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Groupe de Chasse GC III/6

François-Xavier BIBERT - 2020 - Courriel

La

CAMPAGNE de FRANCE

au JOUR le JOUR

********

10 mai 1940

18 juin 1940

Ce texte n’est qu’une annexe à un document en 3 parties consacré à l’histoire du Groupe de Chasse III/6 en 1939/1944, dans laquelle l’auteur à essayé de s’intéresser à la vie et à la destinée des Hommes autant qu’à celles des avions, contrairement à la trame habituelle des nombreux ouvrages spécifiques publiés régulièrement sur des Groupes d’Aviation, dans lesquels il faut souvent bien fouiller pour trouver mention ne serait-ce que du prénom de ceux qui sont cités et qui restent anonymes sur bien des images ! Pour cela il a utilisé les photographies inédites, les documents et surtout les courriers personnels que sont père, Joseph BIBERT, obscur mécanicien dans ce Groupe, a conservé de son passage, de juin 1939 à Chartres à juillet 1944 en A.F.N., dans ce prestigieux Groupe devenu le « Roussillon ». Il a aussi rencontré beaucoup de camarades (ou leurs descendants) de son père qui ont sorti de leurs armoires ce qu’ils avaient eux-mêmes comme documents oubliés jusqu’à ce jour. Les trois pages principales de « l’Histoire du GC III/6 » (1ère partie ; 1939 - 2ème partie : 1940 jusqu’à l’armistice -  3ème partie : l’A.F.N.) auraient largement pu faire l’objet d’un « beau livre », mail il aurait eu une diffusion très restreinte. L’auteur a donc mis son travail de plusieurs années à la disposition de tous sur Internet, avec un nombre et une qualité d’images incomparables, si on laisse de coté l’écran ridicule de son smartphone et qu’on prend la peine de visionner ces pages sur un bel écran d’ordinateur ou de télévision !

Des dizaines de pages annexes, toutes aussi importantes, sont également en ligne ; albums de photographies, biographies de nombreux aviateurs, documents historiques complémentaires etc. etc.  C’est un véritable jeu de piste qui commence pour vous : il faut fouiller dans chaque page pour trouver les liens qui ouvrent sans cesse de nouveaux horizons... Bon voyage avec ceux du III/6. Donc, après avoir parcouru ou lu ce document n’oubliez pas de revenir sur :

« Les Hommes du Groupe de Chasse GC III/6 »

 


Sommaire   

« L’HISTOIRE du GROUPE de CHASSE III/6 »

ORGANISATION des PAGES INTERNET PRINCIPALES

Par François-Xavier BIBERT – 2008/2020 – Droits réservés

 

PAGES PRINCIPALES

PAGES ANNEXES

PAGES COMPLÉMENTAIRES

Première partie de Chartres (09/39) à Bouillancy (11/39)

Album Joseph BIBERT n°1

Historique Officiel GC III/6

 

Album Joseph BIBERT n°2

Livre de marche 5ème  Escadrille

 

Album Joseph BIBERT n°3

Livre de marche 6ème Escadrille

 

Album Joseph BIBERT n°4

Effectifs du GC III/6

 

 

Terrains du GC III/6

Seconde partie : de Wez Thuisy (11/39) au Luc  (06/39

Définition des missions du GC III/6 à Wez-Thuisy

Morane Saulnier 406

 

Album Joseph BIBERT n°5

Dewoitine 520

 

Reportage Photographique SCA du 10 mars 1940

 

 

La Campagne de France (10 mai au 18 juin 1940)

BIOGRAPHIES GC III/6  (+)

 

La journée du 15 juin 1950 au Luc en Provence

Emile BOYMOND 14/05/40

Troisième Partie – L’A.F.N. (1940/1944)

Album Joseph BIBERT n°6

Arnould de GERVILLIER 21/06/40

Prévue avril 2020

Carnet d’exode de Julienne BIBERT

Prévu Fin 2020

Pierre CASTANIER 24/05/40

EN COURS DE

Campagne du Levant (1941)

Charles MAIGRET 25/05/40

RÉDACTION

Album Joseph BIBERT n°7

Emile MARCHAL 26/05/40

+ 100 pages + 150 photographies

Album Joseph BIBERT n°8

Marcel STEUNOU 23/06/41

 

 

Jean ASSOLLANT 05/05/1942

AUTRES PAGES 1939/1940

AUTRES BIOGRAPHIES

Léon RICHARD 26/05/1943

Les victoires de la Chasse Française

Henri BIARD - GC II/3

Pierre LE GLOAN 11/09/43

Les différentes patrouilles

Robert DUBOST - GC I/2

Gabriel MERTZISEN 30/09/1951

Insignes Bombardement

Jean JOUQUANT - GR I/22

AUTRES BIOGRAPHIES GC III/6

Insignes Chasse

Alain MOUSET - GC II/8

André CHAINAT

Insignes Reconnaissance

Robert PELISSIER - GC III/1

Charles GOUJON

Le Bar de l’Escadrille

Lucien POTIER - GC I/3

Michal CWYNAR

JOSEPH BIBERT – AVANT et APRÈS le III/6

 


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10 mai 1940 - Chissey – Sur – Loue

 


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SITUATION  LE  10 MAI  1940

 

 

 

DISPOSITION des FORCES ADVERSES

ALLIÉES et ALLEMANDES

POUR la BATAILLE des FLANDRES

 

 

 

Carte en haute définition

 

 


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STATIONNEMENT des GROUPES de CHASSE FRANÇAIS

le 10 mai 1940

Groupe

Appareil

Effectif

Terrain

Rattachement.

GC I/1

MB 152

23(15)

Chantilly les Aigles

ZOAN (Groupement 21)

GC II/1

MB 152

25(18)

Buc

ZOAN (Groupement 21)

GC III/1

MS 406

30(20)

Norrent-Fontes

ZOAN (Groupement 25)

GC I/2

MS 406

31(27)

Toul Ochey

ZOAE (Groupement 22)

GC II/2

MS 406

26(22)

Laon

ZOAN (Groupement 23)

GC III/2

MS 406

34(28)

Cambrai Nigernies

ZOAN (Groupement 23)

GC III/3 (1)

MS 406

28(23)

Beauvais-Tillé

ZOAN (Groupement 21)

GC I/4

H-75

30(29)

Wez Thuisy

ZOAN (Groupement 23)

GC II/4

H-75

31(29)

Xaffévilliers

ZOAE (Groupement 22)

GC I/5

H-75

29(25)

Suippes

ZOAN (Groupement 23)

GC II/5

H-75

26(14)

Toul Croix-de-Metz

ZOAE (Groupement 22)

GC I/6 (2)

MS 406

25(12)

Marseille Marignane

ZOAA

GC II/6

MS 406

34(20)

Anglures Vouarces

ZOAE (Groupement 22)

GC III/6

MS 406 (3)

36(30)

Chissey sur-Loue

ZOAS (Groupement 24)

GC II/7

MS 406 (3)

35(24)

Luxeuil Saint-Sauveur

ZOAS (Groupement 24)

GC III/7

MS 406

34(23)

Vitry le François

ZOAE (Groupement 22)

GC I/8

MB 152

37(20)

Verlaine en Haye

ZOAE (Groupement 22)

GC II/8

MB 152

19(11)

Calais Marck

ZOAN (Groupement 25)

GC III/9

MB 151/152

11(09)

Lyon Bron

ZOAA

GC II/10

MB151/152

31(20)

Rouen Boos

ZOAN (Groupement 21)

GC III/10

MB151/152

39(18)

Le Havre Octeville

ZOAN (Groupement 21)

ECMJ 1/16

Potez 631

17(10)

Wez Thuisy

ZOAN (Groupement 23)

ECN 1/13

Potez 631

12(08)

Meaux-Esbly

ZOAN (Groupement chasse nuit)

ENC 2/13

Potez 631

11(07)

Melun-Villaroche

ZOAN (Groupement chasse nuit)

ECN 3/13

Potez 631

12(10)

Le Plessis Belleville

ZOAN (Groupement chasse nuit)

ECN 4/13

Potez 631

12(07)

Betz Bouillancy

ZOAN (Groupement chasse nuit)

ENC 5/13

Potez 631

11(11)

Loyettes

ZOAA

Aéronautique navale

AC1

Potez 631

08(08)

Calais-Marck

 

AC2

Potez 631

08(08)

Calais-Marck

 

AC3 (4)

MB 151

12(12)

Hyères

 

 

 

 

 

 

NOTA

 

 

 

 

(1) Les escadrilles de ce groupe seront quasiment toujours dissociées.

(2) Le GC 1/6 est envoyé dans le Nord, où il sera opérationnel le 17 mai à partir de Lognes.

(3) Le III/6 possède au 10 mai 3 Dewoitine D. 520 en vu de sa transformation sur ce type d'appareil, dans le même but le II/7 en possède 4.

(4) L'AC3 possède en plus quelques D. 510, reliquat de son ancienne dotation.

Les chiffres donnés entre parenthèses correspondent aux appareils réellement disponibles.

 


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SITUATION  LE  10  MAI  1940

 

 

 

ORGANISATION  de  la  Z.O.A.S.

ZONE  D’OPERATIONS  AÉRIENNES  SUD

 

GÉNÉRAL ODIC

 

 

Type

Zone

Groupement

Groupe

Escadrille 1

Escadrille 2

Appareils

Total

Base

Commandant

Reco

ZOAS

GR / GAO Réserve ZOAS

G.A.O. 1/508

 

 

Potez 63.11

12

Romilly

?

Reco

ZOAS

GR / GAO Réserve ZOAS

G.A.O. 1/508

 

 

Breguet 27

9

Romilly

?

Reco

ZOAS

GR / GAO 8eme Armée

G.A.O. 513

 

 

Potez 27

5

Belfort-Chaux

Cne Perron

Reco

ZOAS

GR / GAO 8eme Armée

G.A.O. 513

 

 

Potez 39

3

Belfort-Chaux

Cne Perron

Reco

ZOAS

GR / GAO 8eme Armée

G.A.O. 543

 

 

Potez 63.11

6

Luxeuil-Saint Sauveur

Cne Dubosq

Reco

ZOAS

GR / GAO 8eme Armée

G.A.O. 543

 

 

Potez 25

5

Luxeuil-Saint Sauveur

Cne Dubosq

Chasse

ZOAS

Groupement de Chasse 24

G.C. II/7

SPA 73

SPA 78

Morane 406

35

Luxeuil-Saint Sauveur

Cdt Durieux

Chasse

ZOAS

Groupement de Chasse 24

G.C. II/7

SPA 73

SPA 78

Dewoitine 520

4

Luxeuil-Saint Sauveur

Cdt Durieux

Chasse

ZOAS

Groupement de Chasse 24

G.C. III/6

Comédie

Tragédie

Morane 406

36

Chissey s/- Loue

Cdt Castanier

Chasse

ZOAS

Groupement de Chasse 24

G.C. III/6

Comédie

Tragédie

Dewoitine 520

3

Chissey s/- Loue

Cdt Castanier

Reco

ZOAS

Groupes de Reconnaissance et d'Observation

G.R. I/33

C 115

Br 244

Potez 637

7

Dôle

Cdt Droneau

Reco

ZOAS

Groupes de Reconnaissance et d'Observation

G.R. I/33

C 115

Br 244

Potez 63.11

6

Dôle

Cdt Droneau

Reco

ZOAS

Groupes de Reconnaissance et d'Observation

G.R. I/33

C 115

Br 244

Bloch 174

3

Dôle

Cdt Droneau

Reco

ZOAS

GR / GAO 8eme Armée

G.R. I/55

Br 243

Br 207

Potez 63.11

8

Lure-Malbouhans

Cdt Bisson

Reco

ZOAS

GR / GAO 8eme Armée

G.R. I/55

Br 243

Br 207

Bloch 131

2

Lure-Malbouhans

Cdt Bisson

Chasse

ZOAS

ZOAS

GQ Z.O.A.S.

 

 

Morane 406

1

Dôle

Gal Odic

Chasse

ZOAS

Groupement de Chasse 24

QG

Gpt 24

 

 

Morane 406

2

Dijon-Longvic

Lt/col Lamon

 


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10 mai 1940 - Chissey – Sur – Loue (1)

Le temps est calme et beau. Prétextant vouloir assurer la neutralité de la Hollande et de la Belgique afin de s’opposer à la volonté de l’Angleterre et de la France de s’attaquer à l’Allemagne, Hitler lance son offensive générale en appliquant le plan « jaune » du général Von Manstein. A 4h 30, son « groupe d’armée B » se rue vers les plaines néerlandaises et belges. En conséquence, conformément aux accords et au plan de manœuvre « Dyle-Breda », les troupes franco-anglaises vont entrer en Belgique ; 7ème armée du général Giraud vers Anvers, BEF (Corps expéditionnaire britannique) du général Gort vers Bruxelles, 1ère armée du général Blanchard vers Namur.

Dès l'aurore, de la Hollande à Lyon, des avions allemands bombardent nœuds ferroviaires, carrefours routiers, ports et aérodromes. Sur ces derniers en France, les dégâts sont assez limités (une cinquantaine d’appareils). Les plus grosses pertes sont les 12 V-156F de l'Escadrille française AB3 sous leur hangar et 13 MS-406 du GC II/2 au sol. Par contre Il n'en est pas de même en Belgique, où les escadrilles se font aplatir les unes après les autres durant toute la journée : au soir, la 2/1/2 a perdu au sol 9 Hurricane sur 11, la 3/II/2 14 CR-42, la 1/1/2 15 Gladiator, la 6/III/2 15 Fox, la 7/11173 7 Fox, les 1/1/3 et 3/1/3 tous leurs Fox. Les Hollandais perdent pour leur part une soixantaine d’avions.

 

 

 

Le centre de renseignements de la défense aérienne du territoire de Besançon a donné l’alerte à l’officier de service du GC III/6 au même moment. A 4h 40, deux patrouilles légères d’alerte décollent pour couvrir le terrain ; l’adj Diaz et s/lt Capdeviolle vers Arbois, le s/c Boymond et s/lt Steunou vers Dijon.

- le s/lt Steunou, isolé à ce moment, aperçoit vers 5h 30 un He 111 et tente de l’engager par l’arrière. S’ensuit un combat tournoyant, puis l’adj Diaz et le s/lt Capdeviolle interviennent. Leur gibier profite d’un léger avantage de vitesse pour leur fausser compagnie, tandis que les français ont épuisé leurs munitions en tirant vraisemblablement de trop loin.

A 5h 35, une patrouille simple décolle à son tour ; l’adj Japiot, le s/c le Guennec et le sgt Gabard. Le train d’atterrissage du s/c Le Guennec ne se fermant pas, celui-ci revient se poser. La patrouille, devenue légère, repère 5 minutes plus tard, 6 He 111. Les deux pilotes se placent dans le soleil, et font une dizaine de passes sur les ailiers, qui continuent leur route, malgré des fumées qui sortent de certains moteurs.

A 6h 50, deux patrouilles légères prennent l’air « à priori » ; de nouveau les s/c Boymond et s/lt Steunou pour couvrir Chissey, cne Guerrier et sgt Gauthier vers Dijon

Repéré à l’ouest de Dôle, un Do 17 est signalé par radio un peu plus tard :

- le s/t Steunou attaque, mais déséquilibré par le souffle des hélices du bombardier, il se met en vrille et ne peut plus revenir au contact,

- le s/c Boymond attaque le bombardier à son tour, appuyé par le sgt Gauthier qui fait patrouille à ce moment avec le capitaine Guerrier : ils ont raison du bimoteur, qui s’écrase à Port-Lesney près du terrain, alors que les trois membres de l’équipage ont pu sauter. Il est 7h 50 ; le combat a pu être suivi du terrain de Chissey à l’œil nu.

 

 


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10 mai 1940 - Chissey – Sur – Loue (2)

 

Une autre patrouille composée du s/lt Villemin et du sgt Maigret avait à cet instant déjà pris l’air (7h 30) et reste en couverture du terrain jusqu’à 9h 10.

