
Les Hommes du
Groupe de Chasse GC III/6
Page d’accueil du
site de François Xavier Bibert
DEWOITINE 520 (D.520)
|
Constantine : début juillet 1940 Alignement des Dewoitine D.520 du GC III/6 – 6ème
escadrille Photographie
Joseph Bibert - Droits réservés |
|
|
Rôle |
Avion de chasse |
|
Constructeur |
DEWOITINE |
|
Premier vol |
1938 |
|
Mise en service |
1940 |
|
Date de retrait |
|
|
Nombre construit |
775 |
|
Équipage |
|
|
1 pilote |
|
|
Motorisation |
|
|
Moteur |
Hispano Suiza 12Y-45, 12
cylindres en V Refroidissement liquide |
|
Puissance unitaire |
935 ch |
|
Dimensions |
|
|
Envergure |
10,18 m |
|
Longueur |
8,75 m |
|
Hauteur |
2,57 m |
|
Surface alaire |
15,97 m² |
|
Masses |
|
|
À vide |
2 090 kg |
|
Carburant |
|
|
Avec armement |
2 670 kg |
|
Maximale |
2 780 kg |
|
Performances |
|
|
Vitesse maximale |
534 km/h |
|
Vitesse de décrochage |
|
|
Plafond |
11 000 m |
|
Vitesse ascensionnelle |
13,4 à 11,5 m/s jusqu’à 6000 m |
|
Distance franchissable |
1 250 km |
|
Charge alaire |
|
|
Rapport poids/poussée |
|
|
Armement |
|
|
Interne |
1 canon Hispano Suiza
HS-404 de 20mm, |
Conception et production
Les deux prototypes D.513
et D.514 (évolution du D.513), préparés dans le cadre du programme de
remplacement (C1) des Dewoitine 510
et des Loire 46 lancé en
1934, furent un échec. A partir de 1936, Émile DEWOITINE (gravure ci-contre) a
travaillé alors avec ses deux principaux collaborateurs, Robert CASTELLO et
Jacques HENRAT, sur le projet d’un nouveau chasseur, anticipant ainsi le nouvel
appel d'offres de l'Armée de l'Air française visant à trouver un successeur
plus moderne et plus performant aux Morane Saulnier MS.406 et Bloch
MB.150, avec une vitesse de 520 km/h comme objectif principal. Le projet
Dewoitine a donc été nommé tout naturellement « 520 » et finalement
mené à terme par la nouvelle Société Nationale de Construction Aéronautique du
Midi, la S.N.C.A.M., issue de la nationalisation des ateliers Dewoitine. Trois
prototypes furent construits.
Le premier vol du nouvel avion (prototype 01) eut lieu le 2 octobre 1938 avec
Marcel DORET aux commandes. Il était équipé alors d'un moteur Hispano Suiza
12Y21 de 890 chevaux sans canon mais sa vitesse est restée inférieure à 480
km/h. Avec un 12Y29 et équipé d'une hélice à pas variable, Léopold GALY
dépassera 800 km/h en piqué le 10 février 1939 alors que la vitesse calculée
n’était que de 700 km/h. Entre ces deux vols de nombreux problèmes durent être
réglés : agrandissement de la dérive et du gouvernail, remplacement des
deux radiateurs d’aile par un radiateur ventral unique, montage de pipes
d’échappement coudés vers l’arrière, dites « pipes à réaction », etc…
Les concurrents du D.520 dans ce programme (C1) ont été le S.N.C.A.O.
CAO.200, qui a effectué son premier vol le 30 janvier aux mains de Fernand
LEFÈVRE, et le Morane
Saulnier MS.450 qui n’a volé que le 14 avril 1939, mais qui s’avérèrent
tous les deux beaucoup moins bien nés.

