyron et la Mémé ». Une relation d’amitié durable s’installera rapidement entre les deux
jeunes femmes et leurs hôtes. Après leur départ en fin de mois, des échanges de
lettres auront lieu (voir plus bas). Jeanne Mauger qui suivra le 1/122 jusqu’à Périgueux fera même un voyage sur trois
jours par le train (via Agen et Marmande) pour les revoir en août :
« Je suis partie le matin à 6h ; après 5 heures
de voyage, il m’a fallu attendre la correspondance pour La Réole. À Agen, les
trains ayant du retard, je ne suis repartie d’Agen que vers 18h et après un
court trajet j’ai atteint presque le but, mais là j’ai dû faire la route à pied
jusqu’à Savignac (12 km). Personne ne m’attendait n’ayant pas été prévenu, mais
ça a été une bonne surprise. Mémé était heureuse et M. Dupeyron
également. Je suis resté une journée pour me reposer et ai fait le retour dans
de bonnes conditions, mais j’étais fatiguée !
Pour sa part, dans sa lettre du 23 juillet à
sa mère (à lire dans sa totalité plus bas), Julienne
dont le moral est alors au beau fix prend le temps de raconter comment elle vit
chez M. Dupeyron :
« Ici, c’est Melle Mauger et moi qui menons presque
la maison. Une maison de campagne, d’aspect humble mais à l’intérieur
confortable, à 50 mètres de la grande route, au milieu de vignes, prairies et
bois. En bas, par un petit chemin couvert on trouve la rivière. La campagne est
jolie dans ce coin. Sûrement moins pittoresque que là où vous êtes mais sans
doute plus riche. La « Mémé » profite de notre présence pour aller
davantage dans son champ. Nous faisons cuisine et ménage et cette impression de
nous sentir « chez nous » nous réconforte. Le Monsieur, d’une
cinquantaine d’années, vient déjeuner et retourne pour n’être là qu’à l’heure
du dîner…. Il a perdu sa femme il y a 2 mois… La Mémé est sa belle-mère … il a
deux fils de 23 et 26 ans dont il est sans nouvelle depuis 40 jours. Notre
présence ici les distrait un peu de leur peine et ils ne veulent plus que nous
nous en allions ! « Quand ce sera pour retrouver votre famille, oui, mais si
c’est pour aller ailleurs ce n’est pas la peine » disent-ils ! »
Les deux jeunes femmes revêtent un jour ce
qui doit être la tenue qu’elle devaient porter dans les bureaux de la base
aérienne de Chartres, où elles étaient employées administratives civiles, pour
faire quelques photographies dans les vignes avec la « Mémé »,
Catherine Sage-Mahouet (73 ans).
Savignac - Gravillots - Chez Raymond
Dupeyron : Jeanne Mauger, La « Mémé » Catherine Sage-Mahouet et
Julienne Bibert-Chédeville
Photographies Julienne Bibert
Le lendemain 18 juillet 1940 (page 12) : « Une lettre de Maman ! Quel bonheur ! Quel
soulagement ! »
Lettre non retrouvée ou alors c’est celle du
2 juillet 1940 (voir plus haut). Nous ne savons pas comment et par qui l’adresse de Julienne a
été communiquée à sa mère, faute de disposer de l’enveloppe : elle l’a
peut-être adressée simplement « Parc 1/122 » et la « Poste aux
Armées » a démontré une fois de plus sa grande efficacité…
|
En tout cas ce n’est pas par
l’intermédiaire du Ministère
de l’Air ! Celui-ci a en effet évacué la BA l17 du Boulevard Victor
à Paris pour se « replier » et il se trouve alors à
Clermont-Ferrand. La flotte aérienne militaire française est quasiment
anéantie ou aux mains des vainqueurs, mais on a sauvé les machines à écrire,
ces belles et lourdes « Remington », « Underwood »,
« Japy », « Olivetti » ou « Typo » (Armes et cycles à
Saint-Etienne),
indispensables à chaque unité présente sur le front pour alimenter en
comptes-rendus et rapports toute la hiérarchie ! Et c’est grâce à une de
celles-ci que le « 2ème Bureau du Personnel Militaire de
l’AA », par son courrier « n°21390 P.M.2/C du 18 juillet
1940 », reçue sans doute 8 jours plus tard, a communiqué à Marie-Thérèse
Lagrange à Vodable l’adresse de son époux et de sa fille qu’elle connaissait
sans doute depuis un mois, mais ou seule sa fille avaient été présente… plus
tôt ! |
Voir
cette précieuse archive en haute définition
Évidemment Julienne, qui dispose enfin de
son adresse, répond immédiatement à sa mère : lettre du 18, tampon du 19
juillet. Elle y raconte les sommairement les dernières semaines qu’elle vient
de vivre depuis son départ de chartres jusqu’à son installation chez M.
