Cette page fait partie du : Site Personnel de François-Xavier BIBERT

C’est une annexe au dossier : Les hommes du Groupe de Chasse GC III/6

 

 

 

Côte Française des Somalis

Joseph Adolphe BIBERT à DJIBOUTI

Aviation Militaire

Décembre 1936 - Avril 1939

La grande majorité des photographies proviennent de la collection François-Xavier Bibert – Droits réservés

 

 

 

Au sud ouest de la Mer Rouge, à l’entrée de l’Océan Indien dans le Golfe d’Aden, sur le continent africain mais à une vingtaine de kilomètres du continent asiatique et du Yémen en traversant le détroit de Bal El Mandel, le territoire appelé depuis 1896 « La Côte Française des Somalis et Dépendances » est en 1937 une colonie française de 23.000 km2.

 

Bordé de 400 kilomètres de côtes constituées d’une succession de falaises escarpées arides et desséchées entre lesquelles s’ouvrent vallées et plages, ce territoire est entaillé par le golfe de Tadjourah, ouvert entre Obock au nord de Djibouti au sud. Ce golfe forme un triangle de 50 km de base du nord au sud dont sa pointe 100 km à l’ouest appelé le « Ghubbett Kharab » constitue une véritable curiosité de la nature ; c’est un ancien cratère de volcan noyé de 400 mètres de profondeur, à peine ouvert par un goulet de 750 mètres de large et de 120 mètres de long, constituant une baie fermée de 150 km2. Au milieu de ce goulet, un minuscule îlot divise l’entrée de cette baie en deux passes peu profondes où des courants extrêmement violents font que c’est juste à l’étale de la marée, pendant 5 à 10 minutes, qu’un bateau peut y entrer à moins d’être puissamment motorisé.

 

La Côte Française des Somalis partage ses frontières avec l’Érythrée italienne au Nord, l’Éthiopie, non colonisé avant 1936, à l’ouest (Abyssinie), dont elle est à cette époque le seul débouché sur l’océan Indien et la Somalie britannique (Somaliland) au sud. Elle occupe une position stratégique exceptionnelle et permet aux navires coloniaux français naviguant entre la grande île de Madagascar, les possessions d’extrême orient et la métropole de faire une escale confortable dans le port de Djibouti protégé par sa magnifique rade.

 

Après des travaux pharaoniques entre 1896 à 1917, la ligne de chemin de fer s’élevant de Djibouti au niveau de la mer et Addis Abéba à 2.350 mètres d’altitude sur plus de 700 kilomètres a permis à l’économie de la sous région de progresser et c’est en moyenne 150.000 passagers et 60.000 tonnes de marchandises qui y transitent chaque année. Les installations ferroviaires sont concentrées à Djibouti sur le plateau du Serpent.

 

Le territoire est constitué d’un parterre d’énormes tables basaltiques disloquées par des séismes et l’érosion des eaux qui ont créé des vallées profondes surmontées de crêtes déchiquetées et de cônes d’anciens volcans. Ses différents massifs montagneux peuvent s’élever jusqu’à 1.700 mètres, et s’il sont généralement déserts, le Douda et le Mabla au nord du golfe de Tadjourah, face à Djibouti, permettent aux vents humides venant de la mer de se condenser et de conférer à ces deux massifs un aspect verdoyant. On y trouve des forêts, des pâturages et quelques ruisseaux permanents et il règne une température agréable vers les sommets, ce qui contraste avec les zones désertiques surchauffées des alentours.

 

A proximité de Djibouti par chance, la nappe aquifère d’Ambouli, alimentée par une rivière souterraine, permet de puiser l’eau nécessaire à la consommation de la ville et au ravitaillement des navires à vapeur ou autres venant faire escale dans sa rade.

 

Le climat est torride. La moyenne d’eau tombée chaque année est seulement voisine de 10 mm à Djibouti. Si d’octobre à avril le thermomètre oscille entre 20 et 30° à l‘ombre, au cours de la saison d’été la température est en moyenne de 35° avec des pointes pouvant dépasser 45°. L’air est saturé d’humidité et les vents sont constamment chargés de sel venant des salines et de brome et d’iode venant de la mer. Ces conditions sont accablantes pour les organismes.

 

Au premier janvier 1937 la population de la ville de Djibouti est d’environ 12.000 habitants dont environ 350 Français, 300 Européens (Italiens et Grecs en majorité), 250 Hindous, 300 Abyssins, 100 Israélites, 4.200 Arabes, 6.000 Somalis et 500 Danakil (pluriel de Dankali). On estime à environ 50.000 la population totale du territoire dont un bon millier d’Européens.

 

L’activité économique tourne principalement autour du port de Djibouti et de la voie ferrée vers l’Éthiopie, devenu territoire italien après la sauvage conquête menée par les armées de Mussolini à partir d’octobre 1935 qui s’est terminée par l‘exil de l‘empereur Hailé Sélassié 1er en mai 1936. Sur le plateau du Marabout on trouve une petite usine de production électrique, un atelier de réparations maritimes, une fabrique de glace, un parc à charbon de 10.000 tonnes et une jetée pour l’accostage des pétroliers est en construction. La seule industrie du territoire est celle de la « Société des Salines de Djibouti » qui produit 100.000 tonnes de sel sur 400 hectares de bassins.

 

La population locale est essentiellement nomade et n’a d‘autres ressources que ses troupeaux moutons, de chèvres de chameaux et de bœufs. Elle circule en fonction des pluies sur un large territoire sans se soucier des frontières artificielles qui ont été créées par les colonisateurs. Des jardins se sont néanmoins développés dans les oasis situées autour de Djibouti et des autres petites agglomérations du territoire telles que Obock, Tadjourah, Dikkil et Ali Sabieh, pour les fournir en légumes. Ceux-ci poussent facilement dans le sable dès qu’on peut puiser le peu d’eau qui leur est nécessaire.

 

Le réseau routier ne comprend que 300 kilomètres de voies en terre et seule la route circulaire d’Ambouli est goudronnée. On dénombre sur le territoire 280 voitures de tourisme, 50 taxis et 180 camions. Mais la présence des Italiens en Éthiopie fait pressentir un développement rapide du transport routier en concurrence de la voie ferrée.

 

Au sud du village d’Ambouli (sud de Djibouti), au lieu-dit Gabode la construction d’un nouveau champ d’aviation, militaire et civil, a été entreprise au second semestre 1934 pour remplacer les premières installations sommaires et désuètes du terrain dit « des Salines », trop proche de la ville et en zone inondable, et une ligne a été créée par la compagnie italienne, « Ala Litoria » pour desservir régulièrement sa nouvelle colonie en étant connectée aux lignes aériennes internationales et réduire considérablement les délais du courrier.

 

Question administration, la colonie est placée sous l’autorité d’un Gouverneur et on y trouve les services habituels ; justice, police, trésor, douanes, P.T.T, travaux-publics, télégraphe, santé, enseignement, chambre de commerce, etc. La succursale de la Banque d’Indochine a le privilège d’émettre la monnaie.

 

  

Somalie Française (Djibouti) avant et après les conquêtes italiennes de 1936

 

Coté militaire, la perspective du conflit Italo-éthiopien et la perte du courageux Administrateur Bernard tué sauvagement dans une embuscade près de Dikkil en janvier 1935 avec une vingtaine de ses gardes somalis, ont amené le Gouvernement de la République Française à déployer quelques troupes en 1935 qui ont été positionnées avant le conflit jusqu’en Éthiopie pour surtout protéger la voie ferrée. Elles ont été petit à petit rapatriées vers la colonie française et l’ont finalement quittée, puisque le Gouvernement Français de l’époque, dont Laval était le Ministre des Affaires Étrangères, croyant ainsi gagner les faveurs du Duce, lui a abandonné nos avantages économiques et notre influence en Éthiopie en déclarant la neutralité de la colonie, ce qui valait acceptation de fait de la conquête. Celle-ci fut disproportionnée, sauvage et sanglante et se termina par le départ de l’empereur  Hailé-Sélassié 1er et de sa suite qui, ayant quitté Addis-Abeba le 3 mai 1936 par le chemin de fer franco-éthiopien, arrivèrent le même jour à Djibouti. Accueillis par une foule nombreuse, hébergés au palais du Gouverneur, le Négus et les siens quittèrent Djibouti pour l’exil deux jours plus tard à bord du croiseur léger britannique HMS D52 « Enterprise » escorté par le destroyer HMS H49 « Diana ». Djibouti s’adapte alors à la présence massive des Italiens, avec une activité portuaire florissante... mais un coût de la vie en augmentation spectaculaire.

