Mise en ligne 2020

 

Masque Tragédie ou Sérieux - GC III/6 - 5ème escadrille

Les HOMMES

du  GROUPE de CHASSE  GC III/6 (3/6)

La guerre de Joseph Adolphe BIBERT

1939-1944

Troisième partie

III. En A.F.N.

 

Masque Comédie GC III/6 - 6ème escadrille

 

Morane Saulnier 406

Lien : DEWOITINE D.520

 

Sergent Chef Joseph BIBERT

Dewoitine 520

Lien : BELL P-39 « Airacobra »

Retour vers la première partie :   I. de CHARTRES à BOUILLANCY

Retour vers la seconde partie :   II de WEZ TUISY au LUC EN PROVENCE

 

 

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SOMMAIRE  de la  TROISIÈME PARTIE

Cliquez sur les liens ci-dessous

Traversée de la Méditerranée   -   Constantine

20/06/1940 – 11/07/194

Alger – Maison Blanche

11/07/1940    15/01/1943

Aïn Sefra

16/01/1943    19/06/1943

Port Say (Berkane)

19/06/1943    03/08/1943

Lapasset

03/08/1943    25//04/1944

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Après l’A.F.N :   Première Escadre Aérienne

 

 

L’histoire du GC III/6 rédigée ici, fruit de plusieurs années de travail, ne se lit pas comme un livre ! Si elle est présentée en trois parties, sur trois pages Internet principales constituant simplement le squelette de ce récit, de multiples pages complémentaires (une centaine) s’ouvrent en cascade à partir des liens soulignés (de couleur bleu-vif) : album de photographies, biographies, articles de presses, etc. etc. A chacun d’ouvrir ces pages comme un dictionnaire, dont on n’a jamais fait complètement le tour, d’où le besoin et l’envie d’y revenir pour compléter son information et, je j’espère, son plaisir...

 

Ces trois pages principales, pour ne pas les surcharger, ne contiennent qu’une partie des photographies mises en ligne. La plupart de celles prises par Joseph Bibert, plus personnelles, se trouvent dans les pages annexes « Album de Joseph Bibert » ou dans les pages de biographies de pilotes accessibles par différents liens posés chapitre par chapitre. De même, si le récit est chronologique, ce n’est pas un « journal » puisque l’historique du Groupe et les livres de marche de ses deux Escadrilles, documents officiels au jour le jour, ont été retranscrits et mis en ligne dans trois pages annexes accessibles par les liens suivants :

Historique  Officiel  du  Groupe GC III/6

Livre  de  Marche  de  la 5ème Escadrille

Livre  de  Marche  de  la 6ème Escadrille

 

 

 

 

 

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MOUVEMENT vers L’ALGÉRIE

LA TRAVERSÉE DE LA MEDITERANNÉE

du LUC en PROVENCE à CONSTANTINE, via PERPIGNAN et ALGER

20/06/1940 – 11/07/1940

 

PERPIGNAN - LA SALANQUE

18/06/1940

Personnel navigant

ALGER MAISON - BLANCHE

20/06/1940

Personnel navigant

MARSEILLE

20/06/1940

Personnel au sol

MORSOTT

23/06/1940

Une partie des pilotes

CONSTANTINE

23/06/1940

Capitaine STEHLIN + les autres pilotes

CONSTANTINE

27/06/1940

Regroupement du personnel navigant

CONSTANTINE

30/06/1940

Regroupement de tout le Groupe

ALGER

11/07/1940

Tout le Groupe

 

PERPIGNAN LA SALANQUE - ALGER

L’Échelon volant

Dans la seconde partie de « L’Histoire des Hommes du GC III/6 » on a vu que le Groupe a quitté le Luc le 18 juin, et non le 19 comme le dit le Général STEHLIN dans ses mémoires, pour se regrouper à Perpignan La Salanque avant de rejoindre l’Algérie, conformément à l’ordre donné le 16 juin par le Chef d’Etat Major, le général VUILLEMIN, de replier en AFN les dernières unités aériennes françaises. Le 20 juin en début d’après-midi un peu plus de trente Dewoitine 520, ceux du GC III/6 (27) mais aussi ceux de quelques instructeurs qui ont demandé à se joindre au groupe ayant pour cela « récupéré » un avion tout neuf à l’usine DEWOITINE de Toulouse accompagnés de quelques pilotes isolés des groupes partis la veille se sont posés à Alger.

Les journaux et livres de marches des deux Escadrilles n’ont pas pu être tenus au jour le jour et ils ne fournissent malheureusement que peu d’indications depuis la « journée mémorable » du 15 juin (le quintuple de LE GLOAN), sur la période agitée du transfert vers l’Algérie, sur les armistices avec l’Allemagne puis l’Italie, sur les conditions précises du regroupement de l’ensemble du Groupe, « navigants » et « rampants » à Constantine et sur la tragédie de Mers el-Kébir. On peut seulement penser que le trouble devait être profond dans les esprits.

Paul STEHLIN devenu Général d’Armée Aérienne puis Chef d’Etat Major de l’Armée de l’Air a publié en 1964 « Témoignages pour l’Histoire » et donne sa vision toute personnelle des conditions de cette évacuation ; il se met beaucoup plus en avant qu’il ne l’a réellement été. Certains historiens de l’aviation, malheureusement, ont souvent considéré que l’histoire du GC III/6 avait été écrite définitivement à travers les quelques pages dans lesquelles il narre son action à la tête du Groupe de mai à octobre 1940 ; mais ce n’est pas « l’Histoire » du Groupe.

Il commence par dire qu’il a reçu au Luc le 19 après-midi un message par avion de liaison lui indiquant que son Groupe est attendu depuis la veille à Perpignan, puis raconte comment il a reçu quelques heures plus tard à Perpignan dans des conditions rocambolesques l’Ordre Particulier n°55 du 17 juin à 0h 00 (près de 48 heures plus tard ?), signé du Général BERGERET, un des adjoints de VUILLEMIN, lui demandant de préparer le III/6 à participer à une concentration de toutes les forces aériennes en Algérie en vue « d’une opération brutale et puissante contre l’Italie du Sud les îles et la Libye » en se rendant « sur le terrain régulateur d’Oran. »

La thèse que le Général STEHLIN veut développer est qu’aucune opération de ce genre n’a réellement été envisagée et que cet ordre n’était qu’une mesure de précaution pour éviter que des commandants d’escadrille ne veuillent rejoindre directement Gibraltar. « J’ai toujours amèrement regretté de m’être laissé tromper aussi grossièrement » dit-il avant de parler de la manière dont les autorités militaires auraient tout fait ensuite pour clouer les avions au sol en les privant de carburant et de son projet de conduire son Groupe à Malte, avorté par l’attaque anglaise sur Mers el-Kébir du 3 juillet. « Dans mon groupe c’est la consternation, l’un parle de trahison des Anglais, l’autre assure que les Anglais ont été toujours nos pires ennemis. Notre plan s’évanouit très peu de temps avant qu’il ne soit prêt. Nous n’avons eu connaissance de l’appel du Général de Gaulle que plus tard et la propagande de Vichy a la tâche facile de refaire de l’Angleterre l’ennemi héréditaire. »

Rien n’est cohérent dans ses mémoires et aucun Ancien de son Groupe n’a évoqué un quelconque plan de départ concerté vers une terre anglaise dans les leurs !

Pourquoi cette « erreur » de date sur le départ de l’échelon volant du III/6 à Perpignan ? Pourquoi ces « confusions » dans les ordres reçus ?

« Le 18 juin j’ai le sentiment d’un isolement complet […] Le 19 juin, dans l’après-midi je reçois enfin un message transmis par un avion de liaison qui m’informe que depuis la veille mon groupe est attendu sur le terrain de Perpignan-La Salanque… »

Commencer en 1964 un paragraphe de ses mémoires par « Le 18 juin… » n’est peut-être pas innocent quand on veut magnifier ses états d’âme de ce fameux jour de 1940, alors qu’on a eu connaissance de l’appel historique du Général de Gaulle que bien plus tard ! Voilà sans doute les bonnes réponses aux questions qui se posent.

Bien des livres ou des chroniques ont été écrits après la guerre par ceux qui ont été aspirés dans cette grande tourmente, et bon nombre de lignes de ces ouvrages présentent les faits d’une manière permettant à leur auteur de donner à penser qu’ils avaient apprécié le « sens de l’histoire » plus tôt qu’ils ne l’ont fait réellement. Le commandant Paul STEHLIN sera finalement appelé à Vichy à l’État-major de l’Amiral Darlan fin octobre où il occupera des fonctions plus politiques que militaires auxquelles il a été habitué et on ne sait rien d’autre de « sa tentative de ralliement » dont il parle en quelques lignes confuses dans ses mémoires. Encore Chef d’Etat Major de l’Armée de l’Air en 1963, il avait tous les moyens de se faire préparer une chronologie sans erreur de son activité au III/6 pour rédiger ses mémoires publiés en 1964 avant de se présenter à la députation.

Dans le livre de marche de la sixième Escadrille, son rédacteur anonyme écrit d’ailleurs le 8 juillet 1940 : « Le 11 juillet, à la suite du bombardement de Mers el-Kébir par nos ex-amis Anglais, le groupe retourne sur le terrain d’Alger Maison-Blanche […]. L’armistice fut signé les 23 (erreur : c’est le 22) et 24 juin à l’avantage de nos ennemis, dont les longues dents s’useront espérons le contre l’Angleterre qui continue la lutte plus que jamais. » L’expression « ex amis anglais » semble plus ironique que méchante, sans doute entendue dans la bouche de certains chefs… ! Mais l’espoir que les Anglais gagnent la guerre est clairement exprimé sous la plume de ce pilote du GC III/6 qui tient le livre de marche. On est bien donc loin de la « consternation » et des mots « trahison » et « pires ennemis » attribués par Paul STEHLIN à ses pilotes parlant des Anglais…

Entre l’ordre salutaire du 16 juin de transférer la plupart des groupes aériens vers l’A.F.N. et l’armistice du 22, il n’y a pas eu que les bons d’un côté qui voulaient immédiatement poursuivre la lutte coûte que coûte et les mauvais de l’autre qui avaient déjà décidé de collaborer avec les futurs vainqueurs de la guerre que tout le monde savait perdue dans l’hexagone. C’était la débâcle. Du Chef d’État major, le général VUILLEMIN, au dernier des petits mécaniciens, la préoccupation initiale et naturelle de sauver tout ce qui pouvait l’être et de se sauver soi-même a donc été initialement la même.

Mais tout va beaucoup trop vite, et l’armistice devenant inéluctable, pourquoi ne pas croire le Général VUILLEMIN sincère et réaliste quand il écrit le 20 « La rupture, du fait de l’Armée de l’Air, des clauses d’un armistice entraînerait inévitablement la reprise des hostilités, l’occupation totale du territoire français, la disparition de l’armature gouvernementale et, finalement, de la nation française… » C’est certainement dans cet état d’esprit, que la crainte de départs vers Gibraltar d’unités entières ou de pilotes à titre individuel a conduit à donner un peu plus tard des ordres visant à priver certaines unités des moyens de le faire, en les orientant vers des aérodromes reculés, sans possibilité de ravitaillement en carburant et en munitions. Et il n’y a rien non plus à redire quand le 23, le Chef d’Etat Major donne cette fois-ci l’ordre de cesser tout transfert et de ne plus détruire aucun matériel. Ce n’est pas un revirement, c’est un enchaînement logique.

Si la France est restée la France grâce au Général de Gaulle, le Rebelle, et à sa vision unique de l’histoire, sachons aussi respecter ceux, qui confrontés à l’énormité des événements et les mains dans le cambouis, ont, à leur manière et dans le respect de la discipline militaire, pris les décisions qu’ils croyaient être les meilleures dans l’instant présent et dans leur sphère d’autorité. On peut par contre être beaucoup plus critique envers les politiques qui avaient depuis longtemps mis le pays en situation de ne pas pouvoir faire face à la menace Hitlérienne.

 

Confirmation de cette thèse

Dans un texte non signé publié en 2020 dans « AIRPOWER IN 20 TH CENTURY - DOCTRINES AND EMPLOYMENT - NATIONAL EXPERIENCES » l’auteur fait strictement la même analyse que celle que nous avons exposée dans les lignes ci-dessous, sans d’ailleurs avoir pu en prendre connaissance préalablement.

Ce texte peut être lu en ouvrant le lien ci-dessous :

Les dernières décisions du Général VUILLEMIN avant les armistices

 

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18 JUIN 1940 : Revenons plus simplement au GC III/6. Il n’est pas discutable que ce fût bien le mardi 18 juin après-midi, entre 16 et 17h 00 que, trois par trois, les Dewoitine quittèrent Le Luc pour Perpignan – La Salanque atteint au bout de 1h 20. Le sgt GABARD retardé par des ennuis mécaniques auquel son fidèle mécanicien va pouvoir remédier, n’a quitté le Luc que quelques heures plus tard. Le s/lt SATGÉ doit laisser son D.520 n°357 codé « 27 » au lt MARTIN de la 5ème, dont l’appareil en panné sera abandonné au Luc et transféré plus tard, et le pilote de la 6ème gagnera Toulouse le lendemain par ses propres moyens pour en récupérer un nouveau, ce sera le n°346. A La Salanque, c’est le grand bazar ! Outre le GC III/6, le II/3, le III/3, le II/4, le II/5 et le II/7 sont présents. Heureusement, dans la journée, les Groupes III/2, I/3 et I/4 ont fait la traversée et on attend encore le GC I/5 qui n’arrivera que le 20 juin et repartira immédiatement.

 

Dewoitine 520 - Perpigna La Salanque - 19 juin 1940

Dewoitine D.520 sur le terrain d’aviation de Perpignan La Salanque le 19 juin 1940

Un fût d’essence est déposé devant chaque appareil - Les pleins sont faits à la main à l’aide d’une pompe Japy (à droite)

D’après le marquage il doit s’agir de la première Escadrille du GC III/3

Collection Louis Bassères – Résidant à La Salanque

 

Faute de distributeurs en nombre suffisant, le ravitaillement en essence est extrêmement lent. Les pilotes doivent faire les pleins de leurs appareils eux-mêmes, opération fatigante qui se poursuit tard dans la nuit à la lumière de la lune pour certains.

Les plus chanceux sont emmenés dans un restaurant de bord de mer pour tenter de dîner, mais il y a tant de monde qu’ils doivent attendre leur tour. Pour leur trouver un hébergement, un car les emmène dans un village où le maire essaye de leur trouver des places chez l’habitant. Une femme, derrière des volets clos, exprime bruyamment son refus en catalan, ce qui met fort en colère le capitaine STEHLIN, peu habitué à ce qu’on lui résiste ; il sort son pistolet et menace de tirer dans la persienne ! Le Maire peut le calmer et lui trouver un gîte digne de lui !

19 juin 1940 : Le lendemain mercredi 19 juin, les préparatifs se poursuivent.

Au dernier moment la destination finale a changé, c’est maintenant Alger. Mais le vol de Perpignan jusqu’à cette ville en 1940 n’est pas une chose si simple qu’on pourrait le croire pour une escadrille de chasse et des pilotes qui n’ont sans doute jamais survolé la mer si longtemps. Pour ces 2h 1/2 de vol, les réservoirs supplémentaires de bord d’attaque des Dewoitine doivent être utilisés, mais ils n’ont jamais été branchés en usine ; du fait qu’ils n’étaient pas protégés, on craignait une explosion s’ils étaient touchés par une balle incendiaire ! Pour procéder aux branchements, les mécaniciens du Groupe n’étant pas là, les pilotes doivent prêter la main aux trois spécialistes de la maison Dewoitine mis à leur disposition. Pour dévisser les tôles couvrant les accès aux tuyauteries, ils doivent se passer de main en main les deux seuls tournevis cruciformes qu’ils ont trouvés ! Il faudra prendre en compte que le poids supplémentaire des appareils dû aux réservoirs auxiliaires réduira un temps leur vitesse.

20 juin 1940 : Dans la matinée du jeudi 20 juin, le Groupe décolle. Au dernier moment le s/lt SATGÉ est arrivé de Toulouse avec un nouvel avion qui a pu lui être affecté et partir ainsi avec ses camarades. Par contre le cne GUERRIER a au décollage un problème avec son train d’atterrissage : il perd du temps avant de pouvoir le fermer grâce à quelques évolutions autour du terrain et il va faire le trajet loin derrière, en compagnie du sgt Michal CWYNAR qui l’a attendu, tous deux seuls et pris à partie par des tirs d’artillerie espagnols à proximité des baléares. Ce n’est qu’un hasard, mais ils avaient tous les deux installé une précieuse cargaison derrière la plaque de blindage du siège de leur avion : CWYNAR, sa guitare, et GUERRIER son matériel de pêche !

Les pilotes doivent faire leur navigation sans carte, sans connaître la côte algérienne, et avec les seules indications de vitesse et de cap données par leurs instruments, alors que beaucoup des montres des tableaux de bord des Dewoitine ont été volées dans la nuit ! Des pages prélevées dans les atlas des écoliers de Saint-Laurent La Salanque, des cartes du « Calendrier des Postes » ou des « Chemins de fer » ont été emportées par les pilotes sur lesquelles ils ont préparés leur vol : cap 160 pendant 20 minutes, puis cap 190 pendant 55 minutes pour éviter les Baléares, puis cap 200 pour tomber un peu à l’est d’Alger et apercevoir la « Grande Ville Blanche » à sa droite avant de descendre sur Maison-Blanche. Un pilote a pu décalquer sur un bout de papier sulfurisé, récupéré dans une cuisine, les contours des côtes espagnole et africaine sur lequel il a tracé son plan de vol pour Oran, sa destination initialement prévue ; il n’a eu le temps ensuite que de tracer une droite pointillée entre Perpignan et Alger lorsque la destination finale fut connue et de garder en tête les indications de cap et de temps indiquées.

 

Crate de la traversée de la Méditerranée - Perpignan Oran - Alger

Reproduction de la carte tracée par le sergent GOUZI du GC III/3 pour son vol de Perpignan à Alger

 

Heureusement le capitaine ASSOLLANT, le premier Français à avoir traversé l’Atlantique d’ouest en est en 1929 à bord de « l’Oiseau Canari », et qui, les 10 années suivantes, a sillonné l’Afrique en tous sens comme chef pilote de l’aviation civile à Madagascar, est un navigateur hors pair. De plus, le survol des Baléares peut permettre de corriger éventuellement le cap s’il le faut. C’est donc lui qui mène les avions pour cette traversée (*). La plupart des pilotes ont le « trouillomètre » à zéro de peur d’être isolé de leur guide !

(*)  Mémoires du lieutenant MENNEGLIER : « …Enfin le matin du 20 juin tout le Groupe décolla en direction d'Alger sous la conduite du capitaine Assolant qui avait l'habitude de la navigation au compas… »

      Mémoires du capitaine STEHLIN : « ... Le III/6 est rassemblé au complet au-dessus de La Salanque quand JE mets le cap sur les Baléares... ». Sans commentaire...

Les Dewoitine passent en vue des Iles Baléares sans rencontrer les avions ennemis que des renseignements malveillants avaient annoncés. A proximité des côtes algériennes, un Bloch 174 vient à la rencontre des arrivants pour les guider jusqu’à Maison-Blanche où ils atterrissent après 2h 40 ; c’est aussi la grande pagaille sur ce terrain complètement désorganisé par l’arrivée massive en quelques heures de tout ce qui vole encore après la campagne de France.

 

Alger avant-guerre

Alger avant-guerre

Alger la « La blanche » telle que les pilotes du GC III/6 purent l’apercevoir de loin avant de se poser sur la terrain de Maison Blanche le 20 juin 1940

Carte Michelin Alger - 1940

Carte d'état-major - Maison Blanche - 1940

A gauche, carte «Michelin » de la région d’Alger de cette époque où figure le terrain d’aviation de Maison Blanche, 10 km à l’est du centre ville

A droite, sur un extrait de la carte d’état-major de la région, l’implantation plus détaillée de ce terrain vers 1935– Noter à gauche « Smar » (voir plus loin)

 

Les archives du III/6, n’en parlent pas beaucoup, mais tout ne s’est pas passé aussi bien que généralement rapporté. Outre le cne GUERRIER et le sgt CWYNAR, le s/lt KAWNICK, parti avec le Groupe, avait dû retourner à La Salanque, son hélice restant obstinément au petit pas. On put le dépanner et il repartit seul vers l’Afrique du Nord.

Concernant le s/lt polonais KAWNICK on a la chance de posséder deux témoignages d’origine totalement différente, mais heureusement concordants, au moins pour l’essentiel :

Le premier est celui du lieutenant mécanicien du III/6, Pierre BRAUDEAU, qui avait pu gagner Alger par avion avec une dizaine de ses mécaniciens avant l’arrivée des Dewoitine (voir plus loin).

 

Témoignage du lieutenant Pierre BRAUDEAU – Officier mécanicien au GC III/6

« …Nous passâmes tout l’après-midi à l’attendre... Il arriva à Maison-Blanche en taxi vers 18h trempé mais souriant, et raconta son aventure.

Il était parti vers 13h de La Salanque avec une hélice qui n’avait plus de caprice. Il n’avait pas de carte mais il avait reproduit sur un carnet le profil de la côte algérienne entre Oran et Bougie avec au milieu une grande ville blanche qu’on voyait de loin : Alger. Il savait qu’il devait passer au-dessus des Îles Baléares et continuer tout droit pour arriver à Alger. Fâché avec le compas il avait préféré simplifier le problème et « aller droit soleil ». Il passa effectivement au-dessus des îles Baléares mais en vue de la côte algérienne, il ne vit pas la grande ville blanche et la chercha en suivant la côte vers l’est. En ne la voyant toujours pas et s’apercevant qu’il s’était trompé et qu’il fallait la chercher vers l’ouest, il fit demi-tour. Mais quand vint enfin la grande ville blanche, il n’avait plus d’essence et il posa son avion sur l’eau, hélice arrêtée et train rentré à 200 m de la plage de Maison-Blanche. Avant que son avion coule, il prit sa petite valise derrière le pare-balles du cockpit et nagea vers la plage. Il mit longtemps à trouver un taxi qui le conduise à l’aérodrome de Maison-Blanche et se présenta au capitaine Stehlin vers 18h, penaud, honteux de son aventure, mais heureux d’avoir retrouvé ses amis… »

 

Le second, totalement indépendamment du III/6, est celui du général Albert PESTRE, né en Algérie en 1924, ancien élève de l’École de l’Air (promotion AFN 1943). Il faisait partie de la génération d’officiers de l’Armée de l’Air, qui ont partagé leur formation entre Marrakech et les États-Unis mais qui n’ont pas participé aux opérations aériennes en Europe. Au Groupe de Bombardement 2/20 « Bretagne » fin 1945, en Indochine, en Algérie, et commandant de la BA.105 d’Evreux en 1970, décédé en 2009.

Page consacrée au général Albert PESTRE

 

Témoignage du général Albert PESTRE - Alors lycéen à Alger, il avait 16 ans

« … En Algérie, nous étions bien loin des zones de combat. Néanmoins un jour, c'était le 20 juin, nous fûmes les témoins directs de la réalité de notre effondrement militaire. Entendant un bruit de moteurs lointain ne cessant de s'amplifier, nous vîmes arriver sur nous les premiers avions de chasse qui avaient fui la Métropole, en s'élançant au-dessus de la Méditerranée, pour trouver refuge sur le sol africain. C'étaient des « Curtiss P-36 » et des « Dewoitine 520 ». Leur axe d'arrivée sur la base de Maison-Blanche les faisait passer pour la plupart dans un vrombissement de tonnerre juste au-dessus de la propriété, à très basse altitude, seuls ou en patrouilles de deux ou trois appareils. Chaque fois que nous entendions un ronronnement lointain qui s'approchait, ma cousine, mon cousin, mon frère et moi, nous nous précipitions hors de la maison pour assister au spectacle. Puis nous suivions des yeux leurs silhouettes noires se découpant sur le fond bleu du ciel, jusqu'à les voir à l'horizon amorcer un large virage, avant de s'engager dans la descente vers la piste d'atterrissage.

Parmi les pilotes qui quittèrent la France, l'un d'entre eux put tout juste atteindre le rivage de l'Algérie. Amerrissant à quelques centaines de mètres de la côte, il réussit à s'extraire avec beaucoup de peine de sa carlingue… Puis il s'effondra évanoui sur la plage, le front ouvert, sa tête ayant buté sur le collimateur. »

« A quoi tient la vie… »

Société des Écrivains – 2005

 

Mémoires de Jean MENNEGLIER – 6ième Escadrille du GC III/6

« ...A Maison-Blanche nous faisons connaissance avec l'Afrique et avec sa population de musulmans et de pieds-noirs. Il y avait sur le terrain un excellent mess. Au bar on servait dans de grands verres le moscatel des Pères Blancs qui, bien frais, descendait tout seul. On en prenait et on en reprenait. A table il y avait rosé et blanc frappé à discrétion. Rien d'étonnant à ce que l'après-midi on ait envie de faire la sieste. Il me fallut un ou deux jours pour me rendre compte qu'il fallait se modérer sur la boisson. Nous ne restâmes pas longtemps à Alger car on nous envoya sur un terrain de campagne à Morsott au sud de Constantine.... »

 

A Alger, les valeureux pilote Polonais sont envoyés dans un centre de regroupement avant de gagner la Grande-Bretagne où ils seront intégrés dans la R.A.F. Quatre pilotes de D.520 qui ont fait la traversée avec de III/6 sont intégrés dans ses effectifs : le cne Hugues BOULARD-POUQUEVILLE, affecté temporairement à l’État-major ; le cne Jacques SAUTIER (*) en provenance du CEMA 372 de Cazaux et le s/lt François BRONDEL à la 5ème Escadrille, le s/c Paul de HAUT de SIGY à la 6ème.