Ecorché du Dewoitine D.520 – Voir les plans : planche 1, planche 2, planche 3
Le second prototype
effectua son premier vol le 28 janvier 1939 avec le capitaine Constantin
ROZANOFF (Photo), dit « Kostia » aux commandes. C’était en fait
le premier avion construit, et il portait le n°1 sur le gouvernail et le
matricule militaire F-317 sous les ailes. D’autres améliorations avaient été
apportées à la machine ; suppression des fentes de bord d’attaque,
agrandissement de l’empennage vertical, nouveau train d’atterrissage Olaer, et
il vola avec son armement. Le prototype n°3 fit son premier vol le 5 mai 1939,
équipé du moteur 12Y31, version retenue initialement pour les appareils de
série. Rozanoff ayant pu faire voler son appareil juste au dessus de 520 km/h,
les services officiels déclarèrent le Dewoitine 520 bon pour le service et une
première commande de 200 appareils fut passée le 7 avril 1939, suivie d’une
seconde en juin de 600 avions supplémentaires, mais cette commande fut réduite
par la suite à 510. En septembre, avec l'ouverture des hostilités, le total des
commandes passa à 1280. En mai 1940 c’est environ 2000 machines qui avaient été
commandées à la S.N.C.A.M., dont plus d’une centaine pour l’Aéronautique
navale.
Numéro 148 de « la Vie Aérienne » du 22/03/1939
L’avion de chasse français le plus rapide : Le Dewoitine
D.520 à moteur Hispano Suiza
Premier vol du prototype n°1 avec Marcel Doret aux commandes (cliquez sur la photo
pour l’agrandir)
Le D.520 de série, dont le premier exemplaire fut produit
en novembre 1939 a été équipé finalement d'un moteur Hispano Suiza 12Y45 de 935
chevaux, avec un compresseur Szydlowski-Paniot et armé de 4 mitrailleuses MAC34
Mod39 dans les ailes, approvisionnées à 675 coups, et d'un canon de 20 mm HS
404 avec 60 coups tirant à travers l'axe d'hélice.
Mais le nouveau moteur
avait exigé d’apporter des modifications importantes à la structure par
allongement du bâti moteur de 160mm, et l’avion ne put commencer à équiper
l'Armée de l'Air qu’à partir de janvier 1940. Il ne fut véritablement
opérationnel qu'à partir de fin mai 1940, et à l'armistice ce sont seulement
440 exemplaires qui auront été produits et 350 livrés à quelques unités près.
Les causes de cette dramatique défaillance de la production ont été
multiples ; mise en place tardive de l’outillage, retards du motoriste et
des équipementiers, mauvaise volonté de la S.N.C.A.M. à ouvrir des chaînes de
production ailleurs qu’à Toulouse, refus de faire travailler de nouveaux
sous-traitants. De plus la mise en production se fit avant que les derniers défauts
de l’appareil n’aient été corrigés, dont celui du refroidissement du moteur. En
attendant la solution définitive de ce problème, les 200 premiers appareils
n’ont pas été déclarés comme « bons de guerre » et ils ont du être
remis à niveau ultérieurement.

Poste de pilotage du Dewoitine D.520
Après l’armistice, les
Allemands dans le cadre d’un plan global de coopération aéronautique autorisent
la poursuite de la fabrication du chasseur, ce qui permet à l’état français
d’envisager une certaine standardisation de son aviation de chasse et de
réformer les quelques Bloch et Curtiss à bout de souffle qui équipent encore
quelques unités. A la fin du printemps 1941 la production peut reprendre, suite
à une commande de 550 exemplaires à livrer sur trois ans par la S.N.C.A.S.E.,
société qui fait suite à la S.N.C.A.M. qui a été dissoute fin 1940.
Cependant il est fait
interdiction au constructeur français d’apporter la moindre modification à
l’avion, qui doit rester la copie conforme de ceux qui étaient produits avant
l’armistice, et de procéder à des études de développement. Toutefois, d’une
manière un peu clandestine, des aménagements seront effectués malgré tout.
Mais, comme avant l’armistice,
les retards industriels s’accumulent et la livraison les appareils ne se fait
pas dans les délais prévus ; moins de 60% des avions au programme de 1942
peuvent être sortis des chaînes, faute d’hélices ou même de roulettes de
queue ! De nombreuses machines reçoivent en outre un moteur 12Y49 faute de
12Y45 disponibles mais la nouvelle hélice n’est pas adaptée à ce moteur qui
dépasse alors son régime autorisé. Les appareils ainsi équipés resteront de
long mois en attente de la correction de ce défaut.
Entre l’armistice et
novembre 1942, l’Armée de l’Air ne réceptionnera en fait qu’environ 260
nouveaux appareils, affectés aussi bien en zone libre qu’en A.F.N.
Après l’occupation
complète de la France la production se poursuit au seul profit des forces de
l’axe sous le contrôle de la société allemande ERLA.
Quand les chaînes de
fabrications s’arrêteront, ce seront environ 900 Dewoitine D.520 qui auront été
produits depuis sa conception en 1936, dont 460 après l’armistice.
Cet appareil restera
incontestablement dans l’histoire comme le meilleur chasseur français de la
Seconde Guerre mondiale.