 

De ce fait, les forces terrestres françaises en 1937 sont symboliques puisqu’on trouve seulement quelques pelotons méharistes dispersés dans des postes rudimentaires situés le long de l’océan et de la voie ferrée. L’ « Aviation Militaire » créée en avril 1933, constituée initialement d’une demi-escadrille, comprend maintenant, sur son nouveau site de Gabode à Ambouli, 6 km au sud de Djibouti, une escadrille coloniale complète, équipée de 12 Potez 25 TOE et de 3 Potez 29 : elle possède son parc, ses ateliers, une section photo et une section radio. Des bâtiments techniques et un casernement modernes commencent à sortir de terre. Le personnel comprend quatre officiers, une cinquantaine de sous-officiers et une centaine de Somalis. Mais face aux forces italiennes présentes dans l’Ethiopie conquise à l’est, faisant bloc maintenant avec l’Érythrée Italienne au nord, et aux forces britannique du Somaliland au sud et de leur base d’Aden au nord de l’autre coté du golfe, ces avions désuets, qui ne sont ni des chasseurs, ni des bombardiers, ne pourraient présenter que peu de résistance si les frontières du territoire, d’ailleurs très floues et discutées, étaient menacées. C’est un difficile équilibre et des concessions politiques et économiques successives qui commencent...

 

 

Les installations de « L’Aviation Militaire de Djibouti » à Gabode en 1936

Collection Gaston Ladarré

 

C’est ce dispositif que le sergent mécanicien Joseph Adolphe Bibert, précédemment affecté au groupe de chasse GC I/6 à Chartres, vient de rejoindre le 13 décembre 1936, après un voyage de 10 jours sur le paquebot « Leconte de Lisle » des messageries maritimes entre Marseille et Djibouti, via Alexandrie.

 

Il n’avait jamais voyagé à l’étranger, et on pourra par la lecture de deux textes (dont lien ci-dessous), décrivant ce qu’était à l’époque l’aventure du passage de la mer rouge, comprendre le choc qu’il a du ressentir en se rapprochant de Djibouti lors de la traversée du golfe de Tadjourah, en découvrant les paysages somptueux de la côte somalienne et finalement en débarquant dans la petite capitale de la colonie où il allait séjourner près de 3 ans sans revoir les siens.

 

Deux récits de voyage à Djibouti en 1928 et 1939

 

 

DE MARSEILLE A DJIBOUTI SUR LE PAQUEBOT « LECONTE DE LISLE »

DE LA « COMPAGNIE DES MESSAGERIES MARITIMES »

du 3 au 13 décembre 1936

 

Marseille avant guerre

Le paquebot « Leconte de Lisle »

L’escale de Port-Saïd (Alexandrie)

 

 

 

Joseph BIBERT – Arrivée à Djibouti

 

Compagnons de cabines de troisième classe - BAULT, sous-officier de la coloniale

et Jean BUFFIER, des Chemins de Fer Franco Ethiopien (C.F.E)

 

 

DJIBOUTI – CARTE DES RELIEFS ET PLAN RECONSTITUÉ DE LA VILLE À LA FIN ANNÉES 30

 

  

 

 

PHOTOGRAPHIES AÉRIENNES DE DJIBOUTI – 1937/1938

Collection Joseph Bibert

 

Djibouti - Vers le nord - Au fond, l'îlot du héron

Le plateau du Marabout (fortifié) et l’îlot du Héron - Le plateau du serpent

Avenue de la République - Ville européenne et ville indigène

Salines à gauche - Boulaos à droite

Djibouti - Vers l'ouest - Plateau du Serpent - Plateau du Marabout

Palais du gouverneur à gauche – Port - Hôpital à droite

Avenue de la République - Ancienne et nouvelle jetée

Djibouti - Vers le sud-est (plateau du serpent non visible à gauche)

Palais du gouverneur - Ville européenne et ville indigène

Boulaos à gauche – Terrain d’aviation au fond à gauche – Salines à droite

Jardins d’Ambouli et anciennes salines à gauche - Chemin de fer vers l'Éthiopie

Tout en haut de la photo on distingue le camp d’aviation de Gabode

Djibouti - Vers le Sud-Est – Douanes - Palais du gouverneur

Ville européenne et indigène – Rue du port et place Ménélik – Place du marché

Ligne de chemin de fer vers l'Éthiopie - Boulaos au fond

Djibouti - Vers le Nord-Est - Place du marché maintenant, devenue place Arthur Rimbaud

Mosquée Hamoudi - Mosquée Abdoulkader (ou Saïd Hassen) au fond à droite

(plateau du serpent au fond, non visible)

Djibouti - Vers le nord-ouest - Place du marché devenue Place Arthur Rimbaud

Mosquée Hamoudi

Djibouti - Vers le Nord Ouest - Mosquée Abdoulkader (ou Saïd Hassen)

En haut, « LeStade » - Association sportive avec ses terrains de tennis

Djibouti - - Vers le Nord-Est - Mosquée Hamoudi

Djibouti - Vers le Sud-Est - Palais du gouverneur - Les Salines

Djibouti - Vers le Sud - Hôpital sur le plateau du Serpent

Djibouti – Vers le nord-est -Place du marché à gauche - Ville européenne

Place Ménélik et rue du port

Palais du gouverneur - Ancienne et nouvelle jetées – Port

Djibouti - Vers le Sud-Est – Quai de la nouvelle jetée en bas

Plateau du Serpent à gauche - Port – Ancienne jetée - Palais du Gouverneur- Ville au fond

Djibouti - Vers le Nord-Ouest – Le contre-torpilleur « L’Épervier » à quai - 1938

Djibouti - Vers le Sud-Est -Port - Premier pétrolier à quai - Décembre 1938

 

 

        

Appareil photographique 6x9cm à soufflet « Voigtlander Bessa » acheté par Joseph BIBERT à l’escale de Port-Saïd

 

 

PHOTOGRAPHIES AÉRIENNES DE DJIBOUTI – DÉFILÉS AÉRIENS des 14 JUILLET 1937 et 1938

Photographies prises par Joseph BIBERT qui vole dans les Potez 25 TOE pilotés par le s/lt. Ernst et l’adj/c. Vantillard

 

Djibouti – Plein nord

Salines à gauche - Ville indigène et ville européenne – Port

Au centre, le hangar du premier terrain d’aviation « des Salines en cours de démantèlement

et juste derrière, la station de télécommunication avec les deux mâts de l’antenne

Quelques secondes plus tard :

Ligne de chemin de fer vers l’Éthiopie – Boulaos

Port - Plateau du Marabout

Carnet de vol de Joseph BIBERT du mois de juillet 1937

Djibouti - Vers le Sud-Est -Port - Premier pétrolier à quai - Décembre 1938

Vers l’Est à gauche, vers le Sud-Est à droite – Au dessus du Camp de Gabode et du nouveau terrain d’aviation situés à Ambouli, au sud de la ville

Vol de groupe des Potez 25 TOE de Djibouti au dessus de la ville

Toutes les photographies ci-dessus de Joseph Bibert – Droits réservés – Reproduction interdite

 

 

PHOTOGRAPHIES DE LA VILLE DE DJIBOUTI

Photographies prises par Joseph BIBERT pendant son séjour

 

 

Djibouti – Place Ménélik- Hôtel Continental

Joseph Bibert le 11 novembre 1937

Djibouti - Hôtel

Djibouti - Secrétariat des bureaux du Gouvernement

Djibouti – Restaurant « L’Escale »

Djibouti – Rue vers le Nord-Ouest – Jetée et Palais du Gouverneur

Djibouti - Jetée du Gouverneur – Entrée du port

Djibouti – Vers le Nord-Est - Palais du Gouverneur – Bateaux en attente dans la rade

Djibouti - L’Hôpital

Djibouti - Vers le Nord-Est – Gare – Bateaux en attente dans la rade

Djibouti – Vers le Nord - Plateau du Serpent – L’Hôpital

Djibouti – Postes et Télécommunications

Djibouti – Etablissements Louzis et Cie

Import Export – Alimentation générale, cafés, céréales, peaux

Djibouti – Établissements Louzis

Marins japonais en promenade – 30 juillet 1937

Djibouti – Bibliothèque municipale – Hôtel de l’Indochine

Marins japonais en promenade – 30 juillet 1937

Djibouti - Mosquée Abdoulkader (ou Saïd Hassen)

Djibouti – Ville indigène

Toutes les photographies ci-dessus de Joseph Bibert – Droits réservés – Reproduction interdite

 

 

JOSEPH BIBERT

Photographies envoyées régulièrement à sa famille et à sa « promise »

 

Joseph BIBERT et le portrait de sa « promise », Julienne CHÉDEVILLE

Toutes les photographies ci-dessus de Joseph Bibert – Droits réservés – Reproduction interdite

 

Il avait connu Julienne CHÉDEVILLE à Chartres en 1935/1936. Elle fit faire la photographie que l’on voit ci-dessus, à l’insu de sa famille, chez un photographe parisien et lui expédia dans une de ses très nombreuses lettres qui ont été malheureusement détruites, en 1940, à Marckolsheim dans les bombardements de la maison familiale de la famille BIBERT. De son coté, Joseph lui écrivait beaucoup moins, mais il lui transmettait régulièrement des photographies (malheureusement non datées et non légendées) qu’il faisait prendre de lui, à son attention. A la mort de Joseph en 2001, ce courrier fut brûlé par sa veuve, car elle le trouvait trop personnel, au grand dépit du rédacteur de cette page qui aurait sans doute pu y trouver beaucoup de renseignements historiques complémentaires inédits.