(*) Mémoires du lieutenant MENNEGLIER : « L'un d'eux était le capitaine ne Sautier, un polytechnicien qui avait appartenu au Centre d'essai en vol (C.E.V.). C'était un charmant camarade qui resta quelque temps avec nous puis rejoignit la France où il avait laissé sa famille. »

 

L’Échelon roulant

18 juin 1940 : Le transfert vers l’A.F.N. du reste de l’effectif du Groupe, dont les mécaniciens et leur chef le lieutenant BRAUDEAU, fut plus difficile ; faute d’avion pour leur transport, tous sont restés au Luc le mardi 18 juin après le départ des Dewoitine en attente des ordres. A partir de là, il y a télescopage entre les « Mémoires » du Général STEHLIN de 1964 et de celle de Pierre BRAUDEAU, ancien P.D.G de « La Soudure Électrique Languepin », qui raconte aussi en 1989, à l’occasion du 50ème anniversaire du III/6, son transfert en Algérie.

Pour tenter de remettre les choses dans l’ordre : L’adj. GOUJON, qui est arrivé à La Salanque avec tout le Groupe le 18 juin vers 18h 30 aurait été immédiatement renvoyé au Luc par le cne STEHLIN vers le lt BRAUDEAU pour lui porter l’ordre de mettre en route l’échelon roulant le lendemain. Le général STEHLIN qui situe son arrivée au Luc tard dans la soirée le 19 écrit : « ...Dès que je sais ce qui va se passer, je renvoie GOUJON au Luc pour donner à l’échelon roulant l’ordre de s’embarquer à Marseille pour Alger… » et il ajoute « …je suis dans l’autocar qui doit nous conduire dans un village proche de Perpignan pour y passer la nuit quand un planton me remet une note qui m’est destinée. C’est un ordre qui émane du Commandant en Chef des Forces Aériennes. Il m’est ordonné, tel quel, sans pli cacheté, comme une carte postale que tout le monde peut lire :

 

« Exemplaire n°27

G.Q.G.A. le 17 juin 1940, 0 heure

« ORDRE PARTICULIER N° 55

POUR LE GROUPE DE CHASSE III/6

1)      J’ai décidé d’entreprendre une opération brutale et puissante. Cette opération sera précédée d’une concentration rapide contre l'Italie du Sud, les îles et la Libye.

Cette opération sera précédée d'une concentration rapide de toutes les forces de bombardement disponibles en Afrique du Nord, où elles seront maintenues jusqu'à obtention du résultat recherché. La couverture du déploiement de ces moyens et du territoire nord-africain contre les ripostes du bombardement italien sera assurée par l'ensemble des moyens de chasse actuellement basés dans la métropole.

2)      En conséquence, dès réception du présent ordre, le Groupe de Chasse III/6 se dirigera sur l’Afrique du Nord la totalité de ses échelons volants disponibles (appareils montés par équipages de guerre).

3)      Terrain de départ : La Salanque

Terrain régulateur : Oran où vous trouverez des instructions concernant les terrains d'opérations où vous devrez vous rendre.

Le mouvement des échelons roulant fait l’objet d’instructions particulières.

Pour le Général-Commandant en chef des Forces aériennes,

Pour le Major général, l'Aide-Major général chargé des opérations :

Signé : BERGERET »

 

Pierre BRAUDEAU pour sa part situe l’arrivée d’ordres verbaux via l’adj GOUJON, le 18 juin : « Mettre en route l’échelon roulant du III/6 pour Marseille dans la nuit du 18 au 19, embarquer tout le personnel sur un paquebot et tous les camions et autres véhicules sur un cargo avec leurs chauffeurs et ceci fait, garder avec vous 15 mécaniciens « triés sur le volet » avec leurs caisses à outils personnelles et trouver à Marignane un avion dans les meilleurs délais pour que le III/6 puisse participer à « l’offensive brutale » contre l’Italie du sud, les îles et la Libye. »

Il affirme que ces ordres verbaux étaient accompagnés d’une copie de la note du Général BERGERET. A noter que l’adj GOUJON qui s’est posé à La Salanque en fin d’après-midi le 18 juin, tenant compte des pleins à faire, ne pouvait qu’être de retour au Luc que tard dans la nuit !

Tout cela semble bien abracadabrantesque ! Même si le Général STEHLIN, qui décale tout d’une journée, s’était trompé de bonne foi, il écrit qu’il reçoit la note du Général BERGERET à Perpignan dans la nuit, alors qu’il écrit un paragraphe plus haut que GOUJON est déjà reparti au Luc porter ses ordres ! Ce n’est donc pas qu’une erreur de date ! L’aller-retour de l’adj GOUJON au Luc est vraiment incompréhensible, à moins que M. BRAUDEAU ait voulu faire coïncider en 1989 une partie de son témoignage avec les Mémoires du Général STEHLIN, sans se rendre compte que celui-ci avait eu 25 ans plus tôt des souvenirs plus qu’incohérents ! De plus le cahier d’ordres de la 5ème Escadrille ne porte aucune trace de cet aller-retour Perpignan - Le Luc – Perpignan de l’adj GOUJON.

Quoi qu’il en soit, les ordres de mouvement vers Marseille ont été forcément donnés avant que le commandant du Groupe ne s’envole du Luc, puisque l’échelon roulant a eu le temps de se préparer et de partir dans la nuit du 18 au 19 pour effectuer les 100 kilomètres qui les séparaient de Marseille et y arriver à l’aube. Les Hommes sont regroupés au camp Sainte-Marthe ; outre ceux du III/6, s’y trouvent sans doute aussi ceux du II/4 et du GAO 553 qui s’embarqueront avec eux sur le même navire.

19 juin 1940 : Racontant en 1989 le passage de l’échelon roulant à Marseille, Pierre BRAUDEAU laisse entendre qu’avec la panique qui régnait sur le port, complètement encombré de matériels et de réfugiés, que ce n’est que grâce à sa débrouillardise et une copie de ce fameux « Ordre Particulier N°55 » qu’il aurait eu en sa possession, que le III/6 a pu être embarqué : « … je pars avec l’a/c mécanicien AUGST voir ce qui se passait sur le port. Des centaines de personnes faisaient la queue à la porte du fort Saint-Pierre où siégeaient les militaires débordés qui étaient censés organiser les départs en Algérie d’une horde disparate de candidats au voyage, les uns sur ordres de l’autorité militaire mais les autres par peur de tomber aux mains des Allemands qui descendaient la vallée du Rhône. Nous décidâmes de faire bande à part et de choisir nous-mêmes nos bateaux. En présentant les instructions du Général Bergeret directement aux commandants des bateaux nous avons réussi à caser tout le personnel de l’échelon roulant sur un paquebot et tous les véhicules sur un gros cargo avec un chauffeur par véhicule… »

20 juin 1940 : Il continue ce récit épique dans le même esprit : « J’avais gardé avec moi, outre l’a/c AUGST 14 mécaniciens « triés sur le volet ». Nous sommes partis à Marignane dans quatre taxis vers 18h 00 où je fus reçu par un jeune capitaine auquel j’exposai notre cas. Il y avait deux hydravions en cours de chargement de matériel civil pour l’Algérie. Il fit décharger ces matériels, nous offrit à manger et à boire et quand les hydravions furent prêts au départ nous y accompagna. Nous décollâmes à 4h 00 le 20 juin et à 9h 00 nous amerrissions à l’entrée du port d’Alger. Quatre nouveaux taxis nous conduisirent à l’aérodrome de Maison-Blanche où nous arrivâmes à 11 h. A midi le III/6 se posa et gagna le hangar n°6 où les mécaniciens attendaient ». Tout ceci est trop beau : quand les avions du III/6 sont arrivés à Alger la plupart des témoignages parlent d’une pagaille complète. Il y avait des appareils dans tous les sens sur le terrain et sur son périmètre et il est impossible qu’une escadrille complète ait pu se frayer un chemin jusqu’à un hangar qui ne lui avait certainement pas été encore attribué !

Dans ses mémoires en cinémascope, Paul STEHLIN, n’hésite pas à écrire : « ...(le terrain de) Maison Blanche est encombré d avions. Il n'est pas facile de trouver une place sans risquer une collision. Pourtant, en dix minutes, les trente-neuf Dewoitine du groupe sont alignés au bord du terrain, les masques blancs à gauche de mon avion, les masques noirs à droite, en une rangée impressionnante... »

On a ici un bel exemple de ces témoignages tardifs, sans support d’archives, où la volonté de parler de soi passe avant celle de raconter l’Histoire !

Le sgt mécanicien Robert UMBERT, n’a pas dit clairement s’il faisait partie de ce groupe de 15 privilégiés « triés sur le volet » conformément aux ordres du cne STEHLIN, mais il a témoigné : « …une partie des mécaniciens fût embarquée sur un hydravion Latécoère qui décolla de l’étang de Berre au lever du jour pour se poser 5 heures plus tard dans l’arrière port de l’Agha à Alger. Le reste des mécaniciens arriva par bateau le 27 dans la matinée »...

L’adjudant mécanicien René COLIN, raconte pour sa part : « ...les pilotes partent pour Perpignan et les mécaniciens avec l’échelon roulant se rendent à Marseille. Les pilotes rejoignent ensuite Maison-Blanche sans aucun incident pour notre groupe (il oublie manifestement l’amerrissage du s/lt KAWNIK, et l’arrivée en solitaires des sgt CWYNAR et cne GUERRIER, suite à un ennui mécanique au décollage sur le D. 520 de ce dernier !). Quelques mécanos gagnent Alger sur deux hydros d’Air France, des Lioré et Olivier LeO 242. Celui où je suis est piloté par Givon (*). Le reste du personnel arrive par la mer. Nous restons plusieurs jours à Maison-Blanche, avant de partir pour Constantine où nous apprenons l’armistice... »

(*) Célèbre compagnon de Mermoz à « l’Aéropostale ». Précédemment, le 2 septembre 1927, il avait décollé du Bourget en direction de New York avec Pierre Corbu sur le Farman « Oiseau bleu », mais les pilotes avaient prudemment fait demi-tour au bout de deux heures, l’avion étant trop instable.

Pas d’allusion au Hangar n°6 ! Pas d’allusion aux 38 Dewoitine bien alignés derrière celui du Commandant du Groupe... Finalement, quelle importance ? Un ou deux hydravions, Latécoère ou Lioré & Olivier (*), 15 mécaniciens, un peu plus ou un peu moins ! Quelle importance de savoir si le cne STEHLIN a pu faire une arrivée digne de lui, attendu devant le hangar n°6 par des « mécaniciens triés sur le volet », peut-être au garde à vous ?. Il nous manque le film !

(*) Vérification faite, ce sont bien deux Lioré et Olivier LéO 242 qui ont fait le voyage, mais il n’y avait pas que le III/6 à leur bord !

 

Hydravion Lioré et Olivier H.242 employé sur la ligne Marseille/Alger – Photographie faite devant les hangars de l'hydrobase Air France à Marignane en 1937

Envergure : 28 m – Longueur : 18m 450 – Hauteur : 5 m  995 - Poids à vide : 4 750 Kg. - Poids enlevé : 4 250 Kg - Vitesse à 100 m (sol) : 232 km/h - Temps de montée : 13'10" à 2 000 m – Plafond : 4.400 m. en 63’

Les passagers et le fret prenaient place à bord au sec et les H.242 étaient mis à l'eau ensuite via une rampe.

Collection René ZUBER via Jean-Louis BLÉNEAU

 

Hydravion Lioré et Olivier H.242 employé sur la ligne Marseille/Alger – Photographie aérienne de l'hydrobase Air France de l’Agha d’Alger vers 1937

 

 

En fait, le lieutenant BRAUDEAU a un peu oublié 45 ans plus tard que c’était le lieutenant MIRAND, le vrai patron du personnel non navigant, en charge de l’équipe administrative du Groupe ; si celui-ci n’a pas raconté plus tard par modestie le transfert du III/6, de Marseille à Alger, des sous-officiers se rappellerons bien que c’est lui qui a réglé la plupart des problèmes. Il fit la traversée à bord du « Commandant Dorise », avec ses hommes, dans des conditions épouvantables et fit de son mieux pour leur trouver un minimum de rations alimentaires, soutenir le moral des plus faibles et éviter des affrontements dus à la promiscuité avec les autres passagers...

Comme cette histoire est bâtie autour de celle de l’a/c Joseph BIBERT, notons pour sourire qu’il n’a pas eu la chance d’être « trié sur le volet » puisque son livret militaire prouve qu’il n’a été « débarqué » que le 27. Il n’y avait au III/6 que 4 sous-officiers mécaniciens qui avaient fait un stage de 8 jours chez Dewoitine à Toulouse du 7 au 16 juin pour être spécialisés sur le D.520 ; adj. COLIN, (chef de hangar) et sgt DESFOSSEZ pour la 5ème, s/c BIBERT (chef de hangar) et ROBERT pour la 6ème. On peut penser malgré tout que la présence sur le port de Marseille d’un des deux chefs de hangars, sous-officier confirmé, pour veiller au bon chargement des matériels du Groupe, avait été jugé utile puisqu’on sait par ailleurs que les trois autres ont bénéficié d’un voyage confortable en avion pour accueillir dignement leur commandant de Groupe à son arrivée en terre d’Afrique !

 

Extrait du livret militaire de Joseph BIBERT – Débarquement en Algèrie

 

21 juin 1940 : Pour revenir sur les problèmes d’intendance, ceux du GC III/6 qui font la traversée maritime ont touché à leur départ du Luc des rations individuelles pour se nourrir les 19 et 20 juin... Après cela c’est la grande débrouille ! Ils embarquent donc le 21 juin sur les deux antiques cargos, le « Commandant Dorise » pour le personnel et une partie du matériel et le « Sainte-Marguerite II » pour le reste du matériel. Ces deux navires doivent avec une trentaine d’autres partir en convoi (*) Les échelons roulants de plusieurs autres groupes ont également été embarqués, certains sur les mêmes navires que ceux du III/6 (GC II/4 et de GAO 553 comme dit plus haut).

(*) Les navires du convoi P8 : AMPERE, CALEDONIEN, CAMPINA, CHATEAU LAROSE, CHELMA, COMMANDANT DORISE, CYDONIA (britannique), ESTRID (danois), FIRUZ, FORMIGNY (britannique), GINETTE LE BORGNE, GOUVERNEUR GENERAL CAMBON, GOUVERNEUR GENERAL GREVY, GOUVERNEUR GENERAL TIRMAN, IMERETHIE II, JOHN KNUNDSEN (norvégien), KROUMIR, LANGANGER, MAYAN, MAYENNE, MEDIE II, MONT SAINT CLAIR, NICOLO ODERO, OASIS, P.L.M.20, PALLAS, PLATON, SAGITTAIRE, SAINTE MARGUERITE II, TANAIS, TELL et TIBERIADE.

 

Cargo "Commandabt DORISE"

Cargo "SAINTE-MARGUERITE II"

A gauche, le cargo « Commandant DORISE » et à droite le « Sainte-Marguerite II »

Echelon roulant du GC III/6 sur le "Commandant DORISE"

Echelon roulant du GC III/6 sur le "Commandant DORISE"

Chargement d’un camion de l’échelon roulant du GC III/6 le 20 juin 1940 sur le « Commandant DORISE » et un aperçu des conditions de la traversée qui dura 4 jours

Photographies Robert ROHR du GC III/6 – Droits réservés

 

Personnels du GAO 553 sur le "Commandant DORISE"

Le "Commandant DORISE" quitte le port de Marseille - 22 juin 1940

Le "Commandant DORISE" quitte le port de Marseille le 22 juin 1940

Toujours à bord du « Commandant DORISE » des personnels du GAO 553, Groupe qui a aussi embarqué sur le cargo et le départ de celui-ci dans le port de Marseille

Collection de GRIVEL via Mathieu COMAS – Droits réservés

 

En savoir plus sur :  Les cargos « Commandant DORISE » et « SAINTE-MARGUERITE II »

 

Dans la nuit du 21 au 22 juin, alors que les navires sont encore en rade 6 à 10 bombardiers Savoia-Marchetti SM.79 du 104ème Gruppo (46ème Stormo) attaquent la ville en deux vagues successives. Ce qui reste de la chasse française n’a pas pu intervenir, et la D.C.A française réagit sans succès, y compris les jumelages anti-aériens se trouvant sur certains navires et servis par des marins de la « Royale ». Un peu plus de 4 tonnes de bombes tombent sur Marseille et l’Estaque, faisant près de 140 victimes civiles. Quelques-unes atteignent la rade, mais loin des bateaux, créant cependant une grosse panique et une course vaine aux ceintures de sauvetage.

22 au 17juin 1940 (en mer) : Ceux-ci lèvent l’ancre le 22 juin à 17h 00 à destination d’Oran, escortés par des unités de la Marine Nationale. Il y a 1 200 personnes à bord du « Commandant Dorise », l’installation manque de confort et d’hygiène, la nourriture peu abondante est médiocre. C’est pire sur le « Sainte-Marguerite II ». Le convoi change très souvent de cap pour dérouter les sous-marins ennemis. Le 23 le convoi est encore en face de la côte française à Port-Vendres et il arrive en vue des Baléares à une vitesse de 9 nœuds dans la journée du 24, et à Oran le 26 à 17 heures mais des ordres nouveaux ont été donnés pour certains bateaux de poursuivre leur route vers Alger. Les deux vieux cargos repartent à 21 heures et tout le monde débarque à Alger le 27 juin entre 18 et 19 heures ; les hommes sont totalement épuisés et affamés. Tout le Groupe GC III/6, encore dispersé puisque l’échelon volant a quitté Maison-Blanche depuis 3 jours, se trouve à ce moment en terre africaine, en attente d’instructions.

Cantonnés au « Dépôt des isolés métropolitains » au 25ème régiment du train-auto, ce qui ne résout que partiellement leurs précédents problèmes d’intendance, il faudra trois jours aux « rampants » à Alger pour regrouper le matériel et se remettre en ordre de marche, avant de pouvoir enfin quitter la ville en effervescence le 30 juin pour Constantine. Quelques photographies permettent de penser que certains ont quand même eu le temps de visiter rapidement la grande ville blanche...

 

MORSOTT - CONSTANTINE

 

Mémoires de Jean MENNEGLIER

« ...Le 24 juin nous partîmes en deux formations vers Morsott, notre nouveau lieu de stationnement. Aux environs de Constantine nous butâmes sur un ciel très noir. Un vent de sable soufflait au sud. Le cne Stehlin fit demi-tour et décida d'aller se poser sur le terrain de Constantine. Le cne Chainat qui commandait l'autre formation, sans doute plus familier du vent de sable à cause de son séjour au Maroc alla jusqu'à Morsott.... ».

 

Retour à L’Échelon volant

24 juin 1940 : Le Groupe reçoit l’ordre de se rendre à Morsott, bled perdu dans les sables et la rocaille situé entre Tébessa et Souk-Ahras à la frontière tunisienne, à 400 km est/sud-est d’Alger, plus loin que Constantine. On est le 24 juin. Ce qui est indiscutable : la 5ème Escadrille décolle à partir de 15h 00 (Cahier d’Ordres) ; LE GLOAN – MARTIN – TRINEL (seconde patrouille), suivis de GOUJON – CHARDONNET – MERTZISEN et HARDOUIN (troisième), vont arriver sans encombre à Morsott ; par contre la patrouille JACOBI – de ROUFFIGNAC – BRONDEL, partie la première 5 minutes avant celle de LE GLOAN, va atterrir à Constantine ! Le livre de marche de la 6ème Escadrille dit seulement « Un providentiel (SIC) vent de sable oblige la moitié du Groupe, conduite par le Capitaine Sthehlin, à se poser sur le terrain de Constantine » et le Cahier d’Ordres de l’Escadrille cite seulement les 12 pilotes ayant fait le trajet Alger – Constantine en 4 patrouilles de 3 sans préciser l’heure de décollage. On sait par ailleurs qu’à l’atterrissage, les avions du capitaine BOULARD de POUQUEVILLE et du sgt GAUTHIER (6ème Escadrille) se percutent, sans dommage pour les pilotes. Belle pagaille !

En 1964, Paul STEHLIN, qui situe d’ailleurs bizarrement cet épisode le 23 (avant l’annonce de l’armistice avec l’Italie) au lieu du 24, raconte dans ses mémoires cet épisode en multipliant invraisemblances et contrevérités : « L’Escadrille des masques blancs (c’est la 5ème qui se pose effectivement à Morsott, mais sous la conduite de CHAINAT d’après jean Menneglier) part avec Assollant en tête, celle des masques noirs (c’est la 6ème, celle qu’il dit conduire et qui va se poser effectivement à Constantine avec lui) suivra à une demi-heure (5 minutes d’après le cahier d’ordres), sous ma conduite. Est-ce parce que je ne connais pas l'Afrique ou est-ce l'influence d'une grande fatigue, j'ai l'impression que la visibilité diminue rapidement et que devant nous le ciel s'assombrit. Le fait est que la formation s’est resserrée, ce qui est bien le signe que personne ne veut risquer de me perdre de vue. J’ai vingt pilotes (12 tout au plus !) qui me suivent, la moitié d’entre eux n’a qu’une courte expérience du vol (Ils ont tous plus de 20 missions de guerre à leur actif et de nombreuses citations !). Je regarde la carte, nous ne sommes pas loin de Constantine. Il est peut-être plus prudent de faire une escale pour obtenir des informations sur le temps (il n’ y a que 20 minutes de vol envion entre Constantine et Morsott !) ». Il sous-entend à contrario plus loin en se contredisant qu’il a fait le choix volontaire de se poser à Constantine pour pouvoir quitter l’Algérie au plus tôt avec ses pilotes, à destination de Malte, afin d’y poursuivre la lutte à côté des Anglais. Pour lui, comme dit plus haut, il y avait en effet volonté de toute la hiérarchie de réduire les escadrilles à l’immobilité en les positionnant loin de tout et sans possibilité de ravitaillement en essence, voire de remettre les avions aux italiens.

 

 

Plus raisonnablement et plus simplement, on peut aussi penser que vu le grand encombrement de Maison-Blanche, la nécessité d’y faire de la place a conduit à répartir dans l’urgence les escadrilles au mieux sur des terrains pouvant les accueillir, conformément aux ordres du 17 juin du Général VUILLEMIN, sous la signature du Général BERGERET, visant à concentrer les forces face à l’Italie. Ce n’est en effet que le 24 au soir que l’armistice avec l’Italie de Mussolini a été signé, avec une cessation des hostilités à 0h 35 le 25 au matin. A cette heure là, si la cinquième Escadrille est bien à Morsott, sans doute avec CHAINAT et/ou ASSOLLANT ?, conformément aux ordres de l’État-major, le Commandant du Groupe et une patrouille de la 5ème (dont son commandant d’escadrille) se sont posés prudemment à Constantine, en y entraînant toute la 6ème Escadrille.

A propos de Constantine : « … à la place du bel aérodrome auquel je m’attends en raison de l’importance de la ville j’aperçois une sorte de petit terrain d’aéro-club… » écrit Paul STEHLIN dans ses mémoires en poursuivant : « …à Morsott il n’y a ni logement, ni nourriture, ni rien pour faire vivre un Groupe, c’est le désert… à Constantine l’hôtel « Transatlantique » est confortable… ». On comprend mieux ! Il dit alors vouloir faire revenir immédiatement la 6ème Escadrille à Constantine, mais qu’on lui intime l’ordre de ne pas le faire, toujours avec cette volonté générale et organisée d’empêcher les aviateurs de se rallier aux Anglais. Mais avec la signature de l’armistice dans la nuit, qu’aucun avion ne soit autorisé à voler à partir du 25 au matin n’a pourtant rien d’étonnant (*) ! Tout cela est bien embrouillé et n’a finalement que peu d’importance, hormis peut-être celle de présenter l’auteur de ces lignes sous un jour favorable, plus de vingt ans après les faits, au moment où le Général de Gaulle est au pouvoir et qu’on aspire à une carrière politique…

(*) Pourtant dans la matinée du 25 juin, le capitaine JACOBI, commandant de la 5ème Escadrille, qui s’est détourné la veille de leur destination prévue avec le cne STEHLIN, qui a préféré le « confort » de Constantine plutôt que les « sables » de Morsott, fait un aller-retour Constantine-Morsott avec son Dewoitine 520 codé « 1 », sans doute pour donner quelques ordres aux pilotes et mécaniciens se trouvant à Morsott (Cahier d’Ordres de la 5ème).

Dans les jours qui vont suivre, conformément aux ordre donnés aux commandant des deux escadrilles par leur commandant de Groupe, aussi bien à Morsott qu’à Constantine, les capots des Dewoitine sont ouvert et les magnétos sont démontés pour interdire tout départ intempestif (voir photographie plus bas). Il n’est donc vraiment pas question d’un départ à Malte...!

29 juin 1940 : Morsott était bien la destination prévue du III/6. Deux photogaphies prises par le sgt Jules PIESVAUX de la 5ème le 29 juin y montrent en effet des D.520 du III/6 et ses camarades mécaniciens ; COLIN et DESFOSSEZ (du stage de Toulouse) et LE MAT. Au moins ces quatre-là faisaient-ils donc partie de ceux qui avaient traversé la Méditerranée par avion et qui avaient été dépêchés en avant-garde sur leur nouveau terrain d’affectation. Par contre les pilotes posés à Morsott, privés de vol, ont laissé leurs avions sous la garde d'une unité territoriale et de quelques mécaniciens… pour rejoindre leurs camarades à Constantine où la vie est bien plus agréable !