D.520 n°94 du sgt Rigalleau -1ère escadrille du GC I/3
- Tradition SPA 88 – Wez-Thuisy - Mai
1940
Engagements dans l’Armée de l'Air
Nettement sous motorisé
et donc un moins rapide que le Messerschmitt Bf 109, sauf en altitude, le
Dewoitine 520 était réputé plus agile, mais ce n’est pas totalement vérifié, et
il possédait une cellule particulièrement robuste. Son armement était seulement
correct pour l’époque, mais avec un fonctionnement trop irrégulier. Il fut
cependant l'appareil capable de résister le mieux au chasseur allemand au début
de la guerre. Toutefois, il fut construit en trop petit nombre et a souffert
d’une mise au point incertaine, en particulier de ses équipements. Par suite
des carences industrielles manifestes déjà évoquées, il est arrivé trop tard
dans les divers groupes de chasse et finalement il n’a pas pu renverser le
cours de l'histoire. On peut d’ailleurs penser qu’il n’aurait pas pu le faire,
même en nombre supérieur, même en tenant compte de la vaillance des pilotes,
tant les conceptions de la guerre mécanique moderne par les différents
états-majors français de l’époque et la vision des « Politiques » étaient
totalement dépassées ou absentes.
Le premier Groupe de
Chasse qui reçut des Dewoitine 520 est de GC I/3. Il reçut quelques exemplaires
non armés en janvier et environ 35 machines de série entre avril et mai 1940,
ce qui a fait qu’au déclenchement de l'offensive allemande il était le seul
Groupe à en être pourvu. Les D.520 du GC I/3 obtinrent leurs premières
victoires le 13 mai en abattant trois Henschel Hs 126 et un Heinkel
He 111, sans aucune perte. Par la suite, les GC II/3,
GC III/3, GC III/6 et GC
II/7 en perçurent aussi et leurs appareils purent être alignés contre les
avions allemands ou italiens juste avant l’armistice. Par contre les GC II/6 et
GC III/7, formés trop tard, ne purent participer aux combats avec les chasseurs
qui leur furent affectés en juin. La flottille F1C de l'Aéronautique Navale (*) (escadrilles AC1 et AC2) en reçut également
quelques uns.
(*) Circulaire du 6 avril 1937 (B)
Il est rappelé qu'en application des
dispositions de la circulaire ministérielle citée en référence, la dénomination
"aéronautique navale" est seule réglementaire pour désigner les
éléments aériens de la marine et que, par voie de conséquence, le terme
"aéronavale", au masculin ou au féminin, ne peut être utilisé dans la
marine qu'en tant qu'adjectif, par exemple pour désigner des ensembles
comprenant des éléments navals et aériens ou des opérations mettant en oeuvre
de tels éléments.
Un jeune officier pilote du GC III/6 raconte sa prise de contact
avec le D.520
A la mi-juin le GC III/6 qui était
au Luc depuis le début du mois échangea enfin ses Morane Saulnier MS 406 contre
les Dewoitine D.520 tant attendus. Dès que le premier détachement, dont Jacobi,
chef d’escadrille de la 5ème, et Le Gloan, fut rentré, nous partîmes
à notre tour vers Toulouse. Nous nous posâmes le 15 juin à Francazal où nous
abandonnâmes sans regret nos vieux Morane. On nous conduisit en car à Blagnac
où nous prîmes contact avec le Dewoitine 520.
Celui qu'on me donna portait le
N° 358. C'était un avion magnifique, entièrement métallique, équipé d'un moteur
Hispano-Suiza de 12 cylindres en V d'une puissance supérieure à celle du
Morane, de l'ordre de 920 CV. Pour compenser le couple de renversement (1) le
moteur était décalé de 1°30' et la dérive avait un profil d'aile produisant une
compensation en fonction de la vitesse.
Il était armé d'un canon Hispano
de 20 mm tirant dans l'axe de l'hélice, comme le 406, mais avec un chargeur de
80 obus explosifs au lieu de 60, et de 4 mitrailleuses, à raison de 2 dans
chaque aile, avec un chargeur à bande de 700 cartouches par arme au lieu de
350. Celles-ci étaient réchauffées. On avait donc 6 secondes de tir continu
avec le canon (800 coups/min) et 35 secondes avec les mitrailleuses, ce qui
était nettement mieux que le 406.
Le train d'atterrissage était
verrouillé mécaniquement en position « rentré » donc sans problème en
cas de balle venant de loger dans le circuit hydraulique. C'était un avion
rapide, crédité d'une vitesse de 550 km/h à l'altitude de rétablissement (3), très
fin à piloter, qui déclanchait (2) assez facilement, qui virait bien et qui
avait des réactions très saines. Il pouvait faire quasiment jeu égal avec le Me
109. Si nous l'avions eu au début de la guerre, les choses se seraient
certainement passées autrement.
Détail amusant. Le D.520 était
équipé d'une valise qui prenait place dans le fuselage derrière le pilote. Elle
avait un volume intéressant et elle se révéla bien pratique lors de nos
déplacements en nous permettant d'emmener avec nous pas mal d’effets personnels.
Lors de la prise en main de mon
nouvel appareil, je fus surpris par la sensibilité du gouvernail de direction
et je serpentais un peu au décollage, mais je m'y fis très vite. Après quelques
minutes de vol je revins me poser à Francazal que nous quittâmes en patrouille
le lendemain pour rejoindre le Luc. Dès l'atterrissage, on nous raconta ce qui
s'était passé la veille pendant notre absence et comment Le Gloan et Assollant
avaient pu abattre 5 avions italiens en moins de 45 minutes...
Extraits des mémoires du colonel Jean
Menneglier, lieutenant pilote à la 6ème escadrille du GC III/6 en
1940
Merci à son fils Philippe de nous avoir
transmis ce récit


