L’EXODE de JULIENNE BIBERT, ma mère,

de CHARTRES à ALGER avec sa BICYCLETTE

du 12 juin 1940 au 19 août 1940

 

 

 

Une simple « petite histoire » de la guerre 1949-1945

« Ce sont les petites histoires qui font la Grande Histoire !

 

Julienne BIBERT - Chartres 1940   Julienne BIBERT - Alger 1940

En gonflant sa bicyclette à Chartres au 65, de la rue Saint-Chéron, Julienne BIBERT, employée sur la Base Aérienne 122 de Chartres, ne se doute pas encore que grâce à celle-ci, à sa ténacité et à ses efforts, elle pourra retrouver à Alger son époux Joseph BIBERT, aviateur en guerre replié en A.F.N. avant l’Armistice, après un périple de 68 jours !

 

Voir : « Les Hommes du Groupe de Chasse GC III/6 »

 

L’histoire du prestigieux Groupe de Chasse GC III/6, en guerre de fin août 1939 à mai 1945, Groupe dans lequel Joseph BIBERT a été mécanicien jusqu’en avril 1944, racontée longuement sur ce site ne serait pas tout à fait complète sans le récit de l’incroyable traversée de la France et de la Méditerranée que Julienne BIBERT a faite pour rejoindre son époux à Alger après l’armistice ! Le sergent BIBERT avait bénéficié d’une première permission (exceptionnelle) de 24 heures le 5 octobre 1939 pour se marier ; la cérémonie avait été prévue le 31 août 1939 ; mais à la veille de la mobilisation générale du lendemain, les aviateurs avaient été déjà mis en alerte maximum sur leur base. Mariage annulé !

Le jeune couple put heureusement passer 6 jours ensemble en mars 1939 avant l’invasion allemande ; seconde et dernière permission ! Avant de quitter Julienne, prévoyant que tout ne serait pas rose dans les mois à venir, il lui dit alors :

« Quoi qu’il arrive, ne te sépare jamais de ton vélo !!! »

 

 

Julienne CHÉDEVILLE, ma mère est née le 11 août 1914 au n°20 de la rue du Puits-Drouet. Son père ayant été tué à la guerre dès septembre 1914, sa mère Thérèse Marie VIVIEN épousa en 1920 en secondes noces un homme veuf nommé Henri LAGRANGE. La famille recomposée, avec les trois enfants LAGRANGE (André, Denise et Robert) et les deux enfants CHÉDEVILLE (Georges et Julienne), s’est alors installée en mai 1922 au n°65 de la rue Saint-Chéron, la maison où d’ailleurs Henri avait vu naître ses deux derniers enfants, et qu’ils achetèrent en commun. Une demi-sœur des 5 enfants, Lucie LAGRANGE est ensuite née en février 1922. Jusqu’à la guerre, la famille vécut très heureuse dans la coquette maison familiale : dans la rue Saint-Chéron et la rue du Puits-Drouet vivaient à quelques centaines de mètres des grands-parents, des oncles et tantes, des neveux et nièces, des cousins et cousines plus ou moins éloignés et beaucoup d’amis : les rues de Saint-Chéron et du Puits-Drouet étaient encore comme deux petits villages dans lesquels depuis des siècles, la majorité des mariages se faisaient entre les enfants des rudes vignerons qui y vivaient modestement…

 

Chartres - 54, rue Saint-Chéron - Famille  CHÉDEVILLE - VIVIEN - LAGRANGE

Lire : En descendant la rue Saint-Chéron…

 

Et les Allemands entrèrent dans Chartres le dimanche 16 juin 1940 ! Depuis plusieurs jours des colonnes de réfugiés les fuyaient vers le sud‑ouest et traversaient dans le plus grand désordre la ville par ce qui est aujourd’hui la N.10, qui de Paris passe par Rambouillet, traverse l’Eure à Chartres en ayant longé à sa droite sur le plateau le terrain d’aviation civil et militaire (Base 122) avant de plonger immédiatement vers l’Eure qu’elle traverse 1 km plus bas sur le pont de la Courtille, puis c’est Tours, Poitiers, Angoulême, Bordeaux…

Lire : L’arrivée des Allemands à Chartres

Calendrier juin et juillet 1940

 

 

 

1.  LA FAMILLE SE DISPERSE

 

Georges Chédeville, 30 ans, est commerçant à Rambouillet : bien qu’ayant fait son service militaire au 501ème de cavalerie, il a été renvoyé chez lui 21 jours après la mobilisation générale, ayant plusieurs bonnes raisons d’être mis en « affectation spéciale ». Devant l’avance allemande, il a d’abord gagné Chartres avec son épouse Lucienne et leurs deux petites filles, Bernadette 4ans ½ et Élisabeth (2 ans½) pour retrouver dans la maison familiale sa mère Marie-Thérèse (épouse Lagrange) et sa ½ sœur Lucie Lagrange (18 ans).