Ce n’est que dans l’après-midi, que les opérations reprennent au III/6 qui est alerté à 14h 34 de l’approche de bombardiers à une altitude de 8 000 mètres. La patrouille simple adj Le Gloan, sgt Trinel et s/lt Cavaroz décolle 3 minutes plus tard, mais suite à des problèmes de train, l’adj Gloan et le sgt Trinel doivent revenir se poser. Le s/lt Cavaroz, ainsi retardé et resté seul, peut cependant rejoindre la patrouille légère du s/lt de Rouffignac et du sgt Hardouin, envoyée en renfort, qui s’est envolée à 14h 43. A 6 000 mètres, les pilotes aperçoivent un groupe de 10 Heinkel HE 111 ; 3 groupes de 3 et 1 dernier fermant la marche ; c’est celui qu’ils attaquent chacun leur tour par l’arrière, par passes successives en léger cabré :

- le sgt Hardouin touche certainement le bombardier, mais atteint par les tirs de riposte de celui-ci, son Morane (n°793 ?) est mis en flammes. Heureusement, le pilote peut sauter en parachute et il atterrit sain et sauf à proximité d'un passage à niveau. Il est rejoint par un comité d'accueil inamical qui se met en devoir de lui casser la figure, le prenant pour un parachutiste allemand, tant est grande la psychose développée par la propagande. Finalement quelqu'un, en l'entendant crier qu'il est français, se décide à calmer les excités. Il a du cependant passer chez un dentiste pour faire réparer un bridge descellé par un coup de poing,

- le s/lt Cavaroz, distancé, et le s/lt de Rouffignac, dont le Morane a reçu plusieurs projectiles, à court de munitions abandonnent le combat.

Cependant, une troisième patrouille, qui a décollé à 14h 59 ; adj Goujon et s/c Chardonnet, a repéré les Heinkel et pique sur l’appareil allemand déjà pris pour cible :

l’adj Goujon, oubliant son équipier, effectue 3 passes sur le bombardier. Au cours de la dernière, il subit le même sort que le sgt Hardouin : il évacue son appareil (MS n° 413), saute et se pose indemne près de la forêt de Cîteaux. Le bombardier s’écrase finalement dans la forêt d’Arbois (*) vers 15h 30 : la victoire est attribuée aux 2 pilotes.

Hardouin a raconté plus tard son combat :

« Goujon tire et presque aussitôt il est touché à son tour ! Je le vois décrire des orbites avec un grand panache de fumée qui le suit… Je suis en bonne position, le point du collimateur un peu devant le nez du Heinkel. Je tire et je dégage : il est atteint et vire à droite dans un demi-renversement, une traînée de fumée le suit. Il est touché à mort… ».

Cette narration n’est pas vraiment compatible avec les rapports archivés…

 

**********

Le Groupe obtient donc 2 victoires homologuées en ce premier jour de la « Campagne de France « : 1 Do 17 et 1 He 111 mais il a perdu 2 appareils. Il a effectué 33 sorties en 9 missions.

 


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11 mai 1940 - Chissey – Sur – Loue (1)

Les mouvements amorcés la veille continuent. La confusion règne en Hollande où les 25ème DIM et 1ère DLM occupent Fréda et Tilbourg comme prévu. Mais les DLC françaises en Belgique et au Luxembourg se font sévèrement accrocher.

En Belgique, la chute du fort d'Ében-Émael, près de Liège est symbolique : la population se rue vers les derniers trains pour Lille et Paris.

Le Luxembourg est occupé.

 

 

 

Au lever du jour, 2 patrouilles simples de la 5ème Escadrille et 2 patrouilles légères de la 6ème couvrent leur secteur respectif de 5h 00 et 6h 35.

Une alerte transmise par le service du guet, entraîne le décollage à 8h 37 d’une patrouille double de la 5ème Escadrille ; l’adj le Gloan, les sgts Trinel et de Gervillier forment la patrouille guide, le cne Jacobi, les s/lt Cavaroz et Salaün, la patrouille d’accompagnement.

A 8h 43 suit une patrouille simple de la 6ème Escadrille ; le lt Legrand, le s/c Le Guennec, et le sgt Gabard.

Les pilotes du III/6 rejoignent au-dessus de Gray le s/c Doudiès du GC II/7, qui, avec sa patrouille maintenant dispersée, vient de s’en prendre sans succès au groupe de Heinkel signalé et qui a guidé vers lui les Morane du III/6. Le Gloan, tire immédiatement un des bombardiers qui dégringole en spirale ; il semble s’abattre mais il ne sera pas retrouvé (non homologué). Une partie des Morane se relaient longuement pour attaquer l’ailier gauche de la formation allemande, qui s’écarte finalement, moteurs fumants : il largue ses bombes et se pose sur le ventre à 9h 58 dans un verger, au nord-ouest de Pirey (territoire français) ; il s’agit du He 111 codé « 9K + GH », du 1./KG 51 dont l’équipage de cinq hommes tente sans succès de l'incendier avant d'être capturé (Zahnle, Lenkeit, Heyer, Lachmann et Geske) Les différentes archives du GC II/7 et GC III/6 ne sont pas totalement cohérentes sur cet épisode et la victoire a été finalement attribuée par l’état-major à 7 pilotes ; les lt Legrand, s/lt Cavaroz, s/lt Salaün, adj Le Gloan, s/c Le Guennec, sgt Gabard, sgt de Gervillier du III/6 et s/c Doudiès du GC II/7.

En fin d’après-midi, à 18h 00, une patrouille légère double (adj Goujon, s/c Chardonnet, s/lt Martin, s/lt Colonge) décolle sur alerte ; elle engage vers 18h 30 7 He 111 à 7000 m à la verticale d’Auxonne :

- les s/lt Martin et Colonge atteignent sans doute les moteurs du dernier appareil puisqu’il dégage de la fumée ; son mitrailleur dorsal réplique,

- l’appareil du lt Martin (MS n°412) est mis en flammes, son pilote peut sauter en parachute au-dessus d’Autrey-les-Gray ; il est indemne,

- le s/lt Colonge poursuit l’attaque, mais lui et son appareil (MS n°963) subissent exactement le même sort à Beaumont-sur-Vingeanne, 3km plus loin, où il est accueilli au sol par un groupe armé de fourches ; mais heureusement il n'eut pas trop de mal à justifier qu’il n’était pas allemand !

 

 


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11 mai 1940 - Chissey – Sur – Loue (2)

 

- l’adj Goujon affirmera avoir endommagé sérieusement un autre He 111, mais à court de munitions, et lui-même touché, il a dû se poser finalement en campagne à Broyes les Pennes (MS n°665) (victoire probable).

La journée commence mal !

Une victoire sera finalement homologuée et attribuée en coopération aux s/lt Martin, Colonge et à l’adj Goujon. Le Heinkel 111 codé « G1 + FR » 2800 » du 7./KG55 (équipage : Keisenhoffer, Rieger, Rossmann, Schenkengerg, Schnall) atterrit en flammes à Etuz, au nord de Besançon. Des gendarmes et des militaires tentent de retrouver les allemands qui ont fui dans un bois voisin ; trois aviateurs sont découverts, l’un se rend mais les deux autres, qui tentent de se défendre à coup de pistolet, sont abattus ; les corps sont transpostés à la mairie de Gézier où la population vient les voir. Les deux autres aviateurs sont finalement arrêtés vers 23h. à la sortie ouest de Brussey. Suite à cela un « Avis à la population » de la préfecture de Haute-Saône précisera la conduite à tenir vis-à-vis des aviateurs allemands.

Le s/c Mertzisen de la 5ème Escadrille, à bord du MS 406 n°143A, a dû ce 11 mai se poser à Dijon mais il a effectué un « cheval de bois », sans doute au décollage : cet incident, le deuxième jour de la grande bataille, n’est pas mentionné dans le livre de marche de l’Escadrille. L’appareil devra être réformé.

 

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En ce deuxième jour de la « Campagne de France », le Groupe a effectué 32 sorties en 7 missions ; il revendique 2 victoires (1 seule victoire homologuée), mais il a encore perdu 2 Morane.

 

 


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12 mai 1940 - Chissey – Sur – Loue

Les Allemands prennent le dessus en Hollande.

En Flandre, Belges et Anglais parviennent à constituer une ligne de défense cohérente car ils ne sont pas exactement dans l'axe de l'effort allemand. Tel n'est pas le cas de la 1ère Armée qui installe ses avant-postes en Wallonie, car le Corps de Cavalerie (2+3èmes DLM), chargé de la couvrir, subit de plein fouet le choc du 16ème PzK (3+4ème PzD). Cet épisode est la première bataille de chars de quelque importance de l'Histoire, avec environ 500 blindés français contre 800 allemands.

Les Allemands atteignent la Meuse.

 

 

 

 

Plusieurs missions de couverture du terrain et sur le secteur de Chissey sont effectuées.

Arrivée au Groupe du capitaine Stehlin (État-major) et du sous-lieutenant Satgé (6ème Escadrille).

 

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14 sorties en 5 missions – R.A.S.

 

 


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13 mai 1940 - Chissey – Sur – Loue

En Hollande, la résistance des Hollandais faiblit et la reine Wilhelmine s'embarque pour l'Angleterre. La 7ème Armée française est maintenant en pleine retraite.

Traversant les Ardennes par surprise, les blindés allemands du « groupe d’armée A », avec en premier échelon la « Panzergruppe von Kleist », atteignent rapidement la Meuse en plusieurs points, dont Dinant, Monthermé et Sedan.

L’infanterie peut prendre pied sur la rive gauche permettant aux pontonniers de se mettre à l’œuvre. L’artillerie française en position derrière Sedan, craignant d’être prise à revers se replie en désordre, entraînant dans cette débâcle d’autres unités. Dans la nuit du 13 au 14 mai les colonnes motorisées allemandes commencent à franchir le fleuve.

Les blindés allemands sont méthodiquement appuyés par les Stukas du StG 77 et les Do 17Z du KG 2, tandis que les Français n'ont droit qu'à une courte intervention des GB 1/12 et 11/12 qui, tous moyens réunis, n'arrivent qu'à engager 7 bombardiers en tout et pour tout ! Encore s'agit-il de LeO-451, bimoteurs modernes mais pas du tout conçus pour l'appui au sol, et dont 2 sont abattus, chiffre modeste qui représente néanmoins un taux de pertes de presque 30%. Dans le même secteur, les Français engagent également pour la première fois leurs nouveaux chasseurs D-520, ceux du GC 1/3, seule formation équipée de cet appareil dans lequel on voit traditionnellement un égal du Bf 109E allemand.

 

 

 

Quelques décollages sur alerte.

En fin de soirée, le s/lt Capdeviolle endommage légèrement la dérive de son appareil contre des grilles bordant le terrain.

 

**********

Peut-être 4 sorties (non attestées par les archives) – R.A.S.

 


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14 mai 1940 - Chissey – Sur – Loue (1)

La situation de l'armée hollandaise est catastrophique et celle-ci décide de cesser le combat pour éviter un bombardement sur Rotterdam. Sur les 100 bombardiers engagés pour cela, seulement une quarantaine reçoivent le message de contrordre ; les autres poursuivent leur mission, détruisant les vieilles maisons en bois du vieux quartier et tuant plus de 800 habitants. La bataille cesse en Hollande, mais la Luftwaffe a perdu plus de 150 167 Ju 52 de transport, sans compter la centaine momentanément endommagés.

Sur la Meuse, la contre-attaque française échoue et la 9ème armée du général Corap se replie dans le plus grand désordre. La brèche entre les 2ème et 9ème Armées est maintenant énorme...

 

 

 

Une patrouille double légère couvre le secteur est de Dijon de 7h 44 à 9h 10 ; cne Guerrier et adj Japiot - R.A.S.

A 11h 05, la patrouille simple polonaise des cne Sulerzycki, s/lt Richlicki et s/lt Kawnik, décolle pour une mission de couverture sur la région de Dijon où un bombardement massif est annoncé. Le s/lt Kawnik, dont le train ne rentre pas, doit se poser aussitôt après avoir décollé :

- Le s/lt Richlicki aperçoit un peloton de Heinkel 111, tente en battant des ailes d’en informer son chef, le cne Sulerzycki, mais sans succès et se lance donc seul à leur poursuite. Il fait deux passes sur un des ailiers d’un groupe de 9 bombardiers allemands en 2 pelotons (6 + 3), appelle vainement des renforts, mais doit finalement abandonner devant l’inefficacité de ses tirs et la précision de ceux des mitrailleurs allemands,

- Pendant ce temps, le cne Sulerzycki, qui a continué sa route vers Dijon, attaque ¾ avant un Heinkel venant du nord ; une sorte de combat tournoyant s’ensuit, mais le pilote polonais, rapidement à court de munitions, abandonne la poursuite aux environs de Gray à 7 000 mètres d’altitude,

- Le s/lt Kawnik, reparti à 11h 15 sur un autre avion, survole Dijon puis Gray, et rameuté par son chef de patrouille, le cne Sulerzycki, il retourne sur Dijon. Apercevant les éclatements des obus de D.C.A. il découvre un groupe de bimoteurs (11 Heinkel 111 dans certains documents des archives du III/6 et certains auteurs, mais il y a eu vraisemblablement confusion avec des Junkers 88), volant à 4 500 mètres, en direction du nord-est (ils viennent en fait de bombarder le terrain de Longvic) ; il choisit un peloton de 4, et attaque tour à tour 2 d’entre eux, à une centaine de mètres de distance, en léger cabré. L’un d’eux part en descente avec un moteur fumant beaucoup, suivi par deux de ses équipiers, ce qui oblige le s/lt Kawnik à abandonner le combat. Il est 12h 30. Dans la demi-heure qui suit, le s/lt Kawnik rencontre encore des appareils ennemis, isolés ou en formation, tente encore une dernière attaque mais il doit rentrer à Chissey puisqu’il est à court de munitions. Finalement, un bombardier sera retrouvé au sol à Preigney et une victoire sera attribuée au pilote polonais ; c’est en fait un Junkers 88-A1, et non un Heinkel 111, le Ju 88 - 9K+EL-Wk n°4008 du 3./KG 51, dont l’équipage a été fait prisonnier (Fw. Friedrich Wurth (pilote), Fw. Richard Buck (observateur), Uffz Hans Seidel (mécanicien), Uffz Gottfried Pfeuffer (radio)).

 

 


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14 mai 1940 - Chissey – Sur – Loue (2)

 

Pendant ce temps, à 11h 35, une patrouille légère décolle pour une mission de couverture sur la région de Dijon ; le s/lt Steunou, en difficulté doit finalement rentrer à la base, mais le sgt Boymond, 10 minutes après avoir pris seul la direction de Dijon, attaque courageusement 3 bombardiers au-dessus de la base de Longvic. La défense des bombardiers le touche mortellement, et il s’écrase (MS n°684) abattu en flammes à Prenois.

 

A 11h 40, le s/lt Stenou redécolle et pour tenter de se joindre à la patrouille simple de l’adj Le Gloan et des sgt Trinel et de Gervillier mise en l’air quelques minutes plus tôt. Celle-ci s’est dirigée sur Dijon, mais est arrivée trop tard ; les bombes allemandes viennent de ravager la base aérienne de Longvic. Ils sont envoyés sur Vesoul, puis rappelés vers Dijon où ils aperçoivent un He 111 de reconnaissance, pris à partie par la D.C.A., qu’ils attaquent immédiatement par l’arrière, rejoint à ce moment par le s/lt Steunou. Les deux moteurs sont atteints et le Heinkel, qui sort son train, se pose néanmoins sur le ventre à 12h 45 près de Fougerolles, au lieu-dit « Larrière » ; cette victoire sera attribuée aux 4 pilotes. Il s’agit du Heinkel 111 codé « 9Q + DD » 2648 du 3./KG51 (équipage : Oberfeldwebel Matt Herbert, pilote, Oberlieutnant Siegfried Barth, Observateur ; sergents Gerhard Schildt et Heinz Kazmirowski). Les aviateurs allemands sont capturés mais l’un d’entre eux décède peu après. De nombreux appareils photographiques sont récupérés dans l’avion.

A 11h 45, une patrouille légère (s/lt Villemin et Satgé) décolle aussi pour le secteur de Dijon. Elle accroche encore des He 111. L’un d’eux, sur lequel les français ont concentré leurs attaques est poursuivi jusqu’au Rhin avec des moteurs dégageant une épaisse fumée ; une victoire probable sera créditée aux 2 pilotes. Le s/lt Villemin revient au terrain, une main en sang ; une balle a traversé son Morane sans faire trop de dommage.

Tout l’après-midi, jusqu’à 19h 30, des Morane du III/6 parcourent encore leur secteur de couverture, mais les bombardiers allemands sont rentrés chez eux.

 

**********

Pendant cette cinquième journée de l’attaque allemande, le Groupe III/6 a effectué 34 sorties en 12 missions, sans pouvoir protéger efficacement Dijon, en ayant malheureusement perdu un pilote. Triste bilan malgré 2 victoires sûres et 1 probable.