Documents
exceptionnels : 17 juin 1940 - Jean MENNEGLIER vient de prendre en main
son DEWOITINE D.520 n°358
Au Luc,
quelques jours avant le départ du GC III/6 pour l’A.F.N. et l’armistice, un
mécanicien bichonne sa nouvelle monture en peignant le code 26 qui lui est
affecté

Photographies de la
collection Menneglier – Droits réservés
(1) - Couple de renversement: quand
le moteur tourne l'avion a tendance à tourner dans l'autre sens. On doit donc
donner une portance un peu plus grande à une aile pour annuler le couple
produit. Cela donne un avion dissymétrique qui a tendance à virer du côté de
l'aile qui a plus grande portance. D'où le décalage du moteur et la dérive à
profil d'aile. En tenue de cap tout changement de régime de vol se traduit par
une tendance à changer de cap. Cet ennui n'existe pas sur les avions à
réaction.
(2) – Déclancher : c'est le
phénomène d'autorotation qui se produit lorsqu'on vole avec un grand angle
d'incidence. On l'utilise pour faire des tonneaux déclanchés. On le subit dans
la vrille. Pour l'arrêter il suffit de pousser le manche en avant pour diminuer
l'angle d'incidence de l'aile et se retrouver dans les conditions d'auto
stabilité.
(3) - Altitude de rétablissement :
c'est l'altitude à laquelle le compresseur de l'air admis dans le carburateur
arrive à maintenir la pression atmosphérique régnant au niveau du sol et donc
conserve sa puissance nominale au moteur. A cette altitude, l'air étant moins
dense, la traînée est plus faible et l'avion atteint son maximum de vitesse.
Sur certains avions le compresseur possède deux étages, le deuxième s'embrayant
lorsque le premier n'arrive plus à maintenir la pression d'admission à sa
valeur à 0 mètre. L'altitude de rétablissement se trouve donc augmentée. C'est
le dispositif dont dispose le moteur Merlin Packard du Mustang.
Notes
de la main de Jean Menneglier
Le Dewoitine D.520 est
cependant crédité de plus de 100 victoires homologuées en combat aérien contre
la Luftwaffe et la Regia Aeronautica pendant la campagne de France. Les pertes
sont du même ordre, mais au moins 60% résultent d’appareils ayant du être
abandonnées au sol pour des raisons diverses. Une vingtaine de pilotes furent
tués ou fait prisonniers. Les chiffres concernant cette période doivent de
toute façon être examinés avec précaution.
|
|
|
|
« LE DEWOITINE
520» - Docavia Raymond DANEL et Jean
CUNY Un ouvrage
indispensable (épuisé) |
« LE DEWOITINE
520» - Aéro-Journal N°8 Christian Jacques
EHRENGARDT Un ouvrage
indispensable (épuisé) |
Après juin 1940 l’Armée
de l’Air est mise sous la tutelle des commissions d’armistice, qui avec
l’affaire de Mers el-Kébir, permettront au coup par coup un certain réarmement
de l’Etat Français, réarmement un peu amplifié après que les forces de Vichy
aient entamé la lutte contre les forces anglaises et celles des français libres
du Général de Gaulle, pour défendre au
Levant le Liban et la Syrie à la fin du printemps 1941.
Les unités équipées de
Dewoitine 520 autorisées sont d’abord les GC I/3, II/3 et III/6 en Algérie et
le II/7 en Tunisie, ainsi que l’escadrille AC1 de l’Aéronautique Navale. Plus
tard deux nouvelles unités seront créées, le GC I/2 à Châteauroux et le GC II/6
qui rejoint l’A.O.F., et quelques unités de la zone libre seront transformées
sur ce type d’appareil, le GC I/1 à Lyon, le GC III/9 à Salon, le GC II/1 au
Luc et partiellement le GC II/5 à Casablanca, avant le débarquement américain
du 8 novembre 1942 en A.F.N.

Les D.520 du GC I/2 à Châteauroux-Déols – Eté 1941
Les Dewoitine 520 de
Vichy seront donc engagés en 1941 au Moyen-Orient. Quand le 14 juillet 1941,
après une tragique campagne de 5 semaines, Dentz signe la capitulation de
Saint-Jean d’Acre on comptera environ 40 D.520 perdus (8 tués) sur les 70
engagés, pour une trentaine de victoires homologuées sur des pilotes anglais ou
australiens.