La décision de partir tous les six vers le sud, où ils savaient pouvoir être hébergés par relation dans un petit village du massif-central nommé Vodable dans le département du Puy-de-Dôme (63), à 3 km au sud d’Issoire, a vite été prise. Deux voitures lourdement chargées, celle de Georges (4 places) et la Peugeot 201 cabriolet (2 places) que Julienne et Joseph et Bibert, mes parents, avait acheté le 10 octobre 1939 lors de leur mariage express, ont donc déjà quitté Chartres le mardi 11 juin (*), la 201 étant conduite par sa femme Lucienne.

(*) Date connue par une lettre de Marie Thérère Lagrange du 2 juillet : « Voilà trois semaines ce matin que nous avons les uns et les autres quitté Chartres… »

Julienne Bibert (Chédeville), 26 ans, et son beau-père Henri Lagrange, pour leur part, sont tous les deux employés civils du « Parc 1/122 », l’établissement militaire de la « Base Aérienne122 » qui assure divers services communs (pôle administratif, magasins, ateliers, garage) au profit des unités qui y stationnent. Malgré l’avance des Allemands, ils sont restés à leur poste avec quelques collègues, dormant sur place, prêts à partir avec le personnel militaire du « parc » une fois l’ordre d’évacuation donné. C’est le mercredi 12 juin qu’une petite colonne de cars, camions, camionnettes militaires remplis irraisonnablement d’archives, de matériel divers et d’effets personnels quitte Chartres, direction Tours ; Julienne a pu y embarquer « sa malle » car elle espère pouvoir retrouver son mari quelque part en France et son beau-père Henri une petite valise ! Mais ils ont surtout pu faire accrocher leur vélo sur le toit d’un car au-dessus d’autres bagage avec la complicité d’un gradé…

Henri Lagrange : employé civil du « Parc 1/122 » sur la Base Aérienne 122 de Chartres en juin 1940

 

Andrée Lagrange, 32 ans, l’aînée des enfants, et son époux Pierre Vallet exploitent une petite ferme au Coudray, à quelques kilomètres de la rue Saint-Chéron. Ils ont un fils « Polo » qui a 12 ans ½. Abandonnant leurs bêtes, au dernier moment, ils partent précipitamment avec une cariole sur les routes du sud englués dans la masse en désordre des Français en fuite…

Denise Lagrange, 25 ans, employée de maison, et son époux Raymond Vallée, ouvrier, habitent modestement en banlieue parisienne ; son frère cadet Robert Lagrange (23 ans) est pompier de Paris ; Raymond est aux Armée ; la famille est sans nouvelle d’eux depuis plusieurs jours…

 

 

 

2.  LES PETITS CARNETS DE JULIENNE CHÉDEVILLE

 

Les "petits carnets de Julienne BIBERT"

Les "petits carnets de Julienne BIBERT"

Les "petits carnets de Julienne BIBERT"

 

La maison familiale situé au 65 de la rue Saint-Chéron qui est parallèle au sud à la N°10, n’est située à vol d’oiseau qu’à moins de 200 mètres du terrain d’aviation ; juste la route à traverser en passant à travers le jardin et les prés. De solides amitiés s’y sont nouées. Trois sergents aviateurs en particulier, Alfred Krieger dit « Frédo », Robert Gonzalès et Joseph Bibert y passent souvent… « Frédo », début 1934 avait offert à Julienne, qui allait avoir bientôt 20 ans, un premier agenda publicitaire des établissements LIORÉ & OLIVIER en cuir rouge sur lequel ma mère prit l’habitude d’y noter régulièrement non seulement les événements principaux de sa vie, mais aussi parfois ses états d’âme et celui de son moral… Elle l’a conservé, ainsi que le second identique de 1935 : documents précieux pour ma sœur et moi-même nous ayant permis de reconstituer en partie le puzzle de cette époque et aussi de mieux légender de nombreuses photographies…

Sans doute trop personnels, elle n’a pas voulu que ceux de 1936 à 1939 (s’ils ont existé ?) lui survivent. Par contre, pressentant certainement l’éminence de l’attaque allemande qui allait survenir le 10 mai ; elle s’est procuré fin avril 1940 un petit carnet constitué de petites feuilles perforées (11,5 x 6,5cm) retenues sans doute dans une petite reliure à 6 anneaux : seuls les 45 feuillets (90 faces) écrits recto verso ont été conservées. Elle les a placés dans une simple enveloppe marquée « carnet d’exode » qui a été retrouvée après son décès en 2015 ; c’est ainsi que les 68 jours de son épopée à travers la France et la Méditerranée peuvent être racontée avec l’aide de ce qu’elle a pu très rarement nous en dire, de la partie de son courrier sauvegardé et des photographies qu’elle a faites avec un bel appareil 6x9 Voigtlander.