 

GC III/6 à Morsott

GC III/6 à Morsott

Rares photographies témoignant de la présence d’avions du GC III/6 à Morsott entre le 25 et le 30 juin 1940

Sergents mécaniciens PIESVAUX, LE MAT, COLIN et DESFOSSEZ à gauche, LE MAT et PIEXVAUX à droite

Photographies Jules Piesvaux – Droits réservés

 

30 juin 1940 : L’échelon roulant qui a pu récupérer péniblement à Alger ses matériels arrive finalement dans la soirée du 30 juin à Constantine où les avions sont totalement immobilisés. Les mécaniciens ne chôment pas ; les machines n’ont pas beaucoup profiter de leurs soins depuis de départ du Luc-en- Provence...

3 juillet 1940 : C’est Mers el-Kébir ! On remet précipitamment les appareils en état de vol et les pilotes de la 5ème dont l’appareil est à Morsott y retournent pour le ramener à Constantine en vue d’une éventuelle opération de protection contre l’agresseur britannique.

 

Témoignage oral (2011) de Mme. Jane ROBERT, veuve du sgt mécanicien Lucien ROBERT du III/6 -5ème Escadrille

« ...J’étais donc à Oran en 1940 au moment de la tragédie de Mers el-Kébir. L’Amiral Gensoul a refusé à Churchill de prendre le contrôle de la flotte et les Anglais l’ont immédiatement bombardée : ce fut une faute. Mais il faut dire que l’Amiral français avait fait d’abord fait tirer sur la vedette des parlementaires anglais qui venaient à sa rencontre, sans vouloir engager une négociation, ce que beaucoup lui ont reproché. Un des bateaux dont tout l’équipage était à bord a immédiatement été détruit et tous les marins se sont retrouvés au fond de l’eau, les pauvres, complètement mazoutés : ils sont presque tous morts. Après le désastre mon père m’a dit : on va aller voir ce que c’est. C’était terrible, tous les bateaux étaient complètement tordus, à moitié noyés… c’était affreux, affreux ! J’avais une amie qui était infirmière à l’hôpital Gaudens, elle m’a dit que les marins qui arrivaient complètement mazoutés étaient en fait asphyxiés et mourraient comme des mouches… Seul le cuirassé « Strasbourg » avait pu s’échapper... »

 

C’est donc dans des conditions un peu rocambolesques que tous les personnels, les avions et le matériel du III/6 éparpillés entre Morsott, Constantine et Alger se retrouvent finalement regroupés sur le petit aérodrome de Constantine à Kroubs à la fin de ce triste jour de juillet 1940 qui a vu une partie de la Flotte Française être détruite par la Royal Navy à Mers el-Kébir ; 1 300 morts ! Pour fixer cette destination finale, il y a bien dû y avoir des ordres supérieurs au-delà du choix de son cantonnement qu’aurait fait un simple capitaine, Commandant d’un Groupe aérien parmi d’autres ! Peut-être que ses anciennes fonctions politiques à l’ambassade de France en Allemagne, bien que modestes, rendaient prudents ses supérieurs ce qui lui permettait de s’autoriser quelques libertés... Une fois tout le monde arrivé tant bien que mal à Constantine, certains continueront à profiter des « bienfaits » de l’intendance militaire car pris en subsistance par la 25ème compagnie du train automobile, tandis que d’autres s’installeront confortablement à l’hôtel Transatlantique.

 

Mémoires de Jean MENNEGLIER

« ...Le terrain de Constantine, le Kroubs, était tout petit. Il avait la forme d'une culotte de petit garçon et était à une altitude de plus de 1 000 mètres. Le vent soufflait dans la direction où il était le plus court. Les premiers avions se posèrent dans ce sens. Je fis moi-même un atterrissage de précaution en m'amenant au moteur à faible vitesse. Mais d'autres pilotes voulurent se poser dans le plus grand sens avec vent de travers. A un moment deux avions qui se posaient avec des axes d'atterrissage différents se tamponnèrent sans autre mal que de la tôle froissée (*)... »

« …on ne pouvait pas reprocher aux Anglais de vouloir protéger leurs côtes que les Allemands menaçaient directement alors que notre propre résistance s'était effondrée. Mais Mers el-Kébir nous paraissait comme un affront, un manque de confiance dans la volonté de notre Marine de respecter les clauses de l'armistice et de ne pas laisser notre flotte tomber sous le contrôle allemand. Évidemment plus tard, avec la présence de Darlan au gouvernement, nous aurions pensé autrement. Bref nous étions prêts à répondre coup pour coup aux Anglais. Le Groupe III/6 aura l'occasion de le faire en Syrie mais je l'aurai quitté avant... »

 

(*) comme dit plus haut, le cne Hugues BOULARD de POUQUEVILLE à bord du n°386, percute le n°364 « Mektoub III » du sgt Gauthier et lui découpe le plan droit. Ce dernier D.520 est bon pour la réforme, tandis que le n°386 pourra être réparé… lorsque les réparations seront de nouveau autorisées en atelier, soit près d’un an plus tard ! Ce n’est que le début d’une longue série. Le sgt Gauthier restera sans avion jusqu’au 24 juin et ne pourra récupérer un autre appareil que le 21 août seulement ; ce sera le D.520 n°145 qui sera codé « 32 » et baptisé « Mektoub IV ». Voir photographie plus bas.

 

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Joseph BIBERT est certainement heureux de se retrouver une seconde fois en poste sur le sol africain, après son premier séjour à Djibouti de 1937-1939, qui fut pour lui si agréable et dont il conserva la nostalgie sa vie durant.

Il n’aimait pas parler de lui, et nous n’avons malheureusement pas connaissance de l’activité réelle et de son état d’esprit pendant la période très agitée entre son départ de Coulommiers, ses quelques jours passés au Luc, son stage à Toulouse, sa traversée de la Méditerranée et son arrivée à Constantine. Il n’a pris aucune photographie pendant cette période. Les trois dernières faites à Coulommiers et les premières faites à Constantine font partie d’un même rouleau de 8 négatifs. Pas de trace de correspondance ; aurait-il eu le temps d’écrire d’ailleurs ? Et à quelle adresse ? Il n’avait plus aucune nouvelle de son épouse sans doute partie en exode quelque part en France, de sa mère et de sa sœur en Alsace, si près de l’Allemagne. L’incapacité dans laquelle il était de leur signaler sa position et le manque de perspectives pour sa vie à venir ont certainement été des sujets d’inquiétude permanents. Mais comme beaucoup d’autres, il a tiré par la suite un voile pudique sur tout cela et nous n’avons pas pu réellement aborder le problème sur le fond avec lui avant sa disparition.

Une petite anecdote mérite cependant d’être racontée : au Luc, avant sa mission à Toulouse, il logeait chez un facteur dont la maison était rose. Dans la précipitation de l’évacuation de l’hexagone il s’est retrouvé en Algérie sans une partie de ses effets personnels qui étaient restés dans une valise chez son logeur, dont il ne se rappelait plus, ni le nom, ni l’adresse. Il a donc écrit d’Algérie à tout hasard une lettre à « Monsieur le Facteur, Habitant une maison rose, Le Luc » et il y eut trois miracles consécutifs : son courrier est parvenu à la bonne destination, ce facteur était honnête et la valise est finalement arrivée de l’autre côté de la Méditerranée quelques semaines plus tard, intacte et complète !

Que pensait-il de ce qui venait d’arriver à la France ? Avait-il entendu parler du Général DE GAULLE ? Faisait-il totalement confiance comme 95% des français de l’époque au vieux Maréchal pour sortir le Pays de l’ornière dans laquelle ses dirigeants l’avaient conduit. Avec le temps et connaissant la fin du film on voudrait savoir et on imagine. Mais la réalité est sans doute assez simple. Joseph était un modeste militaire de carrière, il faisait partie du GC III/6 et il avait confiance en sa hiérarchie. Il a accepté les ordres donnés et il s’est sans doute adapté à la situation, en faisant simplement au mieux pour que celle-ci soit la moins mauvaise possible eu égard aux circonstances, et il a attendu la suite… Le s/lt MENNEGLIER dans ses mémoires, ne dit pas autre chose (voir première partie)...

 

 

Finalement, il n’y aura pas de vraies représailles contre l’Angleterre après Mers el-Kébir ; le Gouvernement du Maréchal rompt seulement ses relations diplomatiques et envoie quelques avions bombarder Gibraltar le 5 juillet sans grands dommages pour le « Rocher ». Le III/6 se retrouve alors en quasi léthargie. Officiers, sous-officiers, hommes de Troupe, tous en profitent pour visiter longuement la ville et ses ponts, dont le célèbre Sidi M’Cid suspendu au-dessus des gorges du Rhummel. Après les épreuves de la campagne de France, c’est un délassement apprécié et le soulagement se lit sur les visages. Tous ceux qui ont un appareil photo en profitent car ils ont la chance de trouver encore à acheter quelques rouleaux de pellicules, denrées rares à cette époque...

 

DEwoitine D?520 - 6ème Escadrille - GC III/6 - Constantine

Constantine – Début juillet 1940 – Les Dewoitine D.520 de la 6ème Escadrille – Capots ouverts – Magnétos démonté pour les clouer au sol

Photographie Joseph Bibert – Droits réservés

Dewoitine 520 n°264 et 386 - GC III/6 - Constantine

Constantine : Le Dewoitine D.520 n°364 « Mektoub III » du sgt Georges GAUTHIER (6ème), plan droit arraché

lors de l’atterrissage du n°386 du cne Hugues BOULARD de POUQUEVILLE (E.M.) - Appareil au second plan

Photographie Georges Gauthier – Droits réservés

 

C’est donc à Constantine que Joseph termine le rouleau de pellicules photo, commencé lors du bombardement de Coulommiers, un peu plus d’un mois plus tôt. Il peut recharger son Voigtlander grâce aux ressources locales et on peut ainsi découvrir les seules photographies connues d’un si bel alignement de Dewoitine 520, ceux de la 6ème Escadrille du GC III/6, clichés historiques de grande qualité qu’il a faits du terrain de Constantine, dont certains à bord d’un Lioré & Olivier LeO 20 avec lequel il a eu l’occasion de survoler la ville.

 

 Constantine début Juillet 1940 : photographies de l’album n°6 de Joseph BIBERT 

 

Cliquez sur le bandeau des miniatures ci-dessus pour ouvrir la page contenant ces photos

 

 

 Les photographies de Jules PIESVAUX, Jean MENNEGLIER et Georges GAUTHIER – Droits réservés 

 

Constantine – Dans les gorges du Rhummel – Jules PIESVAUX de la 5ème – La passerelle Sidi M’Cid – Le monument aux morts - Groupe de mécaniciens de la 6ème

 

Constantine – Dans les gorges du Rhummel (à gauche) et autres vues (au centre et à droite)

Constantine – En haut des gorges du Rhummel (à gauche) – Groupe de mécaniciens de la 6ème(au centre) - Sur le pont d’El-Kantara (construit entre 1860 et 1863), vers la passerelle Sidi M’Cid (à droite)

Les bains de Sidi M’Cid – GABARD – SATGÉ – X – PIMONT de la 6ème Escadrille

 

Mémoires de Jean MENNEGLIER

« ...A Constantine nous logions à l'hôtel de la Brèche qui avait pris ce nom probablement parce que c'était à son emplacement que les murailles de la ville avaient été percées lors de sa prise au siècle précédent. Sous la fenêtre de ma chambre il y avait un caravansérail où on chargeait des chameaux qui devaient partir ensuite vers le sud. Le premier matin, ouvrant l'œil, j'entendis un bruit bizarre qui ressemblait à celui fait par quelqu'un en train de vomir. Regardant dehors je vis les chameaux baraqués qui blatéraient à qui mieux mieux pendant qu'on les chargeait de grands sacs réunis par des cordes nouées au-dessus du bât.

Nous établîmes notre popote au restaurant de la piscine de Sidi M'Cid qui se trouve juste au pied des falaises qui bordent la ville au nord. Pour y aller on pouvait prendre soit la route qui suit les gorges du Rhummel et descend ensuite en lacets vers la piscine, soit en faisant un grand tour pour arriver en bas de la falaise et traverser la rivière par un pont juste à la sortie des gorges.

La piscine était alimentée par une source chaude sortant de la falaise. Il y avait un ciel bleu et un soleil chaud. Nous faisions souvent les lézards sur ses gradins après nous être baignés. Ne pouvant plus voler nous n'avions plus grand chose d'autre à faire… Pour passer le temps nous nous promenions pour visiter la ville.

Capdeviolle avait une carabine 22 long rifle démontable. Un jour nous allâmes tirer des pigeons dans les gorges du Rhummel qui étaient accessibles par un sentier escarpé avec de nombreux escaliers. Il y avait au fond une sorte de piscine remplie d'une eau d'un bleu vert d'une couleur extraordinaire. Nous descendîmes quelques pigeons qui furent récupérés par de petits arabes qui traînaient au fond des gorges. Elles sont très pittoresques à cause de leur profondeur et en deux ou trois endroits le Rhummel qui les a creusées passe dans un tunnel ou sous des arches de rocher notamment à la sortie où il tombe en cascade à mi-hauteur de la falaise... »

 

Chez Sidi M’Cid : HARDOUIN, GAUTHIER, LE GLOAN, PIMONT, GOUJON etc...

Chez Sidi M’Cid : LE GUENNEC, GUERRIER, BRIÈRE, ROUSSILLON, PIESVAUX, PÉRALÈS

 

Pilotes du GC III/6 fin juin 1940

État-major

5ème Escadrille

6ème Escadrille

Cne Paul Stehlin

Cne André Chaînat

Cne Jean Bernache-Assollant

Cne Hugues Boulard-Pouqueville

Cne Roger Jacobi

Cne Jacques Sautier

Lt Robert Martin

Lt Daniel de Rouffignac

S/Lt François Brondel

S/Lt Pierre Le Gloan

Adj Charles Goujon

S/C Gabriel Mertzisen

S/C Maurice Chardonnet

Sgt Napoléon Trinel

Sgt Roger Hardouin

Cne Jacques Guerrier

Lt Georges Legrand

S/Lt André Capdeviolle

S/Lt Marcel Steunou

S/Lt Marie-Henri Satgé

S/Lt Jean-Paul Menneglier

Adj Jean Diaz

Adj Guy Japiot

S/C Alain Le Guennec

S/C Paul de Haut de Sigy

Sgt Georges Gauthier

Sgt Roger Pimont

Sgt Raymond Gabard

 

Le général VUILLEMIN, sur le départ, se fait présenter à Sétif le 6 juillet au cours d’une prise d’armes une importante délégation des pilotes de l’aviation de chasse en mesure d’y être présents. Au GC III/6 nombreux sont ceux qui sont mis à l’honneur et qui reçoivent de ses mains des distinctions :

·        Cravate de commandeur de la Légion d’Honneur au capitaine CHAINAT,

·        Croix de Chevalier de la Légion d’Honneur au lieutenant LEGRAND et au sous-lieutenant LE GLOAN,

·        Médaille militaire aux adjudants JAPIOT et GOUJON,

·        Croix de guerre au capitaine GUERRIER, sous-lieutenants STENOU, SATGÉ, MENNEGLIER, CAPDEVIOLLE, au sergent-chef LE GUENNEC et aux sergents GAUTHIER, GABARD, PIMONT et BOUIN.

 

Mémoires de Jean MENNEGLIER

« ...Un jour le groupe alla par la route à Sétif pour assister à une prise d'armes pour une remise de décorations. J'avais eu droit à une citation à l'ordre de la Brigade aérienne pour la mission pendant laquelle nous avions été tirés par la D.C.A. sur la Somme, ce qui ne représentait pas une performance remarquable. Je la pris comme une compensation pour n'avoir fait qu'apercevoir un Dornier pendant toute la durée de « ma guerre ». Il est vrai qu'on distribuait, paraît-il, des croix de guerre aux soldats qui se présentaient à Toulouse ou à Périgueux porteurs de leur arme après avoir fait la retraite. Le gouvernement de Vichy fit d'ailleurs procéder à une révision générale de toutes les décorations et en profita pour changer la couleur du ruban qui était rouge et noir par du vert et noir en signe de deuil... »

 

Un état daté du 10 juillet donne la liste des 27 Dewoitine D.520 affectés au GC III/6 incluant les deux appareils accidentés le 24 juin (HS), mais sans le préciser :

·        - quatre à l’État-major : n°331 (A), 302 (S), 314 et 386 (HS)

·        - onze à la 5ème Escadrille : n°229 (1), 301 (2), 362 (3), 349 (4), 277 (6), 340 (7), 284 (8), 360 (10), 367 (11), 368 (12) et 369 (X)

·        - douze à la 6ème Escadrille : n°313 (21), 357 (22), 330 (24), 356 (25), 358 (26), 346 (27), 174 (28), 138 (29), 295 (30), 321 (31), 364 (32) (HS) et 197 (33).

Un état daté du 15 juillet à Maison Blanche concernant les mêmes appareils précise que les n°364 et 386 « gravement accidentés à l’atterrissage à Constantine ont été laissé sur place et vont être versé au parc d’Hussein-Dey , sur ces avions les moteurs sont récupérables ». Mais comme indiqué plus haut, devant la pénurie d’appareils, le n°386 sera finalement réparé et reversé au Groupe un an plus tard.

 

 

 

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ALGER

11/07/1940 – 15/01/1943

 

 

Tout change militairement après Mers el-Kébir. L’État-major du gouvernement du Maréchal doit maintenant défendre ses colonies contre des éventuelles agressions britanniques, et c’est dans ce cadre que le Groupe II/6 est rappelé à Alger Maison Blanche le 11 juillet 1940 pour être au plus près de la côte algérienne.

Le cne STEHLIN, fidèle à lui-même, veut impressionner. Il organise un défilé aérien qui survolera à 500 mètres d’altitude Constantine au départ et Alger à l’arrivée, avant l’atterrissage du Groupe à Maison-Blanche. Lui en tête, suivi de 10 patrouilles légères, 5 de la 5ème et 5 de la 6ème comme le montre le cahier d’ordres de la 5ème Escadrille de cette journée.

 

 

Terrain de Maison Blanche vers 1935 – Les installations militaires – Plus loin, le village et la baie d‘Alger au nord-ouest

A droite, les installations initiales civiles le long de la route « GC 16 » qui reliait le village de M.B. à Fondouk au sud-est

Cette zone est actuellement au centre de l’aérodrome international Houari Boumédiène

Collection Pierre Jarrige – Droits réservés

 

L’échelon roulant, c’est-à-dire l’unité administrative du Groupe, les sous-officiers non pilotes et la troupe vont dorénavant cantonner au camp de Oued Smar, situé à moins de deux kilomètres à l’ouest de Maison-Blanche le long de la voie ferrée, avec une gare et quelques anciens bâtiments militaires rudimentaires (voir carte plus haut).

 

Juillet 1940 - Installation de l’échelon du GC III/6 au cantonnement de Oued Smar ( 2km à l’ouest de Maison Blanche)

On reconnaît des mécaniciens des deux escadrilles

L’adj COLIN au centre présente ce qui pourrait être un morceau de métal déformé où on semble lire « RSAG » ?

A gauche, s/c Joseph BIBERT (6ème) avec son béret – A droite, sgt Jules PIESVAUX (5ème) une main dans le dos

Photographie Jules Piesvaux – Droits réservés

Oued Smar – Le service administratif du III/6 autour du lieutenant MIRAND qui le commande

Collection François-Xavier Bibert

 

Oued Smar – Jules PIESVAUX et Yves LE MAT (5ème)

inséparables amis...

Photographie Jules Piesvaux – Droits réservés

Les amis de Joseph BIBERT : Omer BORREYE (5ème)

Lucien ROBERT dit « Bob » et Jean EMERY(6ème)

Photographie Jules Piesvaux – Droits réservés

Les lieutenants MIRAND (service administratif)

et BRAUDEAU (mécaniciens) en visite dans les environs

Collection François-Xavier Bibert

 

Inventaire du matériel roulant du GC III/6

Alger le 13 juillet 1940

Types de véhicules

Marque

Nombre

Voiture de liaison

Simca

1

 

Renault Vivasport

2

 

Peugeot 402 B

1

Camion 2 tonnes

Matford

4

 

Matford

En réparation au Parc d’Artillerie de Constantine

1

 

Matford

En instance de réforme au Parc de la Base de Sétif

 

 

Renault

Réquisitionné

1

Camion 2,5  tonnes

Renault

Réquisitionné

1

Camion

Hotchkiss

Réquisitionné

1

Camion 3 tonnes

Latil

1

Camion 5 tonnes

Matford

1

 

Renault

4

Camion + équipement Aérazur

Entretien des radios

Latil

1

 

Hotchkiss

1

Autobus

Rochet - Schneider

1

Camion insuflateur  air chaud

Citroën + Técalemit

3

Remorque magasin

Coder

1

Remorque armurerie

Coder

2

Cuisine roulante

 

1

Voiture de liaison

Simca

1

 

Les choses se calment un peu ensuite avec les anglais même si la presse algéroise, en quelques jours, fait allégeance complète au régime du Maréchal. Le Groupe est en partie démantelé ; c’est une vraie période d’hibernation d’environ 10 mois qui commence. Comme à Constantine ceux du III/6 peuvent aussi prendre le temps de visiter Alger et de profiter de la mer Méditerranée.

 

Mémoires de Jean MENNEGLIER

« ...Lorsque nous ne volions pas, nous nous promenions dans Alger où nous allions prendre des bains de mer dans une petite crique rocheuse à l'est de la ville vers Fort de l'Eau. On y retrouvait la jeunesse pied noir. Les jours de tempête les vagues déferlaient sur les rochers jetant des gerbes d'écume jusque sur la route du bord de mer. Je ne me lassais pas de la contempler.

Il y avait dans les rues ou sur les places des petits kiosques où on pouvait prendre un café crème le matin. En consommant dans celui qui était en face de la poste j'aperçus sur une étagère des gâteaux qui ressemblaient à des chaussons aux pommes. J'en demandai un et eus du mal à avaler la première bouchée. C'était un chausson au poivron vert. Quand on n'est pas habitué à ce genre de friandise, ça passe difficilement. Le reste du chausson fut balancé subrepticement dans une bouche d'égout.

On prenait l'apéritif à des terrasses en plein air, généralement devant l'opéra. A peine assis il fallait se défendre contre les petits « yaouleds » qui voulaient à toute force vous cirer les chaussures même quand elles étaient propres et vous mettaient d'autorité le pied sur leur boîte. De temps en temps on les laissait faire. Il y en avait d'autres qui vendaient des journaux.

C'était drôle de les entendre crier : « L'icou d'Algi » (l'Echo d'Alger) ou « La Dipiche » ».

 

 Alger Juillet 1940 : photographies Jules PIESVAUX – Jean MENNEGLIER 

 

Alger – Sur le port

La baie d’Alger d’ouest en est : Notre Dame d’Alger et Bab et Oued (à gauche)– La jetée du nord (au centre) – Fort del’Eau et le Cap Matifou (à droite)

La Méditerranée

 

Dans la Kasbah d’Alger (à droite)

 

Des départs et arrivées de pilotes sont enregistrés, mais certains nouveaux ne peuvent être maintenus pour respecter les exigences de la commission d’armistice (*) italienne dont le contrôle s’exerce dans tous les domaines :

(*) « Commission d’armistice : organisme qui en trois mois, doit faire d’un aviateur invaincu, un civil plein d’amertume » peut-on lire dans un livre de marche…

 

Départs

Arrivées

Noms

Observations

29/07/40

 

Sgt TRINEL

démobilisation

17/08/40

 

Cne CHAINAT

démobilisation

17/08/40

 

Cne ASSOLLANT

démobilisation

17/08/40

 

S/c DE HAUT

libération

 

25/08/40

Sgt LINARD (5ème)

du III/2

 

25/08/40

Sgt MONRIBOT (5ème)

du III/2

 

03/09/40

S/lt SAUVAGE (5ème)

du III/9

 

03/09/40

Adj KUNTZEL(5ème)

du III/9 -

 

04/09/40

Sgt MEQUET (5ème)

du I/9

 

04/09/40

Sgt MARGERIT (5ème)

du I/9

 

09/09/40

Sgt GHESQUIÈRE (6ème)

du III/3

 

09/09/40

Sgt MICHAUX (6ème)

du I/9

 

10/09/40

Sgt COISNEAU (5ème)

du II/4

 

18/09/40

S/lt GUILLOU (6ème)

du II/4

21/09/40

 

Sgt LINARD (5ème)

Jeunesse et Montagne

04/10/40

 

S/lt SAUVAGE (5ème)

congés d’armistice

15/10/40

 

Cdt STEHLIN

État-major DARLAN à Vichy

18/10/40

 

Adj GOUJON

S.C.L.A.

22/10/40

 

Adj DIAZ

Indochine

23/10/40

 

Lt LEGRAND

congés d’armistice

25/10/40

 

Adj KUNTZEL(5ème)

démobilisation

??/09/40

 

Lt BOIRIES (6ème)

du III/10

22/11/40

 

Cne RICHARD (État-major)

du I/9

01/12/40

 

Lt de ROUFFIGNAC

Jeunesse et Montagne

01/12/40

 

S/lt MENNEGLIER

Jeunesse et Montagne

01/12/40

 

Sgt GAUTHIER

Jeunesse et Montagne

 

27/12/40

S/lt RIVORY (6ème)

du I/55

01/04/41

 

Sgt GROSDEMANCHE

retour III/6 - grièvement blessé le 20/09/1939

21/04/41

 

Sgt GABARD

libération

22/04/41

 

Sgt HARDOUIN

libération

23/04/41

 

S/c LE GUENNEC

vers centre de Chasse de Blida

23/04/41

 

S/c CHAMBON

vers centre de Chasse de Blida

23/04/41

 

S/c MARGERIE

vers II/3

24/01/41

 

Lt LEGRAND

retour III/6

 

24/04/41

Adj BRODEAUX

??