D.520 n°277 codé « 6 » du s/lt Le Gloan – Alger – Mai
1941 –
Départ pour le Levant
5ème escadrille du GC III/6 – Nouvelle tradition « Masque
tragique » (dit aussi « sévère» ou « africain »)
Lors de l’opération
« Torch », quand les premières troupes américaines débarquent au
Maroc et en Algérie les Dewoitine 520 font face conformément aux ordres reçus,
surtout à Casablanca et à Oran, puisqu’à Alger le plafond ne permet pas leur
décollage. Mais les tactiques obsolètes des pilotes français et le redoutable
chasseur américain Grumann F4F Wildcat contribuent à leur déroute.
Toutes les escadrilles
françaises d’A.F.N., dont le GC I/2 qui apprenant le débarquement allié en
A.F.N. a pu, conduit par le commandant Fleurquin, gagner le Maroc via Istres,
Ajaccio et Sétif entre le 6 et le 13 novembre 1942, provoquant au passage la
colère des Allemands, vont maintenant combattre avec les alliés. Elles seront
progressivement équipées à partir de fin 1942 de Curtiss et de Bell américains
ou de Spitfire anglais. C’est la flottille F1C qui sera transformée entièrement
la dernière en décembre 1944. Les Dewoitine 520 remplacés seront donc réformés
ou affectés à des centres de formation.

Superbe vue du Dewoitine D.520 n°382 codé « 33 » du
commandant en second du GC III/6 , le capitaine Rivals Mazères
sur l’aérodrome de Rayack au Liban – Campagne du Levant – Mai
1941
Appareil
abattu le 23 juin 1941 par des Tomahawk du Squadon 3 – Sergent Savinel tué
Collection
personnelle Joseph Bibert - Droits réservés

Armée le l’Air de l’armistice - D.520 de l’aéronautique navale –
Escadrilles « 1AC » et « 2AC » - Maroc – 1942/1943

Un groupe de D.520
dans le ciel d’A.F.N. – Sans doute des appareils du C.I.C. de Meknès créé le
1er janvier 1944
Les 250 chasseurs se
trouvant en zone libre maintenant occupée sont saisis par les Allemands et les
Italiens. Les appareils en cours de fabrication seront achevés pour pouvoir
être remis aux forces de l’axe. Beaucoup seront utilisés comme avions
d’entraînement par la Luftwaffe (photos 1)
(photos 2) et une cinquantaine
équipera de manière disparate quelques groupes de la Regia Aeronautica
italienne (photo 3)
qui ne possède alors aucun chasseur armé d’un canon, une petite centaine
rejoindra la force bulgare et quelques dizaines les forces d’autres pays
satellites de l’Allemagne sur le front russe. Ces appareils de construction
française seront donc mis en ligne contre les appareils alliés après le
débarquement de Sicile et abattront hélas quelques gros bombardiers
quadrimoteurs.
Un jeune pilote allemand de la JG 101 en formation à Pau parle du
D.520
« Ce qui me
vient d'abord à l'esprit, c'est la pétarade claire et bien syncopée du moteur
Hispano du Dewoitine 520 au décollage, un bruit que je pourrais encore
facilement reconnaître [...]. L'avion nous impressionna terriblement : il
avait un côté "pointu" générateur de spectaculaires sorties de piste
et de capotages parfois mortels. Décoller un D.520 resta pour bon nombre
d'entre nous, une performance journalière tant sa tendance aux embardées par
vent de travers pouvait être difficile à contrer. Déjà, pendant le roulage, un
simple coup de gaz coïncidant avec un cahot ou une rafale de vent, suffisait
pour partir en cheval de bois...
Avec son train à
large voie (comparé au Messerschmitt 109) le Dewoitine pouvait être tenu assez
facilement. [...]. Il se révéla cependant être d'un fonctionnement
capricieux : le plus grave défaut que je lui trouvai était une fâcheuse
tendance du train à ne pas rentrer complètement après le décollage. Les roues
se bloquaient exactement devant l'entrée d'air du radiateur faisant saillie
sous le fuselage et la température du moteur montait si vite que je secouais
’avion par de petits coups de manche vers l'avant pour achever la rétraction du
train... Si cela ne suffisait pas, il fallait rentrer d'urgence ou choisir un
champ bien dégagé.
Mais quel avion !
De très fines pressions sur les commandes suffisaient pour passer toute la
voltige et on tournait un looping avec deux doigts. Aucun chasseur allemand de
l'époque ne pouvait offrir une telle finesse, une telle élégance de pilotage.
Après avoir repéré les points délicats de ce pur-sang, il ne nous restait plus
qu'à nous livrer aux joies du pilotage d'un véritable avion fin, aux
performances encore très honnêtes. D'ailleurs le Messerschmitt 109 G-6, avec
ses blindages et armements, que j'ai piloté brièvement à la fin du printemps
1944 n'était guère plus performant, et en tout cas moins maniable.
L'atterrissage sur
Dewoitine 520 demandait aussi un certain doigté, car l'avion relativement
chargé au m2 approchait vite. Du fait de cette grande vitesse d'atterrissage,
on courait à la catastrophe si l'on n'avait pas réussi à poser l'oiseau en
seuil de piste... [...]
C'est
incontestablement sur Dewoitine 520 que j'ai eu mes plus grandes joies de
pilote. Quelques mois plus tard, alors que j'affrontai à bord d'un Focke Wulf
190 les redoutables chasseurs américains au dessus de l'Allemagne, il m'est
souvent arrivé de penser avec nostalgie à cet agile petit chasseur
français »
Extrait de AIR FAN n°31 (Mai 1981)
Feldwebel Ernst Schröder, survivant du ll./Sturm/JG 300
7 victoires confirmées (3
quadrimoteurs, 3 Mustang, et un Stinson)