A l’examen des comptes-rendus de mission, faisant apparaître que les différentes patrouilles n’avaient pas toutes décollées au moment de l’alerte (de fait, entre 11h05 et 11h45), l’état-major estimera que si les pilotes du III/6 ont fait preuve d’un « allant digne des plus grands éloges », une « faute de manœuvre cependant excusable » a été commise en ne concentrant pas toutes les forces disponibles contre le dispositif allemands venu bombarder Dijon-Longvic et en privilégiant des attaques individuelles contre des avions isolés, à l’instar de la patrouille conduite par l’adj Le Gloan. Ces attaques individuelles se renouvelleront malheureusement, tant l’espoir d’augmenter son score individuel est fort dans l’esprit de certains pilotes.

 


Page 14 

SITUATION  LE  16 MAI  1940

 

 

 

OPÉRATIONS DEPUIS le 10 MAI

 

FRONT le 16 MAI APRÈS la PERCÉE des ARDENNES

et la PRISE de SEDAN

 

 

 

Carte en haute définition

 

 

 

 


Page 15 

15 au 19 mai 1940 - Chissey – Sur – Loue

Le gouvernement hollandais donne à ses troupes un ordre de cesser le feu mais refuse tout armistice. L’aile droite de la deuxième armée en se repliant malencontreusement aggrave la situation. Montcornet tombe dans la soirée. Pour les Allemands la route à la mer est ouverte.

Le 17 mai les Allemands prennent Charleroi et Bruxelles.

Le 18 mai le Maréchal Pétain entre au gouvernement en qualité de Ministre d’Etat, Vice-Président du Conseil.

Le 19 mai, le général Maxime Weygand est nommé commandant en chef des armées françaises, en remplacement du général Maurice Gamelin.

 

 

 

Missions de couverture classiques, surtout les 15, 16 et 19 mai, mais après son raid réussi sur Dijon la Luftwaffe ne se montre quasiment plus en Haute-Saône.

Le potentiel du Groupe reste théoriquement élevé, avec 2 Escadrilles quasiment complètes, mais les Morane Saulnier 406, éprouvés par 10 journées d’un emploi intensif, n’ont pas pu bénéficier d’un travail d’entretien suffisant et encore moins d’une révision complète.

Une prise d’armes a lieu le 16 mai en présence du Général Odic, commandant la Z.O.A. S (Zone d’Opérations Aériennes Sud).

Les obsèques du s/c Boymond ont lieu le 19 en présence du personnel disponible et de nombreuses personnalités régionales.

Ce même jour à 17 h., l’adjudant Goujon vient récupérer à Broyes les Pennes son Morane n°665, avec lequel il s’est posé en campagne le 11 mai, et dont le moteur vient d’être changé. Il heurte une pierre de bornage au décollage ; il est indemne mais le train d’atterrissage et une aile de l’appareil sont brisés ; l’appareil sera abandonné.

 

**********

DATE

MISSIONS DE COUVERTURE

NOMBRE DE SORTIES

OBSERVATIONS

 

A priori

Sur alerte

et MISSIONS

 

15 mai

 

17

39  -  17

 

16 mai

2

8

29  -  10

 

17 mai

1

1

5   -   2

 

18 mai

 

2

5   -   2

 

19 mai

2

5

21   -  7

 

20 mai

2

2

9   -  4

Départ pour Coulommiers

TOTAUX   

7

35

108  -  42

 

 

 

 


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20 mai 1940 - Chissey – Sur – Loue (1)

Deux divisions de panzers commandées par Heinz Guderian atteignent Abbeville et la mer. La Wehrmacht parvient ainsi à couper les armées alliées en deux. Un million de soldats français, belges et britanniques sont isolés entre la Manche et les troupes allemandes dont les chars poursuivent leur progression vers la côte.

 

 

 

En début de matinée, la patrouille légère polonaise du cne Sulerzycki et du s/lt Kawnik part à la poursuite d’un Dornier 17 de reconnaissance signalé comme volant à haute altitude.

Il est finalement rejoint aux environs de Dôle vers 9h 30, à 2 500 mètres d’altitude, et tiré à bout portant par le s/lt Kawnik qui, une fois de plus, attaque seul ; 15 obus et une soixantaine de balles ! L’appareil pique vers le sol entre les nuages, mais, malgré une information venue du Groupement 24 signalant un avion désemparé tombé en flammes aux environs de Dôle, aucune confirmation ne viendra. Une victoire probable sera néanmoins attribuée au s/lt Kawnik.

Les autres missions ne donnent rien ; 9 sorties pour 4 missions pour la matinée.

Au moment où le dispositif de bataille franco-anglais est maintenant séparé en deux par la percée des Allemands qui occupent maintenant Amiens, sont à la lisière de Cambrai et dont des éléments avancés ont atteint Abbeville, le Groupe est manifestement trop à l’écart des zones d’opérations. L’état-major a donc pris la décision de le rapprocher de la ligne de front, en l’intégrant au Groupement de Chasse 23 commandé par le Général Romatet : sa destination est Coulommiers.

L’ordre de départ est transmis au Groupe en début de matinée, et dans l’après-midi, 25 Morane (*) quittent Chissey, suivis par 2 Bloch 220 d’Air-France réquisitionnés qui transportent les mécaniciens. L’échelon roulant lourd ne rejoindra Coulommiers par chemin de fer que le lendemain soir.

(*) n°136, 273, 448, 458, 462, 474, 524, 558, 575, 597, 627, 651, 671, 673, 674, 675, 677, 687, 689, 700, 803, 921, 925, 930 et 933.

Comme il l’a été dit plus haut, les avions sont dans un triste état, et un récapitulatif figurant dans le journal de marche de la sixième Escadrille le confirme :

 

PILOTES

NUMÉRO DES AVIONS

OBSERVATIONS

lt LEGRAND

651

Béquille cassée

sgt BOUIN

627

Magnéto à changer

s/lt VILLEMIN

448

Huile sur le pare-brise

sgt PIMONT

700

Roue cassée

adj JAPIOT

524

Rien à signaler

s/lt STEUNOU

273

Rien à signaler

adj DIAZ

674

Moteur tourne pas rond

s/lt CAPDEVIOLLE

677

Pas de canon, pas de radio, béquille cassée

cne GUERRIER

458

Pas d’inhalateur

sgt GAUTHIER

689

Rien à signaler

 


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20 mai 1940 - Chissey – Sur – Loue (2)

 


Page 18 

SITUATION  LE 21  MAI  1940

 

 

 

OPÉRATIONS DEPUIS le 16 MAI

 

FRONT le 21 MAI APRÈS la FULGURANTE AVANCE

ALLEMANDE VERS la MER à ABEVILLE

 

 

 

Carte en haute définition

 

 

 

 


Page 19 

21 mai 1940 - Coulommiers (1)

La deuxième « Infanterie-Division (motoriziert) » s'installe dans le secteur d’Abbeville et forme deux têtes-de-pont (Abbeville - Saint-Valery-sur-Somme) afin de sécuriser le front sud allemand et permettre à la 2ème « Panzer-Division » d'avancer sur Boulogne.

A proximité de Dunkerque, la Luftwaffe coule le torpilleur français « Adroit » tandis que le dragueur anglais « Corbum » saute sur une mine dans la Manche.

A Paris, Paul Reynaud fait un grand discours au Sénat : « La Patrie est en danger... ».

 

 

 

 

Un avion estafette se pose à Coulommiers vers 13h 30, portant l’ordre écrit n°/3.S. émanant du P.C. et signé du général ROMANET à 13h 15 :

Ordres pour l’après-midi du 21 mai

Mission : Couvertures aux coups de la zone ARLEUX–IWUY–CAMBRAI-

          LE CATELET- FINS

Moyens : (La patrouille basse est patrouille guide)

 

Heures

Patrouille basse triple

Patrouille moyenne triple

Patrouille haute triple

Rendez-vous à

 

entre 2 000 et 3 000 m

entre 3 500 et 4 500 m

Au-desus de 5 500 m.

 

Entre

16 et

17 h.

 

G.C. III/6

 

G.C. III/6

 

G.C. I/3

16 heures

DAMMARTIN EN GOËLE

Pat.basse : 3.000 m.

Pat.moy : 3.500 m.

Pat.haute : 4.000 m.

 

Durée :

40 minutes sur le secteur.

Conditions d’exécution :

La patrouille supérieure s’intégrera dans le dispositif à l’arrivée au-dessus du point fixé pour le rendez-vous dans le tableau précédent.

Observations :

Il s’agit de couvrir une contre-attaque importante de nos troupes.

 


Page 20 

21 mai 1940 - Coulommiers (2)

 

Le commandant Castanier décide de se porter à la tête de cet important dispositif qu’il constitue de la manière suivante :

Patrouille triple basse (guide)

Patrouille guide :                                                             Commandant CASTANIER

                                                                                             Lieutenant MARTIN

                                                                                             Sergent DE GERVILLIER

1ère patrouille d’accompagnement (moyenne) :      Capitaine JACOBI

                                                                                             Sous-lieutenant SALAÜN

                                                                                             Sous-lieutenant CAVAROZ

2ème patrouille d’accompagnement :                          Adjudant GOUJON

                                                                                             Capitaine SULERZICKI

                                                                                             Sous-lieutenant KAWNIK

Patrouille triple moyenne

Patrouille guide :                                                             Capitaine GUERRIER

                                                                                             Adjudant DIAZ

                                                                                             Sergent GAUTHIER

1ère patrouille d’accompagnement (moyenne) :      Lieutenant LEGRAND

                                                                                             Adjudant JAPIOT

                                                                                             Sergent-chef LE GUENNEC

2ème patrouille d’accompagnement (moyenne) :    Sous-lieutenant VILLEMIN

                                                                                             Sergent PIMONT

                                                                                             Capitaine ASSOLLANT

 

Vers 16h 00, les 9 appareils en patrouille moyenne et les 9 autres en patrouille basse du III/6 sont donc en mission de couverture sur le secteur qui leur a été assigné, en coopération avec une patrouille haute de 9 Dewoitine 520 du I/3. De 16h 30 à 17h 00, évoluant à 2 000 mètres sous les nuages, plus bas que prévu, les Morane sont la cible permanente des obus fusants de 88mm et traçants de 10mm de la Flak.

3 Morane sont alors plus ou moins gravement atteint :

- l’adj Goujon, avec le fuselage et une aile fortement endommagés, va se poser à Romeschamps, fait le plein, décide de retourner sur zone, mais doit atterrir finalement à Villacoublay,

- l’adj Diaz récupère un éclat dans un plan,

- le cne Sulerzycki, fortement atteint, doit se poser en campagne à proximité du terrain de Chantilly. Il peut être ravitaillé en essence, repart, mais doit se reposer, train rentré, au même endroit ; son Morane (n°925) est détruit, mais il est indemne.

La Flak cesse le feu 5 minutes avant la fin de la mission, pour laisser la place à une formation de 6 Bf 109 et 3 Bf 110. Les Morane, à cause de la couche de nuages, malheureusement pas visibles de la patrouille haute du I/3 (*) sont immédiatement surclassés par la vitesse des appareils allemands :

 


Page 21 

21 mai 1940 - Coulommiers (3)

 

(*) Circonstance aggravante, la patrouille haute du GC I/3, avec ses Dewoitine 520, utilise pour ses communications une longueur d’onde différente de celle du III/6. Elle s’est retrouvée d’ailleurs engagée contre des formations de bombardiers et a perdu deux pilotes : un tué (s/lt Jean Parisse) et un autre prisonnier (sgt Gérard Caussat).

 

- le s/lt Cavaroz, qui pilote ce jour-là le Morane n°597 codé « 6 » de Gloan (selon son souvenir, en 1993), est grièvement blessé à la jambe par un éclat d’obus, mais il peut cependant se poser sur le terrain du Plessis-Belleville. Il restera hospitalisé de long mois. Son avion sera récupéré,

le sgt de Gervillier (MS n°803) est abattu et tué à Villers-Plouich, quelques kilomètres au sud de Cambrai,

- le s/lt Salaün (MS n°462), grièvement blessé, saute en parachute et se pose dans les lignes ennemies où il est fait prisonnier (*).

 

(*) Ilse trouve que le sergent BIARD, pilote au GC II/3 a été abattu quelques heures plus tôt au même endroit, qu’il a écrit ses carnets de guerre, et qu’il a été témoin de la chute du s/lt SALAÜN :

« …je saute aussitôt de la carlingue et regarde autour de moi. Je vois des civils à 200 m, je les rejoins, un side-car militaire m’emmène à un Q.M. Je suis 10 km au sud de Douai, à Arleux. Les boches sont à 2 km de là et j’ai failli tomber chez eux. J’explique ma situation. Aussitôt après j’assiste à un combat entre un Curtiss contre 5 Messerschmitt. Le Curtiss descend un Messer mais (son pilote) doit sauter en parachute également. Avec quelques soldats je pars à sa recherche. Quand nous sommes en rase campagne arrive un Messerschmitt 109 à 100 m au-dessus de nous. Nous faisons un plat ventre avec ensemble et j’ai bien peur qu’il nous voie. Certainement il nous aurait mitraillé. Mais il passe à la verticale de nous et ne voit rien. Soulagements. Deux heures après un autre combat, c’est un Morane qui est en flammes. Le pilote, le s/lt Salaün du 3/6 saute en parachute. De nouveau on part à sa recherche ; on le trouve blessé de deux balles à la jambe… »

 

Seul le lt Martin a pu engager un combat tournoyant avec 2 Messerschmitt 109 dont il se sort miraculeusement avec un appareil percé de partout.

 

**********

Très dure journée pour le III/6 : 1 tué, 2 blessés graves dont 1 prisonnier (mais considéré comme disparu), 3 avions perdus et 2 sérieusement endommagés en une seule et unique mission (17 sorties).

 

 

 


Page 22 

22 mai 1940 - Coulommiers

De plus en plus soucieux de leur rembarquement, les Anglais s'assurent de Calais en y envoyant leur 30ème Brigade et des éléments importants de leur 1ère DB (3ème Bataillon Blindé + 1er Bataillon Motocycliste, en tout 80 chars.

Churchill vient à Paris discuter avec Paul Reynaud. Weygand leur expose un superbe plan de contre-attaque et demande l'appui de l'aviation anglaise. Churchill approuve et promet, mais en fait, les derniers avions anglais s'en vont le jour même tandis que l'armée anglaise ne s'occupe plus qu'à préparer son départ.

 

 

 

Un dispositif équivalent à celui de la veille est commandé pour se mettre en place à 6h 00 au-dessus du terrain du GC I/3 de Meaux-Esbly pour couvrir le quadrilatère Bapaume-Cambrai-Marquion-Erviller, au moment où dans ce secteur la 1ère armée, au nord, doit tenter d’opérer la jonction avec la 7ème armée, repliée sur la Somme, toutes deux séparées par la percée allemande.

Mais les conditions météorologiques médiocres depuis plusieurs jours ne le permettant pas, le dispositif ne peut se mettre en place qu’en début d’après-midi : la patrouille guide basse est composée des adj Le Gloan, s/lt Kawnik et sgt Trinel, la 1ère patrouille d’accompagnement des adj Diaz, s/lt Capdeviolle et s/lt Steunou, la 2ème des adj. Japiot, s/t Menneglier et sgt Bouin.

Survolant Doullens au retour, après avoir perdu depuis longtemps la couverture des Dewoitine du GC I/3, les avions du III/6 reçoivent au centre du dispositif une salve d’obus anti-aérien qui le disloque complètement. Des Messerschmitt Bf 109 et Bf 110 s’en prennent immédiatement après, mais sans succès, au s/lt Kawnik et au sgt Bouin ; finalement tous les avions rentrent à Coulommiers, mais comme la mission a été longue, plusieurs ont dû aller se ravitailler d’abord à Rouen.

 

**********

C’est la seule mission de la journée (9 sorties).

 

 


Page 23 

23 mai 1940 - Coulommiers

Les blindés allemands de la pince sud de la tenaille allemande sont arrivés à Boulogne et menacent Calais. La bataille fait rage.

La Luftwaffe y coule le contre-torpilleur français « Orage ». C'est en effet l'artillerie de nos bateaux qui combat les chars allemands. Calais est encerclé. Payant d'audace, la Kriegsmarine, malgré son infériorité, envoie ses vedettes rapides marauder autour de Dunkerque, où elles coulent le contre-torpilleur français « Jaguar ».

 

 

 

Très mauvais temps – Pas d’activité aérienne française.

Cependant l’activité des bombardiers et des avions de reconnaissance allemands est grande sur les arrières de la 7ème armée, jusqu’à la région parisienne.

 


Page 24 

24 mai 1940 – Coulommiers (1)

Les Allemands attaquent violemment Calais que les Anglais évacuent précipitamment en laissant aux Français le soin de couvrir leur rembarquement.