Ma tante Lucie qui connaissait mon appétence pour la généalogie et l’histoire de notre famille m’avait d’autre part confié quelques années avant son décès en 2010 un carton rempli de vieux papiers plus ou moins intéressants. En fouillant mieux, j’y ai trouvé beaucoup plus tard une dizaine de lettres datées de juin et juillet 1940 échangées par différents membres de la famille ; elles n’avaient pas forcément atteint leurs destinataires, mais les « Postes Françaises » n’ayant jamais cessé de fonctionner malgré la guerre, elles avaient fini par arriver (ou être retournées) des semaines plus tard à Chartres rue Saint-Chéron… Un vrai trésor ! J’en ai transcrit de nombreux paragraphes pour donner vie à ce récit…

 

Cliquez sur l’image pour l’agrandir plein écran

Le trajet d’exode de Julienne BIBERT complet, de Cazaux (33) à Vodable (63), a été volontairement reporté sur une carte Michelin récente (2015) pour en faciliter la lecture. Par contre c’est sur la carte de 1941 (seconde guerre mondiale) que figurent les trajets journée par journée (voir plus bas).

 

 

 

3.  DE CHARTRES à CAZAUX et à LA TESTE de BUCH

 

Carnet d'exode de Julienne BIBERT1

Carnet d'exode de Julienne BIBERT2

Carnet d'exode de Julienne BIBERT3

Carnet d'exode de Julienne BIBERT4

Nota : il est probable que les pages 3 et 4 ont été écrites quelques jours après l’arrivée dans le sud-ouest. C’est sans doute pour cela que sur la 3 il faut lire « Mercredi 12 juin » et non « Mardi » et que sur la 4 « 20 » est une surcharge d’une date rectifiée…

 

Au moment le l’attaque allemande du 10 mai 1940, Julienne est donc en possession d’un petit carnet qu’elle destine manifestement à la relation de ce qu’elle va voir de la guerre. Ce sont bien entendu les deux premiers bombardements de Chartres du 19 mai et du 3 juin qu’elle y note.

Le dimanche 19 mai, c’est en fait le terrain d’aviation de Chartres et non la ville qui a reçu des bombes allemandes. Une première alerte a eu lieu vers 8h 00 du matin : c’est un Dornier 17 de reconnaissance isolée qui s’est présenté sur zone et qui a été mis en fuite par la 78ème batterie de DCA du Coudray. L’avion allemand a pu transmettre en Allemagne que « 100 avions dont 40 bimoteurs » étaient posés sur le terrain de Chartres, d’où une nouvelle alerte de 16 h à 17 h et c’est un peu après qu’ont retenti les sirènes de la troisième alerte de la journée (17h 45 d’après les rapports) ; ce sont seulement 4 Junker 88 qui lâchent leurs bombes à 18 h comme l’a écrit Julienne ; quelques chambres de sous-officiers et des baraquements sont assez sérieusement endommagés.

Par contre le lundi 3juin, c’est beaucoup plus grave, et Julienne ne détaille pas ce qu’elle doit sûrement savoir. En fait, ce sont des centaines de bombes qui pleuvent autour du terrain d’aviation et à Lèves : il y a 7 morts et 12 blessés parmi les soldats français et 4 morts civils. Jean-Jacques François, qui a raconté en 4 tomes « La Guerre de 1939-1940 en Eure-et-Loir » dans ses moindres détails, a même situé chaque bombe tombée à l’est de l’Eure sur la ville et les bâtiments de la BA 122 (voir le plan ci-dessous). Qui plus est, une bombe est justement tombée (rond rouge) avenue Neigre (et nom Nègre) détruisant le petit logement que Joseph avait loué au n°13 pour que son épouse puisse enfin couper le cordon-ombilical avec la rue Saint‑Chéron en attendant son retour, croyant que la guerre serait courte ! Ce qu’elle n’avait pas fait : heureusement finalement, mais les quelques meubles, le peu de linge et de vaisselle qui s’y trouvaient furent quand-même perdus à part le très vieux et robuste coffre de vigneron familial en chêne massif qui, ayant ensuite beaucoup voyagé, se trouve en 2026 dans mon appartement (François-Xavier Bibert) !

Voir en bas de la page : « Album photographique n°5 de Joseph Bibert »

Quant à la rue Saint-Chéron, elle ne fût pas épargnée, car au n°65, dans le jardin de la maison familiale, le « sapin bleu » auquel tenait particulièrement sa mère Marie-Thérèse fut étêté par une bombe tombée sans exploser (voir photo ci-dessous) !