Deux Dewoitine D.520
du GC II/1 basés au Luc novembre 1942 récupérés par la Regia Aeronautica à
Istres en 1943
Ces avions ont gardé
le camouflage, la bande blanche du fuselage et les numéros français, par contre
la croix de Savoie a été peinte sur le gouvernail.

17 avril 1944 :
Dewoitine D.520 (2/6 squadron) des forces royales bulgares attaquant des bombardiers
Consolidated B-24 « Liberator » et
Boeing B-17
« Flying fortress » (15th air force), ainsi qu’un Lockheed P-38
« Lighting » d’escorte, lors du bombardement américain de Sofia.
Dans l’hexagone, dès le
départ des Allemands du sud-ouest de la France en août 1944, quelques appareils
repris aux armées d'occupation sont remis à niveau dans les usines de
Tarbes-Ossun (Morane Saulnier), puis de Toulouse (S.N.C.A.S.E.) et peuvent
ainsi équiper le 1er Groupe de Chasse F.F.I., sous le commandement
de Marcel Doret (gravure ci-contre), pour effectuer des missions de harcèlement
sur la région de Bordeaux et la poche
de Royan (photo) en appui du Corps Franc POMMIÈS. Le Groupe Doret est
dissous le 1er décembre 1944 et c’est le GC 2/18
« Saintonge » qui poursuit la tâche avec ces Dewoitine avant d’être
équipé en Spitfire en mars 1945. Ses 15 D.520 passent alors au GC 1/18
« Vendée » et ils combattent encore contre les poches de l’atlantique
jusqu’à leur reddition et la capitulation allemande de mai 1945.
À la fin de la guerre,
les quelques appareils restants seront utilisés pour l'entraînement des pilotes
français, et ce jusqu'en 1953.
Pour la petite
histoire, il ne faut pas oublier les deux Dewoitine 520 de Vichy abandonnés au
Levant en juillet 1941 et récupérés par les Forces Françaises Libres. Ils sont
rentrés dans la légende en étant utilisés quelque temps par les F.A.F.L. pour
entraîner les pilotes des Groupes « Alsace » et
« Normandie ». Ce dernier se couvrira de gloire en U.R.S.S. en
devenant le fameux « Normandie Niemen » à bord des redoutables
chasseurs russes Yakolev 9 et 3.

Variantes
· Dewoitine 521 :
moteur Roll Royce Merlin III de 1030 cv (prototype)
1er vol 02/1940 - Couple
insuffisamment compensé – Abandonné en 04/40
· Dewoitine 522 :
moteur Allison V-1710 ou Hispano 12Y31 avec compresseur HS pour haute altitude
(projet sans suite)
· Dewoitine 523 :
moteur 12Y51 à compresseur (prototype)
1er vol en 05/1940 sous la dénomination
D.523-45 – Remis au standard 520 après l’armistice – Aurait du devenir un D.525
pour la série
· Dewoitine 524 :
moteur Hispano Suiza 12Z de 1000 cv (prototype)
Modification du prototype 521 - Essais
interdits par la commission d’armistice – Remis au standard 520
· Dewoitine 525 :
voir D.523
· Dewoitine 530 :
étudié pour battre le record du monde de vitesse avec un moteur de 1800 cv
(projet sans suite)
· Dewoitine 550 :
dérivé du D.530, plus petit, plus léger et profilé (prototype)
1er vol en 06/1939 avec un 12Ycrs
(650km/h) – Premier avion français à dépasser 700km/h avec un 12Y51 en 11/39
Fin des essais en 05/1940 – Détruit à
Toulouse par le raid américain du 4/04/1944