Dupeyron ; document néanmoins précieux pour placer quelques pièces de plus
sur le puzzle que nous essayons de reconstituer ici…
Vendredi
19 juillet (page 12) : Elle rédige une seconde lettre pour sa
mère mais elle ne l’envoie pas immédiatement car on lui apprend qu’une lettre
de son beau-père est arrivée : « Je cours toute la journée après une lettre de Papa. Je ne l’ai
que samedi. Papa est à Chartres bien seul et sans nouvelles ». C’est la lettre n°6) du
10 juillet qu’on peut lire plus haut.
Du coup, le samedi 20 elle rédige une troisième lettre à
sa mère à sa mère et glisse ses six pages d’écriture et les deux de son
beau-père dans une enveloppe pour Vodable (tampon du 20, au-dos « Julienne
Bibert – Poste restante à Pondaurat »).
Les choses se précisent dans la tête de
Julienne BIBERT. La rumeur lui a dit que le 1/122 s’apprête à quitter Savignac
pour Périgueux, elle sait que sa mère se trouve dans la région de
Clermont-Ferrand et que son mari est sans-doute à Constantine. Le fait qu’elle
donne à sa mère une adresse à Pondaurat démontre que l’idée de partir pour
l’Algérie, après avoir été l’embrasser à Vodable a fait son chemin. Elle va
donc attendre chez les Dupeyron la confirmation du lieu du stationnement du GC
III/6 de l’autre coté de la Méditerranée pour tenter d’y rejoindre son
mari ! Et la chance va lui sourire en la personne du sous‑lieutenant
Claret qui de son coté se prépare à quitter Savignac pour Chambéry
(Savoie) ; le début de leur parcours respectif pourrait-être le même…
Lire
ces deux lettres à sa mère
Elle répond aussi à la lettre de son
beau-père Henri Lagrange : « Moi
je ne veux rien décider avant de recevoir des nouvelles de Dolph. Nous allons
remonter d’ici quelques jours sur Périgueux. Ecris-moi de suite Poste Restante
– Pondaurat (Gironde). De toute façon mes lettres suivront et je te tiendrai au
courant de mes déplacements. En me rendant à Périgueux je me rapproche de
Maman. Je les rejoindrai peut-être »
Également dans cette lettre deux phrases
concernant la guerre qui se poursuit entre l’Allemagne et l’Angleterre, rares
dans les lettres de cette époque où la censure est omniprésente :
« …
une offensive de l’Allemagne contre l’Angleterre semble proche… »
« …
les Allemands font évacuer les Côtes-du-Nord … »
Lire
cette lettre à son beau-père
9) Lettre du 19 juillet de Marie-Thérèse
Lagrange à son mari Henri : C’est la réponse à la lettre d’Henri Lagrange du 10 juillet 1940
n° 7) t signalée plus haut. Elle y fait le point sur les
nouvelles qu’elle a reçues des membres de la famille dispersée, informations
qui se croisent en tous sens uniquement par courrier, chacun essayant de les
compiler en les recoupant afin de prendre la bonne décision pour organiser son
lendemain. Sans trop évoquer les soucis des autres, elle fait part aussi de sa
lassitude engendrée par cet « exode » qui dure trop et qu’elle
supporte mal :
« …
quelle impatience va être la nôtre d’aller te retrouver, nous retrouver tous,
revoir les siens, sa maison, comme ce doit être bon. Quand nous permettra-t-on
de partir ? … »
« …
ici au village (les habitants quoique de braves gens), c’est la campagne dans
toute sa laideur, avec sa saleté et le manque de goût en tout … ».