Les avant-gardes de Guderian établissent six têtes de pont sur l'Aa et atteignent Bourbourg. Elles ont pratiquement le champ libre lorsque l’ordre impératif de ne pas dépasser la ligne Gravelines-Béthune est donné par le général von Rundstedt, confirmé par Hitler. Les blindés allemands seront ainsi stoppés jusqu'au matin du 27 mai. Dunkerque ne sera donc pas prise le lendemain comme cela semblait inéluctable, ce qui va permettre la fuite des Anglais. Mais cette décision est motivée logiquement motivée par le fait que les unités blindées allemandes sont tombées à environ 50% de leur effectif, que le terrain des Flandres, coupé de canaux, n'est pas favorable à leur emploi. En outre, une attaque française venant du sud aurait pu encore avoir lieu.

 

 

 

Le temps reste mauvais.

Une première mission de couverture prescrite au-dessus du secteur Bapaume – Croisilles – Arleux – Cambrai ne peut être exécutée.

A 12 heures, le Groupe reçoit du général Romatet des ordres modifiant ceux du matin ; le secteur à protéger devient celui de Arras – Marquion – Croisilles, ce qui prouve que la situation au sol évolue très vite.

Le III/6 forme donc en début d’après-midi une patrouille triple basse dans un dispositif ou figurent deux autres patrouilles triples (GC II/3 – Cdt Morlat et GC III/3 – cne Duval) pour une mission de protection, fixée à 40 minutes sur zone, de deux formations de Glenn-Martin 167 et de Douglas DB-7. Le courageux commandant Castanier partira encore une fois en tête.

La patrouille guide basse est composée des cdt Castanier, s/lt Martin et s/lt Colonge, la 1ère patrouille d’accompagnement des cne Guerrier, cne Assollant et sgt Gauthier (*), la 2ème des adj Japiot, s/t Menneglier et sgt Pimont. Le départ à lieu à 13h 00.

(*) Ce pilote doit retourner au terrain, son train ne se rentrant pas. Il redécollera sans pouvoir rejoindre le dispositif.

A 13h 25 le cdt Castanier déclenche une attaque contre une formation importante de Dornier 17 qui se dispersent rapidement dans les nuages. Sa patrouille se reforme sans le lt Martin, qui à court de munitions, a pris la décision de rentrer.

Arrivés près de Cambrai, les avions du III/6 attaquent une autre formation d’une vingtaine de bombardiers en même temps que les D.520 de la patrouille haute du II/3, mais les Messerschmitt 110 de protection fondent sur les assaillants, ce qui entraîne une confusion hallucinante. 

La patrouille du GC III/3 livre également une dure bataille de son côté avec ses Morane ; elle perdra 3 pilotes, s/c Firminhac et sgt. Békarian, tués, s/lt Krumi, blessé.

Le bilan est également désastreux pour le III/6 :

- le cdt Castanier (MS n°134) ne rentre pas ; très grièvement blessé, il a sauté. On saura plus tard qu’il a été amené au groupe sanitaire divisionnaire de la 5ème DINA où il est décédé. Ses restes ne seront retrouvés qu’après l’armistice.

 


Page 25 

24 mai 1940 – Coulommiers (2)

 

- le s/lt Colonge, son avion en flammes (MS n°575), blessé également, se parachute et il est fait prisonnier, mais le Groupe n’aura de ses nouvelles qu’une fois arrivé en A.F.N.

- le sgt Pimont, tombé en panne pendant la mission, s’est posé près de Beauvais ; il ne rentrera à Coulommiers que le lendemain.

Plusieurs appareils allemands ont sans doute été abattus : l’adj Japiot sera cité pour une victoire probable.

 

**********

C’est sans doute la plus dramatique journée de la campagne pour ce valeureux Groupe III/6 qui a effectué 14 sorties en 3 missions et qui a perdu son commandant.

Le capitaine Stehlin assure dorénavant le commandement du Groupe « casus morti ».

 


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25 mai 1940 – Coulommiers (1)

Les unités de la 7ème armée établies sur la Somme et sur l’Aisne et les forces alliées encerclées qui tiennent encore Valenciennes, Cambrai et Arras poursuivent leurs tentatives de jonction.

La résistance cesse à Boulogne et la 21ème DI disparaît, comme d'ailleurs la 5ème DIM, dont ne subsistaient que quelques éléments épars depuis le 17 mai. La situation de l'armée belge empire. L'armée anglaise commence son repli vers Dunkerque.

Après avoir entendu Weygand exposer la situation militaire, Reynaud parle d'armistice.

 

 

 

Un Potez 63 de reconnaissance, en panne d’essence après une très dure mission de reconnaissance sur Lille et Dunkerque, s’est posé en campagne la veille à la tombée de la nuit ; il atterrit à Coulommiers pour se ravitailler à 5h 45.

Au sein d’un important dispositif impliquant théoriquement une patrouille triple moyenne du GC III/3 et une patrouille triple haute du GC I/3 (Dewoitine), le III/6 ne peut fournir qu’une patrouille double basse conduite par le cne Chainat, avec comme équipiers les s/lt de Rouffignac et s/lt Richlicki (patrouille guide), suivis de la patrouille d’accompagnement des cne Jacobi, adj. Le Gloan et sgt Trinel,), ainsi qu’une patrouille double légère haute ; lt Legrand (chef de patrouille) et s/c Le Guennec (patrouille guide), suivis de l’adj. Diaz et du s/lt Capdeviolle (patrouille d’accompagnement). La mission vise à couvrir le quadrilatère Péronne-Nesles-Chaulnes-Herbécourt.

Pour sa part, le GC III/3, désorganisé par la transformation en cours d’une de ses Escadrilles sur D.520, ne peut participer à cette mission.

Ne trouvant pas les patrouilles de protection au-dessus de Chantilly à 6h 30, les pilotes du III/6 poursuivent seuls leur mission. En fin de mission, une formation de 24 Dornier 215 (porteurs sur le fuselage d'un fanion triangulaire jaune, très allongé) est repérée 500 mètres plus haut. Au cours d’une manœuvre permettant de lancer une attaque dans de bonnes conditions, les Morane du III/6 sont surpris par 18 Messerschmitt 110.

Le s/lt de Rouffignac dont l'appareil est criblé de balles et d'obus doit se poser au Sud de Montdidier. Son MS 406 n°627 est irréparable. Deux autres Morane reviennent transformés en passoire ; celui du cne Chainat et le n°674 de l'adj Diaz. Une balle explosive est passée à 5 cm de son oreille droite ; il a été sauvé des Messerschmitt grâce à l'intervention du lt Legrand.

Le s/lt Richlicki assez sérieusement touché, à court d’essence, doit se ravitailler à Compiègne avant de rentrer à Coulommiers.

Un Bf 110 a été probablement abattu par le s/c Le Guennec dans la région de Lassigny.

Au même moment, vers 7h 30 deux avions se rapprochent du terrain de Coulommiers où la patrouille légère du s/lt Villemin et du sgt Maigret est en alerte renforcée ; elle décolle immédiatement. Ce sont deux Dornier 17, volant à 3 500 mètres, qui se bornent à entreprendre une large boucle autour du terrain avant de disparaître.

 


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25 mai 1940 – Coulommiers (2)

 

La patrouille française se porte en couverture entre Meaux et Coulommiers et découvre un troisième Dornier faisant route au nord, qu’elle prend en chasse. Violemment pris à partie par le s/lt Villemin, le Dornier riposte, et touche gravement le Morane ; le s/lt Villemin pose son appareil (MS. n°458) en feu près d’Ambleny (réservoir d'éthane percé) ; malgré une vilaine blessure à la main il peut en sortir à temps. Pendant ce temps le Dornier pique vers le sol, un moteur dégageant de la fumée noire et se pose train rentré au nord de Vézaponin dans l’Aisne (*). Le lt Villemin est envoyé en convalescence et ne reviendra plus au Groupe.

Le jeune sgt Maigret ne rentre pas ; il est porté disparu. L’épave de son Morane (n°534) sera inspectée plus tard près de Travecy par les Allemands ; ce sont vraisemblablement eux qui ont enterré le pilote sur place ; sa dépouille sera transférée au cimetière de Boulogne-Billancourt en 1948.

(*) Cette victoire sera finalement homologuée aux deux pilotes ; s/lt Villemin et sgt Maigret.

 

Dernière alerte pour le III/6 en fin d’après-midi lorsque la formation de bombardiers ennemis qui vient de ravager le terrain de Meaux Esbly du GC I/3 passe à l’horizon en direction de l’Allemagne. La patrouille simple d’alerte de la 6ème Escadrille, adj. Japiot, s/lt Menneglier et sgt Gabard décolle et tente de se joindre aux D.520 du GC I/3 partis à la poursuite du Heinkel, mais elle est vite distancée.

 

**********

Encore une très mauvaise journée pour le III/6, qui a effectué 15 sorties en 3 missions et qui perd un pilote.

 

 


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26 mai 1940 – Coulommiers (1)

Après une bataille acharnée, la 10ème PzD, appuyée par les StG 2 et 77, s'empare de Calais : si 3 400 Anglais ont pu s'enfuir depuis 48 h, 20 000 Français sont capturés. Avant 19 h, Londres ordonne de passer à l'exécution de « Dynamo », c‘est à dire le rembarquement massif et immédiat de ses troupes, sans concertation avec les autorités françaises.

Celui-ci pourra se poursuivre malgré la pression allemande jusqu’aux premières heures du 3 juin 1940. A la fin de l’opération c’est environ 200 000 britanniques et 140 000 français qui auront pu traverser le Chanel ; les pertes seront importantes, les conditions terribles et 40 000 hommes qui n’auront pu embarquer à temps seront faits prisonniers.

Roosevelt fait savoir à son ambassadeur à Paris que ça serait bien si la flotte française pouvait se réfugier en lieu sûr, c'est-à-dire se livrer aux anglo-saxons. Il trouverait encore mieux que ça soit l'Amérique qui en ait la garde, par exemple aux Antilles...

Il envoie aussi un message à Mussolini, se proposant de transmettre aux Franco-anglais les « légitimes aspirations » du Duce « dans l'espoir de contribuer à la cause de la paix ». !

 

 

 

Le potentiel du Groupe III/6 est trop réduit pour permettre des missions de combat. Les mécaniciens rafistolent en catastrophe un sixième appareil pour être capable de fournir une patrouille double pour Le Bourget.

Ces six Morane ont pour mission d’escorter jusqu'au large du Calvados un Dewoitine 338 d'Air France emportant vers Londres le ministre Paul Reynaud. Le voyage se déroule sans incident, uniquement troublé par une escale de ravitaillement à Mantes et par l'inquiétude des pilotes peu habitués à voler au-dessus de la mer ; ce sont les cne Guerrier, sgts Gauthier et Pimont et lt Legrand, s/c le Guennec et s/lt Steunou. Mais le Morane du lt Legrand a une fuite d’essence et ne peut décoller et celui du cne Guerrier ne peut dépasser Le Bourget ; pare-brise innondé d’huile suite à une rupture de canalisation. On peut heureusement envoyer à la rescousse l’adj. Goujon qui prend la tête du nouveau dispositif (1 patrouille simple et 1 légère) !

Alors que ces patrouilles, viennent tout juste de rentrer, le terrain de Coulommiers est bombardé à 13h 15 par une formation de 30 Heinkel 111 suivie de 4 Messerschmitt 110 volant en ordre serré vers 2 500 m.

Bien que l’alerte n’ait été donnée qu’à l’arrivée des bombardiers, la quasi-totalité des personnels pourra se protéger. Une centaine de bombes de 50 et de 100 kg ont été larguées. Le soldat armurier Emile Marchal, atteint par un éclat de bombe, est gravement blessé ; il décèdera dans la soirée. Le soldat Langren est légèrement blessé au bras. Tous les autres dommages sont matériels. Le capitaine Stehlin dans le rapport qu’il rédige immédiatement pour le général Romatet commandant le Groupement 23, en fait une liste assez précise :

 

 


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26 mai 1940 – Coulommiers (2)

 

Destructions suite au bombardement

(Rapport STHELIN)

Avions :

Morane 406         n°558                                    Incendié, complètement détruit

                               n°234                                    très fortement endommagé, à évacuer

                               n°925                                                            idem

                               n°673                                                            idem

En outre les avions suivants étrangers au Groupe ont été touchés :

1 Potez 63 (ECMJ I/16 à Meaux)              Complètement détruit

1 Potez 63 (ECMJ I/16 à Meaux)             Très endommagé

6 Appareils de la section d’avions estafettes :

1 Goéland                                                 Complètement détruit

1 Goéland                                                 Complètement détruit

1 Goéland                                                 Très endommagé

2 Simoun                                                  Complètement détruits

1 Potez 58                                                Très endommagé

2 avions de liaison britanniques             Légèrement atteints

Armement :

1 remorque d’armurerie d’Escadrille complètement détruite

Armes et munitions – Divers (destruction) :

11 caisses de 2 025 cartouches

  7 caisses de 120 obus

2 fusils mitrailleurs 29

2 fusils gras model. 92

4 mitrailleuses M.A.C.

  6 révolvers

  3 collimateurs O.P.L.

20 chargeurs de canon H.S. 404 (vides)

40 chargeurs de mitrailleuses (vides)

  2 carabines 6 mm

Munitions de révolvers 8mm

Outillage

  2 mitrailleuses photos

  1 lunette de réglage

Terrain :

Le terrain sera inutilisable même après reconnaissance de bandes d’atterrissage.

Un nombre encore indéterminé de bombes n’ont pas éclaté.

Le bombardement a eu lieu au moment où une patrouille double envoyée conformément aux ordres reçus (sous-entendu : VOS ordres pour la mission de protection du Premier Ministre !) venait d’atterrir, ce qui n’a pas permis de faire décoller ceux qui étaient au sol.

 


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26 mai 1940 – Coulommiers (3)

 

Cette dernière phrase laisse songeur ! (*). Le capitaine Stehlin précise en outre que « tous ces avions situés à plus de 200 mètres les uns des autres ont été touchés par des bombes différentes ». C’est étonnant vu que 5 avions venaient juste d’atterrir et cela ne correspond pas exactement aux témoignages ultérieurs et aux photographies retrouvées ; sans doute une justification à priori un peu maladroite de certaines défaillances dans la protection des hommes et du matériel à Coulommiers…

Avec la crainte d’un nouveau bombardement, l’activité reprend avec fébrilité ; on tente de réparer ce qui peut l’être et on fait le maximum pour remettre quelques avions supplémentaires en état de voler. La compagnie de l’Air rebouche les entonnoirs les plus importants. L’unité administrative dont de cantonnement est jugé comme étant trop rapproché du terrain va s’installer dans un petit village 3 kilomètres plus loin…

La patrouille simple adj. Japiot, s/lt Menneglier et sgt Gabard décolle encore sur alerte à 18h 15, mais aucun avion suspect n’est découvert.

 

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Seulement 8 sorties en 2 missions en ce jour de bombardement.

 

(*) Il n’y a pas que cette phrase qui peut laisser songeur. Le Général Stehlin publiera ses mémoires en 1964. Il a consacré une petite page à cette journée de bombardement. Les contre-vérités multiples, la minimisation des pertes, la mise en avant de ses actions personnelles et les critiques véhémentes des décisions de l’État-major et de ses chefs font qu’on ne peut plus lire la suite sans être échaudé et rendu très prudent. On a vraiment l’impression que le Général Stehlin de 1964 ne supportait pas de n’avoir été en 1940 qu’un simple capitaine, affecté tardivement dans un Groupe opérationnel dont son brillant Commandant, le cdt Castanier, son second, le fameux capitaine Chainat, as de 1914/18, et le célèbre vainqueur de l’Atlantique nord de 1929, le capitaine Assollant, en avaient la vedette. C’est finalement par un concours de circonstances imprévisibles qu’il en récupéra le commandement à la mort du cdt Castanier, puisque ni Chainat, vu son âge, ni Assollant vu sa situation militaire, ne pouvaient y prétendre.

 

 


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27 mai 1940 – Coulommiers

Le repli anglais vers Dunkerque, soigneusement préparé depuis plusieurs jours, est foudroyant. Ses conséquences sont immédiates ; l’Armée belge est contrainte à la capitulation, mais le Roi décide de rester dans son Pays, et la 1ère Armée française sans protection se trouve dès lors en très mauvaise posture.