 

Bombardement allemand de Chartres du 19 mai 1940 - Bombe au 13, avenue Neigre   Bombardement allemand de Chartres du 19 mai 1940 - Bombe inexplosé au 65, rue Saint-Chéronau 13, avenue Neigre

 

Toutes les portions de cartes routières ci-dessous peuvent être ouvertes en grande taille en cliquant sur les miniatures. Elles proviennent de la carte « MICHELIN » de la seconde-guerre mondiale, publié en en 1941 (base de 1938, avec quelques repères à vocation militaire supprimés) sur laquelle la ligne de démarcation bien visible figure en rose. Les trajets de Julienne y ont été ajoutés en bleu.

 

 

Mercredi 12 juin

 

de CHARTRES

à POITIERS

243 km

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Rappel : Julienne et Henri quittent donc Chartres le 12 juin. Les personnels militaires du « Parc 1/122 » et les employés civils — sans doute volontaires — qui partent avec eux ont chargé au mieux les cars, camions et autres véhicules de l’Armée de l’Air disponibles avec ce qui a paru essentiel et le bagage de chacun. Puis ils s’y sont entassés au mieux.

Julienne quitte Chartres avec l’espoir qu’en restant au contact des aviateurs de la BA 122 dont dépend toujours le GC III/6, elle pourra rapidement savoir où se trouve ce « Groupe de Chasse » et son mécanicien de mari afin de tenter de rejoindre celui-ci. Son beau-père Henri Lagrange espère pour sa part avoir l’occasion de rejoindre plus facilement son épouse en exode ! Et tous les deux ont réussi à faire charger leur bicyclette sur le toit d’un car au dernier moment !

Le convoi arrive à Poitiers tard le soir ; dîner léger, fatigue et petite nuit d’incertitude sur l’avenir…

 

 

 

 

 

 

 

Jeudi 13 juin

 

de POITIERS

à BORDEAUX

et CAZAUX

285 km

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Pourquoi Cazaux ? Depuis de septembre 1939 toutes les escadrilles de Chartres sont en guerre sur le front et seul un C.I.C. (Centre d’Instruction à la Chasse) a été installé à leur place. À partir du 10 mai, les meilleurs pilotes dont des Tchèques exécutent des missions de guerre pour défendre la base, mais le C.I.C. face à l’avance allemande est évacué à Cazaux à partir du 23 mai. Une poignée de pilotes reste sur place ; ils sont alors constitués en patouilles de « Défense Aérienne du Territoire (DAT) » ; les « rampants » et les personnels du « Parc 122 » évacuant la base, ces derniers « volants » de Chartres devront abandonner la partie (et beaucoup d’avions) et s’envoler vers le sud-ouest…

Je n’ai pas pu mettre la main sur la moindre archive officielle concernant le déplacement de ce convoi hétéroclite ; on peut supposer simplement qu’il ne devait pas pouvoir rouler très vite ! Et, sachant que ce mois de juin a été particulièrement chaud du coté de Bordeaux, on peut estimer que ce devait être infernal dans les cars ! L’arrivée à Cazaux, même à une heure tardive, a dû être un grand soulagement pour ceux… qui ignoraient (peut-être ?) qu’au même moment des millions de Français fuyaient l’Allemand sur les routes dans des conditions apocalyptiques…

Les militaires sont des gentlemen et Julienne échappe à une nuit dans les baraquements (dortoirs ? de la troupe ; on lui offre la possibilité d’avoir un vrai lit chez l’adjudant Roger Merci à lui !

Le vendredi 14 juin, repos sur la base. Pour la nuit, les femmes sont logées en ville chez l’habitant.

 

Camp de Cazaux  - Photo aérienne (vers 1950)

Photo aérienne du camp de Cazaux après la guerre

 

 

 

Samedi 15 juin

 

de CAZAUX

à La TESTE de BUCH

5 km

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Afin de désengorger un peu le camp de Cazaux la plupart des civils non indispensables est déplacé à La Teste‑de‑Buch, petite commune attenante à Arcachon.

C’est sans doute avec son amie Jeanne MAUGER qui comme elle est secrétaire civile au Parc 1/122 (première femme embauchée, elle y travaille depuis 1936) qu’elle découvre les abords du bassin d’Arcachon. Premier hébergement le 15 juin « Maison LALANNE » (FXB : 16, rue Gaston de Foix). Pour sa part, Henri Lagrange, son beau-père semble être encore à Cazaux.

16 juin : Aucune information sur son accident au pied qui a dû nécessiter une piqûre antitétanique ?

Pour les 4 nuits du 16 au 19 juin, elles sont installées dans ce qu’elle nomme « Cinéma – Pension Café Franklin », sans doute réquisitionné, ce qui m’a permis de retrouver une carte postale d’avant-guerre de ce gros établissement transformé dans les années 1960 et détruit en 2023.