10) Lettre du 19 juillet d’Andrée
Lagrange à sa quasi-sœur Julienne Bibert : C’est certainement la lettre la plus
émouvante et la plus intéressante de celles présentées dans ce récit. Andrée
Lagrange, son fils de 12 ans et « mémère Blanche », seuls tous les
trois avec un cheval et une cariole, ont vécu des heures vraiment difficiles en
fuyant les Allemands vers le sud dans la grande et tragique pagaille de ce que
fut « l’EXODE », en voyant plusieurs fois la mort de près… Il faut
lire ce document dans son entièreté. L’appréciation d’Andrée Lagrange sur les
Allemands est bien différente de celle de son père après « après huit jours et huit nuits de tourments et de doutes » passés bien inutilement sur les 90 km de routes encombrées entre
Chartres et Saint-Calais dans la Sarthe du 13 au 21 juin 1940.
11) : Lettres du 20 juillet
d’Edmond Chédeville à sa petite-cousine Julienne Bibert et à Joseph Bibert : Il faut se reporter plus haut au 8
juillet [ (*) Constantine : et (**) Philippeville ] pour comprendre l’intérêt du document.
Il concerne la réponse d’Edmond Chédeville à Philippeville (Algérie) à la
lettre que ce jour là lui a expédiée Julienne (une petite-cousine). Elle lui
demandait de faire des recherches sur « le mécanicien Joseph Bibert du GC III/6 possiblement à
Constantine. » Elle n’a jamais vu la réponse
mais le but a été atteint ! Cette enveloppe pleine a fait le trajet
Philippeville – Savignac – Périgueux – Philippeville (tampons à l’appui) pour
lui arriver vide le 5 septembre 1940 (voir plus bas lettre
n°11) à l’Hôtel de la Plage de Fort-de-l’Eau près
d’Alger … Cet objet pourrait faire le bonheur d’un philatéliste
collectionnant les enveloppes multi-taponnées … mais il restera nous l’espérons
dans notre famille !
Lire : L’histoire
improbable d’une enveloppe de juillet 1940 !
12) : Lettre du 20 juillet de
Thérèse Bibert à Julienne Bibert :
Thérèse BIBERT est une tante Joseph qui
habite Granville dans la Manche et qui répond à deux lettres envoyées par
Julienne, de La Teste-de-Buch le 18 juin et de Savignac le 15 juillet 1940 (explications dans le
fichier PDF ci-dessous).
Dimanche
21 juillet 1940 (page 12) : Julienne attendait ce moment depuis
début les premiers jours de juin quand les liaisons épistolaires entre Chartres
et le Groupe de Chasse GC III/6 en repli et dont elle ne connaissait plus la
localisation se sont taries…
|
Messe à 9 heures. A 11h un télégramme de Dolph. L’espoir renaît. La vie reprend un sens nouveau. Je vais j’espère bientôt retrouver mon mari tant chéri. Maison
Blanche ! Irai-je là te rejoindre mon amour chéri ! |
Et sous ces belles lignes, en petit
gribouillis ultérieur : « Promenade
à pied avec Claret. »,
sans doute pour se rappeler que leur projet de départ de Savignac avait pris
alors tournure.