 

28/04/41

Sgt GAUTHIER

retour III/6

03/05/41

 

Cne GUERRIER

État-major Air A.F.N.

 

06/05/41

S/c CHAMBON

retour III/6

 

22/05/41

S/c RAVILY

du III/23 via le I/3

 

22/05/41

S/c ELMLINGER

du III/2 via le I/3

 

23/05/41

Sgt SAVINEL

du I/9

 

23/05/41

Sgt MORALES

du I/9

 

Concernant le marquage des avions, il faut savoir que dès le 9 juillet la note 3456/3-S stipule que tous les avions doivent porter sur leurs flancs une bande blanche d’une largeur de 10 cm avec un liseré de 5 cm autour de la cocarde ; sa longueur n’est pas précisée. Cette bande blanche a une origine tragique : le 21 juin 1940, le s/lt Robert d’HARCOURT du GC II/3, fils du général Bernard d’HARCOURT, inspecteur Général de la Chasse, pilotant le D.520 n°112, a confondu le Potez 631 de l'ECN 4/13 détaché à la 1/13 avec un Messerschmitt 110 et est passé à l’attaque, criblant d’obus l’aile du Potez. Le mitrailleur arrière de l’avion de reconnaissance français, à la 3ème passe, s’estimant en légitime défense, a riposté et le D.520 et son pilote se sont écrasés à coté se Senlis. En toute urgence le Général PINSARD, par sa circulaire n°2379/Gr.21/ES du 26 mai 1940, a demandé alors à ce qu’une bande blanche soit peinte sur tous les Potez 63. Par extension, après Mers el-Kébir, la note du 9 juillet généralise cette marque à tous les avions d’A.F.N. au contact avec les Britanniques. Il faudra plusieurs mois pour que tous les avions de l’armistice porte cette bande blanche, mais ce sera fait rapidement au GC III/6, ce qui permet de dater sans trop d’erreur les photographies.

Par exemple : sur la photographie non datée de droite ci-dessous on reconnaît de gauche à droite ; adj Guy JAPIOT, adj Auguste KUNTZEL, sgt Raymond GABARD, adj Jean DIAZ, devant le D.520 n°197 « Le Sachem » de GABARD qui ne porte pas encore la bande blanche alors qu’elle est visible sur les photographies faites le 22 juillet 1940 lors de sa destruction (voir plus bas). Or l’adj KUNTZEL n’a été affecté au III/6 que début septembre venant du GC III/3, et on sait par son petit carnet de guerre personnel qu’avant cela il n’a été présent à Maison Blanche que du 23 au 25 juin 1940 (le GC III/3 a traversé la Méditerranée le 20 juin, pour se poser à Bône, puis partir pour Relizane via Alger le 22 - sans doute y a t-il eu quelques retardataires dont l’adj KUNTZEL ? - et s’installer finalement le 12 juillet à Fès au Maroc avant d’être dissous en août). D’autre part nous possédons une photo faite au CIC de Montpellier au printemps 1940 alors que l’adj KUNTZEL était de moniteur du sgt GABARD. En conclusion cette photo a sans doute été faite le 24 juin à Maison Blanche, peut-être au moment du départ de la 6ème Escadrille du III/6 pour Morsott, quand l’ancien moniteur est venu saluer son ancien élève pendant que l’adj JAPIOT étudiait la carte d’Algérie pour localiser cette localité et préparer son vol...

 

C.I.C. de Montpellier - Printemps 1940 : X, adj KUNTZEL et MILLET, moniteurs, sgt GABARD en formation devant le MS.406 n°1027

Alger Maison Blanche – 24 juin 1940 (par déduction) : adj JAPIOT, adj KUNTZEL, sgt GABARD, adj DIAZ, devant le D.520 n°197 « Le Sachem » de GABARD

Photographies Auguste Kuntzel – Droits réservés – Merci à Lionel Persyn pour l’identification du Morane

 

Autre exemple : cette photographie de la collection de Raymond PIMONT, alors sgt à la 6ème Escadrille du III/6 sans légende. On peut identifier un Potez 63-11, un Dewoitine 520 sans bande blanche, mais ses marques montrent qu’il appartient à la 5ème Escadrille du GC III/3, le trimoteur Marcel Bloch MB 120 F-AMSZ qui assurait en juin 1940 la ligne régulière pour Air Afrique et le Savoia Marchetti SM-83 « OO-AUE » de la SABENA n°20.07.38 446, appareil initialement réquisitionné par Vichy à Alger, remis à l’École de Pilotage Militaire Belge réfugiée en A.F.N., mais finalement remis aux italiens le 30 août 1940. Cette photo pourrait donc avoir été prise début juillet 1940.

 

Alger maison blanche – Sans doute le 24 juin 1940 – Potez 63-11, D.520 du GC III/3, MB 120, Savoia Marchetti SM-83

Collection Raymond Pimont via Rémy Denizot

 

Juillet 1940 : L'activité aérienne est officiellement réduite à 4 heures de vol par mois et par pilote. Seule, une fraude bien organisée, permet à certains de voler un peu plus.

Un accident qui aurait pu avoir des conséquences terribles a lieu sur l’aérodrome de Maison-Blanche le 22 juillet 1940, sans doute dû au manque d’heures de vol d’entraînement. A 14h 10 le s/c Paul DE HAUT prend le départ sur le D.520 n°199 en vue de convoyer cet avion à Constantine sans savoir que le D.520 n°197 du sgt Raymond GABARD, de la 6ème Escadrille comme lui, avait dû atterrir 2h 00 plus tôt en vol plané, hélice calée suite à une panne de moteur à 2 000 mètres d’altitude au-dessus de la mer, qu’il n’avait pas été déplacé et qu’il se trouvait encore sur le terrain dont les bords étaient d’ailleurs toujours encombrés par de nombreux appareils convoyés à Alger avant l’armistice. Aveuglé par l’immense capot moteur du D.520, il n’aperçoit l’obstacle que trop tard et étant déjà à grande vitesse, il tente de décoller mais ne peut éviter une collision brutale. Le pilote s’en sort miraculeusement avec trois semaines d’hôpital mais les deux avions dont détruits.

 

Alger Maison Blanche – 22 juillet 1940 - Les débris des Dewoitine 520 n°199 du s/c DE HAUT et n°197 « Le Sachem » du sgt GABARD, tous deux de la 6ème Escadrille, après l’atterrissage mal maîtrisé du premier cité

Sur la photographie de gauche on aperçoit entre les deux carcasses un trimoteur MB.120 en phase d’atterrissage

Collection Raymond Gabard via Lionel Persyn – Droits réservés

 

Le s/c de HAUT avait été affecté d’office au III/6 parce qu’il avait demandé à effectuer la traversée de la Méditerranée avec ce Groupe le 20 juin. Cela n’avait sans doute pas plu à son Commandant qui, après une enquête rapide, estime dans son rapport au Commandant de la B.A. de Maison-Blanche (n°443/G.C.3/6) que le pilote aurait dû passer soit à droite, soit à gauche !!! … et qu’il porte donc l’entière responsabilité de l’accident. En conséquence et comme à son habitude, il veut une sanction et demande sa radiation immédiate du personnel navigant ; rien de moins ! Paul Louis Marie JACOBÉ de HAUT de SIGY (1906-1995), un des 5 enfants de Pierre Marie Henri JACOBÉ de HAUT, marquis de SIGY, homme politique et grand industriel français, est tout simplement démobilisé le 17 août !

C’est seulement le 16 septembre qu’un nouvel appareil, le n°311 (33), pourra être affecté au sgt GABARD.

 

 Le GC III/6 à Maison Blanche en juillet-août 1940 à Maison Blanche 

 

Dewoitine D.520 du GC III/6 à Maison Blanche – Au centre le n°368 « 12 » et le fameux n°277 « 6 » du s/t LE GLOAN (5ème Escadrille) et dehors les n°346 (27), n° 174 (28) et 138 (29) (6ème Escadrille)

D.520 n°358 « 26 - Quo Vadis » du s/lt MENNEGLIER (6ème)

Avion école Caproni Ca 164 acheté à l’Italie - D.520 n°48 « II » du GC I/3 (*)

Breguet 693 – Groupe indéterminé

Photographies Jean Menneglier – Droits réservés

(*) Le Dewoitine 520 n°48 est un des trois avions utilisés pour les essais d'endurance en avril 1940 (n°47 à 49) qui étaient codés de la sorte de I à III. Affecté ensuite au GC I/3, il est resté à Alger le 10 juin 1940 lors du transfert de ce Groupe de Perpignan à Kalaa –Djerda en Tunisie via Oran, Alger, Tunis et Oudna entre les 17 et 21 juin 1940. Récupéré par la 5ème Escadrille du III/6, il porte encore ici les marques du GC I/3. Il sera codé « 5 » et fera le déplacement de Casablanca, voir une photographie plus bas. Accidenté le 24 janvier 1940 à Oran où il restera indisponible une bonne partie du début de l'année 1941, il rejoindra Alger avant le départ du III/6 pour le Levant en mai 1941, mais il sera échangé avec le n°146 du II/7 au passage du Groupe à Tunis le24 mai 1941.

C’est en janvier 1940 que la France a commandé en Italie 100 Caproni Ca.164 pour ses écoles d’aviation pensant ainsi montrer à Mussolini sa bonne volonté politique et calmer ses ardeurs belliqueuses. La production s’est poursuivait jusqu'en lai et environ 70 avions ont été livrés en France. L’Italie a ensuite récupéré 16 avions après son occupation du sud de la France en 1943.

 

   

Profil des Dewoitine n°277 « 6 » de la 5ème (LE GLOAN) et n°358 « 26 Quo Vadis » de la 6ème Escadrille (MENNEGLIER) - Avant et après le marquage des avions de l’armistice

 

D.520 n°48 « 5 », n°284 « 8 », n°329 « 9 » de la 5ème Escadrille,

n°331 « A » (STEHLIN) et n°314 « S » (CHAINAT)

S/lt SATGÉ et adj DIAZ de la 6ème Escadrille

Cne STEHLIN et sgt PMONT de la 6ème Escadrille

Photographies Jean Menneglier et Collection Raymond Pimont via Rémy Denizot – Droits réservés

 

                

Dewoitine n°331 « A » du cne STEHLIN, commandant du Groupe III/6

Photographie à gauche Auguste Kuntzel – Droits réservés

        

Profil du Dewoitine n°313 « 21 » du capitaine GUERRIER, commandant la 6ème Escadrille et du capitaine SAUTIER n° 369 codé « X » affecté à l’État-major du III/6

 

Août 1940 : La nouvelle organisation des Forces Aériennes de l’armistice en A.F.N. est définie le 9 août 1940. Le Groupe de Chasse GC III/6 à Maison-Blanche (D.520), le GC I/3 à Oran (D.520), le GC II/3 à Maison-Blanche (D.520) sont rattachés au « Groupement de Chasse 26 » de Maison-Blanche qui doit opérer en coopération avec le « Groupement 3 » constitué des GB I/11 à Oran (LeO 451), I/19 à Sétif (DB-7) et II/61 à Blida (DB-7) (Bombardement), ainsi qu’avec les GR I/52 (?) et II/52 à Oran (Bloch 175) et I/36 à Sétif (Potez 63.11) (Reconnaissance).

Trois pilotes sont démobilisés et un piloté libéré.

 

L’État-major du III/6 : lt BRAUDEAU (officier mécanicien), cne CHAINAT, cne STEHLIN,

cne ASSOLLANT, cne de RIVALS-MAZÈRES, s/lt Armand LOTTI (renfort services administratifs)

LOTTI, de RIVALS-MAZÈRES, BRAUDEAU, CHAINAT, STEHLIN et ASSOLLANT

Dewoitine 520 n°314 du capitaine CHAINAT orné de la bande des « As » et de la cigogne de la SPA 3

16 août 1940 – Avant le départ des capitaines André CHAINAT et Jean ASSOLLANT qui sont démobilisés

Collection et photographies Georges GAUTHIER – Droits réservés

 

La page du capitaine Chainat     La page du capitaine Assollant

 

Après le départ du capitaine Chainat, la bande des « As » et la cicogne de la SPA 3 ont été masquées par un camouflage provisoire sur le Dewoitine n°314

Cet avion sera utilisé principalement par le capitaine SAUTIER et il recevra finalement le code « 12 » ; voir la photographie à Casablanca plus bas

 

 L’arrivée de Julienne BIBERT à Alger 

19 août 1940 

Joseph BIBERT obtient enfin une information sur le sort de son épouse Julienne le 20 juillet via Edmond CHÉDEVILLE, un cousin de celle-ci qui est facteur à Philippeville et à qui elle a écrit.

Celle-ci a été évacuée le 12 juin de Chartres sur Bordeaux avec le personnel militaire et civil du Parc 1/122 où elle travaillait comme secrétaire comptable. Lors de l’armistice les personnels civils sont licenciés et laissés totalement en plan. Ils doivent se débrouiller tout seuls, tandis que les militaires se déplacent d’une manière anarchique de la Gironde au Périgord en convoi en attendant d’être fixés sur leur sort. Julienne s’est décidée avec obstination et courage à les suivre à distance avec sa bicyclette qu’elle avait réussi à placer dans un des camions du convoi, jusqu’à ce que le 6 juillet 1940, elle obtienne enfin le renseignement précieux qu’elle attendait. Elle écrit dans son carnet :

Samedi 6 juillet 1940 :      « Départ de Melle Saintif à la Réole pour Mautauban. Je vais au château du Mirail (**) pour essayer d’avoir des nouvelles de Dolph (*). Sans résultat.

Vu lieutenant Sautheron dans la soirée : le 3/6 est en Afrique.

Cafard et désespoir. »

(*) « Dolph » diminutif de Adolphe, second prénom de Joseph, usuel en Alsace,

(**) à 10 km de Bazas en Gironde où elle avait trouvé un gîte, château où s’étaient installés les militaires du parc 1/22

Rien de plus comme information : à partir de là, sa décision est prise, elle partira au plus vite en Algérie le rejoindre. Elle écrit immédiatement à son cousin Edmond pour obtenir plus de renseignements. Celui-ci reçoit son courrier 10 jours plus tard et finit par trouver un moyen, malgré la censure, de localiser le III/6 et de faire transmettre par un officier qu’il peut joindre au téléphone le 20 juillet l’adresse que Julienne lui a donnée : « Parc 1/122 - Savignac - Gironde » et il lui écrit une lettre pour lui fournir des recommandations afin de pouvoir s’embarquer à Marseille, mais la missive n’arrivera pas à destination et lui sera retournée (enveloppe ci-dessous). Elle reçoit seulement un télégramme le lendemain 21 juillet : le contact entre Julienne et Joseph est rétabli après plus de 7 semaines d’incertitude !

Enveloppe de la lettre d’Edmond CHEDEVILLE à Julienne CHEDEVILLE du 20 juillet, non parvenue, retournée à l’envoyeur

 

Elle apprend dans le même temps que sa mère et d’autres membres de sa famille partis en exode, ont échoué à Vodable, petit village perdu dans le Puy-de-Dôme à 50 km au sud de Clermont-Ferrand, à près de 400 km de Savignac où elle se trouve... Qu’à cela ne tienne !

Sur sa bicyclette, elle fera donc par étapes la route pour rejoindre Vodable à travers les monts du Massif Central ; elle y embrassera sa mère le 31 juillet. Il lui faudra deux semaines pour préparer son voyage vers l’Algérie et obtenir les papiers nécessaires pour cela. Elle prend le train le 16 juillet à 16h 00 à Issoire, emmenant avec elle sa précieuse bicyclette, arrive à Marseille le lendemain matin, samedi 17 août à 8h10.... Dans son carnet :

Samedi 17 août 1940 :        « Cie Transatlantique. Bagages.

Départ de France à 11h (*). Marseille disparaît dans la brume et dans la fumée. Je vais vers toi Dolph chéri et je suis heureuse. La mer est belle. Je t’aime.

Après le dîner je rêve longuement sur le pont.

Le clair de lune fait sur la mer une coulée d’or vivant. Nous apercevons au loin les côtes d’Espagne. Je rentre à regret dans la cabine à 23h30. Deux nuits seulement me séparent de toi que j’aime mon mari chéri et cela fait battre mon cœur délicieusement.

(*) Paquebot Gouverneur Général GUEYDON

        

 

Dimanche 18 août 1940 :   « Levée tôt je m’installe sur le pont où il fait frais et bon et je t’adresse Dolph chéri mes pensées les plus tendres.

La terre d’Afrique apparaît.

Après déjeuner et la sieste sur le pont, visite des machines du bateau et de la cale. Apéritif avec le Commandant Jourdain et l’Officier Mécanicien.

Lundi 19 août 1940 :            « Journée d’impatience et de fièvre. Une angoisse m’étreint quand je découvre Alger. Dolph sera-t-il là ? Alger la blanche se précise, belle imposante. Sera-t-il là ?

 

Le jeune couple va donc pouvoir profiter un temps d’une vie calme, même si les conditions matérielles sont précaires, sans connaître les grandes difficultés de celles et ceux eux de leurs familles qui essayent tant bien que mal de retrouver un sens à leur existence incertaine, à Chartres malgré l’occupant, où en Alsace de nouveau allemande car immédiatement annexée par le Grand Reich.

Après un séjour de jeunes mariés à l’Hôtel de l’Oasis, ils peuvent emménager à Fort de l’Eau au 71de l’avenue Gueirouard, dans une petite mais agréable maisonnette située à quelques centaines de mètre de la mer, louée... à un facteur !

Cependant les communications avec leur famille sont provisoirement impossibles. Quelques lettres pourront passer grâce à l’intermédiaire d’un « porteur » occasionnel ; à partir de septembre, il ne reste plus officiellement que les invraisemblables « cartes interzones » à 13 lignes « à biffer ou à compléter » avec seulement deux lignes libres. Il faudra attendre juin 1941 pour pouvoir correspondre un peu plus facilement sur des cartes non illustrées avec un recto vierge, mais censure oblige, il faut rester prudent ! Après le débarquement des Alliés du 8 novembre 1942 en A.F.N. le lien sera coupé jusqu’à septembre 1944, après le débarquement de Provence.

Joseph apprendra malgré tout que son village natal de Marckolsheim en Alsace a été détruit en juin 1940 et de que la maison de sa famille, heureusement saine et sauve, est trop endommagée pour être habitable.

 

Cliquez sur le bandeau des miniatures ci-dessus ou ci- dessus pour ouvrir la page contenant ces photos

 

Alger Maison Blanche – Août 1940 – Le capitaine STEHLIN et son Dewoitine n°321 codé « A » -Masque sévère (5ème) et rieur (6ème)

Collection Jean Emery- Droits réservés

 

Le sous-lieutenant LE GLOAN est devenu la gloire du Groupe le 15 mai 1940 et même s’il n’a pas volé ce jour là sur cet appareil mythique, le n°277 codé « 6 », son Dewoitine habituel, ses mécaniciens l’ont fièrement décoré de la bande des « As » et ont posé avec le pilote pour cette photographie restée célèbre car souvent publiée sous diverses formes dont des cartes de collection en diverses langues... Mais eux, sont restés les grands anonymes de l’Histoire ! Profitons de cette page pour leur rendre l’hommage qu’ils méritent !

De gauche à droite :

·   l’adj René COLIN, chef de Hangar de la 5ème Escadrille, dit « le père Co» originaire de Châteauroux,

·   le 2ème classe GUILLUMETTE

·   Le sgt COLIN, dit « le fils Co » originaire de Pont à Mousson.

Collection Joseph Bibert – Droits réservés

 

20 août 1940 : Un Potez 650 dans le « bled » :

 

Mémoires de Jean MENNEGLIER

« ...Je logeai avec plusieurs officiers dans un hôtel réquisitionné, le Family Hôtel, situé dans une rue parallèle à la rue Bab-Azoun, à deux pas du Square Bresson et du port. La popote fut établie dans un hôtel qui donnait sur la place du Gouvernement près de la Poste principale. Et le traintrain d'une vie qui n'était pas tout à fait celle d'une garnison commença. On montait au terrain tous les matins avec un car et on en redescendait le soir. Il devait y avoir un service d'alerte pour lequel quelques pilotes et mécaniciens montaient au terrain avant le lever du jour. Il y avait quelques vols d'entraînement. On nous utilisa même pour convoyer des avions. J'allai à Oran avec un Potez 25 TOE, modèle spécial pour les vols outre-mer, qui devait être passablement déréglé car je n'arrivais pas à tenir un cap correct avec...

... Un jour je partis avec quelques pilotes pour aller rechercher des Dewoitine laissés à Constantine. Nous partîmes avec un Potez 650 qui était une version transport de passagers du bombardier Potez 540. Un des moteurs se mit à cafouiller. Le pilote se posa dans un grand champ à Bouïra (Kabylie). Pendant que le mécanicien recherchait et réparait la panne nous fumes entourés par une foule d'autochtones venus voir de près l'avion et ses passagers... »

 

On en sait un peu plus grâce aux 3 photographies que Jean MENNEGLIER a faites ce jour-là et à son carnet de vol. JAPIOT, LE GLOAN et MARTIN, au moins, sont de l’expédition ; voir JAPIOT et LE GLOAN dans le Potez, MARTIN et LE GLOAN à l’ombre sous son aile. Jean MENNEGLIER, revient le lendemain à Alger avec le D.520 n°383 (notation dans son carnet de vol, mais rien sur le L.O. de la 6ème). On sait par ailleurs par le LO de la 5ème que 9 D.520 ont été convoyés à Constantine les 22 et 23 juillet : les n°48, 57, 195, 200, 310, 329, 344, 382 et justement le 383. Reste encore à déterminer les raisons de ces déplacements d’avions de provenance diverse dont aucun n’est affecté au III/6 à cette date...

 

  

 

Le Potez 650 transportant des pilotes du GC II/6 à Constantine en panne dans le « Bled » à Bouïra (50 km sud-est d’Alger) le lt MARTIN et le s/lt LE GLOAN de la 5ème Escadrille

Photographies Jean Menneglier- Droits réservés

 

Alger Maison Blanche – 28 août 1940 – Le Dewoitine n°365 du s/lt STEUNOU (*) dont le train d’atterrissage a cédé

Sur le carnet de vol du pilote sont seulement indiqués ce jour là 2 vols d’entraînement de 30 et 35 minutes sans mention de l’accident

Photographies Jean Menneglier- Droits réservés

 

 

 Août -Octobre 1940  -  La longue liste des « incidents à Maison Blanche 

 

Le rédacteur du journal de la 6ème Escadrille écrit : « Les vols de routine continuent au ralenti ; s’ils entretiennent les pilotes, ils ne font pas de même avec les avions, qui ont de plus en plus un grand Amour pour le plat-ventre … A quand la quintonine (*) pour les trains Messier ? »

(*) La quintonine élixir à base de quinquina, réputé pour ses prétendues vertus contre le traitement de la fatigue et de l'asthénie était l’arme suprême des Armées françaices en 1940 !

·        Le 17 août au décollage le train d’atterrissage du D.520 n°295 (30) le s/c Le GUENNEC (6ème) se replie sans raison apparente au cours du roulage. Le pilote récupère le 16 septembre l’ancien appareil du cne Assollant, le n°302, qui sera codé « 30 »,

·        Le 19 août à l’atterrissage, le lt MARTIN (5ème) ne peut maîtriser son D.520 n°301 (2) qui part en cheval de bois. La contrainte imposée au train est telle qu’il se casse net, l’avion termine sa course sur le ventre,

·        Les dégâts sur les deux appareils sont trop importants pour être pris en charge par les mécaniciens du groupe. Ils sont tous deux reversés à l’ARAA d’Alger,

·        Le 28 août le train du n°356 (25) du s/lt STEUNOU (*) cède à l’atterrissage, l’appareil part également à l’ARAA d’Alger. Il est remplacé le 2 septembre par le n°370 (futur « 25 »),

·        Le 2 septembre, c’est celui du n°360 (10) piloté par le sgt HARDOIN qui se plie ; appareil réformé,

·        Le 4 septembre, c’est au tour du Sgt LINARD à bord du n°195 (4) de subir la même mésaventure ; dégâts mineurs,

·        Le 6 septembre, celui du cne JACOBI, le n°229 (1) ; dégâts mineurs,

·        Le 7 octobre, celui du cne SAUTIER, le n°369 (X) ; train cassé,

·        Le 7 octobre, celui du s/c MERTZISEN, le n°368 (12). Il pourra être réparé au sein de l’A.I.A. « où le Groupe a désormais un abonnement ! »,

Plus de trace de rapports tonitruants du Commandant du Groupe et de demandes de sanctions. Il y en aurait peut-être trop, ce qui ferait désordre, et peut-être sait-il déjà qu’il va être appelé à de plus hautes fonctions à Vichy le 15 octobre ?

·        Le 18 octobre, le s/lt STEUNOU (*) endommage son tout nouveau n°370 (25) en lui faisant faire un demi-tour se terminant par un arrêt brutal ; un mois d’indisponibilité pour l’avion,

·        Le 22 octobre, l’adj JAPIOT effectue un désormais traditionnel atterrissage sur le ventre à bord du n°138 (29) de l’adj DIAZ qui n’est pas encore parti pour l’Indochine, sa nouvelle affectation.