La Luftwaffe attaque Dunkerque en force. Les He 111 des KG 1, 4 et 54, les Do 17Z des KG 2 et 3, les Ju 87 du StG 2, s'y succèdent 14 heures. La ville est pratiquement rasée. Les morts sont peu nombreux mais les gravats bloquent les rues, ce qui est très gênant pour l'évacuation. Les installations du port sont gravement endommagées. Malgré tout, les Anglais réussissent à rapatrier près de 8 000 hommes.

 

 

 

Un ordre de mission du Groupement 23 pour une patrouille triple du III/6, daté du 27 mai à 0h 00, arrive au Groupe avec du retard, tandis que les mécaniciens, par trop habitués à ne pas fermer l’œil de la nuit, dans des conditions de travail épouvantables, font leurs obscurs miracles habituels pour remettre un maximum d’avions en état avant l’aube !

Outre-le III/6 qui doit fournir la patrouille triple basse guide (2 500 m), la mission concerne le GC III/2 pour la patrouille triple moyenne (4 000 mètres) et le GC I/3 pour la patrouille haute (6 000 m). Le point de rendez-vous est fixé à Beauvais à 4h 50 pour une couverture de 40 minutes de la zone Abbeville-Moyenneville- Saint-Rémy.

Si les mécaniciens du III/6 ont pu préparer au mieux 10 Morane, on ne peut finalement faire décoller à 4h 20 que 7 avions suite à des pannes de dernière minute ; cne Guerrier (chef de patrouille) et Sgt Piémont, s/c Le Guennec et Sgt Gauthier, adj Le Golan, s/c Mertzisen et sgt Trinel.

Le temps est toujours mauvais et la Luftwaffe a réduit sensiblement le nombre de ses sorties et s’il il y a peu de bombardiers en l’air, la chasse ennemie est toujours à l’affût. A 5h 40, le cne Guerrier à la tête de la patrouille guide aperçoit un Henschel 126  et seul, passe si brusquement à l'attaque qu'il se « sonne » et dégage finalement sans avoir pu tirer. Voyant cela, ses équipiers croient à une erreur d'identification, d'autant qu'ils pensent de leur côté avoir affaire à un Morane 230 ! Le « mouchard de la Wehrmacht » s'échappe tranquillement...

La patrouille de Le Guennec, dit « cri-cri », attaque un appareil sur lequel il a cru discerner des croix noires, mais celui-ci bat des ailes pour monter ses couleurs anglaises !

Sur zone, les pilotes peuvent observer au sol une très forte activité ; nombreux convois, nombreuses batteries, mais la Flak est moins mordante que d’habitude ; tirs peu nourris et imprécis. La mission prend fin sans autre incident.

 

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Sans doute qu’une autre mission de protection du terrain a eu lieu puisque les archives parlent de 11 sorties en 2 missions pour ce 27 mai.

 

 


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28 mai 1940 – Coulommiers (1)

Après 18 jours de combats disproportionnés, ayant conduit leur Roi, Commandant en Chef de l’Armée, à capituler, hantés par le souvenir des massacres du début de la 1ère guerre mondiale, fuyant les bombardements, près de 2 millions de Belges vont prendre le chemin de l'exil. Nombreux, cependant, seront ceux qui reviendront dans le courant de l'été 1940, après la capitulation française.

Au nord, les Anglais parviennent à évacuer près de 20 000 hommes, mais L'événement principal de la journée a lieu sur le front sud : les Français essayent de déloger les Allemands d'Abbeville. La contre-attaque est confiée aux 2 et 5ème DLC, qui n'ont aucune puissance de rupture, et à la 4ème DCR du colonel de Gaulle qui, non encore remise de ses exploits de Montcornet, n'a que 100 chars disponibles. On gagne un peu de terrain.

 

 

 

La situation autour de Dunkerque étant toujours aussi dramatique, une mission identique (ordre daté du 28 mai à 1h 00) à celle de la veille est commandée au Groupe III/6. Celui-ci doit fournir deux patrouilles triples (basse et moyenne), tandis que la troisième (haute) est à la charge du GC II/3. Le rendez-vous est fixé à 5h 45 au-dessus du Betz-Bouillancy où stationne encore ce Groupe, pour 45 minutes de couverture au-dessus d’Abbeville.

Malgré le dur labeur de la nuit des mécaniciens, une seule patrouille triple peut être mise en ligne, d’autant plus que cet ordre ne parvient à Coulommiers qu’à 5h 30. Elle est constituée des lt Legrand (C.P.), s/c Le Guennec et sgt Gauthier (guide), adj Diaz, s/lt Capdeviolle, sgt Pimont (1ère d’accompagnement), lt Martin, lt Kawnik et sgt Trinel (2ème).

La patrouille du III/6 n’atteint le point de rendez-vous qu’à 5h 55, tourne au-dessus du terrain de Bouillancy pendant 5 minutes et ne voyant décoller aucun avion du GC III./3, part vers Abbeville avec un plafond très bas.

Cinq Dewoitine de la patrouille de protection, partie également en retard, sont alors aperçus 15 minutes plus tard. Il n’y a pas d’avion allemand dans le ciel, la Flak ne réagit que mollement et la mission se termine.

Dans l’après-midi, alors que la 7ème armée tente encore de résorber les têtes de ponts sur la Somme à Abbeville et Corbie, on demande au III/6 une seconde mission, cette fois par téléphone ; une patrouille triple basse en collaboration avec le I/8 (moyenne) et toujours le II/3 (haute) devra être de 18h30 à 19h10 sur zone.

Seulement 8 avions peuvent prendre l’air ; cne Guerrier (C.P), sgt Gauthier, s/lt Steunou (guide), sgt Japiot, sgt Gabard (1ère d’accompagnement), cne Jacobi, adj Le Gloan, s/lt Kichlicki (2ème). Ce dernier, victime d’une fuite d’huile devra se poser à Beauvais-Tillé et ne rejoindra Coulommiers que le lendemain.

Alors que le temps est devenu franchement mauvais, cette pénible mission ne rencontre heureusement que des tirs épisodiques de la Flak, mais les pilotes aperçoivent au sol de nombreux tirs d’artillerie.

 


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28 mai 1940 – Coulommiers (2)

 

Deux incidents surviennent à Coulommiers : un Morane heurte une borne dissimulée dans les hautes herbes que la Compagnie de l’Air n’a pas fauchées malgré les demandes répétées des aviateurs, et un autre avion, celui d’un Chef de patrouille, s’enlise dans un trou de bombe mal rebouché, événements mineurs que ne manque pas de dénoncer le commandant du Groupe par écrit au Général Romanet, qui doit pourtant bien avoir dans l’heure des soucis plus importants.

L’ambiance est lourde… et le moral des troupes à Coulommiers est au plus bas !

Le cne Stehlin écrit encore au Génaral Romatet : « Le Groupe étant en alerte dès le lever du jour à 7 heures du soir, il est extrêmement difficile d’exécuter les travaux de révision en raison du temps très long que demande le décapotage et le recapotage d’un Morane » et il demande « la permission d’octroyer à ses pilotes de temps à autres une demi-journée de repos pour permettre la révision des avions ». !

Est-ce bien vraiment le moment ? Quelques jours plus tôt le cdt Castanier était systématiquement en vol à la tête de son Groupe…

 

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Pour ce jour, on dénombre 17 sorties en 2 missions.

 

 


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29 mai 1940 – Coulommiers

Le temps reste couvert sur Dunkerque pendant toute la matinée puis se dégage, ce qui permet à la Luftwaffe d'attaquer en force avec les Ju 88A des KG 30 et LG 1 et les Ju 87 des StG 2, 51, 76, 77 et I(St)/186(T). Malgré l'intervention de la RAF9 les bombardiers allemands coulent une impressionnante série de navires : le croiseur auxiliaire « Crested Eagle », le torpilleur « Grenade », les dragueurs « Waverly » et « Gracie Field », auxquels s'ajoutent ceux détruits par la Kriegsmarine, les torpilleurs « Grafton » et « Wakeful. » Mais plus de 45 000 hommes passeront malgré tout le « Channel ».

Au sud, la bataille pour Abbeville continue avec des résultats insignifiants.

 

 

 

Une couverture du secteur Beauvais-Gournay-en-Bray par une patrouille double est commandée pour 10h 30 à 11h 30, mais toujours « à cause de la défaillance permanente des personnels chargés des transmissions au Groupement 23 », selon un rapport justificatif sans complexe du cne Stehlin (n°371/G.3/6 du 29, avec demande de sanctions, adressée au Général Romatet qui commande justement ce Groupement !!!), cet ordre ne parvient au Groupe qu’avec 1h 30 de retard.

La patrouille double mixte qui est alors mise alors en l’air ; adj Goujon (C.P.), s/c Mertzisen et sgt Gabard (guide), adj Diaz, s/lt Satgé, s/lt Capdeviolle (accompagnement), doit revenir au terrain, ayant trouvé à proximité de la zone d’intervention un plafond de moins de 200 mètres.

 

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Ces 6 sorties sont la seule mission de la journée.

 


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30 mai 1940 – Coulommiers

Dans les Flandres le groupe des Armées du nord agonise.

A Dunkerque, le ciel est nuageux. La Luftwaffe coule le croiseur auxiliaire anglais « King Orry » tandis que le torpilleur français « Bourrasque » saute sur une mine. Malgré tout, plus de 50 000 hommes font la traversée, dont les premiers français.

Devant Abbeville, la DCA allemande de 88 bloque net l'attaque de la 4ème DCR.

 

 

 

Le mauvais remps ne permet toujours pas d’envisager des missions de guerre dans la matinée.

Au début de l’après-midi, une patrouille double peut décoller pour une mission sur le secteur Beauvais-Clermont. Elle est composée du cne Jacobi, lt de Rouffignac, s/t Kichlicki (guide), adj Diaz, s/lt Capdeviolle, s/lt Satgé (accompagnement).

Mais comme la veille le plafond trop bas la contraint à rentrer.

Cette mission (6 sorties) est la dernière du Groupe dans la Z.O.A.N. L’État-major lui donne l’ordre de descendre le lendemain dans le midi, sur le terrain du Luc en Provence, dans le Var, pour s’équiper enfin de Dewoitine 520.

Pour remédier au manque d’avion du III/6, une dizaine de MS 406 en provenance du GC III/2 est convoyée à Coulommiers. Le journal de marche de la 6ème Escadrille mentionne cette arrivée de façon éloquente : « Nous sommes néanmoins très désappointés d'avoir encore des Morane à casser, quand verrons-nous les D.520 ou Curtiss P-.40 ??? ». Ils ne savaient pas encore que ce serait pour le lendemain et que ces Morane permettraient à la plupart d’entre eux de rejoindre Le Luc par la voie des airs !

 

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En 21 jours face à la Luftwaffe, tant en ZOAN (nord) qu’en ZOAE (est), c’est plus de 300 sorties (près de 100 sorties de guerre), dont près des ¾ sur alerte, que le GC III/6 a assurées, malheureusement au prix de 4 pilotes tués en combat aérien et 1 soldat tué au sol, deux prisonniers et un blessé grave. Sept victoires lui ont été attribuées.

 


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31 mai 1940 – Le Luc en Provence

 


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31 mai 1940 – de Coulommiers au Luc en Provence

A Dunkerque, la Luftwaffe coule le dragueur anglais « Devonia » et la Kriegsmarine le torpilleur français « Siroco » mais près de 70 000 hommes arrivent en Angleterre, dont le général lord Gort, qui commandait le Corps Expéditionnaire Anglais en France.

C'est au cours de cette journée que le bombardement français fournit son plus grand effort diurne de la campagne : 57 avions sont engagés, dont 12 ne reviennent pas ; parmi eux, 8 LeO‑451 d'une formation de 21 constituée par les GB 1/11, 1/12 et 11/31. Ainsi donc, la totalité de notre Armée de l'Air ne parvient à faire décoller que l'équivalent d'un Groupe 1/2 de la Luftwaffe !

Le GQG crée la 10ème Armée qui prend à son compte tout le secteur devant Abbeville, ex gauche de la 7ème Armée bis.

La marine anglaise coule le sous-marin allemand « U13 » en Mer du Nord.

 

 

 

Les pilotes sont prévenus dans la matinée de préparer leur départ immédiat pour le Midi, afin d'y échanger les Morane à bout de souffle contre des Dewoitine 520 sortant d’usine. On peut imaginer leur satisfaction !

Partis à 16h 00, les Morane font escale pour se ravitailler en carburant sur le terrain de Lyon-Bron, avant de gagner le terrain du Luc, dans le Var. En raison de l'heure assez tardive, plusieurs appareils sont contraints de se poser à Aix en Provence, Marignane et Hyères. Le III/6 vient remplacer le Groupe II/3 qui a terminé depuis le 18 mai sa transformation sur D.520.

La patrouille polonaise, immobilisée à Bron en soirée, est victime du bombardement que les Allemands exécutent ce jour-là sur ce petit aérodrome. Les pilotes rejoindront Le Luc par chemin de fer le 3 juin, à l’exception du lt Kichlicki qui arrive dans l’entretemps, une fois son Morane remis en état de marche

 

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1 juin 1940 – Le Luc en Provence (1)

Le beau temps règne sur Dunkerque et la Luftwaffe coule le torpilleur français « Foudroyant », les torpilleurs anglais « Basillsk », « Keith » et « Havant », la canonnière anglaise « Mosquito » et le dragueur anglais « Skipjack » et l'artillerie allemande le dragueur anglais « Brighton Queen ». L’hécatombe des bateaux de transport est telle qu’il est décidé de ne plus procéder qu’à des évacuations de nuit.

Malgré tout, près de 65 000 hommes arrivent ce jour de l’autre côté de la Manche. Dans la nuit du 1er au 2, les Anglais décident de mettre fin à l’opération « Dynamo » mais dans les trois jours qui suivent ce sont peut-être encore 80.000 hommes, la plupart français, qui pourront traverser.

Pendant ce temps, les 7 divisions encerclées à Lille depuis le 27 mai, ayant épuisé tous leurs moyens de combat, capitulent.

La Luftwaffe envoie des formations de Heinkel dans le sud de la France par la vallée du Rhône jusqu’à Toulon et Marseille au milieu de la journée, démontrant ainsi sa capacité à atteindre maintenant n’importe quel point de l’hexagone, mais sans faire de dégâts importants dans un premier temps.

 

 

 

L’historique officiel du Groupe dit que l’échelon roulant, embarqué par chemin de fer quitte Coulommiers en fin de matinée le 1er juin, est arrivé au Luc le 2 juin vers 20 heures. Dans la réalité, il part le 2 mai et ne s’installe au Luc que le 5 mai.

Cinq Morane de la 5ème Escadrille, indisponibles depuis le bombardement du 26 mai ont dû être abandonnés ; leurs canons seront récupérés par le Groupe III/7 qui le 2 juin prend la suite du III/6 à Coulommiers et, comme ils sont d’un type plus récent, les monteront sur leurs avions encore équipés de canons H.S.9. à cadence de tir plus lente.

Ce même jour, le MS 406 n°933 resté à Bron est détruit durant le bombardement du terrain.

L’État-major s’attend à des attaques allemandes sur la côte méditerranéenne et le III/6 a reçu l’ordre la veille de tenir dès l’aube une patrouille triple en alerte. Sur alerte du service de guet de Toulon elle décolle à 9h 00 pour couvrir à 3 000 mètres le secteur Toulon-Marseille ; adj Le Gloan (C.P.) (patrouille élémentaire), adj Goujon et adj Japiot. (C.P. des 2 patrouilles d’accompagnement) Les artilleurs français de la défense aérienne peu aguerris et servant pourtant des canons désuets s’en prennent à elle par erreur; le Gloan décide d’abandonner ce secteur un peu trop dangereux ! La mission est longue : la patrouille légère le adj. Japiot doit se poser à Marigane pour faire les pleins, de même que le sgt Hardouin. Le s/c Mertzisen qui n’avait pas verrouillé son train était immédiatement retourné au Luc.

C’est à la mi-journée que la Luftwaffe effectue avec des appareils dont le rayon d’action a pu être amélioré ses premiers raids sur Toulon et Marseille sans opposition ; un bateau est incendié, mais les résultats ailleurs sont maigres. Ces premiers bombardements en Méditerranée peuvent laisser à penser qu'ils seront suivis de l'attaque en règle de tous les ports Français du sud de la France et présager que l’Italie se prépare à entrer en guerre contre la France.

 

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1 juin 1940 – Le Luc en Provence (2)

Situé à 4 km à l’est du petit bourg le terrain mesure 1 000 x 800 mètres, en bordure d’un petit bois idéalement placé pour camoufler les appareils, et à proximité du « Château Colbert » appartenant au Marquis de Colbert, une belle propriété qui permet d’y accueillir confortablement les moyens techniques et des cantonnements pour les « roulants ». Autour du terrain, deux hangars existent au nord-est et un peu à l’écart des baraques pour les postes de commandement.