Dewoitine D.550
·
Dewoitine 551 : version militaire du D.550 avec un moteur
12Y51 compressé, et 5 mitrailleuses (prototype) et 552 prévue avec moteur 12Z
et 1 canon + 6 mitrailleuses (série)
16 appareils commandés en 02/1940 – 5
appareils construits en 06/40 - 2 appareils présentés à la commission
d’armistice comme « avions de sport » et détournés sous la
dénomination D.560 – Quelques vols au second semestre 1940. Tous ces appareils
finiront à la casse
· Dewoitine 552 :
version de reconnaissance du D.551 avec envergure de 9,90m (projet sans suite)
· Dewoitine 560 :
voir D.551
· Dewoitine 520Z :
moteur Hispano Suiza 12Z de 1200 cv (prototypes)
Un clandestin : le Dewoitine 520 n°
465 – 1er vol ou 06/41 – Moteur 12Y45 avec compresseur – Nombreuses améliorations
– Stocké à Toulouse – Abandonné en 1945
Un officiel : prototype équipé
effectivement du 12Z avec deux canons et six mitrailleuses – Pas d’autorisation
de vol de la commission d’armistice – Abandonné en 1949 car dangereux

Dewoitine D.520Z
·
Dewoitine 780 : hydravion avec cellule du 520, voilure en
W avec 2 flotteurs, moteur Hispano Suiza 12Y-51 (prototype non terminé en
06/1940)
Dewoitine HD.780
· Dewoitine 790 :
version embarquée du D.520 pour futurs porte-avions (projet sans suite)
· Dewoitine 520DC :
version du D.520 à double commande en tandem
Une douzaine de D.520 de série ont été
modifiés en 1946 à l’Atelier Aéronautique de Colombes et utilisés jusqu’en août
1947 à l’école des moniteurs de la BE 704 de Tours, qui fermera à cette date,
et qui avait étudié le projet à l’initiative du commandant Roger Duval.
Dewoitine D.520DC –
Double commande
Le DEWOITINE D.520 du MUSÉE
de l’AIR et de l’ESPACE du BOURGET (M.A.E.)
Photographies
François-Xavier



Toutes les montres de
bord des appareils du GC III/6 ont été dérobées à Perpignan dans la nuit du 19
au 20 juin 1940, avant le repli du Groupe pour l’A.F.N., rendant la navigation
au-dessus de la Méditerranée plus hasardeuse
Remarque personnelle :
Depuis quelques années des
"pique-assiettes" et autre profiteurs de tout poil se sont engouffrés
dans le marché des « souvenirs » dopé par les sites de vente sur
Internet. Le moindre bout de métal provenant d’un avion de la seconde guerre
mondiale, la moindre photographie, le moindre document personnel d’un pilote
atteignent des prix exorbitants et sont alors perdus pour les vrais passionnés
qui n’ont pas les moyens de ces pseudo collectionneurs maladifs. Ce phénomène
en conduit certains à devenir des « professionnels » des fouilles sur
terre où en mer et ce nouveau mercantilisme déplaît beaucoup à ceux qui
estiment que ce patrimoine devrait appartenir à l’Histoire sans être destiné à
satisfaire des plaisirs égoïstes. Peut-être que la belle « montre
d’aéronef » LIP ci-dessus provient-elle d’ailleurs de la région de
Perpignan ?
Le second DEWOITINE
D.520 du M.A.E. au C.A.E.A.
Conservatoire de l’Air
et de l’Espace d’Aquitaine

Accéder
à la page du D.520 du M.A.E. au C.A.E.A.

Le Dewoitine n°603 du
M.A.E au C.A.E.A. avec aux commandes Gilbert Godailler, responsable de sa
restauration
Portes ouvertes de la
base aérienne 106 en mai 2009
Photographie Christian
Laverdet - Droits réservés
GALERIE de DESSINS,
IMAGES NUMÉRIQUES et MAQUETTES
du DEWOITINE D.520
Images provenant de cartes postales anciennes, de différents forums ou
sites Internet – Merci aux contributeurs : lire sur la page d’accueil « Avertissement »
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
La revue
« Avions » et ses numéros spéciaux Indispensables pour
tous les passionnés |
|
Les « Ailes de
Gloire » Dewoitine D.520
(épuisé) |
|
« Bartlomiej
Belcarz » Dewoitine D.520 |
|
« Orlik » Dewoitine D.520 |
|
Les « Ailes
Françaises » L’aviation de Vichy |
|