(*) Carnet de vol du s/lt STEUNOU : 4 vols sur le n°370 et 1 vol sur le n°138 en septembre, 7 vols sur le n°370 en octobre jusqu’au 18, puis il utilise les n°358 (appareil de Jean MENNEGLIER qui a quitté le Groupe) et 357 (3 vols) mais il part à Casablanca sur le n°326 qui était un des avions de la patrouille polonaise. Au Maroc il vole sur les n°330 ; n°358 et n°145 avant de reprendre le manche du n°370 le 28 novembre qu’il ramènera à Alger le 20 janvier 1941. Par contre, après une intervention des mécaniciens sur l’appareil, il fait les essais du n°358 les 14 et 15 décembre qui se termine par un nouvel accident. Cet appareil ne volera plus au III/6 après cela.

 

 Le SERVICE CIVIL DES LIAISONS AERIENNES – S.C.L.A. 

 

L’affectation de Joseph BIBERT change le 31 août 1940 comme le montre une mention sur le Journal de Marche de la 6ème Escadrille :

 

« Le s/c Bibert est affecté au MGT »

 

Rien de pareil n’apparaît sur son livret militaire ; en fait il fait partie de ceux qui n’apparaîtront plus dans les effectifs du Groupe pour répondre à la volonté de la commission d’armistice de les réduire. Certains rejoignent donc le S.C.L.A, « Service Civil des Liaisons Aériennes », placé sous la tutelle officielle « d’Air France », permettant ainsi à de nombreux appareils militaires d’être soustraits aux inventaires officiels et de pouvoir circuler à travers l’Empire, moyen rudimentaire de contourner les clauses de l’armistice. Joseph n’est plus « Chef de hangar » de la 6ème Escadrille, mais « Employé aux Moyens Généraux » du S.C.L.A.F.N. (F.N. pour Afrique du nord) avec un travail quasi-identique, s’occupant d’avions différents, mais travaillant en civil dans un hangar peu éloigné de celui du III/6 ! Quand nous avons essayé de faire parler sa veuve de cette époque, elle disait : « Quand votre père travaillait à « Air France » : elle n’en savait pas plus ! Dans l’année 1941, sans mention particulière dans les livres de son « retour », Joseph sera de nouveau en escadrille !

 

    

Deux appareils du S.C.L.A. à Alger à l’automne 1940

Lockheed 18 F-ARTZ utilisé par Air France sur son réseau africain et Caudron 445 Goéland du S.C.L.A.F.N.

Merci à Bernard Palmieri pour cette illustration

 

Le Service Civil des Liaisons Aériennes

L'armée de l'air de Vichy fut autorisée par les Commissions d'armistice à transformer la 15ème Escadre de bombardement en groupement de transport 15 avec deux groupes basés en A.F.N., le GT 1/15 et le GT 2/15, auxquels viendront ultérieurement s'ajouter les GT 3/15 et 4/15. Ces groupes, équipés de Farman 221, 223, 224 et de Potez 540 et 650, effectueront de nombreuses missions de liaisons et de transport vers la métropole (par exemple, en 1941 le « rapatriement » de l'or belge qui sera saisi par les Allemands) ou vers nos colonies en Afrique, au Levant (campagne de 1941), dans l'Océan indien et en Indochine.

Le S.C.L.A. est crée par le gouvernement de Vichy parallèlement à ce GT 15, (note EMAA 3754-1/1 du 16 août 1940) pour assurer officiellement les liaisons intérieures indispensables, probablement aussi pour camoufler une partie du matériel et fournir un entraînement aérien aux équipages militaires dont la démobilisation a été exigée par l'occupant. Les tâches dévolues aux S.C.L.A sont précisés ultérieurement comme suit :

1) Les S.C.L.A. et d'aviation sanitaire ont pour objet d'effectuer, sur la demande des autorités accréditées à cet effet, dans les conditions qui seront précisées ci-après, des voyages entre leurs bases de stationnement et des aérodromes ou terrains désignés dans les instructions particulières de ces services.

2) La gestion des S.C.L.A pour l’administration des personnels, la gestion et l’entretien, du matériel, le fonctionnement des lignes sont confiés à Air France. Le personnel est recruté parmi le personnel d'Air France complété par du personnel (pilotes, radio-navigants, mécaniciens), théoriquement « volontaire » pour faire partie du S.C.L.A. à titre civil.

Le service est organisé par région suivant les besoins de liaisons :

·            Territoire de la France non occupée : S.C.L.A.M. avec quatre groupes à Vichy/Clermont-Ferrand (groupe I), Lyon (groupe II), Toulouse (groupe III) et Marseille (groupe IV). Le groupe de Vichy ou section d'avions ministériels (S.A.M.) a pour mission officielle d'effectuer quotidiennement la liaison Vichy-Bourges de la délégation française auprès de la commission allemande d'armistice. A Marseille Marignane, la section de liaisons lointaines (S.L.L.) est chargée avec cinq Amiot 354, 356 et 370 d'assurer les liaisons avec le Levant, Djibouti et Madagascar.

·            Afrique du Nord - Algérie. Tunisie, Maroc : S.C.L.A.F.N., également à quatre groupes à Alger (groupe XI), Oran (groupe XII), Rabat (groupe XIII) et Tunis (groupe XIV). Le groupe de liaisons aériennes d'Alger Maison Blanche, essentiellement équipé de Goéland, donnera plus tard naissance au GLAM.

·            Afrique Occidentale Française : S.C.L.A.O.F., créé en mars 1941, n’a pas de groupes organisés, les personnels sont détachés aux points de stationnement des appareils; il est chargé d'effectuer les liaisons internes à la colonie, les liaisons avec l'A.F.N. étant à la charge du groupement 15 ou du S.C.L.A.F.N.

L'effort principal porte sur ta métropole, dotée de 50 avions, l'Afrique du Nord (50 avions), la Syrie (10 avions). L'aviation sanitaire perçoit 25 avions à répartir en divers territoires. L'État-major de l'Armée de l'Air (EMAA) a prévu pour l'AOF 12 avions de liaison de type Goéland et Simoun et 10 appareils sanitaires allant du bimoteur Potez 540 aux monomoteurs Potez 29 et Caudron 510.

S.C.L.A.F.N. (M. Gonon) – 30 septembre 1941

Alger (M. Ostres) - 11 équipages

Oran (...) - 2 équipages

Rabat/Casablanca (M. Caralp) - 8 équipages

Tunis (M. de Philip) - 5 équipages

27 Goéland dont I sanitaire

3 Simoun

5 Potez540

4 Potez 29 sanitaires

2 équipages

6 Goéland dont 1 sanitaire

1 Simoun

12 Goéland dont 1 sanitaire

1 Simoun

1 Potez 540

2 Potez 29 sanitaires détachés à Agadir

4 Goéland

2 Simoun

2 Potez 29

D’après Vital Ferry et Bernard Thévenet

 

Le capitaine STEHLIN est nommé commandant le 3 septembre 1940 et un « pot » est organisé. Joseph, bien qu’affecté au S.C.LA. y participe, tout comme ses camarades mécaniciens Jean EMERY, qui était élève mécanicien avec lui à Bordeaux en 1933, et Jules PIESVAUX qui ont fait quelques photographies de ce moment de détente dans le hangar du III/6 à proximité de quelques Dewoitine.

 

3 septembre 1940 - Le Commandant STEHLIN

Cdt STEHLIN, s/lt BRONDEL, cne RICHARD

Hangar du GC III/6

Debout : MIRAND, GOUJON, BORREYE, X, LE GLOAN, Y, STEHLIN, SAUTIER, RICHARD, BOIRIES, GUERRIER, STEUNOU, BRONDEL, SATGÉ

Accroupis : PIMONT ?, LE GUENNEC, MERTZISEN, Z

Photographies Jean Emery et Jules Piesvaux – Droits réservés

Le 9 octobre 1940 une prise d’Armes a lieu à Maison-Blanche à l’issue de l’arrivée à Alger du Général WEYGAND qui a été nommé le 5 septembre « Délégué Général en Afrique Française ». Celui-ci inspectera quelques semaines plus tard l’escadrille de reconnaissance GR 1/36 du commandant VEYSSIÈRE à Aïn Arnat (Sétif).

 

Octobre 1940 - Sétif – Aérodrome de Aïn Arnat – Le général WEYGAND inspecte le GR 1/36 équipé de Potez 63.11, qui doit agir en coopération avec le GC III/6 et d’autres unités basées tout autour d’Alger

Collection François-Xavier Bibert

 

Le 15 octobre le commandant STEHLIN est appelé auprès de l’Amiral DARLAN à Vichy. Il va y reprendre des activités plus politiques, comme celles qu’il avait déjà exercées avant la guerre à Berlin, du fait qu’il parle parfaitement l’allemand. Portant la grande tenue blanche d’Afrique, il pose à cette occasion pour des photographies avec des pilotes du Groupe.

Le capitaine Guillaume de RIVALS-MAZÈRES (*) qui est rentré de convalescence en septembre lui succède provisoirement.

(*) Le comte Guillaume Élie Marie Bertrand DE RIVALS-MAZÈRES (1908/2001), est issu d’une vieille famille aristocrate de Fiac dans le Tarn. Sa mère est une Toulouse-Lautrec, cousine éloignée du célèbre peintre Henri. Diplômé de l'École Spéciale Militaire de Saint-Cyr (1928-30), il s’est marié en premières noces en 1937 avec Geneviève PELLEY du MANOIR, descendante d’une famille noble famille d’armateurs et de corsaires de Granville. Il sera Général de corps aérien et  commandant de l'École de l'Air, Grand-Officier de la Légion d'honneur. Son épouse est décédée à Toulouse en septembre 1940 quelques jours après la naissance de son second fils (il aura trois autres enfants issus d’un second mariage en 1945). Il est donc compréhensible que dans les archives du III/6 on parle d’un « retour de convalescence » plutôt que des évènements familiaux qui l’ont conduit à se rendre à Toulouse en septembre.

 

  

Le commandant STEHLIN devant son D.520 n°331 codé « A » et à droite avec les sgt PIMONT, lt BOIRIES et lt LE GLOAN

Alger-Maison Blanche – 15 octobre 1940 - Départ pour Vichy du commandant STEHLIN

De gauche à droite : Sgt PIMONT, s/lt SATGÉ, lt LEGRAND, cne SAUTIER, cne JACOBI, s/lt BRONDEL, cdt STEHLIN, lt BOIRIES, s/lt LE GLOAN,

s/c MERTZISEN,s/c CHARDONNET, s/c LE GUENNEC, adj GOUJON

 

Voir une photo à Maison Blanche du Lockheed 18 « Lodestar » F-ARTG du Général VUILLEMIN, Inspecteur Général de l’Air

 

 Casablanca : du 30 octobre 1940 au 31 janvier 1941 

 

Le GC III/6 reçoit l’ordre le 28 octobre de quitter Maison-Blanche (Algérie) pour Casablanca – Camp Cazes (Maroc) afin de prendre la place du GC II/5 envoyé avec ses Curtiss à Dakar (A.O.F.) dont la défense du port doit être renforcée. La 6ème Escadrille accomplit le déplacement d’une seule traite le 29 octobre. Ceux de la 5ème Escadrille font deux étapes, la première de 1h 15, ce qui leur permet de passer une la soirée avec les pilotes du GC I/3 à La Sénia (Oran). Ils arrivent à Casablanca le lendemain après 2h 00 de vol.

Joseph BIBERT, toujours au S.C.A.C. ne participe pas à ce déplacement à Casablanca, tout comme l’adjudant GOUJON qui l’a rejoint le 18 octobre.

Dans les semaines qui vont suivrent, des photographies des appareils du GC III/6 en vol ont été faites au- dessus de Casablanca. Quelques unes sont rassemblées ci-dessous, sans doute avec d’autres qui peuvent être avoir été prises dans l’Algérois avant ou après Casablanca, mais en tout cas avant la campagne du levant de mai 1941.

 

D.520 n°48 codé « 5 » - Ancien appareil « II » du GC I/3

D.520 n°277 codé « 6 » - Pierre LE GLOAN

D.520 n°284 codé « 8 » - Maurice CHARDONNET

D.520 n°329 codé « 9 » - François BRONDEL

D.520 n°367 codé « 11» - Roger HARDOUIN

Appareil ramené d’Alger le 23/11/1940 par le cne JACOBI après réparation (aile brisée)

D.520 n°314 codé « 12 »- Ancien appareil du cne CHAINAT – Cne SAUTIER

Voir la photographie plus haut dans cette page quand le code n’était pas encore peint

D.520 n°370 codé « 25» - Marcel STEUNOU

D.520 n°302 (1) Alain LE GUENNEC - Ancien appareil du cne ASSOLLANT

Le code « 30 » effacé par un carré de peinture sombre a remplacé le code « S »

D.520 n°321 codé « 31 » - Roger PIMONT

L’aile du D.520 du n°358 de Jean MENNEGLIER et deux appareils de la 6ème Escadrille

 

(1) Le D.520 n°302 aura un destin particulier. Pendant la campagne du Levant, le 7 juillet 1941, le capitaine de RIVALS MAZÈRES est contraint de poser cet appareil dans le désert.

Voir son profil un peu plus bas - Récupéré par les Français Libres, il est remis en état à Rayack pour le Groupe « Normandie » et piloté par Albert LITTOLF

 

Le Groupe est affecté temporairement au Groupement de Chasse 23, qui comprend également de GC I/5 de Rabat. Comme signalé dans le tableau plus haut quelques mouvements de personnels auront lieu à Casablanca avec le départ de trois pilotes ; lt de ROUFFIGNAC (5ème), lt MENNEGLIER (6ème) et sgt GAUTHIER (6ème) vers des camps de Jeunesse et Montagne en France, compensé par l’arrivée du Commandant GEILLE et du capitaine RICHARD à l’État-major et d’un nouveau pilote à la 6ème, le lt RIVORY ancien du GC I/55 dissous lors de l’armistice.

 

         

Nouvelles têtes au GC III/6 : commandant GEILLE le 20/12/1940 (E.M.) - sgt GHESQUIÈRE dit « Achille » le 9/09/1940 et lt RIVORY le 27/12/1940 (6ème)

 

Le Maroc échappe encore aux investigations de la commission d’armistice et en partie aux restrictions d’essence. Les pilotes essayent de rattraper le temps d’entraînement perdu et ils volent beaucoup plus qu’à Alger.

Le 6 novembre 1940, avant que les Curtiss H-75A du GC II/5 ne soient partis pour l’A.O.F., le s/lt LE GLOAN et le s/c Gabriel MARGERIT (5ème), le cne GUERRIER et le sgt MICHAUX (6ème) veulent confronter l’appareil américain avec le Dewoitine D.520 (voir extrait du carnet de vol de MICHAUX ci-dessous). En conclusion, il faut aux deux appareils un temps équivalent pour atteindre2 000 mètres, mais avec un angle supérieur pour le chasseur américain, et à cette altitude les vitesses sont identiques, même en piqué. Mais une fois parvenu à 4 000 m. le D.520 prend l’avantage. En combat tournoyant le Curtiss vire très sec, beaucoup plus que le Dewoitine, ce que les pilotes allemands ont d’ailleurs appris à leur détriment pendant la Campagne de France.

 

13 novembre 1940 – Après deux semaines de cohabitation sur l’aérodrome de Casablanca avec les Dewoitine du GC III/6,

les Curtiss H-75A du GC II/5 se préparent à partir pour le Sénégal (Dakar-Ouakam) aux ordres du commandant ARCHAIMBAULT

Photographie Jean Emery – Droit réservés

 

Beaucoup de pilotes et de mécaniciens ne connaissent pas encore le Maroc et ils ont le loisir de découvrir la ville et la côte de l’Atlantique. Ils en ont ramenés quelques photographies :

 

Casablanca fin 1940 – La place Lyautey, maintenant place Mohamed V, avec la statue du Maréchal aujourd’hui déplacée, le Palais de Justice (en bas au centre) et la Résidence devenue consulat de France (en bas à droite)

Photographies Jean Emery – Droits réservés

 

Jean EMERY et Alain LE GUENNEC

Le bus assurant la liaison de « L’Oasis » à « L’Aviation »

Avec les casquettes : PIESVAUX – MEYER - ROBERT –DANET - BRIÈRE

MEISSONNIER et Jules PIESVAUX

Photographies Jean Emery et Jules Piesvaux – Droits réservés

 

Le 28 novembre le lt BOIRIES tord l’hélice du n°357 (22) sur la pompe à eau du terrain. L’appareil pourra être réparé par les mécaniciens du Groupe.

Le 30 novembre le sgt MICHAUX subit une panne moteur et se voit contraint de poser sans incident le D.520 n°313 (21) de son commandant d’escadrille à Bouskoura, à une dizaine de kilomètres au Sud de Casablanca (voir extrait de son carnet de vol ci-dessous) ; une équipe de trois mécaniciens dont fait partie le sergent Lucien ROBERT sera dépêchée sur place avec des aides marocains pour changer le moteur.

 

1er décembre 1940 – Bouskoura – Le sgt ROBERT, casquette, avec deux autres mécaniciens de la 6ème et trois aides marocains changent le moteur du D.520 n°313

Photographies Lucien Robert – Droits réservés

 

Le 2 décembre une délégation du III/6 participe à une prise d’armes à Port-Lyautey en l’honneur du Général WEYGAND, Délégué général en Afrique française depuis septembre, à l’issue de sa tournée d’inspection au Maroc.

Le 20 décembre 1940 le Commandant Frédéric GEILLE arrive à Casablanca pour prendre le commandement du Groupe :

Incorporé en 1914 au 41ème Régiment d'Infanterie comme soldat il est sous-lieutenant en 1917 quand il intègre l'aéronautique militaire. À la fin de la guerre, il continue sa carrière dans l'aviation en se passionnant pour le développement du parachute. Il est capitaine en 1927 et commandant en 1937. Il obtient le premier brevet français de « moniteur parachutiste » en février 1939 après un stage en Union Soviétique. A la déclaration de guerre il est depuis quelques mois Commandant du GC III/2 sur la BA 122 de Chartres. D’abord à Cambrai, le III/2 se déplace ensuite sur de nombreux terrains de campagne différents au fur et à mesure de l’avance allemande. Il obtient 2 victoires, mais il est abattu en flammes le 13 juin. Grièvement brûlé, il sauve sa vie en sautant en parachute in extremis. Il ne reprend du service à peine rétabli qu’en décembre 1940 au III/6.

Une prise d’Armes a lieu le 23 suivit d’un « pot » ; de nombreuses photographies sont faites à cette occasion. Joseph BIBERT, qui n’est pas présent puisqu’à Alger, en a cependant récupéré une série retrouvée par la suite dans la collection familiale.

 

Cne RICHARD, cdt GEILLE, cne de RIVALS MAZÈRES (à ½ caché), lt BOIRIES

Sgt GHESQUIÉRE (Achille), cne RICHARD, cdt GEILLE, cne de RIVALS MAZÈRES

Collection Joseph Bibert – Droits réservés

Commandant GEILLE

Lieutenant LEGRAND et sous-lieutenant STAGÉ

Capitaine RICHARD

 

Sur le terrain de Casablanca - Camp Cazes,l’avion, du commandant de la 6ème Escadrille

Le mécanicien Lucien ROBERT dans le poste de pilotage du D.520 n°313 codé « 21 »

Toujours à Casablanca, le nouvel appareil du sergent GABARD suite à la destruction de son n°197 le 22 juillet

C’est le D.520 n°311 qui lui a été affecté le 16 septembre etqu’il a baptisé comme le premier « LeSachem »

Photographies Lucien Robert et Raymond Gabard – Droits réservés

GHESQUIÈRE et GABARD au retour d'un vol d'entraînement

LE GUENNEC, STEUNOU, GABARD et JAPIOT

Pilotes et mécaniciens de la 6ème : ÉMERY (mécanicien), LE GUENNEC (pilote), PIMONT (pilote) et 1 mécano, DIAZ et GABARD (pilotes), CAPDEVIOLLE (pilote) et JAPIOT (pilote) en combinaison de vol,et 1 mécanicien – Janvier 1941 à Casablanca

Visite de Jean DIAZ qui a quitté le groupe à Alger fin octobre, de passage à Casablanca avant son prochain départ pour l’Indochine

Photographies Raymond Gabard – Droits réservés

Groupe de mécaniciens à Casablanca

LE GUENNEC, STEUNOU, GABARD et JAPIOT

6ème Escadrille du GC III/6 - 9 pilotes et 9 mécaniciens : de gauche à droite et de haut en bas

SATGÉ, CAPDEVIOLLE, GUERRIER, STEUNOU, PESIN, RIVORY, HOULÈS, GODEFROY, BERTHIER, POUGEAUD

GABARD, LEVÊQUE, ROBERT, GHESQUIÈRE, PIMONT, LE GUENNEC, GUILLAUMIN, UMBERT

Devant LE GUENNEC, la timbale offerte par l’Escadrille à l’occasion de la naissance de son fils...

 

 

 Alger – Novembre 1940 à  Mai 1941: photographies de l’album n° 6 de Joseph BIBERT 

 

Lockheed 18 Lodestar du général Vuillemin – Le chien « Taffy » - Cartes Interzone - Julienne Bibert tricote une layette – Dewoitine 520, Potez 650 et Farman 222 vers le Levant

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 Alger – Avant la campagne du Levant : du 21 janvier 1941 au 23 mai 1941 

 

   

A droite, calendrier publicitaire de la droguerie Georges CHÉDEVILLE à Rambouillet, le frère de Julienne BIBERT

 

Le Groupe retrouve Maison-Blanche le 21 janvier 1941 après une escale et une nuit à Oran ; cet aérodrome a été dévasté par une violente tempête du 3 janvier 1941 ; des photographies de l’impressionnant empilement des avions détruits sont prises. Pour on ne sait quelles raisons, l’une d’entre elle sera retrouvée dans le porte feuille de Joseph à sa mort en 2001 ! Quelques pilotes retardataires sont encore à Casablanca, et deux autres sont en panne à Oran où le D.520 n°48 codé « 5 » a été accidenté à l’atterrissage. Ces pilotes et leurs machines rejoindront Alger dans les jours qui suivent, sauf le n°48 qui sera réparé sur place et ne retrouvera sa place au III/6 que trois mois plus tard.

 

Passage du GC III/6 à Oran le 20janvier – 1941 – L’amoncellement des appareils détruis par la tempête qui a frappé la région le 3 janvier 1941

Collection Joseph  Bibert via un de ses camarades du III/6t

 

A Maison-Blanche, le train-train du troisième trimestre de 1940 reprend. Avec 4 heures de vol autorisées par pilote et par mois, seulement quelques de tirs sur manche sont organisés et de rares exercices assez symboliques avec les DB-7 du GB II/61 de Blida. La commission d’Armistice a même interdit tous les vols pendant 3 semaines à partir de la mi-février, mais de toute façon, il n’y a plus d’essence dans les soutes...

Le 2 mars 1941 le s/c BIBERT reprend du service à la 6ème Escadrille après 7 mois passés au S.C.L.A. ; information dans le J.D.M. (Journal de Marche) de la 6ème Escadrille, confirmée par une très longue lettre datée du 1er avril que Julienne a pu faire passer à sa famille à Chartes : « Pour notre situation il y a du nouveau, nous devons rester ici. Nous en sommes bien heureux mais nous n’osons pas trop nous réjouir, cela change souvent. Dolph a repris la tenue bleue depuis le 3 mars. Il se plait beaucoup mieux à son travail ». Le même jour l’adj mécanicien Charles ILTISS, un ancien de la BA.122, est affecté au Groupe. Son épouse qui n’avait pas pu quitter Chartres avant janvier 1941 pour passer en A.F.N. avait trouvé auparavant aide et réconfort auprès de la famille de Julienne. C’est un Alsacien comme Joseph, qui a 12 ans de plus que lui : il a déjà 4 enfants et une solide amitié va naître entre les deux familles BIBERT et ILTISS à Alger. Elles se retrouveront régulièrement tout au long de leur vie jusqu’au décès de Catherine et de Charles en 1992, tous deux âgés de 90 ans. C’est le beau-père de leur fils Georges, Marius BINDREFF, qui procurera un emploi à Joseph quand il prendra sa retraite militaire en 1956 dans une usine de Rouen, la T.R.T., filiale de Philips travaillant pour l’armée, dont il était le Directeur.

Il existe une photographie du S.H.A.A., mainte fois publiée, d’un groupe du III/6 faisant de l’exercice où l’on reconnaît parfaitement le capitaine GUERRIER et le s/c BIBERT ; elle a donc été prise avant le départ du cne GUERRIER à une époque où le s/c BIBERT était toujours « caché » au S.C.L.A ; cela prouve bien que la perméabilité entre les escadrilles et le S.C.L.A. était grande !

 

Culture physique devant les hangars de Maison Blanche - On reconnaît : 1. Le cne GUERRIER et 2. le s/c BIBERT

S.H.A.A.

 

Le 3 mars, le capitaine RICHARD, adjoint du commandant GEILLE depuis 3 mois, remplace à la tête de la sixième Escadrille le capitaine GUERRIER muté à l’État-major du général Lucien GIRIER, Commandant Supérieur de l’Air en Afrique du Nord.

Le lendemain le GC II/6 est inspecté par le Général ODIC, commandant de la 5ème Région Aérienne.