 

Cependant, trois lettres de Djibouti ont été retrouvées. Celle écrite à Julienne fin décembre 1936 pour lui annoncer son arrivée à Djibouti, et deux autres envoyées à sa famille, l’une en 1937, l’autre en 1938. Ces deux lettres ont été heureusement conservées par la jeune sœur de Julienne et retrouvées chez elle, à sa mort en 2010. Elles apportent un éclairage singulier sur la vie des aviateurs de Djibouti et des précisions chronologiques inédites. Leurs meilleurs passages ont été transcris dans le document ci-dessous :

 

Trois lettres de Djibouti

 

 

JOSEPH BIBERT et LES PÈRES CAPUCINS de STRASBOURG KOENIGSHOFFEN

 

    

Joseph BIBERT en 1922 (9 ans) à Strasbourg Koenigshoffen

Jean Adolphe WERNY, ordonné prêtre en 1935 – Missionnaire capucin sous le nom de « Père André »

Le couvent de Strasbourg-Koenigshoffen

 

Joseph BIBERT, orphelin de guerre en 1918, né avant la grande guerre en 1913 à Marckolsheim en Alsace, donc de nationalité allemande, fut réintégré dans la nationalité française en 1920. Il fut mis en pension deux ans plus tard chez les pères capucins de Strasbourg Koenigshoffen, où son cousin germain Adolphe WERNY, de 4 ans son aîné, se trouvait déjà. Celui-ci, se destinant à la religion et aux missions, fut ordonné prêtre en 1935. De passage à Djibouti, le Père GATTANG, que les deux cousins avaient eu comme enseignant 15 ans plus tôt, accompagné d’un autre Missionnaire, ne manqua pas de rendre visite à son ancien élève...

 

 

30 janvier 1938 - La visite du Père GATTANG, missionnaire capucin de Strasbourg Koenigshoffen à Joseph BIBERT

Photographies ci-dessus de Joseph Bibert – Droits réservés – Reproduction interdite

 

 

Du TERRAIN des SALINES au CAMP d’AVIATION de GABODE

 

Le premier terrain d’aviation de Djibouti fut civil et sommairement aménagé vers 1930 sur un terrain plat au plus près de la ville. Il a suffi de délimiter un espace de quelques centaines de mètres carrés dans la plaine désertique au sud de la ville, au contact immédiat des dernières habitations indigènes. L’élimination des caillasses et des graviers, un simple balayage en somme, et le nivellement de quelques ornières ne furent pas un très gros travail ; ainsi naquit le « Terrain des Salines ».

 

Le premier avion à arriver de directement de France en Côte Française des Somalis fut le Morane-Moth « Gipsy » DH.60 M immatriculé F-AJKT du comte Jacques de Sibour, accompagné de sa riche épouse, Violette Selfridge. Ce couple s’étaient déjà rendu célèbre par un premier tour du monde en 1928/1929 (voir lien ci-dessous). Parti de Villacoublay le 3 février1930, volant par courtes étapes, démonté à Marseille pour être transporté à Alger et être remonté 3 jours plus tard à Maison-Blanche, le petit appareil se posa finalement le 26 février à Djibouti où le gouverneur Chapon‑Baissac accueillit solennellement les voyageurs et offrit, en leur honneur, un grand dîner aux notables de la colonie. L’histoire de cet avion, qui devint propriété de Ras Tafari (Négus), futur empereur d’Ethiopie Hailé Sélassié, est intéressante : on peut la lire en ouvrant le lien ci-dessous.

 

Tour du monde du Comte Jacques de Sibour et de son épouse 1928/1929

Le destin impérial du Morane-Moth F-AJKT

 

On ne trouve pas trace, dans la littérature et dans les nombreuses revues spécialisées, d’études sur l’aviation légère à Djibouti d’avant-guerre. La mention « Djibouti » ne figure d’ailleurs pas dans le registre des immatriculations des avions civil français de cette période, preuve qu’elle était inexistante. Par contre, à partir de 1929, les appareils achetés par l’Éthiopie (Potez 25, Farman 190 en particulier) pour constituer sa « force aérienne » arrivèrent par bateau à Djibouti, où ils furent remontés et convoyés ensuite vers Addis-Abeba. C’est sans doute à ce moment que le « terrain vague » d’où ils décollaient fut baptisé « Terrain des Salines » !

 

Seules quelques rares photographies et un rapport de 1932 (*) (voir encadré ci-dessous) permettent de situer ce terrain dont on ne sait finalement pas grand chose de son activité avant l’arrivée de l’Aviation Militaire en 1933. Le petit hangar construit à ce moment permet cependant de le repérer à proximité des deux mâts et du bâtiment de la station télégraphique de la ville.

 

 

Le terrain des Salines en bordure de la ville indigène de Djibouti

On distingue parfaitement la route circulaire d’Ambouli à droite et la route du cimetière à gauche

 

Hangar d’aviation et caisses vides ayant contenu les Potez 25 TOE venant d’être débarquées – L’une d’elle sert de poste de garde...

Station télégraphique et pylônes de l’antenne derrière à gauche

 

Nota : ces deux photographies proviennent de la famille d’Eugène KUENTZ, sergent administratif (comptable) de l’Aviation Militaire, décédé à Djibouti en 1934, 18 mois après son arrivée, qui s’était installé avec son épouse à Djibouti et où un fils était né.

 

 

Carte postale « Carrefour de la route d’Ambouli et de la route du cimetière

 

(*) Du 20 mai au 20 août 1932 une mission de la « Compagnie Aérienne Française » à Djibouti permit d’établir l’avant projet (sans suite) de création d’une organisation aéronautique permanente. Son rapport détermine le budget nécessaire à la création des installations, tant à Djibouti qu’à Addis-Abeba, pour l’exploitation d’une ligne aérienne régulière reliant les deux capitales en empruntant les axes principaux de la voie ferrée. Une étude de faisabilité économique et politique sommaire et les perspectives de développement pour desservir ultérieurement d’autres destinations latérales y sont également abordées. Les travaux à réaliser pour implanter le long de la voie ferrée les terrains de secours indispensables y sont également détaillés. Il permet aussi d’en savoir un peu plus sur le « terrain des Salines » de Djibouti :

« La capitale de la Côte Française des Somalie possède aux abords mêmes de la ville un terrain d'atterrissage (altitude + 3,24 m. au-dessus du niveau des cartes marines) mesurant 500m. x 200m. (voir croquis) dont le plus grand sens est orienté parallèlement aux vents dominants.

Ce terrain est bordé au nord par la ville indigène, à l'ouest par la route d'Ambouli et les anciennes salines, au sud par la conduite d'alimentation des nouvelles salines situées au sud-est, à l'est par la route du cimetière européen (vers Zeila).

Le terrain, mélange d'argile, limon et sable, est très sensiblement plat, complètement dénudé et recouvert d'une fine pellicule de sel provenant des condensations nocturnes et des infiltrations.

Le sol est après un mois de sécheresse dur et utilisable pour l'atterrissage. Pendant et après la pluie recouvert d'eau d'écoulement et de perméabilité, il est mou et impropre aux décollages d'avions chargés.

La signalisation du terrain est parfaitement établie par des balises délimitant de 50 m. en 50 m. le périmètre du terrain et par deux manches à air.

Il existe au service des T.P. de Djibouti un projet d'agrandissement de ce terrain qui doit porter les dimensions maxima à 900 m x 300m. »

 

Nota : cette information permet de conclure que le hangar militaire des Salines a été construit après août 1932, à l’est de l’emplacement prévu pour un éventuel hangar civil à cette date.