La base est administrée par la Compagnie de l’Air 75/118 et ses ravitaillements sont à la charge du parc 13/125 de Brignoles. Elle dépend territorialement du Secteur de l’Air 15 commandé par le colonel Quir-Monfollet, ancien attaché de l’Air à Lisbonne puis à Barcelone.

Le GC III/6 remplace au Luc le GC II/3 qui a été équipé en Dewoitine 520 du 10 au 18 mai. Il est affecté au Groupement de Chasse 24 alors commandé par le colonel de Turenne (*) qui est basé à Valence. Ce Groupement est rattaché à la ZOAA (Zone des Opérations Aériennes des Alpes) commandé par le Général Odic, également basé à Valence.

Le Groupement de Chasse 24, dont les moyens sont répartis en deux Sous-Groupements (Nord, et Sud), a deux missions :

1)     La Défense Aérienne du Territoire (D.A.T.) pour la région lyonnaise, les centres industriels de Saint-Etienne, Givors, Roanne ainsi que les bases aériennes de la vallée du Rhône et les bases aéronavales de Toulon, Marseille et Berre,

2)     En cas de l’entrée en guerre de l’Italie, la Chasse aux Armée sur la Tarentaise et la Savoie, les régions de Gap et de Briançon, la Maurienne, les Alpes-Maritimes.

Le III/6 est affecté au Sous-Groupement n°3 de la zone sud, théoriquement sous les ordres du capitaine Arnaud à Salon de Provence ; ses missions particulières sont la couverture des plateformes de la Crau et des barrages de la vallée du Rhône et le renforcement à la demande de son voisin à Toulon, le Sous-Groupement 44 du capitaine Labonde.

Mais l’additif n°1 à la note n°213-S/3 du 7 juin définissant « l’ordre d’opérations du commandant du Groupement de Chasse 24 pour l’emploi de la chasse à partir de ce jour » est extrêmement ambiguë sur le niveau d’initiative de chacun et demande au commandant du III/6 « de lui adresser avant le 12 juin une copie des ordres qu’il aura donnés après s’être mis en liaison avec les différents Sous-Groupements intéressés ». On croit rêver, mais on a là un exemple exceptionnel des conséquences catastrophiques de la verticalité administrative de l’Armée de l’Air avant et pendant la guerre ! C’est dans cette période de réflexion pour savoir qui commande qui et inversement… que les Italiens attaqueront.

 

(*) Armand Jean Galliot Joseph de Turenne, marquis de Turenne d'Aubepeyre, (né le 2 avril 1891 au Mans – mort le 10 décembre 1980 à Paris) est un as de l'aviation française de la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle il remporte 15 victoires homologuées et cinq victoires probables.

 

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2 juin 1940 – Le Luc en Provence

A Dunkerque, aucun bateau et aucun avion anglais ; seuls des bâtiments français continuent la navette, mais par suite des bombardements on décide d’attendre la nuit.

La Luftwaffe s’en prend de nouveau à Marseille. Lyon et Grenoble sont également bombardées.

Au cours d'une réunion houleuse à Paris, Reynaud, Darlan et Weygand critiquent fortement le lâchage des Anglais à Dunkerque. De ce fait les évacuations nocturnes reprennent et dans les nuits des 2, 3 et 4 juin c’est un total de 75 000 français qui pourront ainsi être encore transbordés.

 

 

 

L’offensive aérienne allemande s’est poursuivie pendant la nuit ; Marseille a de nouveau été attaquée, un réservoir de carburant de la raffinerie de pétrole de Berre est en feu.

Nouveaux bombardements de 8h 30 à 10h, visant avec une certaine efficacité les installations pétrolières de la région, Berre, Martigues, Port-de-Bouc. La vallée du Rhône est également ciblée, dont les deux terrains d’aviation du pourtour de Valence.

La patrouille double du III/6, conduite par les cne Stehlin et Jacobi, alertée trop tard, se porte sur Marseille mais arrive après les bombardements.

L'état-major de la ZOAS donne l'ordre au III/6 de mettre à la disposition de l'armée des Alpes une patrouille de 10 Morane, pour pouvoir former une patrouille triple sur le terrain de Valence-Trésorerie. C’est vers midi que partent du Luc seulement 4 pilotes de la 5ème Escadrille au lieu des 6 prévus (lt Martin, adj Le Gloan, sgt Trinel et sgt Hardouin) et 4 pilotes de la 6ème Escadrille (cne Guerrier, s/lt Capdeviolle, adj Japiot et sgt Gauthier). Mais tout restera calme ; pour le III/6 seulement deux vols de couverture le 4 juin (adj Le Gloan, sgt Trinel et lt Martin, pour Valence et le sud de la région Lyonnaise et sur alerte de fin de journée (*), cne Guerrier, adj Japiot et sgt Gauthier, pour le terrain de Valence), des réglages d’armes et des essais de transmissions puisqu’un détachement radio « Type IV » de Salon de Provence a été mis à la disposition de ce détachement du III/6. Le 5 au matin les pilotes rentrent au Luc.

(*) Livre de marche de la 6ème Escadrille : « Un message a annoncé l’arrivée d’une vague d’avions douteux. La patrouille d’alerte prend l’air en même temps que se pose une vingtaine de Morane 406 en repli, qui n’étaient autres que les avions douteux signalés ! »

Pour la petite histoire, disons que le Groupe ne possède aucune carte de la région et le lt de Rouffignac doit se rendre en avion à Valence pour en chercher quelques jeux !

 

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SITUATION  LE  4 JUIN 1940

 

 

 

AVANCE ALLEMANDE VERS DUNKERQUE

du 21 MAI au 4 JUIN

 

LIGNE de FRONT SUR la LA SOMME

 

 

 

Carte en haute définition

 

 

 

 


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3 au 9 juin 1940 – Le Luc en Provence (1)

Le fait marquant pour l’histoire du 3 juin d’un point de vue militaire est l’opération aérienne stratégique « Paula » où la Luftwaffe engage 500 avions (bombardiers des KG 1, 2, 3, 4, 30, 54 et LG 1 ; chasseurs des JG 2, 53, 54, 77 et ZG 76) pour détruire l'infrastructure aéronautique française : usines et aérodromes. Les Français, qui s'attendaient à la chose, sont prêts à engager les 250 chasseurs des GC 1/1, II/l, III/l, 1/2, II/2, 1/3,1/5, II/5, 1/6, II/7, III/7, 1/8, II/9 et 1/145 pour y faire face. En fait, ce grand déploiement n'a, de part et d'autre, que de modestes résultats. Faute de radars, les interceptions sont peu nombreuses et difficiles. Bref, les Allemands perdent 26 avions et les Français 33 (17 en l'air + 16 au sol) (*). Tous les objectifs désignés ont été bombardés sans encombre mais les dégâts sont peu importants.

(*) Bien que tous les chiffres de pertes soient toujours donnés à l’unité près dans ce texte, il faudrait peut-être mettre un « +/- » devant à chaque fois !

Tôt dans la matinée du 4 juin, les Allemands entrent dans Dunkerque et capturent 40 000 français qui n’ont pas pu réembarquer. Les marines britannique et française ont perdu au moins 80 navires marchands et navire de guerre

Churchill fait sans doute le plus célèbre de ses discours de guerre : « …Nous combattrons sur les plages... nous ne capitulerons jamais… un jour, le Nouveau Monde, avec toute sa puissance et sa force, fera un pas en avant pour secourir et libérer le vieux… »

Les attaques allemandes sur la ligne de la Somme commencent le 5 juin. Le Cabinet est remanié et Daladier, ministre des Affaires étrangères, quitte le gouvernement. Charles de Gaulle est nommé sous-secrétaire d'État au ministère de la Défense nationale.

Les forces allemandes atteignent la Seine à Rouen et prennent la ville le 9 juin. Dieppe et Compiègne tombent également. A l’est, elles franchissent la Marne.

 


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3 au 9 juin 1940 – Le Luc en Provence (2)

 

 

Pilotes du GC III/6 au 9 juin 1940

État-major

5ème Escadrille

6ème Escadrille

Cne Paul Stehlin

Cne André Chaînat

Cne Jean Bernache-Assollant

Cne Roger Jacobi

Lt Robert Martin

Lt Daniel de Rouffignac

Adj Pierre Le Gloan

Adj Charles Goujon

S/C Gabriel Mertzisen

S/C Maurice Chardonnet

Sgt Napoléon Trinel

Sgt Roger Hardouin

Cne Mieczylaw Sulerzycki (Pol.)

 S/Lt Erwin Kawnik (Pol.)

S/Lt Boleslaw Rychlicki (Pol.)

Cne Jacques Guerrier

Lt Georges Legrand

S/Lt André Capdeviolle

S/Lt Marcel Steunou

S/Lt Marie-Henri Satgé

S/Lt Jean-Paul Menneglier

Adj Jean Diaz

Adj Guy Japiot

S/C Alain Le Guennec

Sgt Georges Gauthier

Sgt Roger Pimont

Sgt Raymond Gabard

 

 

Tout le monde sait que l’entrée en guerre de l’Italie est éminente, mais on parle peu, le moral n’est pas au plus haut, chacun se pose la question sur le sort que l’avenir lui réserve et a besoin d’un peu de repos. On sait que les vieux Morane 406 vont être remplacés par les magnifiques Dewoitine D.520 ; les mécaniciens font cependant ce qu’il faut pour que les 406 soient encore prêts pour faire face à la « Regia-Aeronautica » italienne dont les appareils sont considérés comme peu dangereux.

Les journées sont occupées à procéder aux révisions indispensables, à améliorer les transmissions hertziennes et filaires, à régler les armements sur les buttes de tir de Cannes-Mandelieu et de Hyères-Palyvestre.

Un premier groupe de mécaniciens et de pilotes part à Toulouse pour recevoir une instruction rapide sur le Dewoitine D.520 ; adj Augst pour l’E.M. ; adj Diaz (pilote), sgts Bibert et Robert (mécaniciens) le 7 mai pour la 6ème Escadrille; adj Goujon (pilote), adj Colin et sgt Defossés (mécaniciens) le lendemain pour la 5ème.

Les suit le 9 juin un premier groupe de pilotes qui convoient leurs vieux Morane à Toulouse pour littéralement choisir leur nouvelle monture parmi la centaine d’appareils, tout neuf, qu’ils découvrent avec stupéfaction bien alignés devant l’usine de Saint-Martin ! Pourquoi pas plus tôt, diront-ils tous ultérieurement.

Le 9 juin une première prise d’armes a lieu au Luc après que l’information de la découverte du corps du commandant Castanier porté disparu le 24 mai et maintenant officiellement « mort pour la France », ait été donnée au Groupe ; chacun peut alors se recueillir à la mémoire de leur ancien commandant, toujours en tête lors des dures missions du III/6 au-dessus du nord de la France.

 

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10 juin 1940 – Le Luc en Provence

Le front est maintenant rompu sur la Somme et en Champagne.

Les armées que le III/6 survolaient deux semaines plus tôt sont en pleine retraite ; les Allemands sont en basse Seine, devant Châlons-en champagne, Paris est menacé.

Le général en chef Maxime Weygand informe le Président du Conseil Paul Reynaud que la rupture définitive de nos lignes de défense peut survenir d'un moment à l'autre et conclut avec pessimisme : « Si pareille éventualité se produisait, nos armées continueraient à combattre jusqu'à l'épuisement de leurs moyens et de leurs forces. Mais leur dissociation ne serait qu'une affaire de temps ».

A 18h00, Benito Mussolini, en grand uniforme noir de la milice, apparaît au balcon de la Piazza Venezia pour annoncer à la foule : « ...une heure marquée par le destin a sonné dans le ciel de notre Patrie : l'heure des décisions irrévocables. La déclaration de guerre a été signifiée aux ambassadeurs de Grande-Bretagne et de France... »

 

 

 

Les capitaines Stehlin et Assollant, et 2 pilotes de la 5ème Escadrille, le cne Jacobi et l’adj. Le Gloan ont le privilège d’être les premiers à ramener au Luc leur beau D.520, respectivement les n°331, 302, 229 et 277.

Le versement des Morane au Parc 15 de Toulouse et l’arrivée des Dewoitine au Luc se poursuivra dans les jours suivants. Les derniers appareils arriveront le 16 mai avec des pilotes de la 6ème Escadrille. Les derniers mécaniciens rentrent le 17 mai.

Ce sera désormais sur ce chasseur moderne qui peut rivaliser avec les meilleurs appareils ennemis que le GC III/6 continuera le combat contre l'aviation italienne, et plus tard contre l’aviation anglaise en Syrie, mais ceci est une autre histoire…

Ce même jour une nouvelle prise d’Armes a lieu en présence du Général Odic commandant la ZOAA ; le capitaine Chainat, as de 14/18, 48 ans, remet la croix de guerre à son jeune et ambitieux chef, le capitaine Stehlin, 33 ans. De valeureux pilotes et d’obscurs mécaniciens besogneux devront attendre, la plupart en vain !

Toujours le 10 juin, par l’ordre d’opérations n°269-S/3, le Général Odic, sous la pression des évènements… et du capitaine Stehlin, remanie son dispositif. Le Groupement 24 est subdivisé dorénavant en trois Sous-Groupements ; s/g Nord, commandant Viguier à Satolas, avec le GC III/9, l’Escadrille de chasse de nuit 5/13 sur Potez 63 et « l’Escadrille mixte polonaise » ; s/g Sud, capitaine Stehlin au Luc, avec le GC III/6, la patrouille simple polonaise arrivant de Montpellier et une patrouille simple dite « patrouille de marche du Groupe de Remorquage 4/108 » ; s/g 44, capitaine Labonde à Toulon-Gambin avec une Escadrille de la Marine sur Bloch 151 et diverses formation d’hydravions au service de l’Amiral commandant la 3ème Région Maritime.

Les missions du GC III/6 dont le commandant a gagné un échelon hiérarchique restent globalement les mêmes, mais tournées un peu plus vers l’Italie menaçante.

 

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L’Aviation italienne en juin 1940

Texte de J-P. DEFFIEUX

 

La « Regia Aeronautica » a pour unité élémentaire l'Escadrille ou Squadriglia qui possède au plus 10 avions (monomoteur) et souvent moins (multimoteurs : 7 ou 8 seulement). Avec 2 Escadrilles de bombardement ou 3 de chasse, on obtient un Groupe ou Gruppo et avec 2 Groupes (parfois 3 dans la reconnaissance) on a une escadre ou Stormo de 35 bombardiers (25 à 50 chez les Français, 100 chez les Allemands) ou 60 chasseurs (75 chez les Français, 100 chez les Allemands).

Il existe des Groupes et Escadrilles autonomes, ainsi que quelques sections indépendantes. Les irrégularités ou anomalies dans la composition des Groupes et escadres sont rares. La numérotation des escadres, Groupes et Escadrilles est totalement indépendante, contrairement à ce qui se passe en France et en Allemagne, où Groupes et Escadrilles font habituellement référence à l'escadre de rattachement même si celle-ci est incomplète ou inexistante. Le 10 juin 1940, on trouve :

8 ESCADRES (1, 2. 3, 4, 51. 52, 53, 54) + 4 GROUPES (2, 3. 6,160) + 8 ESCADRILLES (161, 163, 356, 409, 410, 411. 412. 413) DE CHASSE (total de 65 Escadrilles) avec 511 appareils (504 avions + 7 hydravions) : 201 CR-42,158 CR-32, 81 G-50, 64 MC-200, 7 Ro-44

25 ESCADRES (7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 18, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 39. 41, 43. 46. 47) + 1 GROUPE (49) + 1 ESCADRILLE (41) DE BOMBARDEMENT (total de 101 Escadrilles) avec 682 appareils (634 avions + 48 hydravions) : 395 SM-79, 107 BR-20, 90 SM-81, 48 Z-506, 24 Z-1007,18 Ca-133.