 

Alger Maison Blanche – Le Dewoitine 520 n°357 codé « 22 » du lt LEGRAND de la 6ème Escadrille – Appareil perdu pendant la campagne du Levant

Photo de gauche : groupe de mécaniciens, lt LEGRAND, peut-être les pilotes LE GUENNEC et MICHAUX en tenue bleue - Photo de droite : le sgt mécanicien Lucien ROBERT et le lt LEGRAND

Photographies Lucien Robert – Droits réservés

 

Date indéterminée : sgt MICHAUX, s/c LE GUENNEC, lt STEUNOU, lt ??, s/lt LE GLOAN

Avril 1941 - Pilotes de la 6ème Escadrille du GC III/6 devant la tour du terrain d'Alger  Maison Blanche

De gauche à droite : sgt MICHAUX, cne RICHARD, s/lt RIVORY, sgt GHESQUIÈRE, s/c LE GUENNEC, lt CAPDEVIOLLE

Photographie Georges Rivory – Droits réservés.

Printemps 1941 - Alger Maison Blanche - Dewoitine du GC III/6 à gauche

Caudron C 445 Goéland - Dewoitine 338 - Potez 65 du S.C.L.A (Air France)

Collection Pierre Wartelle via Pierre Jarrige – Droits réservés

 

Le 1er avril 1941, le sergent GROSDEMANCHE, premier pilote du III/6 en guerre grièvement blessé, accidenté le 30 septembre à Bouillancy (voir les photographies de son Morane faites par Joseph Bibert) est de retour au Groupe après 18 mois d’une douloureuse convalescence, mais il ne reprendra pas les commandes d’un Dewoitine.

Le 21 avril, pour leur passage du brevet de Chef de Patrouille, deux pilotes endommagent sérieusement leur appareil. Les Dewoiitine n°340 codé « 7 » et n°195 codé « 4 » (à vérifier) partent à l’A.I.A. d’Alger...

Le 28 avril le général GIRIER, Commandant Supérieur de l’Air en Afrique du Nord, visite le Groupe.

Ce même jour le sgt GAUTHIER est de retour à la 6ème après son séjour de 5 mois à « Jeunesse et Montagne ». Le reprise de l’entraînement doit être un peu difficile, puisque de 5 mai 1941 il endommage à Blida le train du D.520 n°311 codé « 33 » lors d’un atterrissage à trop faible vitesse se terminent par un décrochage et un cheval de bois. Cet appareil part également à l’A.I.A. d’Alger et, comme les deux autres, il ne volera plus au III/6...

 

 La campagne du Levant: du 24 mai 1941 au 15 juillet 1941 

 

Le 20 mai 1941 le Groupe III/6 reçoit l’ordre de se préparer à faire mouvement vers le Levant où les Britanniques, avec le soutien de la France Libre, sont sur le point de s’en prendre à la Syrie et au Liban, sous protectorat français. Le général GIRIER remet solennellement le 21 mai, au cours d’une prise d’armes, le drapeau de la 3ème Escadre au GC III/6, seule unité survivante depuis le démantèlement du GC I/6 et GC II/6. Le général ODIC passe l’inspection du Groupe le 23 mai et prononce une allocution pour expliquer à ceux qui vont partir en campagne les motifs de leur mission. Ceux-ci s’envolent vers l’Orient le 24 mai 1941. Ils portent la robe spécifique qui a été décidée par la note 20532/EM : « En raison des ressemblances entre les cocardes anglaises et françaises, afin d'éviter tout accrochage entre les avions allemands et français et suivant le désir personnel exprimé par le Maréchal du Reich Goering, il est demandé que les avions français engagés en Syrie aient l'empennage et le moteur jusqu'à l'aplomb du bord d'attaque peints en jaune. » En fait, il s'agit de mettre les avions français en transit pour la Syrie en conformité avec les dispositions adoptées par la Luftwaffe lors de l'opération « Marita » (l'invasion des Balkans), déclenchée le 6 avril 1941.

Marquage spécifique des avions de la campagne du Levant – Ici le D.520 n°302 codé « 30 » de la 6ème Escadrille

C’est cet appareil qui sera récupéré par les F.A.F.L. (voir plus haut)

 

Joseph BIBERT ne part pas en campagne : nous avons toujours entendu dire qu’il avait été très déçu de rester à Alger parce que son Commandant d’Escadrille, le capitaine RICHARD, sachant son épouse enceinte l’avait dissuadé de faire partie de l’équipe réduite de mécaniciens désignés pour le Levant.

La campagne du Levant n’est pas traitée ici car une page spécifique lui est consacrée avec de nombreuses annexes par ailleurs. On peut aussi consulter les livres de marche des deux Escadrilles et certaines biographies de pilotes.

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Rappelons simplement qu’au mois de mai 1941, le Groupe III/6 part renforcer les forces aériennes de SYRIE. Les 26 DEWOITINE remis à neuf, accompagnés de 6 avions de transport, font route vers RAYACK sous les ordres du Commandant GEILLE. Stationné tour à tour à RAYACK, ALEP et MOUSLIMIYÉ, le III/6 prend une part des plus actives aux opérations des Forces aériennes de l'Armée du Levant contre les Anglais et les Français Libres, remportant 24 victoires dont 21 sûres, mais perdant 8 pilotes : 5 tués, 3 prisonniers. Il quitte la SYRIE le 9 juillet, complètement défait. Ce qui reste de l'échelon volant rentre à ALGER le 15 après des escales comme à l’aller à ATHÈNES, BRINDISI (accueilli et ravitaillé par les Allemands puis les Italiens...) et TUNIS, en ordre assez dispersé. De nombreux mécaniciens sont faits prisonniers.

Après la libération de la France, l’Armée tira un voile pudique sur l’année 1941 et la campagne du Levant (*), la campagne de Madagascar de l’été 1942 (Ironclad) et les tristes et cruels combats contre les Anglos-Américains lors de leur débarquement en A.F.N du 8 novembre 1942 « Torch ». Se sont ces épisodes qui ont rendu difficile par la suite la reconstruction de l’Armée de l’Air française, car refaire travailler ensemble ceux de la « France de Vichy » et ceux de la « France du Général de Gaulle » ne fut pas une partie de plaisir ; les cicatrices dues à leur méfiance réciproque et aux rancunes induites par des progressions de carrière non parallèles ne se refermèrent que très progressivement, certaines seulement à a la mort des protagonistes un demi-siècle plus tard  (**) ! Les archives concernant ces épisodes méconnus de notre Histoire ne furent plus accessibles pendant longtemps. Des pages de certains documents (livres de marche) ont d’ailleurs été arrachées puis réécrites.

(*) Dans les archives du III/6 au Service Historique de la Défense (S.H.D.) on peut encore trouver cette note, même si elle et devenue aujourd’hui sans objet :

Campagne de Syrie

Cette partie sera momentanément séparée de l’historique du groupe jusqu'à ce que les renseignements qui s'y trouvent ne puisent plus être exploités à des fins que purement historiques.

La décision d’utiliser le groupe en Syrie, les conditions dans les quelles il a exécuté ses missions, les noms de ceux qui ont participé aux opérations risqueraient en effet, actuellement encore (avril 1952), d'être utiliser contre certains des anciens exécutants et contre les divers échelons du commandement de cette époque.

Cette partie de l’historique est donc considérée jusqu’à nouvel ordre comme confidentielle et ne devra pas être diffusée. 

 

(**) Témoignage de Jane ROBERT

« ...mon mari a été envoyé faire la guerre en Syrie en 1941 contre les anglais avec son escadrille et une fois la partie perdue, quand les Gaullistes ont demandé à tous ceux qui avaient été faits prisonniers de les rallier, une toute petite poignée l’a fait, car il faut bien comprendre que beaucoup avaient des femmes, des enfants et une vie modeste, ce qui ne pouvait pas les inciter à l’aventure. Une fois intégrés aux forces de la France Combattante sous contrôle américain après le débarquement de novembre 1942 en AFN, ils ont été assez mal vus par ceux qui avaient rallié la France Libre plus tôt... »

 

C’est la publication du remarquable ouvrage de référence en deux tomes, « L’Aviation de Vichy au combat » de Christian Jacques Ehrengardt et de Christopher Shores aux Éditions Lavauzelle en 1985 qui contribua à sortir de l’oubli ces peu glorieux épisodes de notre Histoire.

La campagne du Levant du GC III/6 - 24 mai au 16 juillet 1941

Livre de Marche de la 5ème Escadrille

Livre de Marche de la 6ème Escadrille – Partie Campagne du Levant

La page de Pierre Le Gloan   La page de Léon Richard   La page de Gabriel Mertzisen

 

 

 Alger – Juillet 1941 : photographies de l’album n° 6 Joseph BIBERT 

 

Communion solennelle de Georges ILTIS – Julienne et Joseph BIBERT, rue Gueirouard à Fort de l’Eau – Avec la famille KUNTZEL – Mécaniciens de la 6ème Escadrille – STEPHAN, GOUJON, LE GLOAN

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 Alger : juillet 1941 – 8 novembre 1942

 

La campagne du Levant a été un vrai traumatisme pour le GC III/6, comme pour toutes les forces engagées, quelque soit le côté dans lequel elles se sont battues. Les pertes cruelles (5 pilotes tués (*) pour le III/6) ont été causées par un conflit fratricide entre des compagnons d’armes de la Campagne de France, juste un an plus tôt. Pour la 5ème Escadrille, aucun des appareils ayant quitté Alger en mai n’est revenu à Alger en juillet ! La prise d’armes du 27 juillet à Alger avec le Général WEYGAND, des médailles et des citations sont distribués aux pilotes dont certains vont être promus dans les semaines qui suivent ce qui conduit à une certaine amertume pour les mécaniciens, qui comme d’habitude ont beaucoup donné dans l’ombre, et doivent accepter avec stoïcisme de n’être pas mis dans la lumière. Trois pilotes et de nombreux mécaniciens sont encore prisonniers.

(*) Dans l’ordre chronologique : s/c RAVILY, cne JACOBI, lt BOIRIES, sgt SAVINEL, lt STEUNOU.

La 5ème Escadrille qui a perdu le 12 juin 1941 son Commandant, le capitaine JACOBI lors d’une attaque au sol d’une colonne anglaise est commandé depuis cette date par le capitaine Jacques SAUTIER, qui conservera ce commandement jusqu’en novembre 1942. Emile Louis Roger JACOBI, né le 29 juillet 1907 à Wasselonne (Bas-Rhin), mort à El Taebah (Saïda), repose toujours de nos jours au cimetière militaire de Rayack, section III, tombe 66).

Le personnel et les quelques machines dont dispose le groupe ont besoin d’un grand repos et de beaucoup d’attention. Ceux qui n’étaient pas du déplacement au Levant ne vont pas compter leurs heures de travail pour réviser à fond les machines revenus et les autres auront droit à des permissions de longue durée.

Le 24 août 1941 Joseph BIBERT est père pour la première fois : une petite Marie-Thérèse est née ce jour-là à la clinique des orangers à d’Alger. Il est en permission une dizaine de jours à partir du 30 août.

Une mission est organisée à la mi-septembre pour aller récupérer des Dewoitine neufs à Toulouse. Cinq pilotes et quelques mécaniciens s’y rendent par bateau et chemin de fer ; au retour un gros Farman 224 chargé de pièces de rechange, escorté par les D.520 n°45, n°148, n°153, n°469 et n°472, ramène les mécaniciens et son précieux chargement à Alger, via Istres, Ajaccio, Sidi Ahmed. Le sgt Lucien ROBERT a conservé quelques rares photographies de ce transfert sur l’aérodrome d’Ajaccio.

 

20 septembre 1941 – Terrain d’aviation d’Ajaccio – Le Farman F.222 (et non 224) du GT 1/15 qui transporte les mécaniciens et le matériel et l’alignement des Dewoitine 520 récupérés à l’usine de Toulouse

Lucien ROBERT au centre sur les deux photographies

Photographies Lucien Robert – Droits réservés

  

Détail des vols du sgt mécanicien Lucien ROBERT au retour de la mission de septembre 1941 à Toulouse pour récupérer des D.520 neufs

A Ajaccio devant la statue de l’empereur Napoléon et de ses frères

 

Comme on peut le voir les Dewoitine portent maintenant la robe imposée par l'instruction n° 418-C/DAT du 24 juin 1941 :

·         cocardes de voilure : 80 cm de diamètre

·         cocardes de fuselage : 60 cm de diamètre

·         liseré blanc aux cocardes de fuselage : 5 cm

·         bande blanche latérale de 10 cm de large et s'étendant au minimum de 150 cm de part et d'autre de la cocarde de flanc

·         bandes alternées rouges et jaunes de 20 à 25 cm de large sur l'empennage entier (sauf le gouvernail de direction conservé tricolore) et sur la partie avant des fuseaux-moteur et, éventuellement, sur la partie comprise entre l'arrière du moteur et l'aplomb du bord d'attaque, suivant le type d'aéronef.

Malheureusement les photographies des appareils du III/6 à cette époque sont rares.

Nouveau marquage des avions de Vichy après juillet 1941 – Ici le D.520 n°300 codé « 5 » de la 5ème Escadrille

C’est le nouveau appareil du lt Pierre LE GLOAN

Voir une Photographie de Pierre LE GLOAN en septembre 1941 lors de sa nomination au grade de Lieutenant

 

Le s/t Pierre LE GLOAN est promu lieutenant le 9 septembre 1941 et le commandant GEILLE lieutenant-colonel, devient le 16 septembre ; il part commander la base de Ouakam (*) en A.O.F. Le capitaine de RIVALS-MAZÉRES assure provisoirement le commandement du Groupe, pour le confier 6 semaines plus tard au capitaine NAUDY.

(*) De nos jour la base aérienne 160 de l'Armée de l'Air à Dakar-Ouakam porte le nom de « Base Colonel Frédéric Geille »

Le 16 septembre, le D.520 n°398 codé « 7 » du lieutenant GUILLOU capote au décollage suite à l’éclatement d’un pneu. L’appareil ne sera remis sur pied qu’en février 1942, pour terminer un vol le 19 mai 1942 par un... cheval de bois au main du s/c SCHENK (voir plus bas).

Le 27 septembre le lt MARTIN, le s/lt RIVORY et le sgt PIMONT, les 3 pilotes prisonniers au Levant, qui ont été libérés après une captivité assez douce, sont de retour au Groupe, comme petit à petit une partie les mécaniciens ; personne au III/6 n’a voulu se rallier aux Forces Françaises Libres, le traumatisme des pertes étant trop grand. Le rapatriement des prisonniers s’est fait, conformément à l’armistice de Saint-Jean d’Acre, sur des bateaux français, dont les paquebots « Maréchal Lyautey », « Florida » et « Providence » qui atteignent Marseille à partir du 31 août 1941. Les aviateurs sont regroupés d’abord à Nîmes « Courbessac » avant d’être redirigés vers leurs unités d’origine.

Le lieutenant Jean SAUVAGE qui a déjà passé le mois de septembre 1940 au III/6 avant d’être placé en congé d’armistice, y est affecté de nouveau (ne pas confondre Jean SAUVAGE (1917/2014), avec Roger SAUVAGE (1917/1977), tous deux au Normandie-Niemen par la suite, mais c’est Roger SAUVAGE qui est l’auteur de « Un du Normandie Niémen »)

Le 9 octobre 1941 le sergent PIMONT est victime d’un grave accident. Il a mis par erreur son hélice au grand pas au moment du décollage et a capoté en fin de piste. Le Dewoitine D520 n°423 codé « 22 » baptisé « Ouah-Ouah » est détruit et le pilote, mâchoire brisée, ne reprendra son service que 2 mois plus tard.

 

9 octobre 1941 – Alger Maison Blanche – Accident du sgt Roger PIMONT - Dewoitine D520 n°423 codé « 22 » baptisé « Ouah-Ouah  1er décembre 1940

Collection Roger Pimont via Rémy Denizot – Droits réservés

 

D.520 du GC III/6 en vol au dessus de Maison Blanche

Le Dewoitine 520 n°210 de l’a/c BALMER qui a repris le code « 25 » du lt STENOU (+)

sgt GHESQUIÉRE ? et un lieutenant non identifié

Il semble que les bandes rouges ne soient pas encore peintes sur le nez de l’appareil

Dewoitine 520 n°153 codé « Y » du Capitaine NAUDY

Commandant en second du Groupe

 

Le 15 novembre 1941 le commandement du Groupe est confié au Capitaine André NAUDY (*) (1904/1946 - MSAC), ancien Commandant de la 3ème Escadrille du GC II/3, 4 victoires homologuées dans la Campagne de France.

(*) Arrivés en renfort pendant la campagne du Levant.

D’après un document officiel au SHAA, écrit après la guerre, le 27 novembre 1941, l’a/c BALMER aurait ramené de Meknès un Messerschmitt 108, appareil de commandement multiplace (plus tard, sa version francisée sera produite en France occupée par l’usine SNCAN des Mureaux sous le nom de « Nord 1000 Pingouin »). C’est une erreur, en fait c’est le 6 novembre que l’a/c BALMER et le sgt mécanicien UMBERT reviennent de Meknès avec un North American NAA 57, biplace d'entraînement qui sera utilisé à partir de cette date comme appareil de liaison par le Groupe. Entre « NORD » et « NORTH », les historiens officiels de l’.AA se sont trompés, comme quoi il faut toujours rester vigilent et critique avec les archives, quelles qu’elles soient...

 

   

Messerschmitt 108 (Nord 1000 « Pingouin ») et North Américan NAA-57

 

En décembre, nouvelle arrivée de deux anciens pilotes du III/6 : le s/lt SALAÜN, disparu le 21 mai 1940, gravement blessé aux jambes, fait prisonnier et évadé d’Allemagne avec de faux papiers, affecté à la 5ème et le s/lt CAVAROZ blessé le même jour en combat aérien, affecté à l’État-major du Groupe.

 

 

   

Dans les archives familiales, la collection des calendriers de la poste commencée en 1939 est complète (jusqu’en 2015 !)

Celui de 1942 porte deux notes au crayon de Joseph BIBERT : 20/5 départ de la 51 au 20/09 CHM

Effectivement, le 20 mai 1941 la 5ème Escadrille a été détachée à SFAX (voir plus bas) et du 1er au 20 septembre 1942 il a participé à un stage « Montagne » dans le massif du Djurjura

 

Dans le cadre d’une nouvelle organisation plus régionale de l’Armée de l’Air d’A.F.N. en date du 1er janvier 1942, le Groupement de Chasse 26 devient « Groupement mixte n°26 », englobant maintenant les Groupes de Bombardement et de Reconnaissance qui constituaient le Groupement 3 cité plus haut, ainsi que le Centre d’Instruction d’Aviation n°1 à Maison-Blanche.

Le commandant Raymond DESTAILLAC (1905/1972), ancien commandant de la SPA 124 « Lafayette » avant-guerre, 1ère Escadrille du GC II/5, et adjoint du Commandant de ce Groupe pendant la campagne de France avec 2 victoires homologuées, prend le commandement du III/6 le même jour avec pour mission la défense aérienne d'Alger. Il était affecté jusque-là à l’État-major de l’Air Algérie et il vient de se marier le 14 novembre à Alger avec Marie CAFFIN (1903/1995), la veuve du commandant CASTANIER. Une prise d’armes a lieu le 14 janvier.

 

Pilotes du GC III/6 au 1er janvier 1942

État-major

5ème escadrille

6ème escadrille

Cdt Raymond Destaillac

Cne André Naudy

Lt Jean Cavaroz

Section administrative

Lt Marc Boyer (*)

Compagnie de base

Lt François Brondel

Lt Rabusson

Cne Jacques Sautier

Lt Robert Martin

Lt Pierre Le Gloan

Lt Jean Sauvage

Lt Jean Salaün

Adj Maurice Chardonnet

Adj Pierre Chambon

Adj Gabriel Mertzisen

S:C Pierre Monribot

Sgt Honorat (**)

S/c Schenk

Sgt Louis Coisneau

Sgt Jean Mequet

Cne  Léon Richard

Lt Marie-Henri Satgé

Lt Georges Rivory

Lt Georges Legrand

Lt André Capdeviolle

Adj Albert Balmer

S/c Jean Macia

S/c Toussaint Loï

S/c Marcel Farriol

S/C Raymond Ghesquières

S/c Roger Pimont

Sgt Gabriel Michaux

 

Raymond DESTAILLAC alors capitaine – La dérive de son D.520 n°301 en 1942

(*) Il quittera le III/6 pour la base de Maison-Blanche, juste avant le débarquement anglo-américain du 8 novembre 1942. Entre 1951 et 1955 le commandant Marc BOYER sera en poste à Lahr (Allemagne) en même temps que l’adj/c Joseph BIBERT, et les familles se fréquenteront puis correspondront plus tard régulièrement. En prévision de sa retraite, le commandant Boyer fit construire en 1965 une villa sur la côte d’azur à La Nartelle, près de Sainte-Maxime, dans laquelle la famille BIBERT fut accueillie pour ses vacances d’été à plusieurs reprises.

(**) Affecté au III/6 en Syrie le 23 mai 1941

Peu de faits marquants en 1942 : le lt SATGÉ et l’adj MERZISEN convoient à Thiès (A.O.F) deux D.520 le 27 janvier, deux pilotes sous-officiers de chaque escadrille sont envoyés en février en stage au centre de perfectionnement de Fès (Maroc), une bonne expérience qui perdurera pendant quelques mois, un premier échange de pilotes en février entre le lt RIVORY du III/6 et le lieutenant de vaisseau DU MERLE de l’aéronautique navale (1AC et 2AC) à Tafaraoui (plus tard BAN de Lartigue à Oran) pour comparer les méthodes d’entraînement sur D.520 ; ces échanges continueront jusqu’en avril.

Par les courriers familiaux ou apprend qu’au cours du mois de mars 1942 M. et Mme. Omer BORREYE, (lui est mécanicien au III/6 depuis 1939), ont pu partir en permission à Chartres, où ils habitaient avant la guerre, avec leur fils Jean (3 ans). Ils ont apporté des photographies récentes de la petite Marie-Thérèse BIBERT à la famille de Julienne. Celle-ci a fait des pieds et des mains, heureusement sans résultat, pour pouvoir faire le même voyage, malgré le coût exorbitant d’un tel périple et le risque de franchir la ligne de démarcation pour un sous-officier alsacien (*) ! Omer BORREYE est rentré seul en A.F.N., mais devant les difficultés de la vie à Chartres, son épouse est repartie le rejoindre 3 mois plus tard !

(*) Le Général d’Armée PRIOUX, Major Général des forces terrestres et aériennes d’Afrique du Nord signera d’ailleurs le 3/1/1943 la note n°7/E.M.G. 1/0 concernant les Alsaciens-Lorrains : « Des renseignements reçus il ressort que le commandement allemand considère les Alsaciens-Lorrains prisonniers comme des déserteurs de l’armée allemande. En conséquence, les Alsaciens-Lorrains actuellement sous les drapeaux seront prévenus à ce sujet, et seuls les volontaires seront maintenus ou envoyé aux armées… ». Cette note sera amplifiée par le Général de Corps Aérien MENDIGAL commandant l’Aviation Française d’Afrique le 18/4/1943.

Concernant ces aviateurs d’A.F.N. qui peuvent avoir des permissions, Georges CHÉDEVILLE, le frère de Julienne, qui ne cache pas beaucoup son hostilité au régime de Vichy, écrit à sa sœur au verso d’une « carte », dont le timbre imprimé est d’ailleurs un portrait du Maréchal ! : « … j’ai vu ici un sous-officier d’Oran (aviateur), son état d’esprit a bien changé au cours de son congé, nous avons pu juger de quelle immonde propagande vous êtes abreuvée. Courage et patience, mes chers, vous n’avez pas la plus mauvaise part, sachez l’estimer… »

Le III/6 enregistre toujours quelques mouvements de personnels ; départ de l’adj CHARDONNET de la 5ème le 18 février pour l’État-major de l’Air Algérie, arrivée de l’adj VEYRUNES, un ancien du GC II/8 avec 1 victoire homologuée pendant la campagne de France, départ du sgt COISNEAU de la 5ème pour Blida et en compensation le sgt GAUTHIER de la 6ème passe à la 5ème. Plus tard, ce dernier réussira les E.O.A. et quittera définitivement le Groupe en mars 1943.

En avril le Général JANNEKEYN (1892/1971), alors secrétaire d’état à l’aviation, qui fût le Commandant de l’Air au Levant en 1941, de passage à Alger vient passer sans protocole quelques moments avec les pilotes qui ont combattu en Syrie sous ses ordres 10 mois plus tôt.

 

Alger Maison Blanche – Pilotes et mécaniciens du GC III/6 – A gauche : sgt GHESQUIÉRE ? et a/c BALMER – A Droite : avion du Commandant , sgt ROBERT et s/c BIBERT tout à droite

Collection Balmer via Lionel Brunet à gauche et photographie Joseph Bibert à droite – Droits réservés

 

Avril 1942 – Alger Maison Blanche Escadrille – L’adjudant Pierre CHAMBON de la 5ème Escadrille

Ancien du GC III/2 blessé et fait prisonnier le 13/06/1940

Arrivé au III/6 en avril 1941, via le centre de Chasse de Blida, il  n’a pas participé à la campagne du Levant

Photographies communiquées par M. le Général Gilles Lemoine – Epreuves jamais récupérées, trouvées à Nice chez un photographe en 1997

 

Les mois d’avril à mai 1942 sont un vrai tournant de la guerre 1939/1945. Sur le sol d’Afrique, rendu possible par sa maîtrise de l’air, l’Afrika-Korps du Général ROMMEL a bousculé à partir de la Cyrénaïque les forces britanniques du Général AUCHINLECK et menace l’Egypte à moins de 100 kilomètres du canal de Suez ; heureusement arrêté à El-Alamein et manquant de carburant Rommel doit rester sur cette position ; les Britanniques en profitent pour reconstituer leurs forces et l’Afrika-Korps sera victime de la contre-offensive du Général Montgomery lors de la seconde grande batille d’El-Alamein d’octobre/novembre 1942 qui entraînera le reflux définitif des Allemands vers la Tunisie d’où ils seront définitivement chassés en mai 1943 après le débarquement allié en A.F.N. du 8 novembre 1942.