 

 

Par contre Djibouti a été d’une grande importance pour les aventuriers ayant entrepris les premiers grands voyages aériens à travers l’Afrique. Le territoire fut une étape souvent incontournable pour les tentatives de liaison, réussies ou non, vers Madagascar et une cible pour des la préparation de record de distance ou d’ouverture de nouvelles routes aériennes. En reprenant la lecture de l’hebdomadaire « Les Ailes », la mention « Djibouti » n’apparaît qu’en 1930 et nous avons pu ainsi établir la liste des principaux passages en Côte Française des Somalies signalés. A partir de 1937, ces voyages se banalisent et ils ne font plus forcément l’objet de communiqués de presse. De plus la compagnie italienne « Ala Litoria » s’est installé au second dès août 1936 sur le nouveau champ d’aviation d’Ambouli (Gabode : voir plus-bas) pour assurer des vols, encore irréguliers, vers Addis-Abeba (3 heures), ou Diré-Daoua (1h 30) sur ses trimoteurs à ailes hautes et train fixe Caproni Ca 133. En 1937 le service devient peu à peu régulier avec 2 à 3 vols par semaines, permettant ainsi la connexion avec les lignes internationales et au courrier de gagner l’Europe trois fois plus vite que par la voie maritime. En 1938 le réseau de la compagnie italienne s’est étendu et dessert régulièrement toute la corne de l’Afrique, que les destinations soient italiennes, britanniques ou française. Via Rome, sur les trimoteurs Caproni ou les nouveaux Savoia-Marchetti S.75 à ailes basses et train escamotable, les passagers peuvent maintenant gagner Djibouti rapidement et confortablement.

 

 

Venant de :

Date d’arrivée

Date de départ

Noms

Appareil

Partant vers :

Débarqués au port

1929 - 1930

Appareils vendus au Négus

On connaît pour ces appareils une dizaine de vols exceptionnels aller-retour Addis-Abeba – Djibouti jusqu’en 1934, avec transport de courrier : enveloppes avec cachets recherchés par les collectionneurs...

Flotte impériale : Potez 25, Farman, etc...

Addis-Abeba

Assouan

26 février 1930

2 mars 1930

COMTE DE SIBOUR ET MME

Moth « Gipsy » DH 60G

Aden

Addis-Abeba

23 mars 1930

COMTE DE SIBOUR ET MME

Moth « Gipsy » DH 60G

Vendu au Négus

Retour en France par bateau

Atbara

12 avril 1930

13 avril 1930

RABATTEL ET MME. - MASSOT

Farman 180 Hispano-Suiza 250 CV.

Addis-Abeba

Addis-Abeba

27 avril 1930

3 mai 1930

RABATTEL ET MME. - MASSOT

Farman 180 Hispano-Suiza 250 CV.

Port-Soudan

Massaouah

2 novembre 1930

4 novembre 1930

VERNEIH–PUYRAZEAU - WEISS – TRAFFORD - DRONNE

Farman 190 Gnome Rhône Titan 230 CV.

« In Cha Allah »

Addis-Abeba

Appareil détruit au redécollage

Cassim

30 juin 1931

4 juillet 1931

ESTAILLEUR-CHANTERAINE – (WEISS) - GIRAUD - MISTROT

Farman 190 Lorraine « Mizar » 240 CV  « Paris »

Massaouah

Addis-Abeba

2 juillet 1931

3 juillet 1931

À titre de simple exemple...

CORRIGER (Pilote du Négus)

Farman 190 (Avion du Négus)

Addis-Abeba

Assouan

25 novembre 1931

26 novembre 1931

GOULETTE - SALEL

Farman 197 Lorraine-S.G.A. « Algol » 300 CV

Dar-es-Salam

via Modadiscio

(vers Madagascar)

Dar-es-Salam

(retour de Madagascar)

2 décembre 1931

GOULETTE - SALEL

Farman 197 Lorraine-S.G.A. « Algol » 300 CV

Assouan

Atbara

5 mars 1932

9 mars 1932

LAVAIL – FEVRE

100 baptêmes de l’air a Djibouti

Caudron « Luciole » 95 CV

Addis-Abeba

Massaouah

21 avril 1932

23 avril 1932

ESTAILLEUR-CHANTERAINE – FRETON - MISTROT

Farman 190 Lorraine « Mizar » 240 CV  « Paris »

El Obeid

(vers Dakar)

Massaouah

(retour de Fort-Lamy)

7 février 1933

AVIGNON – MARSOT GALIBERT - LEENARDT

Farman 190 Gnome-Rhône « Titan » 230 CV

Assouan

Port-Soudan

4 mars 1934

7 et 8 mars 1934 (*)

10 mars 1934

CORNIGLION-MOLINIER – MALRAUX – MAILLARD

Farman 197 Lorraine-S.G.A. « Algol » 300 CV

(*) Recherches du palais de la Reine de Saba

Addis-Abeba

Modagiscio

(retour de Madagascar)

18 novembre 1934

MOENCH - CATINOT

De Havilland « Léopard »

Addis-Abeba

Port-Soudan et Assab

22 décembre 1936

22 décembre 1936

LAURENT - TOUGE - LENIER

Farman 199 Lorraine « Algol » 300 CV « Rolland Garros »

Modagiscio

(vers la Réunion)

Modagiscio

(retour de la Réunion)

31 janvier 1937

2 mars 1937

LAURENT - TOUGE - LENIER

Farman 199 Lorraine « Algol » 300 CV « Rolland Garros »

Port-Soudan

Istres

1er décembre 1937

3 décembre 1937

JAPY

Caudron « Aiglon »

Record du monde pour appareil de ce type

Massaouah

 

 

Le premier courrier partant de Djibouti vers Addis-Abeba eut lieu le 29 décembre 1929 avec un Potez 25 éthiopien

Le second date du 17 avril 1930 – Ci-dessus les tampons créés à cette occasion

 

   

Les lignes aériennes italiennes avant et après la conquête de l’Éthiopie – Le trimoteur Savoia Marchetti S.75 de « ALA LITTORIA »

 

Nota : Michel BARRIÈRE, grand spécialiste de l’aviation Ethiopienne et des avions Farman d’avant-guerre, a réalisé un superbe site qu’il faut consulter pour tout savoir sur ces deux sujets. Les expéditions réalisées avec des Farman 190, citées ci-dessus y sont particulièrement bien détaillées :

Aviation Éthiopienne – Farman 190

Lire également un article de l’hebdomadaire « Les Ailes » consacré à « L’aviation italienne et française à Djibouti » pendant et après la conquête italienne de l’Éthiopie :

« Les Ailes » du 27 août 1936

Lire également un article de l’hebdomadaire « Les Ailes » consacré à l’exploit d’André JAPY de décembre 1937 :

« Les Ailes » du 9 décembre 1937

Deux photographies, prises par Joseph BIBERT, d’André JAPY et de son Caudron « Aiglon » se trouvent un peu plus bas dans cette page :

 

 

Revenons en 1933 : Quand il fut décidé d’implanter un embryon d’Aviation Coloniale à Djibouti, c’est donc sur le « Terrain des Salines » que les tous premiers aviateurs militaires s’installèrent. L’escadrille de la Côte française des Somalis (C.F.S) a été constituée le 1er avril 1933, mais ce n’est en fait qu’une demi-escadrille, avec trois Potez 25 TOE et un Potez 29 sanitaire détachés du 39ème régiment d’aviation stationné au Levant. Un peu plus tard, le capitaine MOGUEZ en prend le commandement. C’est un colonial expérimenté qui a passé une partie de sa jeunesse à Madagascar et a sillonné deux ans le ciel de Mauritanie. Il est secondé par le jeune lieutenant CORBEAU, Saint-cyrien breveté pilote et observateur.

 

Mais l’insécurité du territoire et la tension internationale de l’époque exigent de voir un peu plus grand ; il devient indispensable de créer un vrai camp d’aviation, avec l’espace nécessaire pour des possibilités de développements ultérieurs, tant militaire que civil. Dès juin 1934 le Gouverneur de la colonie décide de procéder aux expropriations nécessaires pour installer un nouveai champ d’aviation, 4 kilomètres plus au sud, dans la vaste plaine d’Ambouli totalement dégagée, en un lieu appelé Gabode ; cette décision est validée le 26 juillet 1934 par le Ministre des Colonies, Pierre Laval et le décret signé par le Président Albert Lebrun. Les travaux du « Camp de Gabode », commencent dans la foulée.

 

 

 

JOURNAL OFFICIEL DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

 26 juillet 1934

Expropriation de terrains (Côte française des Somalis)

RAPPORT AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

Paris, le 24 juillet 1934.