4 ESCADRES (19, 20, 21. 22) + 5 GROUPES (61, 62, 64, 73, 76) + 6 ESCADRILLES (33,110,114. 120. 124. 132) DE RECONNAISSANCE (total de 38 Escadrilles) avec 242 avions : 216 Ro-37, 26 Ca-311

2 ESCADRES (5, 50) D'ASSAUT (total de 10 Escadrilles) avec 52 avions : 24 Ca-310,17 Ba-88,11 Ba-65

1 GROUPE (96) DE BOMBARDEMENT EN PIQUÉ (total de 2 Escadrilles) avec 14 SM-85

4 GROUPES (145. 147,148,149) + 2 ESCADRILLES (615, 616) DE TRANSPORT (total de 11 Escadrilles) avec 57 avions : 21 SM-75,13 SM-73, 12SM-82.8SM-83

4 GROUPES (79, 83. 84. 85) + 10 ESCADRILLES (142, 143, 144. 145, 148, 170, 171, 182, 199. 231) D'AVIATION NAVALE (total de 20 Escadrilles) avec 117 hydravions : 97 Z-501,20 Z-506

2 GROUPES (1, 2) COLONIAUX + 2 ESCADRILLES (26, 99) SAHARIENNES (total de 7 Escadrilles) avec 31 Ca-309

2 ESCADRILLES (613, 614) DE SAUVETAGE avec 11 hydravions : 6 Z-506, 5 SM-66

Donc au total 1717 appareils (1534 avions + 183 hydravions) distribués dans 39 escadres, 21 Groupes et 31 Escadrilles (total de 256 Escadrilles) auxquels il faut ajouter 49 hydravions Ro-43 catapultables embarqués sur les cuirassés et croiseurs de la flotte.

Ces chiffres bruts doivent cependant tenir compte de quelques correctifs : le CR-32 est un biplan complètement périmé ; le CR-42 est récent mais biplan; le G-50 est un monoplan inférieur à ses adversaires potentiels ; le MC-200 est interdit de vol en juin 1940 à la suite d'accidents inexpliqués ; le Ca‑133 est périmé ; Les Ro-37, Ro-43 et Ro-44 sont des biplans anciens et dépassés ; les Ba-65, Ba-88 et SM-85 se révéleront inutilisables ; le Ca-309 n'est pas un avion de combat ; enfin, le SM-66 et le Z-501 sont pratiquement sans défense. Restent donc, pour affronter l'ennemi les Ca-311 (d'observation), BR-20 (modernes), SM-81 (valables mais vieillissants), Z-506 (très modernes mais hydravions), et surtout les SM‑79 et Z-1007 (l'un et l'autre très modernes et soutenant la comparaison avec n'importe quel bombardier étranger disponible en juin 1940).

La flotte de bombardement italienne doit être considérée comme bien supérieure à celle de la France et sa petite flotte de transport est aussi meilleure que celle des Franco-anglais. L'industrie aéronautique italienne se révélera incapable de maintenir les effectifs et d'améliorer les fabrications (peu de variantes, les chasseurs modernes livrés à partie de 1942 seront équipés de moteurs allemands). L'aviation italienne présente deux caractéristiques notables : elle est la seule au monde à avoir misé sur la formule trimoteur pour des avions de combat ; elle est fortement exportatrice (et sans préjugés, vendant aux ennemis potentiels, comme la Yougoslavie, et sans l'entrée en guerre de juin 1940 elle aurait aussi vendu à la France et à l'Angleterre) alors qu'elle n'arrive pas à couvrir les besoins nationaux.

 

 


Page 467 

11 juin 1940 – Le Luc en Provence

Paris est déclarée ville ouverte. Les restes des forces françaises battent en retraite dans la confusion au sud de la Seine et de la Marne. Les forces blindées allemandes prennent Reims.

Compte tenu de la quasi-inexistence du bombardement français sur le front des Alpes, les Anglais ont envoyé en France des Wellington de l'Escadrille 99 qui doivent bombarder l'Italie. Mais, au moment où ils vont décoller, les autorités locales françaises, craignant des représailles de l’aviation italienne, bloquent l'aérodrome et empêchent le décollage. Pendant que les échos de cette affaire remontent aux gouvernements respectifs, les Anglais font quand même partir, de chez eux cette fois, 36 Whitley des Escadrilles 10, 51, 58, 77 et 102 vers l'Italie, que 11 d'entre eux bombardent, les autres n'ayant pas trouvé l'objectif.

 

 

 

Le lt Martin (n°301), l’adj Goujon (n°350) et l’adj Diaz (n°138), ramènent des Dewoitine de Toulouse dans la journée. Ils y sont remplacés par quatre de la 6ème Escadrille (cne Guerrier, lt Legrand, s/lt Capdeviolle et sgt Gabard) et un de la 5ème (s/c Chardonnet).

Arrivant du C.I.C. de Montpellier, les lieutenants polonais Wienzylaw Baranski et Jan Borowski rejoignent la 5ème Escadrille et le sergent Michal Cwynar la 6ème. Ce dernier, qui se couvrira de gloire par la suite en devenant « As » dans la R.A.F. et qui survivra à 4 ans de guerre, écrira plus tard quelques pages sur son passage au III/6 au Luc ; elles ne manquent pas d’intérêt pour en remettre certaines autres, plus romancées, à leur juste place.

Les MS.406 restants effectuent encore quelques sorties de couverture.

La prise en main des Dewoitine D.520 est tellement facile qu’une première patrouille simple du III/6 sur Dewoitine peut décoller pour une telle mission en fin d’après-midi de ce premier jour de guerre avec l’Italie.

 

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Page 47 

12 juin 1940 – Le Luc en Provence

Weygand estime, en qualité de commandant en chef de l'armée française, qu'il est nécessaire de demander un armistice. Il signe l'ordre de retraite générale sur la Loire. Philippe Pétain, le vice-président du Conseil français, est du même avis, mais Reynaud repousse énergiquement cette proposition.

C'est donc ce jour qu'au niveau des principaux dirigeants français les rôles sont distribués. Au duo Reynaud-de Gaulle partisan de la poursuite de la guerre s'oppose le tandem Pétain-Weygand préférant arrêter les frais. Pétain et Weygand, brouillés depuis des années, deviennent solidaires par la force des choses, et peut-être aussi parce que l'un et l'autre détestent de Gaulle, qui le leur rendra bien. Un cinquième personnage pourrait jouer un rôle important : Darlan. Il a sur tous les autres l'avantage, devenu rare en ces jours de juin 40, de disposer d'un instrument intact et invaincu, sa superbe marine. Mais il ne manifeste à l'époque aucune volonté de jeu personnel.

 

 

 

Les cinq pilotes qui ont passé la nuit à Toulouse sont rejoints par l’adj Japiot, le sgt Pimont, le s/lt Satgé et le s/c Cwynar. Ils effectuent leurs premiers vols avec les Dewoitine qu’ils ont perçus.

Au Luc, les Morane restent en alerte. Les Italiens envoient quelques avions survoler Antibes et Saint-Tropez. Deux patrouilles simples de le 5ème Escadrille du III/6 couvrent à priori la région de Menton de 14h 25 à 16h 05 et de Saint-Tropez sur alerte de 18h 30 à 19h 20 (s/c Le Guennec, s/lt Steunou, sgt Gauthier de la 6ème) mais elles ne découvrent pas d’avions italiens.

Sur les D.520 déjà au Luc, les codes tactiques sont peints : le n°229 du cne Jacobi récupère logiquement le « 1 », le n°301 du lt Legrand le « 2 », le n°277 de l’adj Le Gloan le « 6 », le n°350 de l’adj Goujon le « 7 » et le n°138 de l’adj Diaz le « 29 ». Pour le n°331, le cne Stehlin se singularise avec un « A »", tout comme le cne Assollant sur son n°302 avec un « S » auquel est ajouté l’insigne de la SACM de Madagascar et le nom de baptême « La Pouille » (comme sur son 406). Les vols d’essai se multiplient et quelques-uns font l’aller-retour à Cannes pour y régler les armes. Ils ne tarderont plus à être prêts pour le combat.

Dans la nuit les bombardiers Italiens s’en prennent sans opposition, mais sans résultat, à l’usine de fabrication de torpilles de Saint-Tropez.

 

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Page 48 

SITUATION  LE  12 JUIN 1940

 

 

 

AVANCE ALLEMANDE VERS PARIS

du 4 au 12 JUIN

 

LIGNE de FRONT SUR la SEINE

 

 

 

Carte en haute définition

 

 

 

 


Page 49 

13 juin 1940 – Le Luc en Provence (1)

Les forces françaises à l'ouest de Paris battent maintenant en retraite vers la Loire.

Depuis son entrée au Gouvernement en mai, Pétain avait assisté plutôt que participé aux discussions. Reynaud ne l'avait appelé en fait que pour couvrir ses décisions du nom du « glorieux-vainqueur-de-Verdun ». Lors d’une discussion orageuse entre Weygand, le militaire, et les ministres, Pétain intervient au moment où on s'y attend le moins. Il sort un papier et le lit. C'est un petit discours dont la conclusion est la suivante : « Je déclare en ce qui me concerne que, hors du Gouvernement s'il le faut, je me refuserai à quitter le sol métropolitain. Je resterai parmi le peuple français pour partager ses peines et ses misères. L'armistice est à mes yeux la condition nécessaire à la pérennité de la France ».

Reynaud est furieux mais la séance doit être levée dans la hâte lorsque des bombes tombent à proximité. Le Gouvernement a juste le temps de décider à l'unanimité :

1)      que « l'intérêt supérieur de la Patrie est en jeu et exige l’union sacrée » ...

2)      qu’il doit se replier à Bordeaux !

 

 

 

Une première patrouille de Morane de la 6ème (même composition que la veille) couvre à priori la région niçoise en tout début de matinée mais ne trouve pas « l’Italien de service ».

Au départ d’une patrouille de la 5ème à 6h 15, le Morane n°675 du s/c Mertzisen percute le Dewoitine n°350 de l’adj Goujon. Les deux hélices à remplacer ; l’adj Goujon retournera néanmoins rechercher un nouveau D.520 à Toulouse deux jours plus tard.

Sur appel du centre de Toulon, une patrouille simple de D.520 prend l’air à 11h. L’adj Le Gloan, le lt Martin et l’adj Goujon s’envolent vers la côte et repèrent rapidement un peloton de quatre Fiat BR 20 de la 3a Squadriglia du 43° Gruppo faisant route à l’ouest à la verticale de Hyères. Les bimoteurs italiens font demi-tour et larguent leurs bombes en mer mais ils sont facilement rejoints.

Les trois pilotes français coordonnent leur attaque au canon sur l’ailier droit que l’adj Le Gloan tire par en dessous et les deux autres par au-dessus. Armes muettes à cause d’un fusible grillé, le lt Martin doit rentrer au Luc, mais les deux pilotes chevronnés de la 5ème ont fait mouche ; l’équipage peut sauter en parachute tandis que le bombardier italien dégringole en flammes au large du cap Camarat. Un parachutiste tombe en mer et se noie, deux autres pris à partie par des tirs de mitrailleuses sont tués avant de toucher le sol sur la commune d’Agay où les deux derniers sont pris à partie par des habitants excités ; un seul pourra être soustrait à la vindicte populaire par des gendarmes.

Pendant de temps les 2 Français poursuivent les 3 Fiat italiens ; deux d’entre eux parviennent à se réfugier dans les nuages, mais pas le troisième qui subit à son tour les tirs des seules mitrailleuses des D.520 dont les canons n’ont plus d’obus. Le bombardier accuse le coup et perd de l’altitude. Le Gloan et Goujon n’ont plus de munitions et l’abandonnent à son sort au large des îles de Lérins. Le BR 20 parviendra à passer la frontière et amerrira quelques kilomètres plus loin devant Santo Stefano al Mare. Son épave est aujourd’hui un site régulièrement visité par les amateurs de plongée.

 

 


Page 50 

13 juin 1940 – Le Luc en Provence (2)

Dans leur rapport de combat, les deux pilotes mettent l’accent sur le fait qu’ils n’ont pas subi le moindre tir défensif de la part des bombardiers italiens, ce dont ils n’avaient pas l’habitude face à ceux de la Luftwaffe. Et de fait, les deux Dewoitine sont intacts alors qu’ils ont effectué des tirs très rapprochés. Après ces premières victoires sur D.520, les trois mêmes pilotes redécollent sur alerte dans l’après-midi. Mais 50 minutes plus tard, ils sont de retour sans avoir croisé le moindre avion ennemi.

Des attaques italiennes sur les terrains de Fayence et de Cannes-Mandelieu et sur la ville de Toulon n’obtiennent que peu de résultats ; des messages d’alertes diffusés trop tard n’ont pas permis au III/6 d’intervenir malgré le double décollage de la patrouille simple adj Le Gloan et lt de Rouffignac à 15h45 et à 16h 40.

 

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Les Dewoitine du III/6 ont effectué 14 sorties en ce 13 juin 1940, leurs premières... mais à quelques jours seulement de l’armistice et deux bombardiers modernes italiens ont été au tapis...

 

 


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14 juin 1940 – Le Luc en Provence

Paris est occupée par les troupes allemandes sans le moindre combat. Deux millions d’habitants d’Ile de France fuient vers le sud. Ils s’ajoutent aux deux millions qui ont déjà quitté le nord de la France : c’est l’exode !

Ce qui reste de la 7ème Armée française du général Frère et la garnison de Paris se replient sur la Loire.

Ayant remarqué que la Ligne Maginot se dégarnissait, les Allemands attaquent en Sarre au sud de Sarrebruck ; la ligne Maginot est percée. En Champagne, la 45ème DI est anéantie. François Mitterrand est capturé par l'ennemi dans des circonstances obscures.

Les Anglais décident l'évacuation totale. Ils réussiront à ramener plus de 100 .000 hommes du continent de leurs services d'arrière.

En Méditerranée, le torpilleur italien « Strale » coule le sous-marin anglais « Odin » tandis que la marine française bombarde Gênes en même temps que 8 Wellington anglais des Escadrilles 99 et 149.

Le gouvernement français quitte Tours pour Bordeaux.

Le sous-secrétaire d'Etat à la guerre, le général Charles de Gaulle, est à Londres pour faire le point avec le Premier ministre Winston Churchill sur la situation.

Franco profite de ce que tout le monde regarde ailleurs pour occuper Tanger.

 

 

 

Dans la nuit est lancée l’opération « Vado » ; une quinzaine de bâtiments de la Marine nationale quitte Toulon pour attaquer les ports de Gênes et de Vado Ligure en Italie. Sur le retour, ils sont couverts dès l’aube par une patrouille de Bloch 151 de l’AC 3 qui sera relevée de 6h 40 à 7h 40 par une patrouille double du Groupe. A 6h 15, les six Dewoitine des cne Stehlin, cne Jacobi, adj Diaz et adj Le Gloan, lt Martin et adj Goujon quittent le Luc et rejoignent la flotte française qui se trouve encore dans les eaux italiennes. Les conditions atmosphériques sont exécrables, aucun avion italien ne se montrera. Mais la Marine a apprécié le concours des chasseurs de l’Armée de l’air et leur exactitude au point de rendez-vous, ce qui vaudra au général Odic commandant la ZOAA de recevoir les remerciements écrits du vice-amiral Duplat qui commandait l’escadre engagée. Par ricochet, le cne Stehlin récoltera une surprenante citation à l’ordre de l’aviation de chasse avec étoile de vermeil. Après la guerre, certains pilotes du III/6 pourront dire et écrire qu’ils avaient mal supporté que les médailles et les citations étaient souvent distribuées d’abord aux « seigneurs de la guerre » !

Le mauvais temps sévit toute la journée et ce sera la seule mission accomplie par le GC III/6. Une douzaine de pilotes reviennent de Francazal avec leurs nouveaux appareils, ce qui porte désormais à dix-neuf le nombre de Dewoitine D.520 sur le terrain du Luc.

 

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15 juin 1940 – Le Luc en Provence (1)

L'Armée Française perd encore 2 divisions, la 20ème DI et la 82ème DIA. Les Allemands tiennent presque toute la haute Marne, s'emparent de Langres et de Verdun : nos armées de l’est sont donc bien séparées des autres. En plus, ils attaquent en Alsace et passent le Rhin à Neuf-Brisach malgré la 104ème DIF.

Irrités par les bombardements de Gênes, les Italiens répondent en engageant une partie notable de la Regia Aeronautica. Malgré tout, les résultats sont insignifiants car au soir on compte 6 avions italiens abattus en combat aérien pour 4 français, tandis que quelques autres avions français ont été détruits au sol. La RAF envoie encore 8 Wellington des Escadrilles 99 et 149 bombarder Milan.

La marine italienne perd le sous-marin « Marcalle » par accident.

A Bordeaux, le Gouvernement se déchire entre partisans de la lutte à outrance (Paul Reynaud) et de l’armistice (Pétain et Chautemps) : c’est une des journées les plus dramatique de l’histoire de France.

De Gaulle est à Londres et se prépare à éviter à la France un déshonneur absolu !