Dans leurs traques des navires et des avions de ravitaillement allemands, la Royal-Navy et la R.A.F. pénètrent souvent dans les eaux territoriales de la France et les ordres de Vichy sont de s’y opposer. La faible aviation française de Vichy en A.F.N. essaye de faire face, mais les quelques décollages sur alerte des D.520 du III/6 sont pour le moment totalement infructueux.

Dans les premiers jours de mai c’est l’attaque britannique contre Madagascar. La presse algéroise se déchaîne contre les Anglais ; la une de « L’écho d’Alger » du 6 mai » titre « Toute la France, tout l’empire sont de cœur avec vous ». Bientôt, ceux du III/6 apprennent que le 10 mai le capitaine Jean ASSOLLANT a été porté disparu ; le « Père Jean », leur vieux compagnon de la campagne de France, premier français à avoir traversé l’Atlantique, directeur de l’aviation civile à Madagascar, qui s’est remis courageusement aux commandes d’un Morane 406 pour faire face à l’envahisseur ! Le 12 mai, le quotidien algérois place cette triste nouvelle en première page et en gros titre :

Jean ASSOLANT doit être un exemple pour nos jeunes

« Vichy — Les journaux de la Métropole publient la photographie et la nouvelle de la disparition glorieuse d'Assolant dans le ciel de Madagascar. Certains les accompagnent de longs commentaires, en général sous la plume d'anciens camarades du vaillant disparu.

Jean Assolant doit être un exemple pour nos jeunes », écrit notamment M. Peyronnet de Terres. Il ajoute : Assolant devait se conduire en héros, en grand héros dans le ciel de Madagascar qu'il avait conquis, asservi, oserai-je dire, pour établir une liaison intérieure entre Tananarive et les villes les plus importantes.

A Madagascar, Assolant était civil, ainsi que tous les autres coloniaux. Il pouvait continuer sa tâche de pilote de ligne ou demeurer prés de sa femme et au milieu de ses chevaux et de ses chiens. Assolant abandonne son « Goéland » sur lequel il survolait la mer de Madagascar à la Réunion, endosse son uniforme de capitaine de l'armée de l'air et s'élance dans le ciel, dans son ciel, dans son domaine envahi par l'assaillant. En protégeant la terre et les hommes qu'il aimait avec passion »

 

Après Mers el-Kébir, la campagne du Levant, la conquête de Madagascar et la mort d’ASSOLLANT, le régime de Vichy va maintenant se déchaîner contre les Anglais via une presse totalement contrôlée et il faut comprendre, sans jugement trop hâtif, que dans leur très grande majorité, ceux du III/6, les autres militaires, les fonctionnaires et les pieds-noirs soient prêts à « défendre l’Empire » coûte que coûte ! L’éventualité d’une action militaire contre l’Afrique du Nord commence à être un sujet de discussion ; mais s’y prépare-t-on vraiment ?

Pour faire en sorte que le moral de s’effondre pas, et pour garder les hommes en forme avec un minimum d’entraînement sportif avec si peu d’activité aérienne, le capitaine RICHARD met du cœur à innover : ce sont les sorties baptisées « Reconnaissance », sortes de sorties « camping » (voir plus bas un extrait des mémoires du Général Harteman) où toute son escadrille part entre « hommes » et en groupe, à pied, à plusieurs kilomètres de Maison-Blanche, passer deux jours sous la tente. Signalées dans quelques archives du Groupe, elles sont confirmées par au moins deux séries de photographies rares que Joseph BIBERT en a faites, une sur la plage ouest du Cap Matifou, et une autre dans les rochers de la localité un peu plus au nord nommée « Jean Bart » à l’époque, maintenant El-Marsa

(Photographies : l’album n°7sera mis en ligne fin 2020).

Il faut parler aussi du « C.P.S.O » (Centre de Perfectionnement des Sous Officiers) de Fès. Le sergent Jules PIESVAUX, mécanicien à la 5ème Escadrille, qui a fait partie de ceux du III/6 qui ont été désignés pour y effectuer un stage, en a heureusement ramené deux rares photographies d’avril 1942 (voir ci-dessous) ; mais ce n’est que par quelques rares témoignages que les objectifs de ce centre sont connus. Une curieuse idée circulait en effet dans les hautes sphères : la « débâcle » de 1940 et les « mauvais résultats » de la campagne du Levant ne seraient-ils pas imputables aux carences des « petits » personnels, pilotes et mécaniciens de l’Armée de l’Air ? Le but du C.P.S.O. a donc été de redonner du tonus à tous les militaires. On leur faisait mener une activité genre « commando » : lever de nuit, creusement de piscine, départ sac au dos, arme à la bretelle, pour des marches de parfois 30 kilomètres, traversées d'oueds à la nage, sauts par-dessus une tranchée, pas très large certes, mais garnie en son centre de baïonnettes pointées vers le haut... Ce pénible entraînement pouvait se concevoir pour des personnes jeunes mais les stagiaires n'étaient pas tous des sportifs. Les mécaniciens, comme Jules PIESVAUX par exemple, n’avaient pas trop de temps pour courir en espadrilles autour des avions car il fallait bien les entretenir pour qu’ils puissent voler ! De plus, c’était l’époque ou tout était bon pour diminuer les effectifs et les « stagiaires » avaient grand peur d'être mis d’office en congé d'armistice en fin de stage. Les patrons de ce centre ont été :

·         Commandant : commandant MURTIN (1904/1966) (ancien commandant du GC  I/5, Groupe de Chasse prestigieux, qui termina sa carrière comme Général de Corps Aérien)

·         Adjoints : capitaine Jules ROY (1907/2000) (aviateur, écrivain et pétainiste convaincu à cette époque....) et capitaine Emmanuel BRIHAYE (1913/2004) (centralien, engagé par la suite au « Normandie-Niemen » puis pilote d’essai à la SNECMA après la guerre)

·         Première compagnie : lieutenant Guy DAUBRESSE (1914/1987) (au GC II/2 en 1940, blessé par accident le 4 mai)

·         Seconde compagnie : lieutenant Urbain MONTAGNE

On doit à M. Philippe FINCK d’avoir mis en ligne, outre la biographie de Guy Finck, sergent-chef mécanicien mort en Service Aérien Commandé au Groupe 1/25 en 1943, son cahier de stage au C.P.S.O. et sa  transcription numérique au mot à mot. Ce stage a été effectué par son grand père fin 1942 au moment du débarquement anglo-américain en A.F.N. (voir les liens en bleu vif soulignés)

 

Guillaume de FONTANGES dans «  Les Ailes te portent » (1981)

« ...après étude approfondie, l'état-major de l'Armée de l'Air cherche les causes de la défaite. On en arrive à la conclusion que les sous-officiers ont perdu la guerre. Il importe donc de nous reprendre en main, de nous redresser ; d'où la création des fameux C.P.S.O., les Stages de Perfectionnement des Sous-Officiers. Celui d'Afrique du Nord est installé à Fès....

... on pourrait dire beaucoup de choses sur ce C.P.S.O. Ce n'est pas à proprement parler un stage, plutôt une série de brimades physiques et morales ; nous sommes obligés de les accepter en silence sous peine d'être fichus à la porte de cette nouvelle armée qui se veut dure et pure.

Tout pourrait se passer à peu près normalement pendant ces trois mois de reprise en main si nous n'avions affaire à deux chefs surprenants : le grand patron, le commandant Murtin, paix à sa petite âme ! Ensuite, son brillant second, le capitaine Jules Roy. Sacré Jules ! on rigolera plus tard en feuilletant ses bouquins, mais à Fès, le capitaine Roy ne nous fera jamais rire. Je préfère glisser ; je respecte l'Armée : une brebis galeuse, voire deux, ne font pas le troupeau... »

 

 

15 avril 1942 – Sidi Arazem – Sources chaudes à 15 km de Fès

MONTIGNIER (?) – LORILLON – JOURDAN – PÉTREMONT - RUFFIO (?) – FOGIAROLLI – LE MARELLEC

CAROLLA (?) – GUIGUE – PIESVAUX – Lt DELEUZE

(?) Transcription incertaine

15 avril 1942 – Avant le retour à Fès

PRÉVOST – CALOU – MARTIGNONI – GUIGUE – PÉTREMONT – FRIOCOURT (?) - LE MARELLEC

LAILLIER (?) – Lt TRAMORY – JOURDAN – PIESVAUX – CASAMAYER - FOGIAROLLI - RUFFIO (?)

CAROLLA (?) -- ROIG

Avril 1942 – Fès – C.P.S.O. -Centre de Perfectionnement des Sous-Officiers

Photographies Jules Piesvaux – Droits réservés

 

Mémoires du Général HARTEMAN

alors Commandant au 3ème bureau de l’État-major à Alger

SKI – MONTAGNE – CAMPING – C.P.S.O... et moral du personnel !

... Pendant cette période d'activité réduite, j'ai pensé nécessaire de maintenir et même de remonter le moral du personnel ; j'estimais qu'on pourrait avoir bientôt besoin de cadres solides et décidés, au caractère bien trempé. Un excellent moyen d'y arriver me parut être la pratique de la montagne et j’ai lancé fin 1941 un Centre de ski dans le Djurdjura. Je ne le considérais pas comme destiné à la simple pratique d'un sport, et je me rapprochais là de la conception qu'en avait le Club Alpin Français. Je pensais trouver dans les organisations de jeunesse un esprit nouveau, une flamme qui pourrait se communiquer à notre personnel, des méthodes inédites de raidissement moral et d'éducation du caractère...

... j'ai eu heureusement l'appui du Club alpin français grâce à mon ami Pierre Lung, son secrétaire général à Alger. Nous nous sommes parfaitement entendus et avons réussi à faire travailler ensemble en montagne et en bonne harmonie, civils du Club alpin français et militaires de l’Armée de l'Air !...

... de janvier à mai 1942, se sont succédé des stages d'une cinquantaine d'officiers et sous-officiers, dirigés par le lieutenant Cuffaut (du Groupe de Chasse II/3), assisté d'excellents moniteurs comme j’adjudant Chaix. La finalité de ce Centre de montagne était finalement la même que celle du  Centre de Perfectionnement des Sous-officiers(C.P.S.O), d'abord installé à Relizane, puis à Fès, où on cherchait aussi à élever le moral de nos cadres en durcissant les corps. D'autre part, dans les unités on commençait à sortir les gens de leur moule bourgeois en leur imposant des « sorties –camping »...

...beaucoup de gens ne suivaient pas, ne voyant partout que des difficultés en ne cherchant en fait qu'une vie facile dans un chemin tout tracé, et les esprits et les opinions s'étaient divisés ; quelques uns penchaient vers la France Libre, d’autres prônaient une collaboration très poussée avec l'Axe. On parlait beaucoup de « Révolution Nationale », mais on ne voyait aucune révolution : bien des gens restaient en place qui avaient pris une large part dans notre défaite de 1940...

... on se sentait dans un tunnel très sombre dont on ne voyait pas le bout, nous n'avions plus de lumière vers laquelle marcher et pas de chefs capables de nous montrer le chemin à suivre. Tout flottait, chacun essayant dans son coin de se fabriquer un idéal, plus ou moins haut ! Nous, nous avions au moins un but à poursuivre, cette préparation de la défense africaine...

 

Le 18 mai une patrouille double du III/6 fait un exercice en début de matinée quand elle est informée qu’un hydravion anglais survole la mer à l’ouest d’Alger. Effectivement le Consolidated PBY « Catalina » AJ 158 du sqn 202 qui a déjà été pris à partie par des avions du GC II/3 a dû amerrir. Selon la version officielle, le cne RICHARD donne l’ordre au sgt MICHAUX dit « Papichou » (6ème) de patrouiller autour de l’hydravion en attendant l’arrivée d’un torpilleur qui doit venir l’arraisonner ; officielle celui-ci est relevé au bout de 1 ½ h. par le s/c SCHENK (5ème) (*) ; lui-même par le lt SALAÜN (5ème) (**). D’après les archives britanniques, via Christian Jacques Ehrengardt, deux Fairey « Fulmar » du sqn 807 ont décollé du porte-avions Argus et l’un deux a surpris le pilote français qui pilotait le D.520 n°361 codé « 10 » et l’a abattu  : « Le lieutenant Salaün du GC III/6 orbite au-dessus de l'hydravion lorsqu'apparait le Fulmar du sous-lieutenant P.E. Palmer. Il est 14h15 quand Palmer ouvre le feu, SALAÜN n'a pas vu venir son agresseur ; la première rafale est la bonne. Des pièces se détachent du fuselage du D.520 et de la fumée enveloppe le dessous de l'appareil. Il passe sur le dos puis bascule dans un piqué et percute dans l'eau » (C.J.E. – « l'Aviation de vichy au combat », tome 1, p. 107). Une patrouille du III/6, cne RICHARD, lt SATGÉ, s/c FARRIOL, qui revient sur place, ignorant le sort du lt SALAÜN, ne retrouvera pas le Catalina, coulé sans doute par un navire britannique (HMS « Iris ») après avoir récupéré les trois hommes d’équipage. Elle vengera néanmoins le lt SALAÜN en abattant un « Fulmar » (le second ?) au nord de Guyotville (ouest d’Alger).

En fin de journée, deux D.520 attaquent un Short Sunderland australien mais il peut s’échapper. Mauvaise journée pour le III/6. Comme on ignore tout de son sort, le lt SALAÜN est simplement porté disparu.

(*) Le lendemain 19 mai, ce pilote fait un cheval de bois à l’atterrissage et brise son Dewoitine n°398. Poursuivant sur sa lancée il casse un second appareil le 4 juin à Sfax ; D.520 n 403 (Photographie)

(**) Jean Nicolas SALAÜN, abattu sur MS.406 en mai 1940, prisonnier, évadé, de retour au Groupe depuis 4 mois a en fait très peu volé sur D.520 ; la raison de sa présence dans cet épisode assez confus reste un peu mystérieuse…

 

Carnet du sergent Robert ROHR – Mécanicien à la 5ème Escadrille

... A 9h, 2 avions D.520 du GC II/3 décollent de Maison Blanche, sur alerte, un hydravion anglais « Consolidated Catalina » étant signalé au large d'Alger. Ils le rencontrent et après plusieurs passes l'obligent à amerrir à 30 km au large de Guyotville. L'équipage composé de 3 hommes évacue l'avion à bord d'une bouée de caoutchouc. Une protection est assurée par le GC III/6. À 12h15 le Lt Salaün (5ème) part. On attend vainement son retour. Sans doute a-t-il été mouché par des bateaux de guerre ou alors cravaté par un avion arrivant d'un porte-avions. A 14h 15 une patrouille composée du cpt Richard, lt Satgé et s/c Farriol, décolle. Ils tombent sur un « Fairay Fulmar », avion anglais qu'ils descendent. Ils sont de retour à 15h 30. Peu d'espoir de retrouver le lt Salaün...

 

A partir de cette date la protection des convois français ravitaillant l’A.F.N. doit être renforcée et les incidents deviennent plus fréquents.

Dans ce cadre, du 20 mai au 25 juin la 5ème Escadrille du III/6 est détachée à Sfax, terrain d’El Maou, avec le Commandant du Groupe, pour relever une escadrille du GC II/3, mise en alerte précédemment le long des côtes tunisiennes.

 

4 juin 1942 – Sfax El Maou  - Le s/c SCHENK de la 5ème, décollant trop rapidement, va s'avachir en bout de piste

Son Dewoitine n°403 codé « 11 » « Le Piège » est hors d'usage mais le pilote s'en tire avec le nez coupé et une forte douleur au bras

 

   

Juin 1942 – A Sfax El Maou, un seul merlon semi enterré de protection semble exister : les D..520 du III/6 de la 5ème y passent à tour de rôle !

A gauche le D.520 n°148 codé « 1 » du Capitaine SAUTIER et à droite de n°365 codé « 8 » du sgt GAUTHIER qu’il a baptisé bien entendu « Mektoub V »

Photographies Robert ROHR – Droits réservés

 

  

Juin 1942 – La 5ème Escadrille à Sfax El Maou en Tunisie – Jules PIESVAUX

Photographies Jules Piesvaux – Droits réservées

 

Du 6 juin au 22 juin 1942, Joseph BIBERT est en Permission de Longue Durée (P.L.D) ; pour lui, son épouse et sa petite fille, la guerre est très loin, la mer est belle, la plage est chaude…

(Photographies : l’album n°7sera mis en ligne fin 2020).

 

Le 1er juillet 1942, Joseph BIBERT engagé depuis 11 ans dans l’Armée de l’Air française est nommé adjudant

 Polémique autour d’une photographie ! 

Une photographie commercialisée par le SHAA (Service Historique de l’Armée de l’Air) mainte fois publiée dans la presse aéronautique, datée de 1943, représenterait (généralement sans cornes !!!) le capitaine Gabriel GAUTHIER, commandant la 4ème Escadrille du GC II/7 alors en Tunisie, dit « Gégé », qui finira sa carrière « Chef d’État major particulier du Président de la République » (Général de Gaulle), puis à la plus haute marche  « Chef d’État-major de l’Armée de l’Air » ! On voit ci‑dessous cette photo dans une publication consacrée au Général Gabriel GAUTHIER et les recto et verso de la photographie originale de la collection personnelle de Joseph BIBERT, parfaitement légendée de sa main, représentant un groupe de pilotes et de mécaniciens de la 6ème Escadrille du GC III/6 au début de 1942 à Maison Blanche, entourant leur camarade, le sergent Georges GAUTHIER (qui passe en mars de la 6ème à la 5ème Escadrille) !!! Cette photographie fait partie d’une série, présentée plus bas, dont beaucoup d’Anciens du III/6 possèdent des tirages, où figure en outre le s/c Georges KILLY du GC II/3 (le père de Jean Claude, le célèbre champion de ski des années 1960). Nous avons eu beau avertir de cette coquille, et le SHAA, et certains rédacteurs, cette image circule toujours avec une légende erronée, ce qui confirme qu’il faut rester critique sur la provenance des documents et multiplier les contrôles et les recoupements !

 

 

  

SATGÉ – LOÏ – GAUTHIER – LIMEUIIL – GODEFROY – BIBERT - BALMER - MACIA

A/c Albert BALMER

Sgt GAUTHIER – s/c LOÏ - s/c Georges KILLY du GC II/3 – a/c BALMER – s/c MACIA

A/c Albert BALMER et sgt Georges GAUTHIER

Sgt Georges GAUTHIER

SATGÉ (pipe) – BALMER - GAUTIERR

Début 1942 – Alger Maison Blanche – Une série de photographies de la sixième Escadrille – Remarquer en haut à droite le nez d’un D.520 à bandes rouge et jaune

Photographies provenant de plusieurs collections d’Anciens du GC III/6

 

En août 1942, deux prises d’armes ont lieu pour les visites du Colonel BEAUNE, commandant de « l’Air Algérie » (le 1er) et du Général JANNEKEYN, secrétaire d’état à l’Aviation (le 8).

Le 31 août le lt CAPDEVIOLLE endommage le Dewoitine n°469 codé « 30 »

Du 31 août au 23 septembre 1942 le « nouvel » adjudant Joseph BIBERT a le grand plaisir de participer à un stage « montagne » à Tizi-n-Kouillad (à 12 km de la station de ski de Tikjda) dans le massif du Djurjura (*), où il remplace le s/c Farriol qui a inauguré cette nouvelle activité pour la 6ème escadrille. Il en a ramené de nombreuses photographies ! Dans ce centre du Club Alpin Français, pendant l’hiver, certains pilotes du III/6 avaient déjà participé deux par deux à des séjours de ski (voir plus haut un extrait des mémoires du Général Harteman).

(Photographies : l’album n°7sera mis en ligne fin 2020).

 (*) Il gardera de ces trois semaines un intérêt immense pour la montagne et l’alpinisme et, sans le pratiquer, il dévorera au cours de sa vie des dizaines de livres sur le sujet. Il n’y avait pas de « fête des pères » sans livre de montagne offert ! Il transmit cette passion seulement livresque à son fils qui a bien complété la collection depuis, et qui connaît par cœur des dizaines de « voies » sans jamais avoir fait la moindre ascension !

L’activité à Maison-Blanche ne doit pas être élevée, puisqu’à peine de retour de ses « vacances » à la montagne il bénéficie d’une nouvelle P.L.D. le 26 septembre 1942 ; durée non connue

(Photographies : l’album n°7sera mis en ligne fin 2020).

Mi-septembre le lt. LEGRAND est promu capitaine et le lt LABUSSIÈRE, dit « Tatave » arrive à la 5ème. Le 29 septembre 1942, celui-ci fête son arrivée par un magnifique cheval de bois à l’atterrissage et endommage le D.520 n°399.

Le cne NAUDY quitte le Groupe et l’A.F.N. ce même jour. Il part commander à Aulnat (Clermont-Ferrand) le GC II/9 qui fait partie des Groupes maintenus dans l'Armée de l'Air de Vichy sur Bloch MB.152, mais cette unité sera dissoute le 28 novembre 1942. Il s’illustrera par la suite dans la résistance, sera nommé lieutenant-colonel en 1944 à l’État-major de l’Air, mais il disparaîtra prématurément le 18 avril 1946 alors qu’il accomplissait un vol en service commandé sur Thunderbolt P‑47. La promotion 1968 de l’École de l’Air porte son nom.

Le 19 septembre 1942, le général ORTHLIEB, contrôleur général de l’aviation, le général BEAUNE, commandant de l’Air en Algérie, une délégation du GC III/6, anciens compagnons de Jean ASSOLLANT participent à Alger à un solennel hommage qui lui est rendu à l’initiative de la L.F.C. (Ligue Française des Combattants). Un compte-rendu dithyrambique en est fait dans l’Écho d’Alger : « M. l'aumônier Houdayer, de l'armée de l'air, officiait et dans son sermon a magnifié les qualités de courage, de sacrifice, de dynamisme de ces hommes qui vont à la mort, tombant face au ciel sous la magnifique poussée d'un idéal patriotique issu du glorieux passé de tous ceux qui ont marqué de leur sang les plus belles pages de notre histoire ».

 

Pour la petite histoire, il faut citer la permission que Jules PIESVAUX obtient pour aller se marier à Roubaix le 22 septembre 1942. Rappelons - ce que beaucoup ont du mal à comprendre - que la France de Vichy, armistice oblige, n’était plus en guerre contre l’Allemagne depuis fin juin 1940 et que la « Zone Occupée » par les Allemands qui la contrôlaient, la « Zone Libre », l’A.F.N. et les autres parties de son Empire non ralliées à De Gaulle restaient théoriquement sous sa souveraineté. De ce fait, la traversée de la Méditerranée et l’accès en zone occupée pour un militaire Français lors d’une permission restaient du domaine du possible, du moment que les autorisations avaient été données, que tous ses papiers étaient en règle et qu’il avait pu économiser beaucoup pour payer son voyage ! Mais bien évidemment il ne fallait pas être alsaciens, juifs, etc. ! Ce n’est qu’après le débarquement anglo-américain en A.F.N. du 8 novembre 1942 que la France entière fut occupée, et qu’on parla de Zone Nord et de Zone Sud, tandis que la totalité des colonies françaises se sont retrouvées de facto en guerre. A la même époque, Jules PIESVAUX, comme tous les autres participants, à la campagne du Levant, en reçoit la médaille commémorative.

 

Septembre 1942 – Permission de Jules PIESVAUX, mécanicien à la 5ème Escadrille à Roubaix en « Zone Occupée »

Sa mère et son épouse – Mariage le 22 septembre 1942

Photographies Jules Piesvaux – Droits réservées

Médaille commémorative de la campagne du Levant

 

Jules PIESVAUX peut revenir en Algérie avant le débarquement anglo-américain du 8 novembre 1942 et ainsi continuer sa carrière militaire au III/6. Par contre le lt SATGÉ a moins de chance. Avec d’autres camarades du III/6, il vivait en colocation à Aïn-Taya, petit village au bord de la mer, pas très éloigné du terrain d’aviation de Maison-Blanche, dans une maison baptisée « la villa des célibataires ». Dans ce cadre balnéaire, sous le chaud soleil méditerranéen, Henri a fait la connaissance d’une jeune fille qui est tombée folle amoureuse de ce beau pilote en uniforme blanc, et même si sa famille et ses amies ont essayé de lui faire comprendre que « les pilotes, c’est comme les oiseaux, ça se posent à un endroit et ça repart », rien n’y fait ; le 9 septembre 1942, Magdeleine Villalonga épouse le lieutenant d’aviation Henri SATGÉ en l’église d’Aïn-Taya. Ils partent un peu plus tard en France pour leur voyage de noces mais s’y retrouvent ainsi bloqués le 7 novembre, 2 jours avant la date prévue pour leur retour à Alger. Ne pouvant retrouver son affectation au GC III/6, le lt SATGÉ est placé en attente à Montpellier au Groupe de Sécurité Aérienne Publique SAP 3/71 avant d’être affecté à la compagnie de guet 32/71 à un poste sans aucun intérêt. Cette péripétie et le fait que son père militaire avait été président de la « légion » à Meknès sonnera le glas de se carrière dans l’Armée de l’Air ; dans le cadre de la loi sur le dégagement des cadres il sera rayé des contrôles de l’activité le 1er septembre 1946 et, très affecté par ce limogeage, aura du mal à se stabiliser ensuite dans sa nouvelle vie civile...