Le 20 juin ; nouvelle « bonne installation » chez « Mme BOUQUÉ (ET ?) » (Recherches infructueuses) chez qui elle passera ses 4 dernières nuits à La Teste‑de‑Buch.

 

 

Informations complémentaires ou rectificatives :

 

Les textes dans les cadres ci-dessus (CARTE du trajet – DATE et KILOMETRAGEÉVÉNEMENTS) sont ce qui ressort uniquement du « PETIT CARNET D’EXODE ». Mais ils peuvent aujourd’hui être complétés ou rectifiés grâce aux nouveaux documents familiaux retrouvés depuis.

 

Voilà ce qu’à écrit Julienne BIBERT à sa mère dans sa première lettre du 17 juillet 1940 (voir plus bas) :

 

« Après deux jours de car nous sommes arrivés à Cazaux le 13 (juin) au soir, mal reçus au camp (billets de logement). Le 15 nouveau départ pour La Teste : les femmes, nous couchons en dortoir dans les salles réquisitionnées par l’armée, les hommes encore plus mal installés que nous. Nous avons donc cherché à nous loger par nos propres moyens. C’était bien difficile, il y avait tant d’évacués ! Moi, le trouvais une chambre avec Melle Mauger et Melle Saintif. Papa, une petite maison : 2 chambres et 1 pièce avec M. Macé (de la rue Saint-Brice) et M. Bourgeois (monsieur déjà replié de Reims et avec nous au bureau). Nous nous voyions chaque jour et je m’occupais du linge ayant la facilité de laver dans la maison où je logeais. Cela dura jusqu’au 24 juin. Il était toujours question d’embarquement. Puis les événements se précipitèrent : les Allemands occupent La Teste, ordre de départ fut donné dans la nuit du 23 au 24. Mais le 23 nous avions été informés, nous, les employés civils, que nous étions mis en congé et alignés en solde sur 3 mois.

Les camarades dans la nuit du 23 au 24 quittèrent donc La Teste. Je confiais ma malle à un camion et gardais sur moi l’indispensable et avec mon vélo – ne voulant rien décider avant d’avoir vu papa -. Lui ne voulut pas, étant bien installé, recommencer la vie d’aventure. »

 

 

Café et salle Franklin à La Teste de Buch

Café et salle Franklin à La Teste de Buch

 

Café et salle Franklin à La Teste de Buch

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Café et salle Franklin à La Teste de Buch ou Julienne Bibert est hébergé pendant 4 jours

 

Café et salle Franklin à La Teste de Buch

Café et salle Franklin à La Teste de Buch Café et salle Franklin à La Teste de Buch

 

17 juin 1940 : Lettre de Marie-Thérèse LAGRANGE adressée à son mari :

Henri LAGRANGE - Parc 1/122 - Bureau Central Militaire »

Mention : « Le Destinataire n’a pu être atteint à l’adresse indiquée » : pas d’adresse au dos de l’enveloppe.

 

Vodable le 17 – 6 - 40

          Mon cher papa. Ma chère fille.

J’espère que vous avez déjà reçu les deux lettres de Lulu vous donnant des détails sur notre nouvelle vie, je n’y reviendrai pas. Aujourd’hui dimanche nous avons le retour de Georges -Renée et sa famille - il était temps qu’il retourne – eux ils ont vu l’exode et subit les bombardements et la mitraille.

En venant de nous conduire Georges est allé directement au Coudray après avoir aperçu le champ d’aviation en flamme. Là, il a trouvé Robert et Denise venus depuis Trappes en voiture, avec quelqu’un qui les avait pris à cet endroit, venant de Paris à Pied : ils ont eu de drôles de vision dans leur trajet. Ce jour-là, donc Jeudi (14 juin) le Coudray avait été mitraillé tout l’après-midi et Andrée était décidée à partir avec Maman qui s’y trouvait. Quant à Robert et Denise, il ignore s’ils l’ont suivie car il ne les a pas revus. Il est également allé à Saint-Chéron qu’il a trouvé vide de ses habitants : plus rien dans le pays. Andrée avait vu les Macé et Tasseau partir avec des attelages, mais il paraît que Joseph sont partis sans rien emporter à 8 dans la Chenard. Notre maison était encore intacte, mais hélas ! depuis il peut y avoir eu des changements. Chartres a subi les bombes incendiaires et Geo croit qu’il a eu pas mal de dégâts. Je crois mes pauvres chers aimés que nous sommes partis à temps. Pour le moment il ne faut pas penser plus loin, mais que vont devenir tous les nôtre, ils ont notre adresse, espérons que nous aurons bientôt de bonnes nouvelles, du moins des nouvelles un peu rassurantes quant à leur sort…….