A gauche : Une
des rares escadrilles de Spitfire américaine attaque des Dewoitine D.520 aux
couleurs de Vichy en novembre 1942 (« Le fana
de l'aviation » numéro 140/1981)
A droite :
Georges Valentin du GC II/7 3ème escadrille abat un Henschel 126 le
15 juin1940 (Couverture de «Avions »
numéro spécial 25/2009)


|
|
|
QUELQUES PROFILS de
DEWOITINE D.520
Images provenant de différentes sources – Merci aux contributeurs :
lire sur la page d’accueil « Avertissement »
|
1940 – Campagne de France |
||
|
|
|
|
|
GC I/3 1940 |
GC III/7 1940 |
GC II/3 1940 |
|
|
|
|
|
GC III/6 5ème
escadrille 1940 |
GC III/6 Etat-major
1940 |
GC III/6 6ème
escadrille 1940 |
|
1941 /1942 – Sous les
couleurs de Vichy |
||
|
|
|
|
|
GC III/6 5ème escadrille
1941 |
GC III/6 6ème escadrille
1941 |
GC II/3 1941 |
|
|
|
|
|
GC II/7 1942 |
GC III/6 fin 1942 |
GC II/6 1943 |
|
1943/1944 - Luftwaffe |
||
|
|
|
|
|
Luftwaffe JG 105
1943 |
Luftwaffe JG 101
1944 |
Luftwaffe JG 103
1944 |
|
1943 - Regia Aeronautica |
||
|
|
|
|
|
Regia aeronautica -
1943 |
Regia aeronautica
sepembre 1943 |
Regia aeronautica
1943 |
|
|
1943/1944 - Forces bulgares |
|
|
|
|
|
|
Forces Bulgares 1943 |
Forces Bulgares 1944 |
Forces Bulgares 1944 |
|
|
1944 – Libération de la
France |
|
|
|
|
|
|
Ex escadrille AC1 -
Groupe DORET – 09/1944 |
Ex escadrille AC1 -
Groupe DORET – 09/1944 |
GCB I/18 - 1945 |
NUMÉROTATION et
AFFECTATIONS des DEWOITINE D.520
Liste établie par l’auteur pouvant être
remise en cause et complétée -Merci d’avance aux contributeurs
« DOUBLE CLIC » sur l’image
ci-dessous
Faire part de
remarques ou apporter des compléments à cette liste
Complétée en septembre 2009, cette
liste se trouve dorénavant sur une page spécifique. Elle est mise à jour en
permanence, dès que des informations nouvelles sont connues de l’auteur. C’est
sans doute un des meilleurs avantages de la publication en ligne par rapport à
l’édition papier…, mais quel plaisir quand même de tenir un beau livre aux
photos glacées entre ses mains ! Cliquez sur l’image ci-dessous pour y
accéder.
Escadrilles de
l’Armée de l’Air française ayant été concernées par le Dewoitine 520
|
|
|
|
|
|
|
|
GC I/3 - 1 SPA 88 |
GC I/3 - 2 SPA 69 |
GC II/3 - 3 SPA 37 |
GC II/3 - 4 SPA 81 |
GC II/7 - 3 SPA 78 |
GC II/7 - 4 SPA 73 |
|
|
|
|
|
|
|
|
GC III/3 - 5 SPA 150 |
GC III/3 - 6 |
GC III/6 - 5 |
GC III/6 - 6 |
GC III/7 - 5 SPA 152 |
GC III/7- 6 |
|
|
|
|
|
|
|
|
GC II/6 - 3 SPA 26 |
GC II/6 - 4 SPA 124 |
GC III/9 ERC 1/562 |
AC1 |
AC2 |
|
Les insignes des escadrilles qui reçurent des Dewoitine 520 en
1940 avant l’armistice
De nombreux appareils, affectés dans les derniers jours de la
campagne de France, ne furent pas engagés
Certains de ces insignes n’ont donc jamais été apposés sur des D.520,
ni avant, ni après l’armistice…
|
|
|
|
|
|
|
|
GC I/2 - 1 SPA 3 |
GC I/2 – 2 SPA 103 |
GC I/1 – 1 SPA 31 |
GC I/1 - 2 SPA 48 |
GC II/5 –3 SPA124 |
GC II/5 – 4 SPA 167 |
|
|
|
|
|
|
|
|
GC II/1 – 3 SPA 94 |
GC II/1 – 4 SPA 62 |
GC III/9 - 1 SPA 96 |
GC III/9 - 2 SPA 12 |
Corps Franc Pommiès |
GCB 1/18 |
Les insignes des nouvelles escadrilles qui reçurent des Dewoitine
520 après l’armistice.
De la même manière certains de ces insignes n’ont jamais été vus
sur des D.520…
© François-Xavier Bibert : 2008
et 2009

Artiste inconnu