Monsieur le Président,

L'installation définitive de la formation de l'armée de l'air de la Côte française des Somalis à Djibouti nécessite l'acquisition d'un terrain sis à Ambouli, au lieudit Gabode, à proximité de Djibouti.

La réalisation de cette installation présente Un caractère d'urgence, l'escadrille étant actuellement installée dans des conditions précaires.

Par application des dispositions du décret du 11 octobre 1924 réglementant la procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique à la Côte française des Somalis, le gouverneur de cette colonie a, par arrêté n° 391 bis du 11 juin 1934 :

1° Déclaré l'urgence ;

2° Autorisé les travaux ;

3° Déclaré l'utilité publique ;

4° Enfin désigné la propriété à exproprier.

Aux termes de l'article 68 du décret du 11 octobre 1921, article applicable notamment aux travaux militaires, l'arrêté ci-dessus énoncé doit être approuvé par décret.

Tel est l'objet du texte que j'ai l'honneur de soumettre à votre haute sanction.

Je vous prie d'agréer, monsieur le Président, l’hommage de mon profond respect.

Le ministre des colonies,

PIERRE LAVAL.


 

Le Président de la République française,

Vu le sénatus-consulte du 3 mai 1854 ;

Vu le décret du 11 octobre 1924 réglementant la procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique à la Côte française des Somalis, notamment le titre VII de ce décret fixant les dispositions exceptionnelles à prendre en cas d'expropriation pour cause de travaux militaires et de la marine nationale ;

Vu l'arrêté n° 391 bis du 11 juin 1934 du gouverneur de la Côte française des Somalis concernant l'urgence, l'autorisation des travaux, la déclaration d'utilité publique et l'expropriation de terrain pour les besoins de la formation aérienne de Djibouti ;

Sur le rapport du ministre des colonies,

Décrète :

Art. 1er — Est approuvé l'arrêté n° 391 bis, pris le 11 juin 1934 par le gouverneur de la Côte française des Somalis en ce qui concerne l'installation définitive de la formation de l'armée de l’air de cette colonie et l'expropriation du terrain nécessaire a cette installation.

Art 2 — Le ministre des colonies est chargé de l’exécution du présent décret ; qui sera publié au Journal officiel de la République française et inséré au Bulletin officiel du ministère des colonies.

Fait à Paris, le 24 juillet 1934.

ALBERT LEBRUN

Par le Président de la République :

Le ministre des colonies,

Pierre LAVAL

 

 

Les quelques rares photographies du début de l’aviation militaire à Djibouti qui existent ne permettent pas forcément de faire la différence entre celles prises aux « Salines » ou à « Gabode », car les deux terrains furent sans doute utilisés simultanément de 1935 à 1937. Elles sont dues principalement au sergent mécanicien Gaston LADARRÉ, débarqué à Djibouti du « Bernardin de Saint-Pierre » avec son épouse le 25 octobre 1935.

 

 

Terrains des Salines – Gaston LADARRÉ – Fin 1935

Premier vol à Djibouti – 14 novembre 1935

Potez 25 TOE n°2370 – Pilote : lt. ERNST

Le terrain des Salines souvent inondé - Autre raison de son déplacement

 

Détail du Carnet de vol de Gaston LADARRÉ

Lieutenant CORBEAU, chargé des vols – Capitaine MOGUEZ, Commandant « l’Aviation de la Côte des Somalis »

 

Sans doute au nouveau camp de Gabode – La formation des supplétifs somalis – 1935 ou 1936

Photographies ci-dessus de Gaston Ladarré – Droits réservés – Reproduction interdite

 

 

Potez 25 TOE de Djibouti – Insigne provisoire « Chat sauvage » non homologué

Voir l’article « Gaston Ladarré, Aviateur Colonial » dans le numéro 164 de la Revue Avions

 

 

On possède une photographie de l’entrée du camp de Gabode (collection Ladarré) où figure cet insigne (voir au début de de cette), quelques images d’appareils au sol ou en vol où il a été peint sur la dérive et un dessin original en couleur (Collection Morareau) qui a été réalisé par le lieutenant BACHOUÉ (MSAC en 1944), affecté à Djibouti d’août à octobre 1933. À partir de ces documents, on peut tenter une projection vers ce qu’aurait pu être un insigne officiel s’il avait vu le jour.

 

 

   

Insigne et dessin originaux de l’Escadrille de Djibouti en 1935/1936

 

   

Projection par F-X. Bibert

 

Mais l’insigne du « chat sauvage » disparaît en 1937 avec la montée en puissance du « Camp de Gabode » et c’est l’insigne du « Boutre » qui figure alors sur les avions. Il a été dit longtemps par erreur que l’insigne du « boutre » résultait de la création en 1958 de l’E.O.M. 88 (Escadrille d’Outre Mer), mais la fiche d'homologation conservée aux Invalides le mentionne comme déjà porté par l'ELA 51 (Escadrille de Liaison Aérienne) créée en 1946, elle même héritière de l'E.P.S. 1/85 (Escadrille de Police et de Sécurité) créée en 1943, mais une personne digne de confiance s’est vu offrir l'insigne métallique qu’un aviateur de Djibouti portait en 1938. Il date donc bien d’avant la guerre : informations Frédéric Domblides.

 

 

      

Insigne « Boutre » de l’Escadrille de Djibouti en 1937/1938 – Potez 29 et Potez 25

 

    

Estimation de la genèse de l’insigne « Boutre »

 

 

La CONSTUCTION du NOUVEAU CAMP d’AVIATION

 

L’activité aérienne en 1937 était très limitée et les sous-officiers de l’aviation militaire de Djibouti s’impliquèrent beaucoup dans la construction et l’aménagement du nouveau camp de Gabode. Souvent au cours de sa vie, Joseph BIBERT, au sommet du poste de commandement sur la photo de droite ci-dessous, raconta que ce travail restait pour lui une de ses grandes fiertés. C’est certainement pour cela, que malgré le coût élevé du développement des films et des tirages photographiques, il ramena cette collection de clichés, sans doute les seuls pouvant être trouvés de nos jours, alors qu’il fit peu de photos d’avions.

 

 

 

 

Camion Citroën utilisé pour le transport des personnels entre Djibouti et le camp d’aviation (voir photographies ci-dessous)

 

Boulevard de la République - Maison « NOCETO »

Ancienne résidence d’un riche entrepreneur en maçonnerie...

... dans laquelle l’Aviation Militaire installa ses bureaux (A),

le Mess Officiers (B) et la section photographique (C)

Le Mess Sous-officiers sur le plateau du Serpent

Plus haut, la gare, le plateau du Marabout, l’îlot du Héron

 

 

Sergent mécanicien Joseph BIBERT en haut

Le rangement des Potez 25 TOE dans un hangar à Gabode

Joseph BIBERT faisant son rapport

2 Potez 25 TOE de l’escadrille de Djibouti en vol au dessus de territoire – Insigne «Chat Sauvage » - 1936

Photographies Joseph Bibert - Droits réservés

Potez 25 TOE – Insigne « Chat sauvage » - 1936

Collection Gaston Ladarré (mécanicien) – Droits réservés

Potez 25 TOE – Insigne « Boutre »

Collection Paul Peyrusse (médecin militaire-) - Droits réservés

 

Joseph BIBERT fit son premier vol sur Potez 25 le 3 mars 1937, le mécanicien ou le passager étant placé à l’avant et le pilote derrière lui. Pendant son séjour il pris l’air régulièrement, tant sur Potez 25, que sur POTEZ 29, totalisant plus de 63 heures au dessus de la Côte Française des Somalis en 52 vols, dont quatre boucles de 3 à 4 heures faisant le tour complet du territoire par la côte au-dessus de Tadjourah, Obbock, Doumeira, le long de la frontière avec l’Afrique Orientale Italienne du nord-est au sud-ouest, et Daddato, le lac Assal, Garbes, Dikkil Ali-Sabieh au retour... de quoi en avoir « plein les yeux » pour de très longues années !

 

Les détails de tous ces vols - date, pilote, numéro de l’appareil, altitude, circuit et objet de la mission – figurent sur son carnet de vol dont la transcription peut être consultée par le lien ci-dessous.