……Mes biens chers aimés, je vous recommande de bien faire attention à votre santé. Julienne, ne te laisse pas tomber à plat : achète du linge à Papa et ne le néglige pas. J’espère avoir bientôt votre adresse exacte, en tout cas nous vous tiendrons au courant. Puissiez-vous recevoir nos lettres…

 

Explications concernant les lettres familiales

1) Généralités : Il faut préciser pour « les jeunes générations » qu’en 1940 le « téléphone portable » n’avait pas été encore inventé, que moins de 3% des Français disposaient d’un poste de téléphone chez eux et que les communications étaient établies manuellement par des milliers d’opératrices, ces « Demoiselles du téléphone » formant la chaîne humaine qui permettait d’interconnecter les circuits d’un point à l’autre de la France, casque sur les oreilles et combiné devant la bouche elles passaient leur journée à brancher et débrancher des fiches (de type « Jack » ) afin de relier l’Appelé à l’Appelant, ce qui pouvait prendre plusieurs heures…

Par contre « La Poste » est un service de l’État extrêmement performant qui permet à chacun de rester en relation à son domicile où le facteur passe deux fois par jour, y compris le dimanche et on peut aussi envoyer une lettre « poste restante » dans n’importe quel bureau de poste… et quand une lettre n’a pas pu être distribuée, la Poste fait des miracles pour retrouver le destinataire ou la retourner à l’expéditeur… et en juin / juillet 1940, même au moment des armistices des 22 et24 juin, le service n’a jamais été interrompu Donc on s’est beaucoup écrit !

Je suis incapable aujourd’hui de savoir quand, où et par qui certaines des lettres retrouvées et présentées sur cette page ont été lues ! Mais, en dehors de leur valeur sentimentale, elles ont permis de faire un certain nombre de suppositions et surtout des recoupements pour raccorder quelques morceaux de notre puzzle.

oooooooooo

2) Lettre du 17 (16) juin : Lettre sans doute arrivée (ou récupérée) à Chartres après le retour d’exode de la famille ? Malgré une ambiguïté sur la date (sans doute commencée le dimanche 16, terminée le 17, tampon du 17) on y comprend en particulier que :

·       Deux lettres ont donc été écrites de Vodable entre le 12 et le 16 pour Henri et Julienne sans qu’on sache où ils étaient, donc adressées au « Parc 1/122 » ; celles-ci n’ont jamais été retrouvées. La troisième, celle du 17 a été aussi adressée au « Parc 1/122 », charge au service du courrier militaire de faire suivre… ce qui a bien été le cas, mais trop tard ; Henri et Julienne n’ont finalement su que mi-juillet que leurs proches étaient réfugiés à Vodable.

·       Qu’une fois sa famille rapidement installée à Vodable, Georges CHÉDEVILLE est immédiatement remonté à Chartres avec sa voiture, laissant la Peugeot 201 en Auvergne à son épouse, pour pouvoir ramener à Vodable sa tante Georgette CHÉDEVILLE (54 ans), sa fille Renée (30 ans, épouse d’Arthur BLANCHET, prisonnier militaire) et ses deux enfants, Julien 12 ans et Josette 7 ans. Il arrive à Chartres le 14, le jour où les réserves d’essence du terrain d’aviation brûlent ; il est de retour en Auvergne le 16. Il a donc effectué 3 fois 450 km (soit près de 30 heures de conduite) en quelques jours sur des routes totalement encombrées par les réfugiés et survolées par les avions de la Luftwaffe. Et on ne sait pas comment il a pu se procurer l’essence nécessaire pour parcourir 1 350 km avec sa voiture auxquels il faut ajouter 450 km pour la Peugeot conduite par son épouse.

 

 

 

4.  QUITTER BORDEAUX AVANT L’ARRIVÉE des ALLEMANDS !

 

Carnet d'exode de Julienne BIBERT5

Carnet d'exode de Julienne BIBERT6

Carnet d'exode de Julienne BIBERT7

Carnet d'exode de Julienne BIBERT8

Carnet d'exode de Julienne BIBERT9

Carnet d'exode de Julienne BIBERT10

 

Que devient le « Parc 1/122 » de Chartres après son arrivée à Cazaux ?

Comme dit plus haut (voir au 13 juin), sans connaître quels étaient l’importance et la composition du convoi qui a évacué la base de Chartres le 12 juin (nombre de militaires et de civils), on ne peut que faire des hypothèses à partir de quelques recoupements, de certaines informations écrites et de bribes de souvenirs recueillis oralement.