Pour l’arrivée de l’Amiral DARLAN à Alger, le 28 octobre 1942, ce sont des patrouilles du III/6 qui assurent l’escorte du cortège de ses voitures entre Maison-Blanche et Alger où il passe les troupes en revue. Le lieutenant LE GLOAN, rendu célèbre par son « quintuple » du 15 juin 1940 au-dessus de Saint-Tropez, puis par ses victoires de 1941 au Levant sur l’aviation anglaise, est le porte-drapeau de le 6ème Escadre aérienne. L’Etat Français du Maréchal a toujours besoin de ses « héros » pour servir sa propagande !

Au 1er novembre 1942 le GC III/6 dispose de 24 Dewoitine D.520, mais 3 sont indisponibles et 1 à réformer. Le capitaine RICHARD retourne à l’État-major du Groupe et laisse le commandement de la 6ème Escadrille au lt Émile THIERRY (1915/2000) qui pendant la campagne de France a obtenu 4 (ou 5 ?) victoires homologuées avec la 1ère Escadrille du GC I/3. Le « pot » d’accueil se fait le 7 novembre au soir ; on perçoit au loin des bruits de canonnade…

Le 2 novembre 1942, Lucie LAGRANGE, la ½ sœur de Julienne BIBERT lui expédie de Chartres comme chaque semaine une « carte ». Celle-ci lui reviendra, on comprend pourquoi plus bas, avec deux tampons : « Retour à l’envoyeur - Acheminement impossible » et « Complément de taxe perçu » ! Pour récupérer un courrier non distribué par la force des évènements, il faut payer ! Imperturbablement et sans nuance, l’administration française fonctionne, quoi qu’il arrive !

 

 

Le 8 novembre 1942 au matin, c’est l’opération « Torch » ; les Anglos-Américains débarquent en A.F.N. Des ordres d’intervention ont été donnés, mais les avions du III/6 à Maison-Blanche, contrairement à ceux d’Oran où des pertes seront à déplorer, restent au sol car un épais brouillard couvre le terrain. C’est ensuite un joyeux bazar et les souvenirs de chacun et les archives ne concordent pas vraiment ; toujours est-il que ce sont ceux qui n’étaient pas d’alerte et qui arrivent à la base pour prendre leur service à pied, à bicyclette ou en voiture, qui annoncent la présence d’Américains pas trop belliqueux à proximité du terrain. La plateforme de Maison-Blanche est rapidement occupée avant 8 heures. Personne n’a osé résister ! Le brouillard se lève vers 9h 30 et les Spitfire britanniques arrivant de Gibraltar viennent s’y poser. Quand le général JUIN commandant la Région d’Alger donne l’ordre du cesser toute résistance, ils sont déjà une bonne centaine !

Extrait d’un texte de Christian Jacques EHRENGARDT

publié dans « Aéro-Journal » n°13 en 1975

« Au début, les débarquements dans la zone d'Alger se passèrent très bien, les troupes américaines et anglaises ne rencontrant aucune résistance au Cap Sidi Ferruch, à Cap Matifou et à Castiglione ; en effet les forces françaises stationnées sur la côte avaient reçu de leur chef, le Général Mast, l'ordre de ne pas résister…

… Deux destroyers britanniques transportant des soldats américains essayèrent de pénétrer en force dans le port d'Alger mais, accueillis par un feu nourri qui endommagea l'un d'eux, ils durent se replier ; les éléments qu'ils avaient pu débarquer furent sérieusement pris à partie et, après avoir résisté jusqu'à midi, se rendirent.

Pour sa part, le gros des assaillants progressait sans perdre de temps et atteignait Maison-Blanche vers 06h 00. Sur cette base les D.520 des GC II/3 et III/6, ainsi que les Potez 63.11 de l'Esc. 4 BR étaient prêts à décoller depuis quelque temps déjà, mais en avaient été empêchés par un épais brouillard. Les troupes américaines neutralisèrent immédiatement le personnel et les appareils de l'Aéronavale puis s'emparèrent du reste des installations, obtenant le contrôle total de la base avant 9h 00. Le brouillard sauva Maison-Blanche d'une attaque aérienne, mais par la même occasion permit à la Fleet Air Arm d'éviter une confrontation sans merci, car on peut se demander ce qui serait arrivé si les pilotes aguerris des D.520 étaient « tombés » sur les « Bleus » de l'aviation embarquée anglaise…

… les premiers appareils de la R.A.F. qui décolèrent de Gibraltar furent dix-huit Hurricane 2C du Squadron 43, commandés par le Wg. Cdr. Pedley et le Sqn. Ldr. M. Rook, qui effectuèrent la traversée en une heure et se posèrent à Maison-Blanche à 09h 00. Au moment de l'approche finale, une grosse pièce de D.C.A. ouvrit le feu, mais ce fut le seul acte de résistance. Les chasseurs refirent le plein le plus vite possible et restèrent en alerte pour repousser toute attaque aérienne…

…A 11h00 c'était au tour des Spitfire des Squadrons 81 et 242 de quitter Gibraltar, emmenés par le Gp. Capt. Traill et le Wg. Cdr. P.H. Hugo, et ils arrivèrent à Maison-Blanche vers midi. Le terrain commençait à être plutôt encombré car il s'y trouvait également plus de cinquante D.520 des GC II/3 et III/6, soigneusement alignés, et des soldats français armés empêchaient quiconque de s'en approcher ; aussi jugea-t-on préférable pour le moment de ne pas les déranger... Les pilotes des Spitfire découvrirent qu'il n'y avait que très peu d'essence disponible et il leur fallut pour la plupart passer le reste de la journée au sol. Il n'y avait ni nourriture ni possibilité de couchage, et c'est ainsi que commença pour eux une période de difficultés et d'inconfort.

Le soir toute résistance avait cessé, mais au coucher du soleil quinze Ju 88 allemands attaquèrent la Force « H » et sur le pont d'un porte-avions un Seafire eut l'empennage arraché et deux autres furent endommagés par l'explosion d'une bombe. Plusieurs chasseurs britanniques des Squadrons 43 et 81 décollèrent de Maison-Blanche mais seul le Wg. Cdr. Pedley réussit une interception, déclarant avoir endommagé un Ju 88 avant l'enrayage des canons de son Hurricane. Le Ill./KG 26 reconnut la perte de trois Ju 88, dont l'un certainement abattu par la D.C.A., et de son équipage fait prisonnier. L'unité de reconnaissance 2./(F) 122 signala également la perte d'un Ju 88. Le lendemain le personnel des unités de chasse françaises quitta Maison-Blanche pour Oued-Smar, tandis que celui des GB I/19 et II/61 faisait mouvement de Blida sur Rovigo. »

 

L’Opération Torch – L’invasion de l’Afrique du Nord – 8 novembre 1942 (*)

(*) par Michael D. Hull : vétéran de l'armée britannique, historien militaire de grand renom qui largement contribué à la rédaction du guide de la Seconde Guerre mondiale du Centre « 'Eisenhower ».

 

8 novembre 1942 – Opération « Torch » - Quelques images du débarquement des Anglos-Américains en Afrique du Nord

 

   

 

 ALGER : de l’opération « TORCH » au 21 janvier 1943 

 

Autre document exceptionnel : le 11 novembre 1942, Joseph BIBERT écrit sur deux petits feuillets d’un carnet à spirales un message qu’il peut faire sortir de Maison-Blanche où il est consigné pour être transmis à son épouse à Alger qui va les conserver. Leur transcription ci-dessous se passe de tout commentaire :

 

 

Message de Joseph BIBERT à son épouse - 11 novembre 1942 – 14h 00

Ma tant chérie,

En rentrant hier avec ma camionnette je trouve ma bicyclette crevée à l’arrière. C’est le bon Dieu qui me sauve car il y a appel. Chambon, qui est aux arrêts, a vendu ses copains parce que, comme lui, ils rentraient chez eux. On est surveillé très sérieusement. J’ai vu Auguste ce matin (Auguste Kuntzel (*)). Il peut rentrer assez facilement. Je lui donne donc ma musette avec du linge sale et affaires inutiles. J’ai réussi à avoir une combinaison P.N. (Personnel Navigant) donc je te rends les autres. Prépare-lui la musette avec lacet pour souliers noirs + lacets cuir pour gros souliers que j’ai ici, 1 chemisette kaki, la petite trousse couture avec nécessaire, 2 ou 3 petites boîtes de sardines, 1 boîte de lait condensé, dentifrice, chaussettes en laine bleu courtes pour les gros souliers, vieux pieds-nus c’est à dite tes vieilles savates, du papier et quelques enveloppes.

A part ça, du calme, chérie. Je pense quand même venir officiellement te voir. Fais attention aux bombardements. Tu as du sang-froid. Fais coucher Mme Coutou chez toi.

Ici on est bien. Surtout aucune inquiétude pour nous. Certainement les nazis vont venir ce soir pour faire une sérénade. Y a-t-il encore beaucoup de bateaux au large de Fort de l’Eau ? Maintenant, si tu veux monter, viens entre 13h 00 et 14h 00, je serais en surveillance sur la route. Mais sois surtout prudente. Si tu ne me trouves pas adresse toi carrément au premier type que tu rencontres, de préférence un sous-off.

Economise l’essence je serais sans doute longtemps avant d’en avoir.

On n’est toujours pas fixé sur notre sort.

Fait tuer un lapin par Mme Majelar et mange correctement pour tenir le choc

Donc, à un ce ces jours ma tendre Chérie. Embrasse bien fort ma « Kiki » (leur fille Marie-Thérèse qui a 14 ½ mois). Je suis à toi et je t’aime.

Adolphe.

Si tu as du pain en rab, ajoute un pain.

Mr. Coutou et Vidal (un sgt mécanicien, au Groupe III/6 depuis Chartres) : bien des choses à leurs épouses.

 

(*) Déjà cité plus haut : pilote alsacien, affecté au III/6 en septembre 1940, mis en congés d’armistice en octobre ; congés annulés en juin 1941 et affecté d’abord au GC I/3 à Blida, il est en poste à la C.I.A n°1 (Compagnie d’Infanterie de l’Air à Maison-Blanche) au moment de « Torch ». Les deux familles resteront très liées jusqu’à la fin de leur vie.

 

Dans les heures qui suivent le débarquement, des dizaines de Spitfire anglais arrivent de Gibraltar et prennent possession de Maison Blanche

 

A partir du 10 novembre 1942, les personnels du III/6 se retrouvent donc « parqués » petit à petit au camp de Oued-Smar, déjà connu de certains puisque l’échelon roulant y avait été mis en cantonnement à son arrivée à Alger en juillet 1940. Rappelons ce qui est écrit plus haut : « Oued-Smar est un vieux camp militaire situé à moins de deux kilomètres à l’ouest de Maison-Blanche le long de la voie ferrée, avec une gare et quelques bâtiments rudimentaires »

L’adj BIBERT est encore consigné à Maison-Blanche comme d’autres le 11 novembre. En fait, le GC III/6 n’a pas été « déplacé » à Oued-Smar du 10/11/1942 au 16/01/1943 comme écrit dans tous les historiques connus. Ceux qui de plus parlent de « l’aérodrome d’Oued-Smar » n’ont pas bien regardé une carte en recopiant l’erreur d’un autre ! Les D.520 sont bien entendu restés stationnés à Maison-Blanche sous contrôle des forces alliées, et seuls les pilotes privés de vol et de leurs installations ont été passés leurs journées à Oued-Smar, cantonnement de l’échelon roulant, en attendant des jours meilleurs !

C’est là qu’ils apprennent l’invasion de la zone Libre par les forces allemandes et italiennes et le révoltant sabordage de la flotte française à Toulon le 27 novembre.

Une des conséquences immédiates pour tous les résidents d’Afrique du Nord est l’arrêt total des communications avec la métropole qui va priver les familles de tout contact entre elles pendant de très longs mois...

Il n’est donc pas nécessaire de raconter ici ce qui s’est passé au III/6 entre l’arrivée des Anglos-Américains et son installation à Aïn Sefra 10 semaines plus tard. D’une part les archives du Groupe sont quasiment vides d’informations, d’autre part ceux qui ont voulu en donner des détails par la suite ont sans doute voulu démontrer que, dès le lendemain de l’arrivée des Alliés, tout le monde en A.F.N. était de cœur avec eux pour reprendre la lutte contre l’Allemagne. En matière de retournements de veste, ce sera d’ailleurs bien pire 20 mois plus tard pour la libération de la France ! En fait, les choses ont été beaucoup plus compliquées ; les blessures ont été longues à cicatriser, des trop-pleins d’amertume ont dû être évacués, des analyses douloureuses de leurs convictions stratégiques et politiques ont dû être conduites par des officiers qui auraient pu entraîner plus tôt leurs hommes sur le chemin de l’honneur. Certains se sentent encore tenus par le serment de fidélité qu’ils ont fait au Maréchal et vont avoir du mal à trouver leur place dans le contexte politique de l’A.F.N., et l’affrontement féroce qui s’annonce entre les généraux GIRAUD et DE GAULLE ne va rien arranger !

Disons seulement qu’en décembre 1942, faute d’activité, beaucoup de permissions sont délivrées. Le cne SAUTIER (5ème) et le lt SATGÉ (6ème) quittent le Groupe ainsi que 7 sous-officiers. Le lt MARTIN prend le commandement de la 5ème Escadrille.

Cependant le général MENDIGAL (note 1), faisant la tournée des groupes de chasse d'Afrique du Nord, a rapidement laissé entendre aux pilotes que l’Armée de l’Air va reprendre la lutte auprès des Alliés, sur du matériel américain ou anglais ; dans les esprits, l’idée que le Groupe va être transformé bientôt sur des avions modernes commence donc à faire sens. Mais personne ne sait exactement de quoi l’avenir sera fait, et l’inquiétude prend le pas sur la notion de « Libération ».

Pour illustrer ce que fut pour ceux d’un Groupe tel que le III/6 la transition brutale de la « France de Vichy » à la « France d’A.F.N. », placée de facto sous la tutelle des Anglos-Américains, certains témoignages tardifs sont édifiants ; celui qui suit est une retranscription condensée d’un enregistrement du Général de RIVALS MAZÉRES en 1980, alors qu’il était âgé de 74 ans. Comme la plupart de ceux qui ont écrit ou parlé après la guerre, le souci de se présenter comme quelqu’un ayant compris très tôt ce que serait « l’Histoire » et donc sans tache... transparaît dans ce texte comme dans l’ouvrage de son ancien Commandant de Groupe, le Général STEHLIN. Il concerne son retour en février 1943 en tant que Commandant en second du III/6 ; il était alors capitaine (voir plus bas). Rappelons qu’il avait quitté le Groupe 15 mois plus tôt, après la campagne de Syrie, pour exercer un commandement en métropole, alors qu’il était devenu veuf et que deux très jeunes enfants y vivaient loin de leur père...

 

Témoignage du Général Guillaume de RIVALS MAZÈRES enregistré en 1980 (transcription condensée)

... en janvier 1943 j’ai été de nouveau affecté au III/6, qui était alors à Aïn Sefra, commandé par Destaillac. J’ai retrouvé là, perdus au fond du désert, tous mes vieux camarades avec qui j’avais fait la Syrie et qui volaient toujours sur leurs vieux Dewoitine 520.  Ils n’avaient absolument pas changé de mentalité depuis la Syrie.... J’en ai été estomaqué et j’ai été reçu comme un chien comme dans un jeu de quilles… Je ne cite pas de nom parce que ce serait gênant... J’ai commencé par leur dire : « Ecoutez, vous vous foutez le doigt dans l’œil, vous avez une optique absolument fausse ! ». Je crois que la totalité du Groupe était resté… je me rappelle même qu’un sous-officier a dit : « Si c’est comme ça, je préfère aller chez les Pointus l». Certains n’était pas du tout d’accord pour aller travailler main dans la main avec les Anglais et étaient restés terriblement remontés contre tout ce qui était anglais !

Pour ma part, j’avais complètement changé ma façon de voir les choses. C’est pour cela d’ailleurs qu’on m’avait affecté au III/6, pour essayer de remettre en place le moral de ce Groupe qui tout de même était assez flageolant à cette époque-là (je l’ai su après !). Au début il y eu pas mal de heurts mais ça a fini par aller mieux. Il y a eu encore quelques accrochages quand nous sommes passés sur matériel américain, mais les tensions étaient moins fortes, car de fait, personne n’en voulait vraiment aux Américains et les choses se sont calmées...

 

Triste Noël finalement en cette fin d’année 1942 ; souper suivi d’une messe de minuit célébrée par le père GLASSON à Oued-Smar dans l’angoisse des bombardements Allemands qui ont déjà détruit plusieurs avions anglais et américains et endommagé par ricochet les hangars.

 

   

Pour 1943, pénurie oblige, le traditionnel calendrier des postes à Alger est réduit à sa plus simple expression

 

Il est vrai que les choses vont assez vite ailleurs avec les Américains, par exemple au Maroc (Casablanca) pour le Groupe II/5 et ses Curtiss H-75 ; c’est l’Escadrille des « Sioux », où des aviateurs américains ont combattu en 1918. On est pressé d’envoyer des pilotes français aguerris en Tunisie pour chasser définitivement les Allemands d’Afrique, ce qui est le seul objectif de l’opération « Torch ». Le commandant ROZANOFF, qui a donné avant leur débarquement des gages aux Américains de sa détermination à se battre avec eux, en a pris le commandement. Le Groupe rebaptisé « La Fayette » est quasiment opérationnel sur des Curtiss P-40 F fin décembre.

Il est déplacé à Alger le 8 janvier 1943 où une importante cérémonie de prise en compte et de bénédiction des appareils est faite au cours d’une prise d’armes, en présence du général BERGERET (note 2). Le III/6 y participe, puisque c’est ... Pierre LE GLOAN ! qui porte le drapeau américain. La magnifique série de photographies officielles de cette cérémonie, dont beaucoup en couleurs, est bien connue ; l’une d’entre elles montre ROZANOFF, LE GLOAN, TREMOLET, DESTAILLAC et MARTIN (GC II/5 et GC III/6).

Note 1 et 2 : Les Généraux MENDIGAL et BERGERET furent écartés plus tard de toutes les responsabilités qui leur avait été confiées après « Torch » par le Général GIRAUD eu égard à leur trop grande « proximité » en 1941 et 1942 avec le régime de Vichy et l’occupant ; ils seront arrêtés et jugés par la Haute Cour de justice.

 

 

 

 

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AÏN SEFRA

16/01/1943 – 19/06/1943

 

 

 

Janvier – Février 1943

Le 14 janvier 1943 est une date décisive pour la nouvelle Armée de l’Air française ; c’est le début de la célèbre conférence « d’Anfa » se tenant dans l’hôtel du même nom à Casablanca, conférence décidée par le président des États-Unis, Franklin Roosevelt, qui se terminera le 23 février. Les généraux français Henri GIRAUD et Charles de GAULLE, simples invités, ne prennent aucune part aux discussions d'ordre militaire. Cependant des décisions importantes sont prises pour le réarmement des Forces Françaises ; en ce qui concerne l’aviation, les USA confirment leur engagement à fournir 500 chasseurs, 300 bombardiers et 500 appareils de transport et les Britanniques à céder un certain nombre d’appareils.

En fait, tout ce processus a déjà été engagé mais les choses vont aller doucement pour le III/6. Les premiers Dewoitine en état quittent Maison-Blanche le 15 janvier et dans la foulée les personnels laissent derrière eux le sinistre camp d’Oued-Smar pour s’installer à Aïn Sefra avec tout le Groupement mixte 26 (voir plus haut). Mais la localisation de cette nouvelle base, loin dans l’Atlas algérien à la frontière marocaine, à 520 km à vol d’oiseau d’Alger et à 1 000 km de la Tunisie peut laisser à penser que les Américains n’ont pas encore une confiance absolue en ce Groupement français qui a participé avec fougue à la Campagne du Levant en 1941 !

Peut-être aussi que les premiers contacts avec les lts LE GLOAN et RIVORY, adj MERTZISEN, s/c FARRIOL et de plusieurs sous-officiers spécialistes invités à un stage de 15 jours en décembre 1942 pour faire connaissance avec le matériel américain sur le terrain de Nouvion (80 km à l’ouest d’Oran) n’ont pas été assez constructifs ! Le temps là-bas a été détestable, la piste détrempée et seul le lt LE GLOAN a pu être lâché et voler une fois sur le magnifique bimoteur monoplace Lockheed P-38 « Lightning », le plus coûteux des appareils américains pour la chasse d’accompagnement à grand rayon d’action, tandis que le lt RIVORY a écrasé le sien au décollage.

L’historique du Groupe dit que la première partie de l’échelon roulant a commencé son déplacement dès le 14, conduite par le lt NICOLAS, officier mécanicien, suivie par la seconde le 15 aux ordres du lt KLEIN , officier des transmissions. Mais les Dewoitine n’arriveront que peu à peu, après les travaux d’entretien nécessaires pour qu’ils redeviennent « Bons de vol », et ce n’est que le 12 mars que le dernier arrivé a permis au Groupe d’avoir sa dotation, enfin presque sa dotation, puisque le n°219 codé « 32 » a été « cassé » par le s/c PIMONT en l’essayant à Alger le 11 mars 1942 avant son départ pour Aïn Sefra.

Joseph BIBERT pour sa part n’aurait fait mouvement que le 27 janvier d’après son livret militaire. Il quitte Alger et son domicile de Fort de l’Eau au grand désespoir de son épouse qui se retrouve seule avec sa petite fille. Elle en gardera toute sa vie un sentiment « d’abandon », ayant toujours pensé que son mari, comme pour son stage de montagne en septembre, avait été « volontaire » pour ce départ !

 

Extrait du livret militaire de Joseph BIBERT

Mouvements dans le sud-ouest algérien en 1943 – Aïn Sefra – Port Say - Lapasset

 

Ce léger retard de Joseph est sans doute dû au fait que certains des D.520, immobilisés depuis de longues semaines et dispersés à l’extérieur des hangars, n’étaient pas en très bon état et que des pannes diverses ont retardé quelques départs vers Aïn Sefra. Les mécaniciens ont dû faire beaucoup d’efforts pour les faire décoller peu à peu en toute sécurité pour ce vol d’une heure et demie. Le cne LEGRAND de la 6ème, par exemple, ne se posera à Aïn Sefra que le 18 janvier 1943.

Deux hautes montagnes, le Djebel Mekter (2 020 m.) au sud-ouest et le Djebel Aïssa (2 336 m.) au nord-ouest entourent la belle plateforme un peu pierreuse située à 9 km du village qui sert de terrain d’aviation ; ces reliefs sont néanmoins sans danger pour les pilotes, mais il s’agit de ne pas « rater » le terrain car les environs sont absolument impropres à tout atterrissage en campagne. On verra que cela aura de fâcheuses conséquences. L’ensemble du personnel s’installe dans les imposantes casernes de la Légion étrangère construites à l’extérieur du village. Celui-ci n’offre aucune autre ressource qu’une gare. Un train s’y arrête deux fois par semaine ; c’est la seule distraction…

Il était quasiment impossible de trouver encore des pellicules photographiques en A.F.N., on privilégiait d’abord les évènements familiaux et de ce fait il n’existe que peu d’images du GC III/6 à partir de 1943.

 

  

Aïn Sefra -  Les casernes de la Légion étrangère – La gare (cartes postales anciennes)

 

Peut-être l’unique photographie d’un Dewoitine 520 du GC III/6 en vol en 1943 à Aïn Sefra

C’est le n°190 codé « 24 » affecté à la 6ème Escadrille du III/6 à son retour de la campagne du Levant pour remplacer le n°330

Il a perdu fin 1942 son marquage de « Vichy », ce qui permet de dater la photographie avec certitude

Les carnets de l’adj BALMER montrent qu’il vole alors sur le n°210 codé « 25 » - Ce n’est donc pas lui qui tient le manche...

Collection Albert Balmer, via Lionel Brunet – Droits réservés

 

Il faut noter que le Groupe de Chasse GC II/3, stationné à Alger Maison Blanche comme le GC III/6 depuis l’armistice et qui a également participé à la campagne du Levant en 1941, a fait également mouvement sur Aïn Sefra en janvier 1943. Il est commandé par le commandant DARTOIS et ses deux Escadrilles ont pour commandant les capitaines JACQUIN et MENU. Il restera à Aïn Sefra jusqu’au 20 juin 1943 avant d’être envoyé sur le terrain d’Amour el-Aïn. Il deviendra le GC II/3 « Dauphiné » et sera équipé de Hurricane IIC. Il sera le premier Groupe français à recevoir en 1944 des P-47 « Thunderbolt ».

Pour revenir au III/6, le capitaine de RIVALS-MAZÈRES, alors en poste en France, a réussi à s’échapper après l’envahissement de la Zone Libre et peut reprendre son poste à État-major du Groupe début février 1943.

Le 16 janvier le Groupe, pourtant incomplet, est inspecté par le Général BEAUNE, commandant de l’Air Algérie.

Mention dans le Livre de Marche de la 6ème le 22 février : « adj. BIBERT arrive d’Alger en voiture », mais pas de mention précédente d’un départ ; première arrivée, mission, permission ? et le 12 février ; « Le cne LEGRAND quitte » ; pour où ? On ne retrouve pas son nom dans l’organigramme du Groupe du 1er mars.

L’activité aérienne du Groupe a été quasi-nulle en janvier, mois consacré à l’approvisionnement de la base et à des révisions approfondies des machines. Ceci fait et les citernes pouvant être remplies régulièrement, l’essence ne manquant plus en A.F.N., les vols peuvent reprendre à une cadence de plus en plus élevée avec les 18 D.520 disponibles en février ; les pilotes du III/6, un peu rouillés, vont progressivement retrouver un niveau d’entraînement acceptable.