 

Carnet de vol de Joseph Bibert

 

Numéro des appareils sur lesquels Joseph BIBERT a volé :

Potez 25

580 – 686 – 735 – 1083 - 1104 – 1133 – 1134 – 1488 - 1523 – 1525 -1583 -2370

Potez 29

101106 – 107

 

 

ANDRÉ JAPY – VOL RECORD ISTRES-DJIBOUTI – DÉCEMBRE 1937

 

2 décembre 1937 -  Le capitaine BILBAULT, commandant l’Aviation de Djibouti, accueille l’aviateur René JAPY

Vol Istres – Djibouti sur Caudron Aiglon « F-ANSI » - 5 099 km en 23h 53 - Record du monde de distance pour avion de cette catégorie

Robert TRACHET – ?? - ?? – a/c VANTILLARD – ?? – Georges TEIM (+ 1938 à Saigon) – André JAPY – GUICHARD – Cne BILBAULT – Lt GUÉRIN etc...

Collection Joseph Bibert – Droits réservés

André JAPY et le capitaine BILBAULT dans le grand hangar du Camp de Gabode

Départ du vol de retour de 3 décembre - JAPY arrive à Istres le 7 décembre par petites étapes.

Photographie Joseph Bibert – Droits réservés

 

 

1934 et 1937

2015

1939 et 1960

1937 2018

Comparaisons de cartes et de photographies permettant se suivre l’évolution des emplacements et des installations de l’Aviation à Djibouti

 

 

Avril 1937

Visite du sous-marin PEGASE

Photographies Joseph Bibert – Droits réservés

 

 

Commémoration de l’Armistice de la fin de la Grande Guerre

11 novembre 1937

Camp de Boulaos

Gouverneur Général François Pierre ALYPE

Photographies Joseph Bibert – Droits réservés

 

 

Joseph BIBERT a ramené à la fin de son séjour à Djibouti, outre ses nombreuses photographies personnelles, cette collection unique d’agrandissements (15 x 20 cm et plus). La plupart sont des photographies aériennes, d’une grande qualité, des bourgades et postes militaires disséminés aux frontières souvent mal définies du Somaliland britannique et de l’Éthiopie italienne. La tension fut grande au moment de la conquête de l’Éthiopie par l’Italie en 1936 ; après celle-ci, Mussolini a manifesté longtemps des visées expansionnistes velléitaires vers la colonie française, dans le but de contrôler les approvisionnements et les débouchées des territoires enclavés que son pays venait de conquérir. Le port de Djibouti et la voie ferrée franco-éthiopienne lui étaient indispensables, mais faisaient supporter aux marchandises des coûts que les Italiens auraient bien voulu minimiser et ils ont longtemps hésité entre une opération militaire ou la création d’infrastructures portuaires, ferroviaires et routières nouvelles, évitant le territoire français. Finalement les coûts prévisionnels exorbitants des deux solutions, tout autant que la mollesse du gouvernement français d’avant guerre, entraînèrent les deux parties vers des concessions qui perdurèrent après l’armistice franco-italien du 24 juin 1940 : il faut dire que les Italiens se trouvaient de facto en position de force ans dans la commission de contrôle de cet armistice... mais ceci est une autre histoire... qui a conduit aux bombardements de la ville, par les Italiens le 22 juin et par les Britanniques le 22 septembre 1940, et la mise en place par ceux-ci du « blocus de Djibouti » qui perdura jusqu’au début 1942, avant que peu à peu la « France Libre » puisse prendre le contrôle du territoire.

 

Pour éviter d’encombrer cette page avec des images de trop grandes dimensions, seules des « miniatures » sont présentées. Par contre chaque image contient un lien qui permet de visionner ces photographies avec une très bonne résolution (Liens actifs à partir de mars 2019). Avec la lettre en tête de chaque légende, on peut situer le lieu sur la carte ci-dessous.

 

Nota : Cette volonté de mutualiser l’information a son revers, car il est presque certain que des petits malins n’hésiteront pas beaucoup avant de mettre en vente des tirages de ces images sur Internet ! Mais au moins chacun pourra savoir par cet avertissement, qui prend date au 02/2019, d’où ils proviennent !

 

 

 

 Voir ces photographies en grand format en cliquant sur leur miniature 

 

Dans le sens des aiguilles d’une montre

à partir de djibouti...

A. Oued Ambouli – 6 km de la ville

A. Oasis ou Jardins d'Ambouli

A. Oasis ou Jardins d'Ambouli

B. Oasis Gaël Maël

(Gaan Maan – Route de Doraleh)

B. Oasis Gaël Maël

(Gaan Maan – Route de Doraleh)

C. Sans légende

(Environs de Djibouti)

C. Tombe arabe

(Environs de Djibouti)

E. Oasis de Doudah - Piste de Loyada

Ruines du couvent des soeurs

F. Loyada - Poste frontière avec la

Somalie Britannique (Somaliland)

Route de Zeilah

Sans légende

(F. Loyada : voir photo précédente)

G. Ali Sabieh

G. Ali Sabieh - Le piton

H. Oued de Dikhil (Dikkil)

I. As-Eyla : le piton - la palmeraie

Poste frontière : 3 sous-officiers européens,

30 tirailleurs indigènes

J. Monts Dakka - Sud-ouest de Djibouti

Bordure du lac Abbé

K. Poste d'Enfer – Eyla

1 sous-officier européen - 10 indigènes

Non localisé

L. Lac Abbé

L. Lac Abbé

M. Timero

Peloton méhariste : 1 lieutenant

2 sous-officiers, 70 tirailleurs montés

N. Lac Goum - Lac salé - Caravane de chameaux

O. Poste italien – 5 km NNE de Birt-Eyla

P. Doumeira

Q. Obok - Le village indigène - 1936

Q. Obok - Maison d'Henri de Monfreid

Village indigène

R. Tadjourah - Nord du golfe

Sans légende

(R. Tadjourah – Voir photo précédente)

Sans légende

(R. Tadjourah – Voir photo précédente)

Sans légende

(R. Tadjourah – Voir photo précédente)

S. Ghubet Kharab - Baie sans fond

A. Puits dans les jardins privés

du Gouverneur à Ambouli

T. Monts Goudah

Construction de la route de « Sismo »

(village en zone montagneuse à environ

50 km au nord-est de Tadjourah)

Sans légende (sans doute aussi Monts Goudah)

Sans légende (Non localisé)

Collection Joseph Bibert – Droits réservés

 

 

ALI-SABIEH - DIKKIL - LOYADA

 

Photographies Joseph Bibert – Droits réservés

 

Ces photographies faites à Ali Sabieh sont celles « d’une mise au vert !!! » dans cette localité située en plein bled, à une soixantaine au sud-ouest de kilomètres de Djibouti sur la piste de Diré-Dawa en Éthiopie. Une gare, un poste militaire et un terrain d’aviation de secours y étaient établis. Le lieutenant d’aviation (administratif, non navigant) Félicien ROUSSEL et son épouse vivaient là, sans doute très contents d’avoir un peu de visite et de pouvoir offrir l’apéritif à leurs hôtes d’un jour. Félicien ROUSSEL était passé par l’Ecole Militaire d’Aéronautique en 1933 : nommé capitaine en 1940, il termina sa carrière Colonel, Commissaire de l’Air, chevalier de la Légion d’Honneur.

 

 

Photographies Joseph Bibert – Droits réservés

 

Mais la sortie « en brousse » préférée des jeunes aviateurs célibataires de Djibouti était l’oasis de Loyada, 20 km à l’est de Djibouti, à la frontière du Somaliland, avec sa belle plage ; le tout étant de pouvoir profiter d’une voiture et d’avoir les moyens, malgré leur maigre solde, de se procurer les vivres, hors de prix à la colonie, pour préparer le casse‑croûte du midi. Les photographies ci-dessus, prises à différentes époques du séjour de Joseph BIBERT, permettent de comprendre pourquoi celui-ci a gardé toute sa vie une nostalgie de cette période, difficile, mais heureuse... comme son fils, 50 ans plus tard, lors de ses missions professionnelles au Niger !

 

Photographie de droite François-Xavier Bibert – Droits réservés

 

 

DIKKIL

Joseph BIBERT en vol dans le Potez 29 de liaison

Photographies Joseph Bibert – Droits réservés

 

 

A proximité de Dikkil, sur le mont Morahtou, l’administrateur Albert Julien BERNARD et 17 gardes Somalis sont tombés le 18 janvier 1935 en voulant faire face à quelques 800 fantassins et cavaliers éthiopiens qui avaient pénétré dans le territoire de la colonie. Il n’avait que 25 ans : il est mort en héros avec ses hommes, ayant épuisé jusqu’à leur dernière cartouche face à des adversaires une centaine de fois plus nombreux. L’affrontement aurait fait plus de 300 victimes.

 

Début 1938 un monument fut érigé à cet endroit. Au moment de son inauguration, Joseph BIBERT eut à effectuer une mission de liaison vers Dikkil le 19 mars, avec l’a/c VANTILLARD aux commandes du Potez 29 n°106 de l’escadrille de Djibouti (voir mention sur son carnet de vol ci-dessous).