On pense que les civils ont été immédiatement « libérés » pour le pas dire « abandonnés dans la nature » : Julienne a dit un jour « À un moment, on nous a dit de nous disperser, mais on pouvait partir en camion ». Des éléments factuels permettent de situer cette décision de l’Armée de l’Air immédiatement après les annonces des armistices et du cessez-le feu, avant l’arrivée des Allemands à Bordeaux et le départ (le 24 juin) de Julienne pour Bazas en vélo (voir ci-dessous), donc le 23 juin. Le « trésorier payeur » leur aurait-il versé un petit-pécule préalablement ? : rien n’est moins sûr, et charge à eux de se débrouiller pour regagner Chartres, ou de rester des réfugiés en attente d’un éventuel retour chez eux.

NOTA : La circulaire ministérielle n° 8783/M.A.AM.2 du 5 août 1940 a pour but de licencier les fonctionnaires ou employés des « Établissements d’État » dont le conjoint y travaille aussi, ce qui a concerné Julienne puisque son époux est « Aviateur Militaire » (Voir plus-bas sa lettre de licenciement).

Quelques militaires évacués de Chartres sont peut-être restés à Cazaux avec le C.I.C., mais les autres ont repris leur périple pour s’éloigner des Allemands vers le massif central avec quelques employés civils : c’est donc un nouveau convoi de quelques camions ou autres véhicules qui quitte Cazaux, le 23 juin par déduction.

 

 

 

 

Lundi 24 juin

de La TESTE de BUCH

à BAZAS

95 km

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Julienne a sans doute laissé partir ce convoi surchargé du 1/122, faute d’avoir pu y embarquer sa bicyclette ; mais toujours dans l’attente de nouvelles du GC III/6, elle se prépare à le suivre. Son amie Jeanne Mauger, pour sa part, a dû trouver une petite place dans un véhicule mais son beau‑père Henri Lagrange semble avoir décidé de rester à Cazaux, espérant recevoir des nouvelles de son épouse et de leur fille ne sachant pas où savoir où elles se trouvent.

Vraisemblablement c’est dans la soirée du dimanche 23, que le l/122 a pris la route de Saint-Symphorien où il a dû prévoir de faire étape. (Voir carte Henri LAGRANGE plus-bas)

Le lendemain matin, Julienne part à vélo sur ses traces sous-une pluie battante ; après 70 km, à Saint‑Symphorien, elle apprend que les « Aviateurs » sont déjà reparti vers Bazas ; elle continue ; arrivée à 18 heures, comme d’autres, déjà réfugiés dans cette ville, elle va bénéficier de l’hospitalité des Religieux du très ancien collège Saint-Jean‑Baptiste pendant 4 nuits (24 au 27 juin).

 

Bazas - Cathédrale Saint-Jean-Baptiste   Bazas - Collège Jean-Baptiste

 

Pages 5 et 6 du « carnet d’exode » : C’est donc à Bazas que les Allemands arrivent le 26 juin au contact du petit convoi des « aviateurs » du parc 1/122 de Chartres que Julienne a rejoint le 24 juin en fin d’après-midi. Les armes se sont tues après la signature des armistices. Les Français sont hébétés et dans la plus grande incertitude quant à leur devenir immédiat.

Cette ville sera ensuite coupée en deux par la ligne de démarcation pour le restant de la guerre, mais on ne le sait pas encore. On se côtoie, on s’observe, on improvise…

 

Sait-on de nos jours que Berlin avait donné immédiatement des ordres stricts à ses troupes pour qu’elles restent irréprochables avec les Français après les armistices… au moins le temps que les modalités de celles-ci soient connues d’eux et mises en application. Henri LAGRANGE en témoignera d’ailleurs dans une lettre écrite après son retour à Chartres le 10 juillet (Voir plus bas)

« Wer plündert, wird erschossen »

Celui qui pille sera fusillé

 

En effet, on a rapidement encouragé et favorisé le retour des réfugiés chez eux : l’Allemagne a besoin que l’économie de la France reparte au plus vite, que les mines lui fournissent du charbon, les agriculteurs du blé et de la viande et l’industrie des équipements… Pour Hitler, le calme en France permettra à l’Allemagne de mettre à terre l’Angleterre ennemie et ce diable de Winston Churchill qui veut continuer la guerre jusqu’à la victoire finale, alors que le Chancelier du Reich espérait un traité de paix à l’ouest afin de se retourner au plus vite contre la Russie, pour conquérir et annexer les territoires qu’il convoite depuis 1920 (voir Mein Kampf !).