 

 

 

Pour le GC III/6, c’est la journée mémorable qui contribua le plus à la gloire de ce Groupe et qui fit que l’adjudant Le Gloan se retrouva le lendemain sous-lieutenant avec 5 victoires supplémentaires à son actif (le seul « quintuple » français de 1939/1945) dont une ou deux (selon les rapports et documents officiels existants) en collaboration avec le cne Assollant.

Dans la biographie de « l’As » Pierre Le Gloan, mise en ligne sur ce site, on trouvera « un » récit de cette journée, avec en annexe une transcription de nombreux documents permettant à chacun de se forger « une » opinion sur ce qu’a été réellement l’affrontement de la « Regia Aeronautica », non seulement avec « l’Armée de l’Air » au Luc, mais aussi avec « l’Aéronautique navale » à Cuers-Pierrefeu qui est très souvent oubliée.

En effet tout ce qui est écrit, dans les livres de marche, les cahiers d’ordre, les rapports d’engagements, les historiques officiels écrits plus tard et qui ont pu être raturés ou modifiés n’est pas très cohérent.

C’est surtout, ce que Paul Stehlin en a écrit dans son livre de mémoires « Témoignage pour l’Histoire » qui a finalement créé le plus grand doute. On peut affirmer que la glorification justifiée de l’adj. Le Gloan a été aussi un moyen pour l’État-Major, quelques jours avant l’armistice, de masquer ses insuffisances pendant toute la campagne et pour le Commandant du Groupe, habitué aux honneurs dans ses récentes fonctions politiques d’Attaché de l’Air à Berlin, d’en obtenir des nouveaux.

Certes, il ne faut pas minimiser l’exploit de l’adjudant Le Gloan : les italiens ont bien reconnu la chute de 5 Fiat CR 42 (4 victoires homologués à Le Gloan) et d’un BR 20 (la 5ème victoire officielle du jour pour Le Gloan), et, que son palmarès réel soit de 4 ou 5 italiens en 15 ou 45 minutes, en collaboration ou non pour certains, ne changera pas la face du monde…

 


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15 juin 1940 – Le Luc en Provence (2)

Ce qu’il ne faut pas oublier dans cette affaire, c’est que deux importantes formations italiennes ont attaqué par surprise au milieu de la journée les terrains d’aviation des « marins » de Cuers-Pierrefeu et les « chasseurs » du Luc, et que leurs résultats n’ont pas été insignifiants.

Il faut en effet savoir que :

1)     A Cuers-Pierrefeu, 6 Vought 156 sont détruits au sol et que dans les combats aériens des Fiat 42 avec les Bloch 151, l’AC3 perd l’adjudant-chef Pierre Hourcade et le second-maître Marcel Le Bihan. Le Bloch du second-maître Miramont, qui revendique une victoire sur un Fiat 42, rentre criblé de balles et les « Marins » estiment également qu’un autre Fiat 42 a été abattu par Le Bihan. Aucune homologation pour l’AC3 suivra,

2)     Au Luc le mitraillage du terrain pendant 17 minutes prend tout le monde de court, qu’un bimoteur britannique (Douglas à moteurs Wright Cyclone), que deux Morane (n°448 et 887) et que quatre Dewoitine, ont été peu ou fortement endommagés (le D.520 n°53 codé « 4 » devra être laissé sur place), qu’il n’y avait manifestement pas de patrouille en couverture, et que seul le retour de Le Gloan a permis de voir un Fiat 42 et le Fiat Br 20 être abattus,

3)     Le décompte des victoires françaises ne colle pas vraiment,

4)     L’implication d’une patrouille du III/6 avec l’adj. Japiot et le s/lt Capdeviolle qui revendiquent un temps leur participation au Luc aux chutes d’un Fiat CR 32 (appareil ancien remplacé peu à peu par le CR 42) pour le premier et du BR 20 pour le second est un épisode des plus confus,

5)     Pour l’anecdote, l’adj Le Gloan ne vole pas pour cette mission sur son « fameux » D.520 n°277 comme la légende le raconte, mais sur le n°301 codé « 2 » emprunté au lt Martin car son appareil fétiche codé « 6 » n’avait pas voulu démarrer,

6)     Michal Cwynar a raconté la précipitation avec laquelle les officiers et sous-officiers pilotes qui se préparaient à déjeuner dans leur restaurant-popote du Luc à 5 kilomètres de là sont montés dans leur camion pour s’en retourner au terrain où ils ont pu, du sol, admirer les dernières évolutions de l’adj Le Gloan ! Son témoignage, assez accablant, peut être lu par ce lien. 

Dans la bouche d’un des sous-officiers mécaniciens qui n’est revenu de Toulouse au Luc que le lendemain : « Je n’y étais pas, mais je sais qu’il s’est passé de drôles de choses au Luc ce jour-là ! ».

 

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16 juin 1940 – Le Luc en Provence

La 56ème DI française, qui se trouvait en Champagne sur l'un des axes de progression ennemis, est anéantie, tandis que la Division de Marche « Regard » est dispersée. Les Allemands atteignent Besançon.

Le croiseur auxiliaire anglais « Andania » est coulé par le sous-marin allemand « UA1 » et le paquebot « Lancastrian » par un Ju 88A du KG 30 avec 6 000 hommes à bord (probablement plus de 3 000 morts, sans doute les pertes anglaises les plus élevées en une seule journée de toute la guerre).

En France, Reynaud est complètement désemparé ; ayant mis depuis 15 jours ses derniers espoirs dans une implication rapide de l’Amérique de Roosevelt qui n’est pas venue, il adopte le fameux projet de « fusion complète » entre l'Angleterre et la France et le propose au conseil du Gouvernement qui le refuse. Il démissionne.

Le nouveau Gouvernement est formé dans la douleur : cette fois, « Pétain-le-glorieux-vainqueur-de-Verdun » en est le chef. De Gaulle n'en fait pas partie ; craignant d'être arrêté, il demande un refuge à Spears.

Dans la nuit, le nouveau Gouvernement fait demander un armistice par l'intermédiaire de l'ambassadeur d'Espagne.

 

 

 

Les derniers pilotes encore à Toulouse arrivent au Luc avec leur nouvelle monture en fin de matinée. La transformation du GC III/6 est achevée. Trente superbes machines sont maintenant à la disposition du Groupe.

Profitant de la présence du D.520 d’instruction n°3 au Luc, quelques pilotes de la 6ème s’exercent à faire des virages circulaires car ils ont constaté lors des premiers vols que leurs appareils pouvaient partir en vrille plus facilement que leurs anciens MS 406.

Une couverture sur alerte est effectuée à 18h 30 sur le secteur Le Luc- Hyères pendant 45 minutes ; s/lt le Gloan (n°277), adj Goujon (n°340) et s/c Chardonnet (n°301), cne Jacobi (n°229) et lt Baranski (n°331) ; sans résultat.

 

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17 juin 1940 – Le Luc en Provence

La 29ème DIM de Guderian atteint Pontarlier et la frontière suisse, achevant ainsi l'encerclement de nos armées de l’est. A l'ouest, les Allemands occupent Caen, Laval, Le Mans et Orléans. La 7ème PzD de Rommel avance de 240 km dans la journée.

Des croiseurs quittent Brest en emportant une partie de l'or de la Banque de France. En Méditerranée, l'aviso français « La Curieuse » coule le sous-marin italien « Provana ».

La Luftwaffe avait attaqué et manqué plusieurs fois un train chargé de munitions. Elle finit par le coincer à Rennes et le fait sauter au milieu de la gare où se trouve 5 trains de réfugiés : il y aura près de 2 000 morts.

A 12 h30 Philippe Pétain à la radio : « ...sûr de l'appui des anciens combattants que j'ai eu la fierté de commander, je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur... c'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat... je me suis adressé cette nuit à l'adversaire, pour lui demander s'il est prêt à rechercher avec nous, entre soldats, après la lutte et dans l'honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités... »

Grâce à Spears, de Gaulle prend l'avion pour l'Angleterre avec en poche 100.000 francs pris sur les fonds secrets, dernier cadeau de Paul Reynaud à son protégé...

 

 

 

09h 30 : Couverture sur alerte avec une patrouille ; lot Legrand (n°312), s/c le Guennec (n°295) et s/lt Menneglier (n°358).

09h 40 : Couverture sur alerte du secteur de Saint-Raphaël avec une patrouille simple ; cne Jacobi (n°229), lt de Rouffignac (n°301) et s/c Chardonnet (n°302).

11h 50 : Couverture sur alerte avec une patrouille simple ; cne Guerrier (n°313), sgt Gauthier (n°364) et sgt Pimont (n°330).

17h 50 : Couverture sur alerte sur Le Luc avec une patrouille simple ; adj Goujon, lt Martin et sgt Hardouin.

19h 00 : Couverture sur alerte sur Marseille avec une patrouille simple ; cne Sulerzycki, lt Baranski et lt Borowski.

Les 15 sorties des appareils du GC III/6 de cette journée seront les dernières de cette funeste « Campagne de France » qui a vu ses armées être balayées en 5 semaines, son territoire métropolitain être envahi au 2/3, ses institutions être mises à mal par le vote des pleins pouvoirs au vieux Maréchal Pétain par des députés défaillants depuis de trop longues années.

Dans l’après-midi les personnels du III/6 apprennent qu’un armistice est sur le point d’être signé avec l’Allemagne. De nombreux Groupes de chasse reçoivent l’ordre de rejoindre Perpignan pour se préparer à traverser la Méditerranée, mais le GC III/6 a encore pour mission de défendre le Sud-Est de la France contre l’Italie avec qui l’armistice n’est pas encore d’actualité.

 

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18 juin 1940 – Le Luc en Provence (1)

Le Général Pennès, commandant les forces aériennes et les forces terrestres antiaériennes en Afrique du Nord a reçu le 16 juin par l’instruction personnelle et secrète (n°3770‑‑3/0 du 16 juin) du Général Vuillemin, Commandant en Chef des Forces Aériennes Françaises, l’ordre de préparer l’arrivée du plus grand nombre de groupes de chasse, bombardement et reconnaissance de l’Armée de l’Air en A.F.N. L’interprétation de cette décision sera, pour l’Histoire, source de débats inépuisables…

Pour la chasse, seuls les Groupes équipés de Curtiss et de Dewoitine sont aptes à effectuer la traversée.

Au Luc le GC III/6 va être remplacé par le GC III/9 équipé de Bloch 152 et l’ordre de départ est donné à l’échelon volant ; il quitte le Luc au grand complet entre 16 et 17 heures « pour se poser en ordre parfait » (*) à Perpignan La Salanque 1h 20 plus tard, au milieu d’une concentration d’avions arrivés plus tôt et rassemblés dans le plus grand des désordres ; plusieurs appareils se sont posés sur le ventre ou ont été mis en pylône. Les deux jours qui suivent seront consacrés à la préparation de la traversée de la Méditerranée ; grand saut dans l’inconnu pour des machines non conçues pour cela et pour des hommes à l’avenir plein d’incertitude.

(*) Pourtant, dans ses mémoires le sgt Gabard raconte : « … je suis obligé de revenir ayant des problèmes de carburation. Je me retrouve donc seul au Luc avec mon mécanicien. Celui-ci réussit à réparer sommairement mon appareil pour me permettre de rejoindre Perpignan. J’y arrive dans la nuit… j’ai pu récupérer le lendemain un nouvel appareil en meilleur état avec lequel j’ai traversé la Méditerranée » (non vérifié).

Dans le même temps l’échelon roulant se prépare à gagner Marseille où il doit être embarqué.

Avant de s’envoler, certains ont pu entendre vraisemblablement l’allocution du Maréchal Pétain annonçant la demande d’armistice ; aucun bien entendu n’a eu vent à ce moment de « l’Appel » du général de Gaulle. Les aviateurs qui ont parlé ou écrit plus tard, avec sérénité, sans tentation de justification, au sujet de ce qu’était leur état d’esprit à cette époque sont rares ; ce n’est sans doute qu’après les dernières journées mouvementées et harassantes de juin pleines d’incertitude, avant que leur situation se stabilise un tant soit peu sur le terrain d’aviation de Constantine, et l’attaque anglaise de la flotte française à Mers el Kébir le 3 juillet, que la prise de conscience de ce qu’ils venaient de vivre a pu se faire.

Il y avait au III/6 parmi les pilotes des polytechniciens, des hommes issus de grandes familles militaires par tradition, des réservistes, des jeunes boursiers de l’aviation civile et au sol, de simples sous-officiers et hommes du rang, mécaniciens ou autres, embarqués dans la guerre sans vraiment s’y attendre... C’était une époque où l’on suivait les ordres des chefs sans se poser de question et la préoccupation de son propre devenir n’était pas forcément le moteur des réflexions individuelles. Faire son devoir avait du sens à cette époque, même si chacun de débrouillait aussi au jour le jour pour prendre le meilleur de ce que leur vie leur permettait.

 


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18 juin 1940 – Le Luc en Provence (2)

 

Il est probable que si un chef charismatique au GC III/6 avait décidé pour lui-même de prendre une autre voie que l’acceptation de l’armistice, il aurait pu entraîner derrière lui dans la dissidence une partie de ses hommes. Mais ce ne fût pas le cas et personne aujourd’hui ne devrait se permettre de porter sur ces hommes des jugements irréfragables ou sans nuances, comme beaucoup le font par ignorance, sans réflexions, sans analyses, et sans affect. Personne ne connaissait alors la fin du film, même si un homme d’exception avait décidé de ce qu’elle serait ; sa vision de l’histoire et son sens de l’honneur lui indiquèrent le chemin escarpé à prendre pour en arriver là.

Les lignes écrites après sa retraite militaire par le colonel Jean Menneglier, jeune sous-lieutenant issu de l’Ecole de l’Air en 1940, pilote au GC III/6, sont presque de nature à clore ce débat :

« Il m'est difficile de retrouver l'état d'esprit dans lequel nous nous trouvions à ce moment-là. Nous venions de passer une période difficile toute tendue vers le combat que nous avions à faire, résolus à le mener à bien avec les moyens dont nous disposions même si nous savions le désavantage important que nous avions en face de l'ennemi. Même si nous nous attendions à l'issue de cette campagne, ce qui n'était pas très difficile à la simple écoute des communiqués ou des nouvelles, nous étions comme assommés. D'un autre côté nous avions une espèce de lâche soulagement d'être séparés par la mer du territoire où nous venions de connaître tant de désillusions. L'avenir ne nous apparaissait pas très nettement et les chances de pouvoir reprendre la lutte étaient nulles pour le moment, séparés que nous étions de toute source de ravitaillement et de production. Peut-être avions-nous momentanément besoin d'oublier.

Nous étions à Constantine quand éclata l'affaire de Mers el Kébir.

Nous avions entendu dire que des aviateurs français partaient en Angleterre poursuivre la guerre pour suivre l'appel du Général de Gaulle que nous connaissions par ouï-dire sans l'avoir nous-même entendu. C'étaient en général des pilotes qui n'étaient pas dans des unités combattantes. Aussi l'attaque de la flotte française par surprise au mouillage dans ce port nous surprit beaucoup et nous indigna. La radio officielle se déchaîna contre les Anglais…

… J'essaie de me remémorer l'état d'esprit qui était le nôtre à ce moment. Il était certain que, pour un esprit normalement constitué, la victoire de l'hitlérisme n'était pas bonne pour nous. Elle était même moralement inacceptable. L'Angleterre continuait la lutte…

… si l'un de nos chefs nous avait dit : « II faut continuer la lutte en Angleterre », nous serions partis avec lui. Nous étions disciplinés, peut-être d'une façon insuffisamment réfléchie. Nous n'avions pas encore l'expérience, que nous aurions à la fin de la guerre, de la subordination de notre loyalisme à une certaine idée de la France et de sa mission et non à nos chefs directs, sauf dans la mesure où ils se conformaient à cette idée. Bref nous étions prêts à nous soumettre aux autorités légitimes ou paraissant telles. On nous avait appris que le soldat ne choisit pas son ennemi et c'était notre règle d'action. Et puis les critiques du régime de la 3ème République faites par le gouvernement du Maréchal Pétain ne manquaient pas de fondement. Il devait bien y avoir une cause à notre défaite qui n'était pas due seulement aux chars et aux avions allemands. »

 

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SITUATION  LE  25 JUIN 1940

 

 

 

AVANCE ALLEMANDE VERS la MÉDITERRANNÉE

du 12 au 25 JUIN

 

LIGNE de FRONT à L’ARMISTICE

 

 

Carte en haute définition

Après avoir parcouru ou lu ce document n’oubliez pas de revenir sur :

« Les Hommes du Groupe de Chasse GC III/6 »

 

 


Page 59 

18 juin au 11 juillet 1940  – Vers l’A.F.N. et ALGER.