 

 

Il put faire quelques photographies sur le terrain d’aviation de Dikkil (on aperçoit le fort dans le lointain) et devant le monument fraîchement construit.

 

En 2012, pour les manifestations officielles du 80ème anniversaire de la création de « l’Aviation Militaire » de Djibouti, le Capitaine Eva DELCLOS de la BA.188, qui avait en charge leur préparation, présenta, lors de la soirée de gala, aux autorités civiles et militaires du Pays un superbe diaporama animé et sonorisé de 7 minutes, réalisé avec les photographies de Joseph BIBERT, pour rappeler, à travers son exemple, ce qu’avait été la vie des pionniers. Retrouvant les clichés de Dikkil de 1938, elle eut la très belle attention de nous faire parvenir celle qui fut prise du Général de Brigade Aérienne KURTZ, Commandant les Forces Françaises de Djibouti, devant le monument BERNARD totalement restauré.

 

 

Le sergent Joseph BIBERT une autre fois sur la piste de Dikkil

Dans les zones caillouteuses la piste de Dikkil devait être aménagée. Ce travail était souvent réalisé par des enfants

Photographies Joseph Bibert – Droits réservés

 

 

LOISIRS : KAYAK – CHASSE – PÊCHE – ETC..

 

Joseph BIBERT posséda d’abord à Djibouti  un vieux kayak. Il appréciait ce loisir et ce sport qu’il pratiquait déjà à Chartres. Il en fit venir un autre deFrance, plus performant (à droite),, qu’il revendit lors de son départ en t939

ait

Sur le premier kayak avec une mini- voile bricolée – Navigation autour de Djibouti – Notons qu’à l’époque, le terme de kayak est encore inusité : on parle simplement de « canoë »

Avec François GIOCANTI, pilote qui rallia la France Libre en septembre 1940 (à gauche) - Dans le second Kayak équipé en usine d’un vrai mât et de deux voiles - Navigation dans le golfe

Photographies Joseph Bibert – Droits réservés

 

 

Tout le monde dans la famille se souvient de cette photographie de Joseph mise sous-verre. Elle trouva toujours une place sur un des murs des différents appartements à Rambouillet (1945), Lahr (1951), Canteleu (1956), ou de la maison familiale de Maromme-La Maine (1967). Elle y resta après le décès de Joseph (2001), jusqu’au décès de son épouse Julienne (2015). Maintenant elle est chez moi...  Nostalgie...

Photographies Joseph Bibert – Droits réservés

 

 

En 1964, Joseph et Julienne achetèrent un kayak d’occasion rigide en bois et toile qui avait été construit par un Ingénieur Maritime du Havre et qui avait des capacités de navigation exceptionnelles. Avec lui ils profitèrent longtemps non seulement de divers plans d’eau et de la Seine dans la région rouennaise, les week-end, mais aussi  pendant leurs vacances, en Bretagne ou pour de belles descentes sportives de rivières, telles l’Ardèche, le Lot... ou ailleurs !

Photographies François-Xavier Bibert – Droits réservés

 

 

 

Louis ANDREI et  Marcel BLANC

Louis ANDREI, Marcel BLANC, Robert TRACHE etJoseph BIBERT

11 novembre 1938 – De l’autre coté du golfe... sans se faire prendre !

Joseph BIBERT et Marcel BLANC

Photographies Joseph Bibert – Droits réservés

 

 

Photographies Joseph Bibert – Droits réservés

 

 

 

Photographies Joseph Bibert – Droits réservés

Contre-Torpilleur « L'épervier » (classe « Aigle ») - Aviso «D'Iberville » au second plan - 1939

Paquebot italien « Italia » - 1937

Contre-Torpilleur « L'épervier » (classe « Aigle ») - 1939

Destroyer britanique HMS H49 «  Diana »

Escorte de l’« Enterprise » – Départ du Négus - 5 mai 1936

Paquebot non identifié

Rade de Djibouti

Boutre dans le gofe de Tadjourah

Boutre rentrant au port

Collection ou photographies Joseph Bibert – Droits réservés

 

 

Photographies Joseph Bibert – Droits réservés

 

 

RETOUR EN FRANCE – 17 au 27 AVRIL 1939

 

 

 

17 avril 1939   

Golfe de Tadjourah :   

Joseph BIBERT, nommé sergent-chef le 1er janvier 1939,   

quittant Djibouti après son séjour de 2ans 1/2   

Sur le « Bernardin de Saint-Pierre » - Arrivée à Port-Saïd

Phare de Suez avant l'entrée du canal

Paquebot et cargo sur la mer rouge

Arrivée à Port-Saïd

En mer Méditerranée avant l’arrivée à Marseille avec une famille d’amis également en fin de séjour

Joseph a revêtu la tenue d’hiver de l’Armée de l’Air – Il porte ses nouveaux galons de sergent-chef – A noter : les chaussures parfaitement cirés !!!

Photographies Joseph Bibert – Droits réservés

 

Dernier souvenir de l’escale de Port-Saïd...

Collection Joseph Bibert – Droits réservés

 

 

ÉPILOGUE – BOÎTE À SOUVENIRS

 

   

 

En août 1938, Joseph BIBERT obtint son permis de conduire militaire, originellement valide sur le territoire de la Côte Française des Somalis et uniquement pour les véhicules militaires. Mais une « tolérance » officielle permettait à l’époque d’utiliser partout un permis militaire, si on le présentait en même temps qu’une carte d’identité... militaire. Ce qu’il fit pendant de nombreuses années après la guerre, aussi bien en France qu’en Allemagne où il fut affecté de 1951 à 1956. Heureusement qu’il parlait bien l’allemand, car la maréchaussée locale n’avait pas vu souvent un tel document ; à l’occasion, leur embarras le réjouissait ! Ce n’est qu’au moment de sa retraite militaire (25 ans de service) qu’il se fit délivrer un permis réglementaire et qu’il rangea cette précieuse relique dans la boîte à souvenirs...

 

 

      

 

Le 15 avril 1939, le capitaine ROUSSEL, commandant du « Bataillon de l’Air 216 », établit les documents qui ont permis à Joseph d’être « rayé des comptes » de cette unité à compter du 17 avril, date de son embarquement sur le « Bernardin de Saint-Pierre », dont l’« Attestation » ci-dessus. Il avait été inscrit sur la liste d’avancement au grade de sergent-chef, JO du 22/2/1939, et nommé le 28/3/1039, pour prendre date au 1er janvier 1939. Les documents ci-dessus portent encore la mention « sergent », mais Joseph quitta la colonie avec ses galons de « sergent-chef » déjà cousus sur sa tenue d’hiver, comme on peut le voir sur la photo prise sur le paquebot avant son entrée à Marseille, fier de la porter pour aller retrouver sa famille à Marckolsheim, son village natal en Alsace.

 

« L’inventaire des effets et objets d’habillements » qu’il emporta avec lui est tel la liste du célèbre poème « Inventaire » de Jacques Prévert !  Et le cadenas ramené de Djibouti qui n’y figure pas (photo ci-dessous), a été également conservé dans la boîte à souvenir !

 

 

 

Avant de rejoindre sa nouvelle unité, le Groupe de chasse GC III/6 qui venait d’être constitué à Chartes, ville natale de sa « promise », Julienne CHÉDEVILLE, Joseph, qui n’avait demandé aucune permission pendant ses 2 ½ ans passés à Djibouti, cumulait 3 mois et 17 jours de congés, à prendre du 24 avril (date d’arrivée prévue à Marseille) au 14 août 1939. Le bateau n’y étant arrivé que le 28, Joseph bénéficia donc de quatre jours de « croisière d’agrément » sur la Méditerranée au titre de ses congés !...

 

 

 

Mai 1939 – Joseph BIBERT devant la maison familiale de Marckolsheim, qui sera détruite par les bombardement allemands un an plus tard...

Sa mère Elisabeth, veuve de guerre, sa tante Stéphanie et son oncle Gustave BIBERT et sa sœur Elisa qui a mis au monde Marie Jeanne BIBERT le 27 janvier 1938.

Joseph va profiter de ses congés raccourcis pour faire quelques belles photographies de sa petite nièce...

Photographies Joseph Bibert – Droits réservés

 

 

... et rien n’étant vraiment simple de « Dépôt des Isolés des Troupes Coloniales », auquel il a du se présenter à Marseille, lui a remis un « Congé provisoire d’un mois » valable du 29 avril au 29 août 1939 !!! On ne sait trop qui a remplacé plus tard Août par Juillet...