 

 

Si les Allemands semblent être restés à l’ouest de la nationale 10 qui traverse Bazas, ceux du 1/122 vont préférer s’en éloigner vers l’est, et ils quittent la ville, direction Casteljaloux en Lot-et-Garonne…

Julienne a une décision à prendre : elle apprend que sont Beau-père Henri va remonter à Chartres (voir la carte postale ci-dessous : remise au vaguemestre de Cazaux le 26, elle arrive à Bazas le lendemain !) et elle décide pour sa part de continuer à suivre l a trace de ses camarades militaires… en espérant profiter de leur aide courtoise à l’occasion ? : Seule, face à son destin, sans savoir où se trouve son mari et sa famille…

Page 6, une interrogation : Julienne écrit sur cette page très clairement « Parc 2/122 » et des éléments dans les archives de l’Armée de l’Air peuvent faire penser que ce n’est pas forcément une erreur (recherches à faire).

 

 

 

26 juin 1940 : Carte postale d’ Henri LAGRANGE adressée à

sa belle-fille Madame A. (pour Adolphe) BIBERT :

Parc 1/122 – Saint-Symphorien - Bazas

Nous allons à Bordeaux ensuite nous verrons

          Ma chère Julienne,

Nous quittons La Teste aujourd’hui 26 juin pour rentrer à Chartres ?

Je ne sais quand ni comment. Je t’embrasse bien fort et si toutefois tu rejoins Maman par lettre, met-la au courant.

          Ton père Henri

 

3) Carte postale du 26 juin : Initialement adressée au Parc 1/122 à Saint-Symphorien parce qu’Henri Lagrange avait dû comprendre que les « Aviateurs » qui avaient quitté Cazaux s’y trouvaient et sachant Julienne partie avec eux (ou derrière eux…), il a au dernier moment rayé cette localité pour la remplacer par Bazas… suite à une dernière information reçue au camp de Cazaux… ?

 

 

 

Vendredi 28 juin

De BAZAS

à CASTELJALOUX

29 km

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Peu de chose sur le carnet d’exode (page 6), si ce n’est qu’effectivement elle peut compter sur la courtoisie de ses camarades du 1/122 puisque le soir « Beaufils me donne sa chambre et je repose bien… ». Tout le monde passe la nuit à Casteljaloux en Lot-et-Garonne…

On en sait un peu plus par sa lettre du 17 juillet (déjà citée plus haut) :

« L’arrivée des Allemands le 27 nous chasse de Bazas. Encore la débandade. C’est inouï ce que nous avons pu voir. Le vendredi 28, avec Melles Mauger, Saintif, M. de Villoutreys et M. Landré (un garagiste de Chartres), dans une vieille camionnette Panhard de l’armée, nous gagnons Casteljaloux. Là, nous retrouvons le Parc 1/122 ».

 

   

 

 

 

Samedi 29 juin

de CASTELJALOUX

à MARMANDE

et LA RÉOLE

23 km + 20 km

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Rien dans le carnet de Julienne (page 6 et 7) ne permet de savoir ce qu’étaient les ordres donnés au « Parc 1/122 » à cette date. On peut penser que, l’estimant sans doute du bon coté et un peu éloigné de la future ligne de démarcation, on devait chercher un lieu où il pourrait séjourner quelque temps avant d’être fixé sur son sort…

Les choses se précisent dès le 29 juin puisque la petite unité de l’Armée de l’Air en retraite, suivie par quelques civils qui s’accrochent à ses basques, entame une petite boucle en revenant sur ses pas un peu plus au nord, la ramenant en gironde, à 15 km seulement de Bazas d’où elle est partie !

C’est chez un gendarme qui Julienne trouve le gîte cette nuit-là à La Réole.

 

   

 

 

 

Dimanche 30 juin

de LA RÉOLE

à

SAVIGNAC

10 km

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C’est la plus courte étape du périple de Julienne ! (page 7). Et en 1940 le pont-suspendu du Rouergue qui franchit la Garonne, fermé en 2021, était encore ouvert ! Donc quelques coups de pédale lui suffisent pour rejoindre Savignac où les militaires du « 122ème Bataillon de l’Air » commencent à s’installer sans savoir que c’est pour plusieurs semaines. Julienne pour sa part ne sait pas encore qu’elle va passer près d’un mois dans ce petit coin bucolique de la rive gauche le la Garonne avant d’apprendre : d’abord où de trouve le GC III/6 et son mari, puis où sa famille est réfugiée et enfin de se décider à rejoindre par tous les moyens et quelles qu’en fussent les difficultés, d’abord cette dernière dans le Puy-de-Dôme pour embrasser sa mère… puis Joseph Bibert, son mari, en Algérie...

 

Savignac (Gironde)   Savignac (Gironde)

 

 

 

4.  AU PURGATOIRE À SAVIGNAC (GIRONDE)

 

 

 

 

 

Brouqueyran (Grironde) -Château Le Mirail   Brouqueyran (Grironde) -Château Le Mirail

 

 

 

En cours de rédaction …

Dernier ajout : 25/06/2026