|
UN
PEU D’HISTOIRE : LES DÉBUTS DE L’OCCUPATION ALLEMANDE Quand on effectue des
recherches sur ce mois de juillet 1940, on est sidéré de constater la
rapidité avec laquelle les Français abordent alors ce dramatique tournant de
la destinée de leur vieux pays ! Abasourdis par l’immense défaite de
leurs Armées, leur préoccupation essentielle est de tourner la page,
sans se poser beaucoup de questions sur les responsabilités immenses des
Politiques et des Militaires qui, depuis le traité de Versailles, sont restés
aveugles face aux menaces, plus préoccupés d’inaugurer des monuments aux
morts que de réfléchir à ce que devrait être la nouvelle vision diplomatique
et militaire de la France et surtout les évolutions des armements ! On a
gagné la guerre de 1914/1918 ; on a donc gardé nos vieux généraux
vainqueurs et leurs chevaux d’apparat, les chars et les avions qui ont été
quand même construits depuis en petit nombre, mais déjà obsolètes, sans la
moindre vision stratégique à l’échelon international. Heureusement, en 1939
nos armées disposent encore de dizaines de compagnies
d'aérostations (ballons captifs de protection ou d'observation) et de
transmissions colombophiles aux arrières de notre ligne Maginot
infranchissable !!! Cruelles vanités françaises malgré les
catastrophiques défaites successives ; Waterloo 1815, Sedan septembre
1870, le traité de Versailles 1919 », Sedan mai 1940, et en débordant le
cadre de l’ « exode de Julienne », Diên‑Biên‑Phu mars
1954, Evian-les-Bains mars 1962 et Sahel 2022 ! Et pourtant la troupe
n’a jamais rechigné ! … L’essentiel est de
tourner la page ! sans se poser de
questions sur la mise à bas de la République par le vieux Maréchal Pétain et
de ses acolytes, sur ces députés qui, retournant complétement leur veste,
leurs ont signé les pleins pouvoirs, sur cette presse immédiatement
antibritannique qui s’engouffre sans broncher dans l’antisémitisme et la
collaboration. On change nos règles : on se débrouillera… notre
imagination pour cela est sans limite ! Lire par exemple cette page d’un journal régional (sur la ligne de démarcation) du 14 juillet 1940 On a perdu la guerre : finalement les
restrictions imposées par les préfets déjà aux ordres de nos vainqueurs ne
sont pas si terribles que cela ! |
13) : Lettre du 21 juillet de
Marie-Thérèse LAGRANGE à Henri LAGRANGE : C’est seulement quand nous avons exploité tardivement cette
lettre que nous avons compris qu’une personne non citée par ailleurs était
également partie pour Vodable le 11 juin 1940 et que le groupe familial était
en fait constitué de 11 personnes ! Nous avons fait alors les
modifications nécessaires dans ce texte ! Dans son courrier, Marie-Thérèse
glisse en effet la liste du groupe en vue d’obtenir les autorisations
administratives pour leur retour. Notre base généalogique familiale nous a
permis de savoir rapidement que « Madame Martin » ne
pouvait être que Berthe Martin (née Néel) (1874/1956), veuve de Louis Martin
(1872/1932), la mère de Lucienne Chédeville (née Martin). Des courriers
postérieurs le confirme nt d’ailleurs…
La quatrième semaine : Pour mémoire –
En cours de rédaction définitive
Lundi 22 juillet 1940
Après midi à La Réole pour télégraphier.
Pluie pour le retour.
Une lettre de Mme Borreye.
Au retour. Partirons-nous pour l’Algérie ?
J’écris Une longue lettre à Dolph où je mets tout mon espoir de le retrouver.
Mardi 23 juillet 1940
Reçois une lettre de Papa (Henri Lagrange).
J’écris longuement à Maman.
Le temps est maussade. Pas de soleil. Du
vent.
Je ne sors pas l’après midi.
Visite du sous-lieutenant Auque et de M.
Landré.
Mercredi 24 juillet 1940
Projet de départ avec le sous-lieutenant
Claret pour rejoindre Maman.
Jeudi 25 juillet 1940
Préparatifs.
Sortie le soir par un clair de lune
splendide.
Chez M. Dupeyron, reçu des nouvelles.
Vendredi 26 juillet 1940 (page 14)
M. Dupeyron nous quitte à 2 heures.
Nous sommes émus et nous quittons à regret.
Départ avec sous-lieutenant Claret à 5
heures après chargement des bagages et prises de photos.
Nous rencontrons sur la route de La Réole le
Parc partant pour Périgueux.
Dîner et coucher à Le Buque où nous sommes
arrivés par un soleil couchant magnifique.


À
gauche : la « Dépêche de
Brest » du 20 juillet 1940 — À droite : le « Petit Havre »
du 21 août 1940
Dimanche 28 juillet 1940
Départ 10h 1/2. -Roulons jusqu’à Murols
où nous arrivons à 16h. Trouvons Melle Honoré.
Goûter au lac Chambon.
Montée en montagne. Descente par la Vallée
de Jassa. Dîner chez Melle Honoré. Coucher Hôtel de la Poste.

En cours de rédaction : Dernier
ajout : 13/07/2026 (16h 00)