 

 

... mais 4 ou 3 mois, cela n’a guère d’importance, la guerre s’approchait, l’Armée de l’Air avait besoin de ses hommes, et les congés de ceux qui rentrent d’outre-mer ont été réduits d’office à 45 jours. Joseph a été convoqué au « Bataillon de l’Air a BA.122 de Chartres » pour le 8 juin 1939. Un calcul très savant a permis de décaler cette date de 4 jours, pour la porter au12 juin, surcharge anonyme confirmée par la mention « Je dis le douze juin 1939 » et une signature tout aussi anonyme...

 

Cette fois-ci, les « grandes vacances à Djibouti » de Joseph étaient définitivement terminées !

 

 

Joseph BIBERT – Chevalier du Nichan el Anouar le 15 janvier 1952

Informations sur l’ordre du Nichan el Anouar

 

 

   

Enveloppes de lettres expédiées en 1937 et 1938 par le sergent-chef Joseph BIBERT de Djibouti

 

 

Image partielle d’une planisphère de 1936 « La France et son Empire » que Joseph BIBERT avait achetée avant de partir à Djibouti

 

 

Carte de Djibouti dessinée par Joseph (Adolphe) BIBERT sur une de ses lettres

« Bibert Adolphe en route pour la France (sur son kayak !) -Chemin de fer Diri Daoua – Addis Abbeba

Terrain d’aviation - Là où je loge - Là où j’ai arrimé mon canoë

Les points rouges sont des îles inhabitées : juste un gardien de phare

Endroit ou l’administrateur Bernard c’est fait égorgé avec tout le tralala par les sauvages il y a deux ans »

 

            

 

   

 

       

Livres de la bibliothèque personnelle de Joseph BIBERT ayant été achetés à Djibouti et ramenés en 1939 (sauf Charas) :

Henri Jourdain et Christian Dupont : d’Obock à Djibouti

Georges- Félix Frantz : Djibouti œuvre française – Avant et après le conflit Italo-Ethiopien

E. Albert de la Rüe : La Somalie Française

« Grands Lacs » : Revue générale des Missions. d'Afrique –N°9 - Djibouti

Jacques Cartonnet : Nages

Henry de Monfreid : Les secrets de la Mer Rouge (1931)

Henry de Monfreid : La Croisière du Hachich (1933)

Henry de Monfreid : Les Guerriers de L’Ogaden (1936)

Henry de Monfreid : Abdi – L’homme à la main coupée (1937)

Henry de Monfreid : Charas (1947)

 

 

Nom des personnes figurant dans les archives personnelles de Joseph BIBERT, qu’il a connues à Djibouti entre 1937 et 1939

 

GRADE

NOM

PRENOM

FONCTION

SOURCE

sergent

ANDREÏ

 

 

Carnet de vol

 

ANDREÏ

Louis

 

Photographie

 

BARREAUX

François

 

Photographie

capitaine

BAUD

 

Passager

Carnet de vol

s/o coloniale

BAULT

G.

 

Photographie

lieutenant

BERTHOLIN

 

Pilote

Carnet de vol

capitaine

BILBAULT

 

Pilote

Carnet de vol

adjudant

BLANC

 

 

Carnet de vol

 

BLANC

Marcel

Photographie

Photographie

sergent

BRAYER

 

Passager

Carnet de vol

 

BUFFIER

Jean

Chemin de fer

Photographie

E.d.V.

CARLI

 

Passager

Carnet de vol

lieutenant

CORBEAU

 

Pilote

Carnet de vol

lieutenant

COULLOMB

 

Passager

Carnet de vol

a/c

CURTHELEY

 

Pilote

Carnet de vol

capitaine

DAMAND

 

Passager

Carnet de vol

capitaine

DANIAUD

 

Passager

Carnet de vol

 

DANZAS

 

 

Photographie

s/c

DEMAIMAY

 

 

Carnet de vol

adjudant

DESSAULT

 

Pilote

Carnet de vol

sergent

DUPLEICH

 

 

Carnet de vol

s/c

ERNST

 

Pilote

Carnet de vol

capitaine

FILIPPI

 

Passager

Carnet de vol

 

FOULON

 

 

Photographie

sergent

GATISSOU

 

Carnet de vol

s/c

GAUTIER

 

 

Carnet de vol

s/c

GIOCANTI

 

Pilote

Carnet de vol

 

GIOCANTI

François

 

Photographie

lieutenant

GUENNEC

 

 

Photographie

lieutenant

GUÉRIN

 

Pilote

Carnet de vol

sergent

GUICHARD

 

Mécanicien

Carnet de vol

sergent

JALLEY

 

 

Carnet de vol

 

JAPY

André

Raid Paris-Saïgon

Photographie

 

KUCHENBROD

Jacques

Aviso d’Iberville

Carnet d’adresses

E.d.V.

LANDREAU

 

Passager

Carnet de vol

s/c

LE BEAU

 

 

Carnet de vol

lieutenant

MASSE

 

 

Carnet de vol

sergent

NIVLET

 

Radio

Carnet de vol

capitaine

MOGUEZ

 

Pilote

Carnet de vol

s/c

POILANE

 

Pilote

Carnet de vol

lieutenant

ROUSSEL

Félicien

 

Photographie

sergent

TRACHET

 

Mécanicien

Carnet de vol

 

TRACHET

Robert

 

Photographie

caporal

TRUFFERT

 

Passager

Carnet de vol

a/c

VANTILLARD

 

Pilote

Carnet de vol

 

VAURY

René

 

Carnet d’adresses

 

Pour prendre contact avec  F-X. BIBERT

Eliminer NOSPA M de l’adresse email

 

Message du 3 février 2016 de M. Frédéric DOMBLIDES

Concernant votre site et le tableau du personnel à Djibouti réalisé à partir des archives de votre père, je suis en mesure de vous apporter quelques éléments complémentaires, car je travaille à identifier les personnels affectés à Djibouti et à retracer leurs carrières :

- Capitaine pilote BILBAULT Louis François Marius, affecté sur place en juillet 1937 comme commandement de l'air en CFS,

- Lieutenant pilote CORBEAU M.P.H., affecté au 2ème semestre 1935,

- Sergent-chef pilote ERNST Jules,

- Sergent mécanicien GATISSOU René, affecté en 1938, s'évadera en avril 1941 pour rejoindre les alliés; Compagnon de la Libération,

- Lieutenant pilote GUÉRIN R., affecté fin 1936, commandera l'escadrille en 1938,

- Capitaine pilote MOGUEZ Henri, prendra le commandement de l'air en CFS (1935-1937).

 

Message du 19 février 2019 de M. Franck ROUMY

J'ai les informations suivantes :

- Lieutenant BERTHOLIN, adjudant-chef, embarqué à Marseille le 5/11/1936, arrivé à Djibouti 10 jours plus tard. Promu au grade de lieutenant le 16/06/1937. Rapatrié fin de séjour: embarqué le 17/11/1938 à Djibouti et débarqué à Marseille le 28.

 

 

Éléments biographiques de quelques aviateurs présents à Djibouti avant-guerre dont on a pu retracer une partie de la carrière

Portraits d’Aviateurs de Djibouti

 

 

 

 

 

Suite de la carrière militaire de Joseph BIBERT : guerre 1939/1945

(Année 1939 terminée - Suite en cours de rédaction..)

Les hommes du Groupe de Chasse GC III/6

 

La retraite militaire de Joseph BIBERT

22 ans à la T.R.T. de Déville-lès-Rouen :1956/1978

 

 

 

 

 

Pages annexes dont des liens sont placés tout au long de cette page

 

Textes de Jean d’Esme et de EdgarAubert de la Rüe :

Deux récits de voyage à Djibouti en 1928 et 1939

Article de l’hebdomadaire « Les Ailes » consacré à « L’aviation italienne et française à Djibouti » pendant et après la conquête italienne de l’Éthiopie :

« Les Ailes » du 27 août 1936

Article de l’hebdomadaire « Les Ailes » consacré à l’exploit d’André JAPY de décembre 1937 :

« Les Ailes » du 9 décembre 1937

Pour mieux comprendre les conditions de vie et le travail des aviateurs de Djibouti :

Trois lettres de Djibouti

63 heures au dessus de Djibouti en 52 vols :

Carnet de vol de Joseph Bibert

L’histoire de la Décoration du Nichan El-Anouar :

Informations sur l’ordre du Nichan el Anouar

 

 

 

 

 

Restauration des photographies, recherches, rédaction, mise en page :

François-Xavier BIBERT – 2008/2019

Mise en ligne :

Février 2019

Merci à Franck ROUMY et Frédéric DOMBLIDES pour leur aide précieuse.

 

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